Buenaventura Durruti

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Buenaventura Durruti

Description de l'image  BuenaventuraDurruti.jpg.
Naissance 14 juillet 1896
León, province de León
Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg Royaume d'Espagne
Décès 20 novembre 1936 (à 40 ans)
Madrid
Flag of Spain (1931 - 1939).svg Espagne
Nationalité Espagnole
Profession Mécanicien
Autres activités
Signature de Buenaventura Durruti

Buenaventura Durruti Dumange (León, 14 juillet 1896 - Madrid, 20 novembre 1936) est une des figures principales de l'anarchisme espagnol avant et pendant la guerre d'Espagne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Durruti naît à León en Espagne dans une famille ouvrière. Il est le deuxième des huit enfants de Santiago Durruti, cheminot de profession, et d'Anastasia Dumange. Santa Ana est un quartier modeste constitué de maison exigües et anciennes habitées par les ouvriers de la ville. Durruti va à l'école de la Rue de la Misericordia. C'est un bon élève.

En 1903, son père, membre de l'UGT (Union General de Trabajadores), est emprisonné pour participation à la grève des corroyeurs, qui revendique la journée de huit heures. Cette grève qui dure neuf mois affecte durement l'économie familiale. Buenaventura Durruti passe dans une autre école plus modeste. En 1910, à l'âge de quatorze ans, Durruti abandonne les études et apprend le métier de mécanicien sous la tutelle de Melchor Martínez, un socialiste ayant une certaine réputation de révolutionnaire à León. Pendant deux ans, Melchor Martínez lui enseigne la mécanique et le socialisme. Durruti passe ensuite dans l'atelier d'Antonio Mijé où il se spécialise dans le montage de machines servant au nettoyage des minerais extraits des mines.


En 1912, sous l'influence de son père et de Melchor Martínez il entre à l'Union des métallurgistes, association faisant partie de l'UGT, mais il ne tardera pas à s'éloigner de ce socialisme trop modéré à son goût. Durruti quitte son travail de mécanicien et travaille comme monteur dans la ville de Matallana. Il participe avec les ouvriers de l'usine au licenciement d'un des ingénieurs de l'usine. En revenant à León, Durruti s'aperçoit que la Guardia civil le surveille.

La grève de 1917 et l'exil en France[modifier | modifier le code]

Durant l'été de 1917, l'UGT lance une grève à laquelle Durruti participe activement. C'est à ce moment que Durruti est expulsé de l'UGT en raison de ses positions révolutionnaires. Le gouvernement espagnol fait appel à l'armée pour faire cesser cette grève ; plus de 500 travailleurs sont tués ou blessés, et 2 000 grévistes sont emprisonnés sans procès légal ou juste. Durruti est de ces jeunes saboteurs qui prônent l'insurrection ouvrière. Le syndicat les désavoue et ils sont licenciés. En septembre, Durruti se réfugie à Gijón, puis, toujours recherché, passe en France.

Durant son exil, jusqu'en 1920, Durruti travaille à Paris comme mécanicien. Il y rencontre Sébastien Faure, Louis Lecoin et Émile Cottin ainsi que des anarchistes espagnols exilés militant à la CNT. Puis il décide d'aller à Barcelone où il devient membre de la CNT.

La CNT[modifier | modifier le code]

Avec Francisco Ascaso et Gregorio Jover le 21 juillet 1927 à Paris.

À Barcelone, avec Joan García Oliver, Francisco Ascaso et Ricardo Sanz il fonde Los Solidarios (Les Solidaires). En 1923, le groupe dévalise la Banque d'Espagne à Gijón. L'argent sert à venir en aide aux familles de militants emprisonnés. Des membres de Los Solidarios essayent sans succès de tuer le roi d'Espagne Alphonse XIII. Toujours en 1923, le groupe est impliqué dans l'assassinat du cardinal de Saragosse Juan Soldevilla y Romero en représailles pour l'assassinat commandité par Soldevila du militant anarchiste Salvador Seguí. Le cardinal Soldevila était le principal bailleur de fonds des pistoleros à la solde du patronat qui exécutaient les meneurs ouvriers.

En 1924, l'anarchiste belge Hem Day l'accueille chez lui à Bruxelles avec Francisco Ascaso et les aide à rejoindre Cuba[1].

Ils poursuivent vers l’Argentine, puis le Chili où ils mènent des attaques contre des banques afin de récolter des fonds dans le but de libérer des camarades emprisonnés.

Durruti traverse plusieurs pays sud-américains puis revient en Europe. En France, en 1927, il est emprisonné avec Francisco Ascaso et Gregorio Jover en raison de leurs activités révolutionnaires. Commence alors, à l'initiative du Comité international du droit d’asile (CIDA) animé par Nicolas Faucier[2] et de Louis Lecoin[3], une grande campagne en faveur de l'amnistie des trois militants anarchistes qui aboutit à leur libération.

Durruti revient à Barcelone en 1931 (avènement de la Seconde République), et devient un militant influent à l'intérieur de deux des plus grandes organisations anarchistes d'Espagne à l'époque : la CNT (Confederación nacional del trabajo) et la FAI (Federación anarquista ibérica). En 1932 et 1933, il participe aux insurrections menées par la CNT contre le gouvernement républicain de Manuel Azaña. Durruti est déporté par le gouvernement républicain en compagnie d'autres anarchistes en Guinée équatoriale et aux Iles Canaries.

Durant toute la période républicaine (1931-1936), il participe activement dans ses grèves, meetings et conférences effectuant plusieurs séjours en prison.

Il vit pauvrement avec sa compagne Mimi avec qui il a une fille nommée Colette[4]. Selon la militante de la CNT Federica Montseny,

« la prestance de Durruti, sa voix de stentor, sa manière de s'exprimer, simple et accessible à tous, exercent sur les masses une puissante attraction. García Oliver est persuadé de lui être supérieur, mais les camarades et le peuple en général préfèrent Durruti, devinant intuitivement la bonté de son cœur et la droiture de son caractère. »

La guerre[modifier | modifier le code]

Portrait de Buenaventura Durruti.

Le 18 juillet 1936, au moment où se produit la tentative de coup d'État des généraux fascistes, Durruti est un des principaux protagonistes des événements révolutionnaires. Avec son groupe Nosotros (nouveau nom de Los Solidarios) il dirige la défense de Barcelone au cours de laquelle meurt son ami Francisco Ascaso. Le 20 juillet, une fois l'armée mise en déroute, la CNT contrôle la ville. Après le plenum des fédérations locales de la CNT, Durruti et les autres principaux dirigeants de la CNT proposent de créer un Comité Central des Milices Antifascistes de Catalogne (CCMA) où sont admises le reste des organisations politiques. Ce comité formé par libertaires, républicains, catalanistes et marxistes devient le nouveau pouvoir en Catalogne. La Generalitat présidée par Lluis Companys devant se contenter de ratifier ce que le CCMA décide.

Durruti se retrouve nommé responsable du département des Transports du CCMA. Exaspéré par les discussions vaines au sein du CCMA et se rendant compte dans quel piège bureaucratique il est tombé, il part dès le 24 juillet pour le front d'Aragon avec pour objectif la libération de Saragosse, autre capitale de l'anarchisme avec Barcelone. Il mène plusieurs milliers de « guérilleros » (plus tard connus comme la « colonne Durruti ») de Barcelone vers Saragosse.

Après une brève et sanglante bataille à Caspe, la colonne s'arrête à Pina de Ebro. Sur les conseils d'un officier régulier de l'armée, employé comme « conseiller technique » et malgré la conviction de Durruti, l'assaut de Saragosse est remis à plus tard, ce qui est peut-être une erreur : Saragosse ne sera jamais reprise par les républicains. En fait, en libérant rapidement tout le nord de l'Espagne, ce qui supposait de commencer par cette ville, la révolution sociale aurait pu progresser en même temps que le front antifasciste ; mais c'est précisément ce que les staliniens, qui contrôlent de plus en plus le gouvernement républicain de Madrid, voulaient éviter[5].

Les partis républicains, dont les communistes aux ordres de Moscou, cherchent à limiter autant que possible l'accès aux armes de la Colonne Durruti. Celle-ci pâtira constamment de la mauvaise qualité de l'armement et du manque de munition. La colonne Durruti combat les troupes fascistes et mène la révolution dans le même temps. Les villages libérés par la colonne voient comment les paysans sont libres de collectiviser les terres en expropriant les grands propriétaires, la propriété privée et l'argent sont abolis, et le communisme libertaire est instauré au grand dam des communistes qui ne veulent pas de révolution sociale en Espagne en raison des alliances nouées par Moscou avec les démocraties bourgeoises. Durruti déclare à ce moment :

« Nous vous montrerons, à vous les bolcheviques russes et espagnols, comment on fait la révolution et comment on la mène à son terme. Chez vous, il y a une dictature, dans votre Armée rouge, il y a des colonels et des généraux, alors que dans ma colonne, il n'y a ni supérieur ni inférieur, nous avons tous les mêmes droits, nous sommes tous des soldats, moi aussi je suis un soldat[6]. »

Même les dirigeants de la CNT restés à Barcelone, tels que Federica Montseny ou García Oliver, qui collaborent au gouvernement avec les partis républicains bourgeois et communiste, ne voient pas d'un bon œil les activités révolutionnaires de la Colonne Durruti. Qui plus est, Durruti est opposé à l'idée de militarisation des milices anarchistes. C'est pourquoi les dirigeants de la CNT chercheront à éloigner Durruti du front d'Aragon pour l'attirer dans le guêpier de Madrid.


À propos de la militarisation des milices anarchistes, Durruti se montre en totale opposition avec la volonté des communistes, des dirigeants de la CNT et du reste des républicains :

« J'ai été un anarchiste toute ma vie, et j'espère le rester. Je regretterais en effet de devenir un général et commander les hommes avec un bâton militaire. Ils me sont venus volontairement, ils sont prêts à mettre leur vie en jeu pour notre combat antifasciste. J'estime que la discipline est indispensable, mais elle doit venir du for intérieur, motivée par une résolution commune et un fort sentiment de camaraderie[7]. »

À la même époque, précisant sa piètre opinion du régime républicain, il ajoute que

« ce ne serait vraiment pas la peine de se déguiser en soldat si l'on devait se laisser à nouveau gouverner par les pseudo-républicains de 1931 ; nous consentons à faire de grandes concessions, mais n'oublions jamais qu'il nous faut mener de front la guerre et la révolution. »

La mort de Durruti[modifier | modifier le code]

Début novembre 1936, après avoir été persuadé par les dirigeants de la CNT favorables à la collaboration avec les communistes de mener une colonne de combattants à Madrid, attaquée par les franquistes, Durruti y est blessé grièvement et meurt quelques heures plus tard. Les circonstances exactes de sa mort restent incertaines. De toute évidence, ce n'est pas une balle franquiste qui l'a tué. Les communistes ont fait courir le bruit qu'il aurait été abattu par un de ses hommes en raison de son supposé « autoritarisme ».

Certains accusent les staliniens du PCE qui lui étaient - il est vrai - hostiles. D'autres encore envisagent un dysfonctionnement de son arme. On suppose généralement, sans preuve tangible, que la balle d'un de ses lieutenants l'aurait atteint accidentellement. Abel Paz, principal biographe de Durruti, laisse entendre dans son livre que ce sont les staliniens qui ont tué Durruti[8].

Le corps de Durruti est transporté à travers le pays jusqu'à Barcelone pour ses funérailles. Plus de 250 000 personnes défilent pour accompagner le cortège funéraire jusqu'au cimetière de Montjuïc où il est inhumé.

C'est la dernière démonstration publique à grande échelle de la force des anarchistes pendant la guerre d'Espagne.

La colonne Durruti[modifier | modifier le code]

La formation créée par Durruti ne disparaît pas après sa mort ; elle est maintenue pendant toute la guerre civile, avec la dénomination officielle de 26e Division, commandée (en 1939 au moins) par Ricardo Sanz.

Paroles de et sur Durruti[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Nous vous montrerons, à vous les bolcheviques russes et espagnols, comment on fait la révolution et comment on la mène à son terme. Chez vous, il y a une dictature, dans votre Armée rouge, il y a des colonels et des généraux, alors que dans ma colonne, il n'y a ni supérieur ni inférieur, nous avons tous les mêmes droits, nous sommes tous des soldats, moi aussi je suis un soldat. »
  • « Ce ne serait vraiment pas la peine de se déguiser en soldat si l'on devait se laisser à nouveau gouverner par les pseudo-républicains de 1931 ; nous consentons à faire de grandes concessions, mais n'oublions jamais qu'il nous faut mener de front la guerre et la révolution. »
  • « Nous n’avons pas peur des ruines. Nous sommes capables de bâtir aussi. C’est nous qui avons construit les palais et les villes d’Espagne, d’Amérique et de partout. Nous, les travailleurs, nous pouvons bâtir des villes pour les remplacer. Et nous les construirons bien mieux ; aussi nous n’avons pas peur des ruines. Nous allons recevoir le monde en héritage. La bourgeoisie peut bien faire sauter et démolir son monde à elle avant de quitter la scène de l’Histoire. Nous portons un monde nouveau dans nos cœurs. »
  • « J'ai été un anarchiste toute ma vie, et j'espère le rester. Je regretterais en effet de devenir un général et commander les hommes avec un bâton militaire. Ils me sont venus volontairement, ils sont prêts à mettre leur vie en jeu pour notre combat antifasciste. J'estime que la discipline est indispensable, mais elle doit venir de l'intérieur, motivée par une résolution commune et un fort sentiment de camaraderie[7]. »

« Dernières » paroles[modifier | modifier le code]

« Nous renoncerons à tout, sauf à la victoire. »

Ces paroles ne sont en fait pas de Durruti, il s'agit d'une manipulation des staliniens de l'époque visant à justifier le renoncement à la révolution au nom de l'effort de guerre[9].

Chanson[modifier | modifier le code]

Durruti

Voilà Durruti une lettre à la main,
où est écrite toute la misère de ce peuple souverain.
Voilà Durruti un livre dans sa musette,
où il note les millions volés par le capital.
Voilà Durruti avec 14 camarades,
et il dit aux patrons ce que veulent les ouvriers.
Voilà Durruti avec une feuille de papier,
qui demande aux soldats de sortir de leur caserne.
Voilà Durruti sans carrosse et sans argent,
qui salue tout le monde, paysans et journaliers.
Voilà Durruti avec les tables de la loi,
pour que sachent les ouvriers
qu'il n'y a ni patrie, ni dieu, ni roi.

(Traduction d'une chanson rendant hommage à Durruti ; auteur Chicho Sanchez Ferlosio)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'Éphéméride anarchiste : Buenaventura Durruti .
  2. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : Nicolas Faucier.
  3. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : Louis Lecoin.
  4. Photos de Colette Durruti sur gimenologues.org, 25 juillet 2005.
  5. La dernière phrase est discutable : l'emprise communiste sur le gouvernement (de José Giral) est encore limitée à cette date ; d'autre part, il faudrait au moins prouver que l'officier responsable a donné un mauvais conseil parce qu'il était communiste.
  6. Miguel Amorós, Durruti dans le labyrinthe, éd. de l'Encyclopédie des Nuisances.
  7. a et b Emma Goldman Durruti est mort, pourtant vivant (site en anglais)
  8. Éditions Champ Libre, Correspondance, volume 2, Champ Libre, 1981.
  9. Miguel Amoros, Durruti dans le labyrinthe

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]