Anarcho-punk

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Deux punks britanniques dans un wagon en 1986, remarquez le symbole du groupe Crass sur le manteau du personnage de droite.

L'anarcho-punk est un courant musical, culturel et politique influencé par l'anarchisme et le mouvement punk.

Un courant culturel et musical[modifier | modifier le code]

Le groupe Crass est un groupe pionnier de l'anarcho-punk, et leur habitude de s'habiller en noir en fit un des éléments vestimentaires de la scène[1].

L'anarcho-punk s'est développé aux côtés des mouvements Oi! et hardcore. Il prend sa naissance comme mouvement underground, en réaction à l'intégration dans les circuits commerciaux « mainstream » de groupes punks tels que The Sex Pistols ou The Clash, dénoncé comme « traitres » aux valeurs punk[2]. Avec un style musical brut et primitif ainsi que des paroles criées, des groupes britanniques comme Crass, The Ex, Subhumans, Flux of Pink Indians, Conflict, Poison Girls, ou encore The Apostles essayent de convertir la scène punk rock en mouvement anarchiste. Comme pour l'éthique straight edge, l'anarcho-punk est centré autour d'une série de principes, comme, par exemple, ne pas porter des vêtements en cuir, ou promouvoir un régime végétarien ou végétalien[3].

Le mouvement se sépare en différents sous-genres, chacun avec une vision politique différente. Discharge, fondé en 1977, aide à développer le D-beat au début des années 1980[4]. D'autres groupes du mouvement, menés par Amebix et Antisect, développent un style extrême connu sous le nom de « crust punk ». Plusieurs de ces groupes, qui ont leurs racines dans l'anarcho-punk, comme The Varukers, Discharge, et Amebix, ou dans le Oi!, comme The Exploited ou Charged GBH, deviennent les meneurs du mouvement UK 82. La scène anarcho-punk lance aussi des groupes comme Napalm Death et Extreme Noise Terror qui, au milieu des années 1980, furent les pionniers du grindcore, ressemblant parfois le son du death metal[5]. Menée par les Dead Kennedys, la scène anarcho-punk américaine se développe autour de groupes comme MDC, d'Austin, au Texas, ou Another Destructive System, de Californie[6],[7].

Une démarche politique[modifier | modifier le code]

Le logo du groupe Brassen's Not Dead.

Les références à l'anarchisme sont nombreuses, tant dans l'expression musicale que dans les fanzines[8],[9].

Le courant anarcho-punk fonctionne selon la philosophie du DIY (Do it yourself), c'est-à-dire de la manière la plus autonome possible, sur le mode de l'autogestion et sans profit[10].

À la marge des majors, la scène anarcho-punk privilégie donc l'auto-production ou la production sous label associatif « non-profit »,[réf. nécessaire] couplée à la diffusion via une multitude de petites distros VPC ou Infokiosques, sans profit également.[réf. nécessaire] Ce processus de production alternatif permet de sortir des albums à des prix trois ou quatre fois inférieurs à ceux de l'industrie du disque.

Il existe toutefois, dès l'origine du mouvement, des labels auto-produits constitués sous forme de société aussi bien aux États-Unis qu'en Grande Bretagne, et dont la durée de vie ne dépasse pas, pour la Grande-Bretagne, celle du groupe qui l'a constitué. En rupture avec la logique de profit des structures commerciales classiques, ces sociétés visent avant tout une perspective de production de culture, et conservent l'esprit DIY, en mettant l'accent sur l'authenticité de leur démarche. Elles reprennent elles aussi un circuit de distribution alternatif, avec publicité via les fanzines de leur site d'achat, destiné aussi bien aux magasins de disques qu'aux particuliers, et complété le plus souvent par une sélection de détaillants qualifiés de distributeurs pour certaines zones géographiques[11]

Cette contre-culture[12] s'exprime au travers de nombreux sites dédiés : Anarcho-punk.net, Subsociety, Résistance, They lie we die, Déviance, Phase terminale, etc.

Des groupes musicaux anarcho-punk ont participé, via des concerts de soutien au financement d'actions liées, notamment, à l'Anarchist Black Cross, au SCALP, aux squats ou aux labels indépendants[13].

Certains anarcho-punks manifestent une forte exigence de mise en pratique concrète des principes auxquels ils adhèrent[14].

Pour le quotidien français 20 minutes, « Georges Brassens était un anarchiste punk »[15].

Un vecteur des Black Blocs[modifier | modifier le code]

Les réseaux anarcho-punk ont été un des relais du mouvement des Black Blocs dans les années 1980-1990[16].

Internationalisation[modifier | modifier le code]

Parti de la Grande-Bretagne tatchérienne des années 1970, ce courant s'élargit à d'autres pays.

En France[modifier | modifier le code]

Bérurier Noir en concert en 2005.

En France, le mouvement s'est fait connaître par le biais de groupes comme Bérurier Noir[16], Haine Brigade, Parkaj'Mental, Pekatralatak, Psycho Squatt ou Kochise.

En Belgique[modifier | modifier le code]

René Binamé en concert à Tournus en juin 2012.

Le groupe René Binamé est la figure de proue de ce courant en Belgique francophone.

En Russie[modifier | modifier le code]

Le 13 novembre 2005, à Saint-Pétersbourg, le punk anarchiste Timour Katcharava (en) est agressé à mort par des activistes d'extrême droite[17].

Sources[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Anna Zaytseva, École des Hautes Études en Sciences Sociales, « À la scène comme à la ville » : engagements multiples des musiciens underground., Ethnologie française, 2008/1, Vol.38, 192 pages, PUF, (ISBN 2130565987[à vérifier : isbn invalide]), présentation en ligne. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Francis Dupuis-Déri, « Black Blocs : bas les masques », Mouvements des idées et des luttes, n° 25, 2003, p. 74-80, Lire en ligne. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Tim Gosling, « « Not for sale » : the underground network of anarcho-punk », dans Andy Bennett, Richard A. Peterson(dir.), Music Scenes : Local, Translocal and Virtual, Vanderbilt University Press,‎ 2004 (ISBN 9780826514516, lire en ligne)
  • Yauheni Kryzhanouski, Christophe Traïni, La musique en colère. Paris, Presses de Sciences Po, coll. Contester, 2008, 128 p., in Question de Communication, Notes de lecture, 2009, lire en ligne. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Samuel Étienne, « First & Last & Always » : les valeurs de l’éphémère dans la presse musicale alternative., in Volume !, La revue des musiques polulaires, 1/2003, lire en ligne. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Fabien (Docteur en sociologie, université Paul Verlaine, Metz), Le DIY comme dynamique contre-culturelle ? L’exemple de la scène punk rock., in Contre Cultures, 2012/1, 256 pages, Editions Mélanie Seteun, présentation en ligne. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Présentation du futur colloque No Sir, I Won’t: Reconsidering the Legacy of Crass and Anarcho-punk, Oxford Brookes Popular Music Research Unit (PMRU) en association avec le Network of Punk Scholars (NPS), 28 juin 2013, lire en ligne. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Etudes[modifier | modifier le code]

  • Pete Dale, Anyone Can Do It: Empowerment Tradition and the Punk Underground, Ashgate, 2012, 256 p. (ISBN 9781409456650)
  • Laura Dymock, No Compromise with Their Society: The Politics of Anarchy in Anarcho-punk, 1977-1985, McGill University, 2007, 114 p. (ISBN 9780494384480) Lire en ligne
  • Ian Glasper, The Day the Country Died: A History of Anarcho Punk 1980 to 1984, Cherry Red Books, 2007, 375 p. (ISBN 9781901447705)
  • George McKay, « Postmodernism and the Battle of the Beanfields: British Anarchist Music and Text of the 1970s and 1980 », dans Steven Earnshaw, Postmodern Surroundings, Rodopi, 1994, p. 147-166 (ISBN 9789051836646)
  • Stacy Thompson, Punk productions: unfinished business, SUNY Press, 2004, 215 p. (ISBN 9780791484609)
  • Christophe Traïni, La musique en colère, Paris, Presses de Sciences Po, coll. Contester, 2008, 128 p. (ISBN 272461061X)

Témoignages[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Bande son[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Wells, Steven (2004). Punk: Loud, Young & Snotty: The Story Behind the Songs (New York et Londres : Thunder's Mouth), p. 35.
  2. (Gosling 2004, p. 168-169)
  3. Wells, Steven (2004). Punk: Loud, Young & Snotty: The Story Behind the Songs (New York et Londres : Thunder's Mouth).
  4. « Dicharge et son rôle dans le développement du D-beat », Spiritus Temporis (consulté en 9 juillet 2008)
  5. Purcell (2003), p. 56.
  6. News Items. SOS Records, 12 mars, 2007. Consulté le 25 novembre 2007.
  7. Links Anima Mundi. Consulté le 25 novembre 2007.
  8. Le mot "Dynamite" revient souvent dans les chansons révolutionnaires du siècle dernier, tout comme dans les textes des groupes anarcho-punks., Samuel Étienne, « First & Last & Always » : les valeurs de l’éphémère dans la presse musicale alternative., in Volume !, La revue des musiques polulaires, 1/2003, lire en ligne.
  9. 20 ans de franzines rock, PUNKS : ANARCHISME OU ANARCHIE !, lire en ligne
  10. Fabien (Docteur en sociologie, université Paul Verlaine, Metz), Le DIY comme dynamique contre-culturelle ? L’exemple de la scène punk rock., in Contre Cultures, 2012/1, 256 pages, Editions Mélanie Seteun, présentation en ligne.
  11. (Gosling 2004, p. 169-173)
  12. Annoncé pour le 28 juin 2013, un colloque No Sir, I Won’t: Reconsidering the Legacy of Crass and Anarcho-punk, organisé par l'Oxford Brookes Popular Music Research Unit (PMRU) en association avec le Network of Punk Scholars (NPS) lire en ligne.
  13. Bagnolet (93): Squat.Net, Deux concerts de soutien à venir au Transfo, mars 2013, lire en ligne ; Le blog du SCALP-REFLEX Paris, Concert de soutien au SCALP, lire en ligne ; Aredje, le label des Binamé, agenda arbitraire, lire en ligne, etc.
  14. (...) anti-militarisme, végétarisme, féminisme, mouvement autonome, etc.) Certains groupes comme Crass ou Bérurier Noir ont pris ce combat alternatif militant très à cœur., Anna Zaytseva, École des Hautes Études en Sciences Sociales, « À la scène comme à la ville » : engagements multiples des musiciens underground., Ethnologie française, 2008/1, Vol.38, 192 pages, PUF, (ISBN 2130565987[à vérifier : isbn invalide]), présentation en ligne.
  15. 20 minutes, Georges Brassens était un anarchiste punk, 15 mars 2011, lire en ligne.
  16. a et b Francis Dupuis-Déri, « Black Blocs : bas les masques », Mouvements des idées et des luttes, n° 25, 2003, p. 74-80, Lire en ligne
  17. L'En Dehors, Meurtre d'un punk anarchiste, novembre 2005, lire en ligne.