Élisée Reclus

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Élisée Reclus

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Biographie
Naissance 15 mars 1830
Sainte-Foy-la-Grande (Gironde)
Décès 4 juillet 1905
Torhout, Belgique
Thématique
Formation Université de Paris (La Sorbonne)
Titres Professeur des universités
Médaille d’or de la Société de géographie de Paris (1892)
Approche Géographie sociale
Travaux Nouvelle Géographie universelle, la terre et les hommes en 19 volumes (1876-1894)
L’Homme et la Terre en 6 volumes (1905-1908)
Élisée Reclus
Élisée Reclus par Nadar (autour de 1900)
Élisée Reclus par Nadar (autour de 1900)

Naissance 15 mars 1830
Sainte-Foy-la-Grande (Gironde)
Décès 4 juillet 1905 (à 75 ans)
Torhout, Belgique
Type de militance activistethéoricienpropagandistegéographe
Cause défendue communisme libertaire
anarchisme

Élisée Reclus, de son nom complet Jean Jacques Élisée Reclus, né à Sainte-Foy-la-Grande (Gironde) le 15 mars 1830 et mort à Torhout en Belgique le 4 juillet 1905, est un géographe libertaire[1],[2],[3],[4],[5].

Communard, militant et théoricien anarchiste, il fut un pédagogue[6] et un écrivain prolifique. Membre de la Première Internationale, il rejoint la Fédération jurassienne après l'exclusion de Michel Bakounine. Avec Pierre Kropotkine et Jean Grave, il participe au journal Le Révolté[7].

En 1892, il est invité par l’Université libre de Bruxelles qui lui offre une chaire de géographie comparée. Mais le cours est suspendu fin 1893, suite à l'attentat d'Auguste Vaillant à Paris. En octobre 1894, avec d'autres professeurs démissionnaires, il crée alors l'Université nouvelle de Bruxelles dont les premiers cours se donnent dans les locaux de la loge maçonnique Les Amis philanthropes.

Citoyen du monde avant l’heure[8], précurseur de la géographie sociale, de la géopolitique et de l'écologie, ses ouvrages majeurs sont Histoire d’un ruisseau, sa Géographie universelle en 19 volumes et L'Homme et la Terre en 6 volumes.

La revue Hérodote le considère comme l'un des géographes les plus importants de son temps, au point d'avoir consacré deux numéros entiers à son œuvre en 1981 et 2005.

Une famille protestante[modifier | modifier le code]

Élisée Reclus par Nadar (sans date)

Son père Jacques Reclus, né en 1796, était pasteur calviniste français (tout d’abord rémunéré par l’État, puis indépendant) et a aussi été quelques années professeur au collège protestant de Sainte-Foy-la-Grande. Le pasteur eut, avec son épouse Zéline Trigant (née en 1805), dix-sept enfants (dont trois ne survécurent pas à la naissance).

Élisée Reclus est le frère du journaliste Élie Reclus, du géographe Onésime Reclus, de l'explorateur Armand Reclus, du chirurgien Paul Reclus, le cousin germain de Pauline Kergomard née Ducos, fondatrice des écoles publiques maternelles françaises et l'oncle de Paul Reclus qui le seconde dans ses travaux à la fin de sa vie.

Les années de formation[modifier | modifier le code]

Quatrième enfant du pasteur Jacques Reclus, Élisée est élevé jusque vers l’âge de 13 ans par ses grands-parents maternels, à La Roche-Chalais en Dordogne, à la suite de la décision prise par son père de ne plus être pasteur rétribué. En 1838, il regagne le foyer parental, à Orthez, après le décès de son grand-père.

En 1843, il a treize ans, son père, qui souhaite le destiner à une charge de pasteur, l’envoie rejoindre son frère Élie à Neuwied, en Prusse sur les bords du Rhin, dans un collège tenu par des pasteurs luthériens Frères Moraves[9].

Mais Élisée supporte mal le caractère superficiel de l’enseignement religieux de cette école : il rentre en 1844 à Orthez en passant par la Belgique. Son séjour à Neuwied n'est cependant pas entièrement négatif : il a l’occasion d’y apprendre des langues vivantes (allemand, anglais, néerlandais), et le latin, ainsi que d’y rencontrer des personnalités qu’il revit plus tard.

Élevé pendant quelques années par une sœur de sa mère à Sainte-Foy, il est inscrit au collège protestant de cette ville pour y préparer le baccalauréat[9]. Il rencontre vraisemblablement à cette période un ancien ouvrier parisien ce qui lui permet de lire Saint-Simon, Auguste Comte, Fourier et Lamennais[10].

En 1848, Élisée et Élie suivent des études de théologie à la faculté de théologie protestante de Montauban[10]. Ils en sont exclus en 1849 à la suite d’une fugue qu’ils firent en juin vers la Méditerranée. C’est sans doute au cours de ces années qu’il prit goût à ce qui devait devenir sa conception de la géographie sociale.

Élisée perd très vite la foi et est séduit par les idéaux socialistes de son époque[7]. Il décide alors d’abandonner définitivement les études théologiques. Il se rend cependant au collège de Neuwied où il est engagé comme maître répétiteur.

Il est à nouveau déçu par l’atmosphère du collège, qu’il quitte pour se rendre à Berlin en 1851. Vivant assez chichement de leçons de français, il s’inscrit à l’université pour y suivre les cours du géographe allemand Carl Ritter dont il devient le disciple[7].

En septembre 1851, Élisée retrouve son frère Élie à Strasbourg et ensemble ils décident de rentrer à Orthez en traversant la France, à pied, ce qui a certainement contribué à former son caractère.

Conquis dès cette époque aux idées politiques progressistes et anarchistes, il écrit son premier texte d'inspiration libertaire, Développement de la liberté dans le monde[10], où il évoque « l’anarchie, la plus haute expression de l’ordre ». L'article est publié, vingt ans après sa mort, en 1925, dans Le Libertaire[11].

Premier exil[modifier | modifier le code]

À Orthez, apprenant le coup d’État du 2 décembre 1851, les deux frères manifestent publiquement leur hostilité au nouveau régime et leur engagement républicain. Menacés d’être arrêtés, ils s’embarquent pour Londres où ils connaissent l’existence miséreuse des exilés. Élisée ne reverra la France qu’en 1857[12].

À Londres, il prend la mesure de l’humiliation qu’engendre la pauvreté. Élisée vit chichement de quelques leçons. En Irlande, où il est un moment ouvrier agricole, il découvre, la pauvreté de la campagne irlandaise encore très marquée par la grande famine de 1847 et la dureté de la domination coloniale anglaise[12].

Début 1853, il s’embarque pour La Nouvelle-Orléans. Il y exerce divers petits métiers dont celui d’homme de peine, puis est embauché comme précepteur des trois enfants d’une famille de planteurs d’origine française, les Fortier. C’est au cours de cette période, qu'il confronté à une nouvelle situation de domination, la société esclavagiste des planteurs. Révolté par la condition des esclaves, il sera un partisan indéfectible des nordistes durant la guerre de Sécession[12].

Il forme le projet de s’installer en Amérique du Sud comme agriculteur et de faire venir auprès de lui son frère Élie et sa femme. Fin 1855, il part donc pour la Colombie (alors Nouvelle-Grenade) en traversant le Mexique et l’Amérique centrale. Il essaye pendant deux ans de s’installer comme planteur de bananes ou de café. Peu doué pour les affaires et sans capitaux suffisants pour créer son exploitation, l’échec est total. Il quitte la Colombie en 1857 grâce à l’argent envoyé par son frère aîné qui lui permet de payer ses dettes et son billet pour le retour[12].

Géographe et anarchiste[modifier | modifier le code]

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En juillet 1857, Élisée revient en France et se fixe chez son frère Élie, à Paris. Les deux frères y rencontrent Auguste Blanqui et Pierre-Joseph Proudhon[11].

Tout en donnant des cours de langues étrangères, Élisée s’engage dans ce qui allait par la suite devenir sa principale occupation : il entre dans la Société de géographie.

Fin 1858, il retourne à Orthez en compagnie de son père qui revient d’Angleterre où il est allé chercher des aides financières pour un asile de vieillards qu’il a créé dans son village.

Le 11 mars 1858, il est initié dans la loge maçonnique, Les Émules d’Hiram du Grand Orient de France[13]. Il n’y est jamais actif et au bout d’un an il s'éloigne de la franc-maçonnerie.

Le 14 décembre 1858, il se marie civilement avec Clarisse Brian[14] et il retourne à Paris chez Élie.

En 1859, il contribue à la Revue des deux Mondes où il donne des articles de géographie, de géologie, de littérature, de politique étrangère, d'économie sociale, d'archéologie et de bibliographie, qui sont fort remarqués[9].

La maison Hachette décide d’employer Élisée pour rédiger des guides pour voyageurs (guides Joanne), ce qui va l’amener à parcourir de nombreux pays européens (Allemagne, Suisse, Italie, Angleterre, Sicile, Espagne…). Son premier livre, Voyage à la Sierra Nevada de Sainte-Marthe, est publié en 1861[10].

En 1862, Élisée se rend à Londres à l’occasion de l’Exposition universelle.

Dans le courant de l'année 1863, les deux frères vont s’installer à Vascœuil (Eure, Haute Normandie) chez leur ami Alfred Dumesnil, gendre de Jules Michelet. Adèle Dumesnil, la fille de l'historien étant décédée en 1855, Dumesnil, veuf, épouse en 1871 Louise Reclus, sœur d'Élisée et d'Élie.

Le 1er octobre 1863, il est parmi les fondateurs de la Société du Crédit au Travail, banque dont le but était d’aider à la création de sociétés ouvrières[10].

En juin 1864, avec son frère Élie, il est l’un des vingt-sept fondateurs de la première coopérative parisienne de type rochdalien : l’Association générale d’approvisionnement et de consommation. Élisée est élu secrétaire de L’Association, bulletin international des coopératives, fondé le 1er novembre. Il collabore à La Coopération, qui lui succède. En 1866, il fait partie avec Élie d’une société coopérative d’assurances sur la vie humaine créée à Paris sous le nom de L’Équité[11],[10].

Militant de la Première Internationale et communard[modifier | modifier le code]

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En septembre 1864, les deux frères Élie et Élisée adhèrent à la section des Batignolles de l’Association internationale des travailleurs fondée le 28 septembre à Londres (AIT, Première Internationale)[11].

En novembre de la même année à Paris, Élie et Élisée rencontrent Bakounine avec qui ils entretiennent des liens amicaux et politiques forts. Ils militent ensemble à la Fraternité Internationale, société secrète fondée par Bakounine. En 1865, Élisée se rend à Florence, où il revoit Bakounine et fait la connaissance de révolutionnaires italiens[11].

En 1867, Élisée participe à deux réunions internationales : du 2 au 7 septembre, deuxième Congrès de l’Association internationale des travailleurs à Lausanne et du 9 au 12 septembre, premier Congrès de la Ligue de la Paix et de la liberté à Genève. Du 21 au 25 septembre 1868 il participe activement au 2e Congrès de la Ligue de la Paix et de la Liberté, à Berne. Il y fait une intervention que l’on considère généralement comme sa première adhésion publique à l’anarchisme. Élisée, Bakounine et quelques autres s’opposent à la majorité des congressistes sur la question de la décentralisation. Ils en tirent les conséquences et quittent la Ligue[14].

En 1868, il adhère à l’Alliance internationale de la démocratie socialiste fondée par Bakounine et admise, en juillet 1869, par le Conseil général de l’Association internationale des travailleurs, au nombre des sections genevoises[14].

Le 6 juillet et le 17 août 1869 à Londres, Élisée assiste, à titre d’invité, à une séance du Conseil général de la Première Internationale.

En 1869, il rédige son Histoire d’un ruisseau.

En 1869, il s’engage comme volontaire au 119e bataillon de la Garde nationale, puis dans le bataillon des aérostiers, dirigée par son ami intime, le photographe Nadar[14].

Soucieux de donner un foyer à ses filles, confiées à deux de ses sœurs suite à la mort de sa femme Clarisse le 22 février 1869, Élisée et Fanny Lherminez déclarent s’accepter librement l’un l’autre pour « époux » en mai 1870 lors d'une réunion de famille[14].

Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, puis de la Commune de Paris, Élisée s’engage activement dans l’action politique et militaire.

En décembre, il participe, avec André Léo, Benoît Malon et son frère Élie Reclus, à la création du journal La République des travailleurs[11].

Il se présente aux élections législatives du 8 février 1871. Après la proclamation de la Commune, le 28 mars 1871, il s'engage comme volontaire dans la Fédération de la Garde nationale[9].

Le 4 (ou 5[10]) avril 1871, à l'occasion d'une sortie à Châtillon, il est fait prisonnier les armes à la main, par les Versaillais[9],[14].

Il est emprisonné à Quélern, puis sur les pontons de l’île de Trébéron (près de Brest), enfin au camp de Satory[14], soit en tout une quinzaine de prisons en onze mois de captivité[11].

Bannissement en Suisse[modifier | modifier le code]

Élisée Reclus en Suisse.

Le 15 novembre 1871, le 7e Conseil de guerre le condamne à la déportation[9] simple (transportation) en Nouvelle-Calédonie[14].

Une pétition internationale regroupant essentiellement des scientifiques anglais et américains et réunissant une centaine de noms (dont vraisemblablement Darwin), obtient, 3 février 1872, que la peine soit commuée en dix années de bannissement[9]. Élisée Reclus se refuse à signer un recours en grâce. Sa peine sera remise le 17 mars 1879[14].

À la suite de sa commutation de peine, Élisée et sa famille séjournent en Italie, puis en Suisse, à Lugano, Vevey et surtout Clarens[9],[15].

Il assiste au congrès de la Paix de Lugano (septembre 1872), et fonde une section internationaliste en 1876 à Vevey, avec son ami cartographe Charles Perron, qui dessine pour lui dans la Nouvelle Géographie Universelle. La section publie un journal, Le Travailleur, prônant notamment l'éducation populaire et libertaire[16].

En février 1874, sa compagne Fanny meurt en couches. Le 10 octobre 1875, il s'unit à Ermance Trigant-Beaumont (née Gonini), veuve d’un cousin de la mère des Reclus. Héritière d’une petite fortune, Ermance fait construire une maison à Clarens, au bord du lac Léman, où la famille s’installe de 1876 à 1891[11].

Communiste libertaire[modifier | modifier le code]

En Suisse, il est membre de la Fédération jurassienne où il acquitte sa cotisation de membre « central »[11].

Il entretient des relations suivies avec Michel Bakounine dont il préface, en 1882, Dieu et l'État[10] et Pierre Kropotkine[15] dont il fait la connaissance en février 1877[11]. Une grande amitié le lie à James Guillaume[11].

En 1873 et 1874, il collabore à l’Almanach du peuple, et en 1877, à La Commune. Le 19 mars 1876 à Lausanne, il affirme son communisme libertaire lors d’une réunion commémorative de la Commune de Paris[11].

Le 3 juillet 1876, à Berne, il assiste aux obsèques de Bakounine et prononce un discours funèbre[14].

Au printemps 1877, il lance à Genève, la revue Le Travailleur, avec son camarade et collaborateur Charles Perron, Nicolas Joukovsky et Alexandre Oelsnitz, dans laquelle ils se déclarent « an-archistes »[11].

Amnistié en 1879, il reste à Genève où il collabore avec Jean Grave au journal Le Révolté, par Pierre Kropotkine et François Dumartheray[7],[11].

Les 9 et 10 octobre 1880, il participe au congrès de la Fédération jurassienne. Il y définit son communisme libertaire, « conséquence nécessaire et inévitable de la révolution sociale » et « expression de la nouvelle civilisation qu’inaugurera cette révolution », et qui implique notamment « la disparition de toute forme étatiste » et « le collectivisme avec toutes ses conséquences logiques, non seulement au point de vue de l’appropriation collective des moyens de production, mais aussi de la jouissance et de la consommation collectives des produits » (Le Révolté, 17 octobre 1880)[11].

En 1883, les autorités tentent de l'impliquer dans le procès mené, à Lyon, contre Kropotkine. Il est présenté comme son collaborateur dans l'organisation du « parti anarchiste international » qui par définition ne se prête guère à une discipline ni à une hiérarchie. Il écrit au procureur général pour se mettre à sa disposition et finalement les poursuites sont abandonnées[9].

Nouvelle Géographie universelle[modifier | modifier le code]

Pendant toute cette période, il rédige certains de ses grands textes géographiques : Histoire d’une montagne (1882), ainsi que les premiers éléments de sa Nouvelle Géographie universelle, dont la publication est poursuivie régulièrement de 1875 à 1894[7].

Il continue aussi à voyager (Algérie, États-Unis, Canada, puis Brésil, Uruguay, Argentine et Chili). En février 1886, il se rend à Naples et y rencontre le révolutionnaire hongrois Kossuth.

Au début de 1891, Élisée et sa famille reviennent en France et se fixent à Sèvres[10].

En 1892, il reçoit la médaille d’or de la Société de géographie de Paris[10].

Bruxelles et l’Université nouvelle[modifier | modifier le code]

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En 1892, à la suite de la condamnation de Ravachol, la situation devient dangereuse pour lui en France, et il décide d’accepter une proposition de l’Université libre de Bruxelles (ULB) qui lui offre une chaire de géographie comparée en lui décernant le titre de docteur agrégé[9].

Ce cours doit prendre place en mars 1894, mais deux événements vont intervenir qui vont changer l'histoire. Le 9 décembre 1893, Auguste Vaillant lance une bombe à la Chambre des députés à Paris. Le géographe en est jugé moralement responsable. Au même moment, un texte de Reclus intitulé « Pourquoi sommes-nous anarchistes ? »[17], est diffusé sur le campus. Dans ce texte, il condamne la bourgeoisie, les prêtres, les rois, les soldats, les magistrats qui ne font qu’exploiter les pauvres pour s’enrichir. C'est un véritable appel à la révolution : l’unique moyen d’arriver à l’idéal anarchiste, c’est-à-dire à la destruction de l’État et de toutes autorités, par « l'action spontanée de tous les hommes libres ». Dès lors, les événements vont se succéder rapidement[18].

En sa séance du 30 décembre 1893, le conseil d'administration de l'ULB prie Élisée Reclus de reporter son cours sine die, ce qui provoque la démission du recteur de l'université Hector Denis, et de plusieurs professeurs. C’est à ce moment que surgit l’idée de créer une institution concurrente, l'Université nouvelle de Bruxelles, répondant mieux à leurs convictions philosophiques, matérialistes et positivistes, d'autant que plusieurs professeurs étrangers sont prêts à venir y donner cours. Le 30 janvier 1894, alors que l’Université libre de Bruxelles est fermée pour une durée indéterminée, les premiers cours sont donnés, rue du Persil à Bruxelles, dans les locaux de la Loge maçonnique « Les Amis philanthropes », elle-même à l’origine de la fondation de l’ULB. L'Université nouvelle de Bruxelles est fondée officiellement le 25 octobre 1894 : elle sera ouverte aux théories positivistes et basée sur le libre examen[18].

Les cours d’Élisée Reclus attirent énormément de monde, une manifestation étudiante suit sa première conférence. Son frère Élie le rejoint pour y donner des cours de mythologie. Des personnalités éminentes y enseigneront : Émile Vandervelde, Louis de Brouckère, Paul Janson, Edmond Picard, etc.[19],[20],[18].

L’Université Nouvelle existe jusqu’en 1919, date à laquelle elle fusionne avec l’Université Libre de Bruxelles, mettant fin au conflit entre libéraux doctrinaires et progressistes[18].

La rencontre avec Alexandra David-Néel[modifier | modifier le code]

C'est en 1886 qu'Élisée Reclus va rencontrer à Bruxelles une jeune fille appelée à devenir célèbre par la suite : Alexandra David-Néel[10]. Il a cinquante-six ans, elle en a dix-huit. Une forte amitié se noue entre eux, qui ne cesse qu'à la mort d'Élisée. Il eut sur sa jeune admiratrice une influence certaine : le premier ouvrage écrit par Alexandra David (Pour la vie) parut en 1898 avec une préface d'Élisée Reclus. Ils s'écrivent à plusieurs reprises, notamment lors du séjour d'Alexandra à Hanoï, en 1895.

En 1893 Élisée se rend à Florence pour témoigner dans un procès d’anarchistes italiens, qui sont relaxés. En 1898, il a la douleur de perdre sa fille cadette. Il fonde l’Institut géographique, qui dépend de l’Université nouvelle. Cette même année, il crée aussi une société d’édition de cartes géographiques qui fait faillite en 1904. C'est aussi au cours des années 1890 qu'il se lance dans un projet de construction d'un grand Globe, destiné à représenter fidèlement la Terre avec une maquette de plus de 127,5 mètres de diamètre, à l'échelle 1:100 000[21]. Ce projet, qui devait être réalisé pour l'Exposition universelle de 1900, réunit Reclus, Charles Perron, l'urbaniste Patrick Geddes pour réaliser le relief de l'Écosse[16].

Entre 1896 et 1901, il fournit plusieurs mémoires importants aux journaux scientifiques français, allemands et anglais[22].

En 1903, il demande à son neveu Paul Reclus de s'établir à Bruxelles pour l'aider à terminer l'édition de L'Homme et la Terre, « publiée après sa mort (1905-1908) sous le contrôle vigilant de son neveu Paul Reclus »[23],[24].

Disparition sans cérémonie[modifier | modifier le code]

Les Temps nouveaux du 15 juillet 1905 annoncent la mort de Reclus.

Durant les dernières années de sa vie, Élisée Reclus qui souffre d’angine de poitrine, voyage encore (France, Angleterre, Écosse, Berlin).

Fin juin 1905, il apprend la révolte des marins du cuirassé Potemkine, ce qui constitue l’une de ses dernières joies.

Il meurt le 4 juillet 1905 à Torhout, près de Bruges. Conformément à ses dernières volontés, aucune cérémonie n’a lieu : seul son neveu Paul Reclus suit le cercueil[25],[26].

Il est enterré au cimetière d’Ixelles, commune faisant partie de l'agglomération de Bruxelles, dans la même tombe que son frère Élie mort l’année précédente.

Il est apparenté à Franz Schrader (1844-1924), géographe, alpiniste, cartographe et peintre paysager, fils de sa cousine germaine Marie-Louise Ducos, ainsi qu'à Élie Faure (1873-1937), critique d'art.

Les idées d’Élisée Reclus[modifier | modifier le code]

L'Homme et la Terre (1905-1908).

Le bannissement politique d’Élisée Reclus pour ses idées anarchistes a certainement été à l’origine de l’oubli relatif dans lequel il est aujourd’hui. Selon la géopoliticienne Béatrice Giblin : « C’est bien parce qu’on ne pouvait dissocier le géographe, qui aurait dû être nanti d’on ne sait de quelle sereine impartialité scientifique, du militant anarchiste, que les représentants de l’institution universitaire ont choisi de l’oublier et de le faire oublier au plus vite »[12].

Il est méfiant envers la valeur du progrès : « Certes, l’industrie amena de réels progrès dans son cortège, mais avec quel scrupule il importe de critiquer les détails de cette grande évolution ! », il faut « prendre définitivement conscience de notre humanité solidaire, faisant corps avec la planète elle-même ». Pour lui, le progrès s'accompagne de « régrès », de régressions qui inscrivent les évolutions dans une problématique dialectique. Ainsi, dans L’Homme et la Terre il revient à de nombreuses reprises sur cette idée : « Le fait général est que toute modification, si importante qu’elle soit, s’accomplit par adjonction au progrès de régrès correspondants » (tome VI p° 531). Reclus ne désapprouve pas l'action de l'homme sur la nature, mais cette dernière doit répondre à des critères sociaux, moraux et esthétiques[12].

Pour Yves Lacoste, il serait le père de la réflexion géopolitique française (même si Reclus n'emploie jamais ce mot dans son œuvre)[27].

L'un des aspects les plus marquants de sa personnalité, outre ses convictions libertaires, est sa faculté de penser et d'agir par lui-même. À 18 ans, il affirme : « Je ne veux avoir sur le front la marque d'aucun maître, je veux garder ma libre pensée, ma volonté intacte, ne rendre compte de ma conduite qu'à ma conscience ! »[28]. Plus tard, il sera proche de la Fédération de la libre pensée (créée en 1848) et donnera des conférences dans des loges maçonniques[13].

En ce qui concerne ses idées religieuses, bien que formé dans sa jeunesse pour devenir pasteur, il se détache rapidement et radicalement du christianisme. Selon la géopoliticienne Béatrice Giblin : « Son projet [de jeunesse] est alors d’établir la République chrétienne, plus tard, devenu athée, il parlera de la République universelle. Devenir athée, ne signifie pas que Reclus perde ce qui fait de lui un être « religieux », s’il ne croit plus en l’existence de Dieu, il croit avec la foi du charbonnier à la liberté, condition indispensable pour qu’existe un jour la République universelle. »[12].

Élisée Reclus vécut toujours très simplement et mit les revenus qu’il avait à sa disposition grâce aux éditions Hachette ou à Ermance au service de la famille, des amis, des militants et du mouvement anarchiste[11].

Le géographe[modifier | modifier le code]

Illustration dans Géographie Universelle
Un exemple d'illustration dans La Nouvelle Géographie Universelle : Le Lac de Sete Cidades.

Prolongeant les travaux du naturaliste Carl Ritter dont il a suivi les cours à Berlin en 1851[12],[15], Élisée Reclus observe la nature. Il rédige de nombreux ouvrages de géographie dont la Nouvelle Géographie universelle en 19 tomes, et L'Homme et la Terre sont sans doute les plus importants[9].

Son œuvre en fait un précurseur de la géographie sociale[29]. Pour Reclus, il s’agit d’inclure la dimension humaine dans le processus géographique.

Il réfléchit aussi à l’enseignement de la géographie et souhaite mettre à la portée de chacun des outils originaux de compréhension dont le Projet de globe terrestre au 100 000e en collaboration avec l'architecte Louis Bonnier[30]).

Pour son travail de géographe, ses engagements anarchistes lui assurent un réseau d'informateurs dans le monde entier, mais lui ont également fermé les portes de la reconnaissance universitaire française pendant le XXe siècle[12].

L’anarchiste[modifier | modifier le code]

Reclus - L’Anarchie, 1896.djvu

Élisée Reclus est un militant impliqué directement dans des organisations ouvrières comme l'Association internationale des travailleurs, la Fédération jurassienne, la Ligue de la Paix et de la liberté[14]. Il est également en relation avec nombre des grandes figures du mouvement libertaire de l'époque : Bakounine, Kropotkine, Dumartheray, Jean Grave, James Guillaume, Max Nettlau, etc.

L’écrasement sanglant de la Commune de Paris l'a convaincu de l’antagonisme irréductible entre le capital et le travail, du rôle néfaste de l’État et de l’impossibilité de parvenir au socialisme par des voies pacifiques ou électoralistes, ce qui n’empêche pas des pratiques éducationnistes. De son exil en Suisse à sa mort, il ne cesse de prendre position sur les problèmes théoriques et pratiques qui se posent au mouvement libertaire : déclaration en faveur de l’union libre à l’occasion du mariage libre de ses deux filles (Le Révolté, 11 novembre 1882) ou prise de position catégorique contre le principe des élections : « Voter, c’est abdiquer » (Le Révolté, 11-24 octobre 1885)[11].

Sur certaines questions, il défend des positions originales. Il considère que la révolution ne se produira pas dans un proche avenir (Bulletin de la Fédération jurassienne, 11 février 1878). En opposition à Jean Grave, il se déclare favorable au droit de reprise individuelle : « Le révolutionnaire qui opère la reprise pour la faire servir aux besoins de ses amis peut tranquillement et sans remords se laisser qualifier de voleur » (Correspondance, t. III, 21 mai 1893). Enfin, il se montre hostile aux expériences de colonies anarchistes ou milieux libres : « Il ne faut nous enfermer à aucun prix, il faut rester dans le vaste monde pour en recevoir toutes les impulsions, pour prendre part à toutes les vicissitudes et en recevoir tous les enseignements » (Les Temps Nouveaux, 7-13 juillet 1900). Dans un long passage de L’Évolution, la révolution et l’idéal anarchique (1897), en accord avec Kropotkine, il se livre à un sévère réquisitoire contre Thomas Malthus. Il est également hostile au néo-malthusianisme défendu par Paul Robin[11].

En 1896, il publie son plus célèbre texte, L'Anarchie, reproduction d'une conférence prononcée devant les membres de la loge maçonnique Les Amis philanthropes de Bruxelles[10].

Élisée Reclus et la franc-maçonnerie[modifier | modifier le code]

Le 11 mars 1858, Élisée Reclus est initié en franc-maçonnerie à la loge Les Émules d'Hiram du Grand Orient de France à Paris[13],[31],[10],[32]. Son frère Élie déjà initié à la Loge Renaissance est présent.

Élisée se contente de l'initiation[33]. Au bout d'un an, il s’en détache et ne fréquente, à nouveau, les loges que lors de son dernier exil à Bruxelles, pour y donner de nombreuses conférences sur l'anarchie[13],[34]. Même s'il ne fut jamais un franc-maçon actif, sa présence à Bruxelles en 1894, a une importance déterminante sur la Maçonnerie belge, et notamment sur la loge Les Amis philanthropes[35].

Le partisan de l’union libre[modifier | modifier le code]

Union libre

« Je crois que votre frère E. s'est trompé lorsqu'il vous répondit que «chez nos camarades, la question de l'union libre a peu d'importance». Au contraire, l'opinion est désormais fixée et l'importance capitale de la liberté complète, absolue de la femme en face du masculin est reconnue chez tous les anarchistes [...] Je puis dire qu'à mon avis la révolution est accomplie, le mariage officiel a virtuellement vécu. Il ne reste qu'à déblayer la voie. »[36]

Élisée Reclus eut trois compagnes, avec chacune desquelles le contrat social fut différent. Une constante est cependant marquée : il a toujours refusé le mariage religieux[37].

  • La première, Clarisse Briand, qu’il épouse civilement à Orthez le 14 décembre 1858, avec qui il a trois filles (la troisième ne vécut pas), avait des origines Peul (sa mère était une Peul du Sénégal qui avait épousé un armateur bordelais). Clarisse meurt quelques semaines après son troisième accouchement, le 22 février 1869[14]. Ce mariage avait une signification toute particulière pour l’antiesclavagiste de retour de Louisiane.
  • Il s’unit avec la seconde, Fanny, en union libre (mariage « sous le soleil ») en mai 1870, à Vascœuil. Une très grande unité de vues les rassemble pendant leur courte vie commune[citation nécessaire]. Fanny meurt, en février 1874, en mettant au monde un enfant qui ne vécut pas.
  • C’est avec sa dernière compagne, Ermance Gonini (elle-même veuve), qui lui survécut, qu’il passe les trente dernières années de sa vie. Le 10 octobre 1875, à Zurich, ils s'unissent librement sans aucune formalité civile ou religieuse mais lecture d'un texte qui fut signé par les deux « époux » et leurs seize témoins[38]. Ils n’eurent aucune descendance.

Le 14 octobre 1882, « sans permettre à la loi religieuse et civile de s'en occuper »[38], « dans des conditions de vérité où les fiancés n'eurent point à faire de cérémonies civile ou religieuse en l'honneur d'une loi qui leur paraît injuste ou d'un culte qu'ils ne pratiquent point »[13], ses deux filles s'unissent librement, avec des amis de son neveu Paul : Magali avec Paul Régnier et Jeannie avec Léon Cuisinier[11]. À cette occasion, il prononce une allocution dans laquelle sont détaillées ses principales idées sur le mariage et l’éducation des enfants[39] : « Ce n’est point au nom de l’autorité paternelle que je m’adresse à vous, mes filles, et à vous, jeunes hommes qui me permettez de vous donner le nom de fils. Notre titre de parents ne nous fait en rien vos supérieurs et nous n’avons sur vous d’autres droits que ceux de notre profonde affection »[40].

Élisée Reclus et l’espéranto[modifier | modifier le code]

Élisée Reclus appelle de ses vœux une langue universelle qui ne viendrait pas se substituer aux langues maternelles mais qui serait une langue vraiment commune à l’humanité entière. Cette langue ne peut pas être une langue ancienne : « à de nouveaux pensers il faut un instrument nouveau. Nulle langue moderne ne convient non plus au rôle de véhicule universel de l’intelligence humaine »[41]. Il cite l'espéranto en exemple et se réjouit du fait que dix ans seulement après son invention, il réunisse déjà quelques 120 000 adeptes[42].

Le naturiste[modifier | modifier le code]

Élisée Reclus pensait que la nudité était l'un des moyens de développer la socialisation entre individus, il en vantait les bienfaits hygiéniques moralement comme physiologiquement, et il la mettait en perspective dans de vastes vues englobantes sur l'histoire et la géographie des cultures. Certains le considèrent comme le fondateur du naturisme.

Le végétarien[modifier | modifier le code]

Très tôt rebuté par la viande, Élisée Reclus pratique un végétarisme strict[11]. Il fut un « légumiste » convaincu comme il aimait à le dire et partageait cette conception avec son frère Élie.

Citations[modifier | modifier le code]

Sur la morale

« Celui qui commande se déprave, celui qui obéit se rapetisse. Des deux côtés. comme tyran ou comme esclave, comme préposé ou comme subordonné, l'homme s'amoindrit. La morale qui naît de la conception actuelle de l'État, de la hiérarchie sociale, est forcément corrompue. "La crainte de Dieu est le commencement de la sagesse", nous ont enseigné les religions, elle est le commencement de toute servitude et de toute dépravation, nous dit l'histoire. » 18 juillet 1892, Correspondance[43]

Sur la famille

« C’est dans la famille surtout, c’est dans ses relations journalières avec les siens que l’on peut le mieux juger l’homme : s’il respecte absolument la liberté de sa femme, si les droits, la dignité de ses fils et de ses filles lui sont aussi précieux que les siens, alors la preuve est faite ; il est digne d’entrer dans une assemblée de citoyens libres ; sinon, il est encore esclave, puisqu’il est tyran. » L'Homme et la Terre, 1905[44]

Sur l'anarchie

« Notre destinée, c'est d'arriver à cet état de perfection idéale où les nations n'auront plus besoin d'être sous la tutelle d'un gouvernement ou d'une autre nation; c'est l'absence de gouvernement, c'est l'anarchie, la plus haute expression de l'ordre. » Le développement de la liberté dans le monde, 1851[45],[46].

« Pour que l’anarchie triomphe, il faut qu’elle soit déjà une réalité concrète avant les grands jours qui viendront. » Aux compagnons, Les Entretiens politiques et littéraires, juillet 1892[47]

Sur la révolution

« [...] l’équilibre rompu d’individu à individu, de classe à classe, se balance constamment autour de son axe de repos : le viol de la justice crie toujours vengeance. De là, d’incessantes oscillations. Ceux qui commandent cherchent à rester les maîtres, tandis que les asservis font effort pour reconquérir la liberté, puis, entraînés par l’énergie de leur élan, tentent de reconstituer le pouvoir à leur profit. Ainsi des guerres civiles, compliquées de guerres étrangères, d’écrasements et de destructions, se succèdent en un enchevêtrement continu, aboutissant diversement, suivant la poussée respective des éléments en lutte.Ou bien les opprimés se soumettent, ayant épuisé leur force de résistance : ils meurent lentement et s’éteignent, n’ayant plus l’initiative qui fait la vie ; ou bien c’est la revendication des hommes libres qui l’emporte, et, dans le chaos des événements, on peut discerner de véritables révolutions, c’est-à-dire des changements de régime politique, économique et social, dus à la compréhension plus nette des conditions du milieu et à l’énergie des initiatives individuelles. » L’Homme et la Terre, préface du tome I, 1905[48].

« Il est cependant des esprits timorés qui croient honnêtement à l’évolution des idées, qui espèrent vaguement dans une transformation correspondante des choses, et qui néanmoins, par un sentiment de peur instinctive, presque physique, veulent, au moins de leur vivant, éviter toute révolution. Ils l’évoquent et la conjurent en même temps : ils critiquent la société présente et rêvent de la société future comme si elle devait apparaître soudain, par une sorte de miracle, sans que le moindre craquement de rupture se produise entre le monde passé et le monde futur. Êtres incomplets, ils n’ont que le désir, sans avoir la pensée ; ils imaginent, mais ils ne savent point vouloir. » L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique, 1902[49].

Sur le vote

« Vous demandez à un homme de bonne volonté, qui n’est ni votant, ni candidat, de vous exposer quelles sont ses idées sur l’exercice du droit de suffrage. [...] Voter, c’est abdiquer ; nommer un ou plusieurs maîtres pour une période courte ou longue, c’est renoncer à sa propre souveraineté. Qu’il devienne monarque absolu, prince constitutionnel ou simplement mandataire muni d’une petite part de royauté, le candidat que vous portez au trône ou au fauteuil sera votre supérieur. Vous nommez des hommes qui sont au-dessus des lois, puisqu’ils se chargent de les rédiger et que leur mission est de vous faire obéir. Voter, c’est être dupe ; c’est croire que des hommes comme vous acquerront soudain, au tintement d’une sonnette, la vertu de tout savoir et de tout comprendre. Vos mandataires ayant à légiférer sur toutes choses, des allumettes aux vaisseaux de guerre, de l’échenillage des arbres à l’extermination des peuplades rouges ou noires, il vous semble que leur intelligence grandisse en raison même de l’immensité de la tâche. L’histoire vous enseigne que le contraire a lieu. Le pouvoir a toujours affolé, le parlotage a toujours abêti. Dans les assemblées souveraines, la médiocrité prévaut fatalement. » Le Révolté, octobre 1885[50].

Sur le progrès

« De quels chants de triomphe en l’honneur du progrès n’ont pas été accompagnées les inaugurations de toutes les usines industrielles avec leurs annexes de cabarets et d’hôpitaux ! Certes, l’industrie amena de réels progrès dans son cortège, mais avec quel scrupule il importe de critiquer les détails de cette grande évolution ! Les misérables populations du Lancashire et de la Silésie nous montrent que tout n’a pas été progrès sans mélange dans leur histoire ! Il ne suffit pas de changer d’état et d’entrer dans une classe nouvelle pour qu’on acquière une plus grande somme de bonheur. » L’Homme et la Terre, tome VI, 1905[51].

« [...] prendre définitivement conscience de notre humanité solidaire, faisant corps avec la planète elle-même, embrasser du regard nos origines, notre présent, notre but rapproché, notre idéal lointain, c’est en cela que consiste le progrès. » L’Homme et la Terre, tome VI, 1905[52],[53].

Sur l'écologie

« La question de savoir ce qui dans l’œuvre de l’homme sert à embellir ou bien contribue à dégrader la nature extérieure peut sembler futile à des esprits soi-disant positifs : elle n’en a pas moins une importance de premier ordre. Les développements de l’humanité se lient de la manière la plus intime avec la nature environnante. Une harmonie secrète s’établit entre la terre et les peuples qu’elle nourrit, et quand les sociétés imprudentes se permettent de porter la main sur ce qui fait la beauté de leur domaine, elles finissent toujours par s’en repentir. Là où le sol s’est enlaidi,là où toute poésie a disparu du paysage, les imaginations s’éteignent, les esprits s’appauvrissent, la routine et la servilité s’emparent des âmes et les disposent à la torpeur et à la mort. Parmi les causes qui dans l’histoire de l’humanité ont déjà fait disparaître tant de civilisations successives, il faudrait compter en première ligne la brutale violence avec laquelle la plupart des nations traitaient la terre nourricière. Ils abattaient les forêts, laissaient tarir les sources et déborder les fleuves, détérioraient les climats, entouraient les cités de zones marécageuses et pestilentielles ; puis, quand la nature, profanée par eux, leur était devenue hostile, ils la prenaient en haine, et, ne pouvant se retremper comme le sauvage dans la vie des forêts, ils se laissaient de plus en plus abrutir par le despotisme des prêtres et des rois. » Du Sentiment de la nature dans les sociétés modernes, La Revue des deux mondes, n°63, 15 mai 1866[54].

Sur le naturisme

« Au fond, il s’agit de savoir lequel, du nu ou du vêtement, est le plus hygiénique, le plus sain pour développement harmonique de l’homme au physique et au moral. Quant au premier cas, il ne peut y avoir aucun doute. Pour les hygiénistes, c’est une question jugée que celle de la nudité. Il n’est pas douteux que la peau reprend de sa vitalité et de son activité naturelles quand elle est librement exposée à l’air, à la lumière, aux phénomènes changeants du dehors. La transpiration n’est plus gênée ; les fonctions de l’organe sont rétablies ; il redevient plus souple et plus ferme à la fois ; il ne pâlit plus comme une plante isolée privée de jour. Les expériences faites sur les animaux ont prouvé aussi que, lorsque la peau est soustraite à l’action de la lumière, les globules rouges diminuent de même que la proportion d’hémoglobine. C’est dire que la vie devient moins active et moins intense. Encore un exemple de ce fait, que les progrès de la civilisation ne sont pas nécessairement des progrès et qu’il importe de les soumettre au contrôle de la science. » La question des vêtements et de la nudité, L'Homme et la Terre[55]

Commentaires[modifier | modifier le code]

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  • Pour le géographe et géopoliticien, Yves Lacoste dans la revue Hérodote en 2005 : « Élisée Reclus nous a énormément apporté et depuis une vingtaine d’années notamment depuis la redécouverte de son œuvre, l’école géographique française, pour d’autres raisons a progressé. Il fut un homme du XIXe siècle qui, comme bien d’autres hommes de haute culture, avait l’espérance d’un monde meilleur et ses convictions libertaires, et en vérité sa religiosité profonde, le rendaient à la fois plus lucide à moyen terme et plus utopique pour l’avenir. Nous vivons dans un monde qui a perdu ses illusions et où l’on raisonne en termes de dangers quant à l’avenir de la planète. C’est une raison majeure de nous interroger sur notre position à l’égard de l’œuvre d’Élisée Reclus »[27].
  • Pour la naturaliste et historienne Valérie Chansigaud : « le géographe Élisée Reclus, l’un des premiers à étudier la place de l’espèce humaine dans la nature après les révolutions industrielles, pose les bases de ce qui s’appellera plus tard l’écologie. »[56]
  • Selon Philippe Garnier dans Philosophie Magazine : « Sa pensée mêle anarchisme et méfiance vis-à-vis du progrès, lequel s’accompagne selon lui nécessairement de « régrès ». Face aux idéologies saint-simonienne et positiviste qui fleurissent sous le Second Empire, il regrette la « bruta­lité » avec laquelle l’homme prend possession de la terre et prône la recherche d’un équilibre avec le milieu naturel. Reclus travaille à un moment où l’humanité bascule des campagnes vers les villes, où la planète est en voie de globalisation tout en présentant encore d’immenses différences de paysages et de cultures. Écologiste avant l’heure, il saisit dans une vision embrassant le social, l’économique, le psychologique, l’impact des migrations et des masses sur l’environnement. S’intéressant autant à l’Afrique centrale qu’aux volcans, à Bakounine qu’à l’union libre en passant par le régime végétarien, il a construit, avec ces classiques que sont devenus Histoire d’un ruisseau ou L’Homme et la Terre, l’une des dernières œuvres encyclopédiques. »[57]
  • Pierre Kropotkine, ami intime d’Élisée qu’il a rencontré pour la première fois en 1877, le défini : « Type du vrai puritain dans sa manière de vivre et, au point de vue intellectuel, le type du philosophe encyclopédiste français du dix-huitième siècle »[14].
  • Un fonctionnaire de police l’a jugé ainsi : « M. Reclus est un homme fort instruit, laborieux et d’habitudes régulières, mais très rêveur, bizarre, obstiné dans ses idées et croyant à la réalisation de la fraternité universelle » (rapport du 9 janvier 1874, Archives de la Préfecture de Police)[14].

Œuvres[modifier | modifier le code]

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Reclus - La Peine de mort.djvu
Reclus - À mon frère le paysan.djvu

Ouvrages de géographie[modifier | modifier le code]

  • Nouvelle géographie universelle page 38
    Nouvelle Géographie universelle, la terre et les hommes, 19 volumes, Paris, Hachette, 1876-1894, BNF. Texte en ligne disponible sur IRIS
  • L’Homme et la Terre, 6 volumes, Paris, Librairie universelle, 1905-1908, préface au tome 1.
  • Guide du voyageur à Londres et aux environs, Guides Joanne, Hachette, Paris, 1860.
  • Voyage à la Sierra Nevada de Sainte Marthe. Paysages de la nature tropicale, Hachette, Paris, 1861.
  • Les Villes d’hiver de la Méditerranée et les Alpes maritimes, Guides Joanne, Hachette, Paris, 1864.
  • Introduction au Dictionnaire des Communes de France, en collaboration avec Élie Reclus, Hachette, Paris, 1864.
  • La Terre. Description des phénomènes de la vie du globe, Hachette, Paris, 1868.
  • Histoire d’un ruisseau, Paris, Hetzel, 1869, texte intégral ; Infolio éditions, 2010, (ISBN 9782884745987), notice éditeur.
  • Histoire d’une montagne, La Science illustrée, Paris 1875-1876 ; Paris, Hetzel, 1882, texte intégral ; Actes Sud, 1999, (ISBN 2742716858) ; Infolio éditions, 2011, (ISBN 9782884746199), notice éditeur.
  • Projet de construction d’un globe terrestre à l’échelle du cent millième, Bruxelles, 1895-1896.
  • Renouveau d’une Cité, Bruxelles, 1896.
  • L’Afrique australe, avec Onésime Reclus, Hachette, Paris, 1901.
  • L'empire du milieu. Le climat, le sol, les races, les richesses de la Chine, avec Onésime Reclus, Hachette, Paris, 1902, texte intégral.
  • Les volcans de la Terre, 1906-1909.
  • Fragment d'un voyage à la Nouvelle-Orléans, Le Tour du monde, 1860, éditions du Sextant, 2013, préface de Jean Morisset.

Ouvrages politiques[modifier | modifier le code]

Textes géographiques[modifier | modifier le code]

Textes politiques[modifier | modifier le code]

Textes sur les mœurs[modifier | modifier le code]

  • Unions libres. Allocution du père à ses filles et à ses gendres du 14 octobre 1882, Paris, Chamerot, 1882, imprimé pour la famille à l'occasion du mariage de ses filles Magali et Jeannie, texte intégral..
  • La question des vêtements et de la nudité, L'Homme et la Terre, texte intégral.
  • La grande famille, Le Magazine International, janvier 1897, texte intégral, format doc.
  • Pages de sociologie préhistorique, L'Humanité Nouvelle, février 1898; texte intégral.

Biographie[modifier | modifier le code]

  • Vie d'Élie Reclus, 1905[60].

Préfaces[modifier | modifier le code]

Correspondance[modifier | modifier le code]

  • Correspondance, 3 volumes, Éditions Archives Karéline, 2010.

Conférences[modifier | modifier le code]

  • Discours à la séance solennelle de rentrée du 22 octobre 1895 de l’Université Nouvelle de Bruxelles, Bruxelles, Imprimerie veuve Ferdinand Larcier, texte intégral.

Anthologie[modifier | modifier le code]

  • Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes et autres textes, Éditions Premières Pierres, 2002 (ISBN 9782913534117).

Nombreux articles dans des revues géographiques ou anarchistes[modifier | modifier le code]

  • Bulletin de la Société de géographie (Paris)
  • Revue des deux Mondes (Paris)
  • Revue germanique (Paris)
  • Le Réveil (Paris)
  • Le Globe (Paris)
  • Le Travailleur (Paris)
  • Le Révolté (Genève)
  • The Anarchist (Londres)
  • Les Temps nouveaux (Paris)
  • The Contemporary Review (Londres)
  • Humanité Nouvelle (Paris-Bruxelles)
  • Ciel et Terre, bulletin de la Société belge d’astronomie (Bruxelles)
  • La Science illustrée (Paris)
  • Revue belge de géographie, Société royale belge de géographie, Bruxelles, (ISSN 0770-0717).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Thèses[modifier | modifier le code]

Revues[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Élisée Reclus, Chelles, Itinéraire no 14-15, 1998, sommaire[66].
  • Joël Cornuault, Les Cahiers Élisée Reclus, Bergerac, Librairie La Brèche, 56 numéros, 1996 - 2006, notice & notice.
    • L'Union plénière du civilisé avec le sauvage selon Reclus, s/d, texte intégral.

Articles[modifier | modifier le code]

  • Béatrice Giblin, Élisée Reclus, géographie, anarchisme, Revue Hérodote, no 2, avril-juin 1976, p. 30-50, texte intégral.
  • Philippe Pelletier
  • Federico Ferretti
    • Comment Élisée Reclus est devenu athée: un nouveau document biographique, Cybergeo, 2010, texte intégral.
    • Le fonds Reclus-Perron et le contesté franco-brésilien de 1900, Terra Brasilis (Nova Série), 2/2013, texte intégral.
    • Les Reclus et la Maison Hachette : la première agence de la géographie française ?, L’Espace Géographique, 3/2010, p. 239-252, texte intégral.
    • La redécouverte d’Élisée Reclus : à propos d’ouvrages récents, EchoGéo, 2012, texte intégral.
    • Un regard hétérodoxe sur le Nouveau Monde : la géographie d’Élisée Reclus et l’extermination des Amérindiens (1861-1905), Journal de la Société des Américanistes, no 99, 2013, p. 141-164, texte intégral.
    • Géographie, éducation libertaire et établissement de l’école publique entre le 19e et le 20e siècle : quelques repères pour une recherche, Cartable de Clio, revue suisse sur les didactiques de l’histoire, n°13, 2013, p. 187-199, texte intégral.
  • Federico Ferretti, Philippe Malburet et Philippe Pelletier, Élisée Reclus et les Juifs : étude géographique d’un peuple sans État, Cybergeo, 2011, texte intégral.
  • Ernesto Mächler Tobar, Un avantage pour des hommes sans peur. El sueño anarquista de Élisée Reclus en el caribe colombiano, América, Cahiers du CRICCAL, Voyages et Fondations, 1re série, no 35, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2006, p. 75-85, sommaire.
  • Jean-Claude Faure, Les Reclusiennes ont convaincu, Sud Ouest, 22 juillet 2013, texte intégral.
  • Alavoine-Muller Soizic, Un globe terrestre pour l'Exposition universelle de 1900. L'utopie géographique d'Élisée Reclus, L’Espace géographique 2/ 2003, p. 156-170, [www.cairn.info/revue-espace-geographique-2003-2-page-156.htm texte intégral].
  • Paul Claval, Une biographie d'Élisée Reclus. Dunbar (Gary), 1978, Elisée Redits, historian of Nature. Hamden (Connecticut), Archon Books, Espace géographique, tome 11, no 4, 1982, p. 315-316, texte intégral.
  • Hem Day, Élisée Reclus en Belgique. Sa vie, son activité, 1894-1905, Paris-Bruxelles, Pensée et Action, 1956, notice.
  • Hem Day, Élisée Reclus et la jeunesse, Bruxelles, Contre-Courant, juillet 1957, notice.

Vidéos[modifier | modifier le code]

  • Nicolas Éprendre : Élisée Reclus, la passion du Monde, Antoine Martin production, 52 minutes, 2012, synopsis & bande annonce.
  • Gérard Fauconnier, Le génie des frères Reclus, conférence à la Médiathèque André Labarrère, Pau, 16 février 2012, voir en ligne.

Colloques[modifier | modifier le code]

  • Élisée Reclus, Actes du colloque organisé à Bruxelles les 1er et 2 février 1985 par l’Institut des Hautes Études de Belgique et la Société Royale Belge de Géographie, éditions de l'Institut des hautes études de Belgique et la Société royale Belge de Géographie, 1985.
  • Rencontres Élisée Reclus, Orthez, décembre 2005, programme.

Exposition[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Notices et sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Élisée Reclus, géographe libertaire, Revue Hérodote, no 22, 1981, texte intégral.
  2. Delphine Papin, Londres à la lumière d’un géographe libertaire, Revue Hérodote no 117, 2/2005, texte intégral.
  3. Gérard Gonet-Boisson, Agents géographiques et société libertaire, Université de Pau et des Pays de l'Adour, DEA de Géographie, 2000, texte intégral.
  4. « un penseur libertaire majeur », John P. Clark, Lire Reclus aujourd’hui ?, texte intégral.
  5. Florence Deprest, Élisée Reclus et l'Algérie colonisée, Éditions Belin, 2012, résumé.
  6. Charles Heimberg, Élisée Reclus, un pédagogue libertaire, Mediapart, 17 mars 2013, texte intégral.
  7. a, b, c, d et e Paul Claudel, Élisée Reclus - 1830-1905, Encyclopædia Universalis, texte intégral.
  8. Pascal Bedos, Elisée Reclus, géographie et anarchie - Philippe Pelletier, Le Monde diplomatique, mars 2010, texte intégral.
  9. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k H. Bourgin, Élisée Reclus, La Grande Encyclopédie, 1886-1902, Vol. 28, page 227, texte intégral.
  10. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Hortense Paillard, Élisée Reclus, La République des Lettres, notice biographique.
  11. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s et t Dictionnaire des anarchistes : notice biographique.
  12. a, b, c, d, e, f, g, h et i Béatrice Giblin, Élisée Reclus : un géographe d’exception, revue Hérodote, n°117, deuxième trimestre 2005, texte intégral.
  13. a, b, c, d et e Léo Campion, Le drapeau noir, l'équerre et le compas : les Maillons libertaires de la Chaîne d'Union, texte intégral.
  14. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français : notice biographique.
  15. a, b et c Peter Jud, « Reclus, Elisée » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  16. a et b Federico Ferretti, Charles Perron, cartographe de la « juste » représentation du monde, Le Monde diplomatique, 5 février 2010.
  17. Pourquoi sommes-nous anarchistes ?, 1889, texte intégral.
  18. a, b, c et d Jacques Gillen, Chapitre 2 : Eugène Gaspard Marin et l’Université Nouvelle, in Les activités en Belgique d’un anthropologue anarchiste : Eugène Gaspard Marin (1883-1969), Mémoire de Licence en Histoire contemporaine sous la direction de Anne Morelli, Université libre de Bruxelles, 1996-1997, texte intégral.
  19. Pol Defosse, Dictionnaire historique de la laïcité en Belgique, Luc Pire Éditions, 2005, page 240.
  20. Un peu d'Histoire, Institut des hautes études de Belgique, Université libre de Bruxelles, texte intégral.
  21. Federico Ferretti, Élisée Reclus, le géographe qui n’aimait pas les cartes, blog du Monde diplomatique, 13 novembre 2007
  22. Parmi ceux-ci, peuvent être mentionnés :
    • « The Progress of Mankind » (Contemp. Rev., 1896)
    • « Attila de Gerando » (Rev. Géograph., 1898)
    • « A Great Globe » (Geograph. Journ., 1898)
    • « L'Extrême-Orient » (Bul. Antwerp Geo. Soc., 1898), une étude suggestive de géographie politique concernant l'Extrême-Orient et les changements qui pouvaient y advenir.
    • « La Perse » (Bul. Soc. Neuchâteloise, 1899)
    • « La Phénicie et les Phéniciens » (ibid., 1900)
    • « La Chine et la diplomatie européenne » (série L'Humanité nouvelle, 1900)
    • « L'Enseignement de la géographie » (Instit. Géograph. de Bruxelles, No. 5, 1901)
  23. Béatrice Giblin, Élisée Reclus : un géographe d'exception, Hérodote, no 117, 2/2005, p. 11-28, texte intégral.
  24. L'Éphéméride anarchiste : Paul Reclus (1858-1941).
  25. Élisée Reclus, Le Libertaire, no 5, mai 1945, texte intégral.
  26. Lettre de Paul Reclus à Pierre Kropotkine 1905-07-06, RA.Forum, texte intégral.
  27. a et b Yves Lacoste, Hérodote et Reclus, Hérodote, no 117, deuxième trimestre 2005, texte intégral.
  28. Henriette Chardak, Élisée Reclus. L'homme qui aimait la Terre, Paris, Éditions Stock, 1997, page 34.
  29. Encyclopédie Larousse, géographie sociale.
  30. Soizic Alavoine-Muller, « Un globe terrestre pour l'exposition universelle de 1900. L'utopie géographique d'Élisée Reclus », L'Espace géographique, vol. 32, no 2,‎ 2003, p. 156-170 (lire en ligne)
  31. « Élisée Reclus aurait donc été initié en 1858 ! 1858 ou 1861 ? De toute façon, il est entré en Franc-Maçonnerie après son retour de l'exil qui suivit le coup d'Etat du 2 décembre 1851, et avant sa rencontre avec Bakounine en 1864 », Revue belge de géographie, Volumes 110 à 112, 1986, page 10.
  32. Jean-Paul Bord, Raffaele Cattedra, Ronald Creagh, Jean-Marie Miossec, Georges Roques, Elisée Reclus - Paul Vidal de la Blache : Le géographe, la cité et le monde, hier et aujourd'hui, L'Harmattan, 2009, page 13.
  33. Revue belge de géographie, Volumes 110 à 112, 1986, page 10.
  34. RECLUS, Élisée, L’Anarchie, Conférence prononcée le 18 juin 1894 aux franc-maçons de la loge "Les Amis Philanthropes" de Bruxelles, précédée d’une notice préliminaire, texte intégral.
  35. Revue belge de géographie, Volumes 110 à 112, 1986, page 21.
  36. Lettre à Mme Clara Mesnil, Bruxelles, 5 janvier 1904, texte intégral..
  37. Henriette Chardak, Élisée Reclus : un encyclopédiste infernal !, L'Harmattan, 2006, page 119.
  38. a et b Jacqueline Lalouette, La Libre-pensée en France, 1848-1940, Albin Michel, 2001, texte intégral.
  39. « [...] il maria ses filles, simplement en donnant à leur union son approbation de chef de famille (1882), fait qui dans la presse européenne donna naissance à des polémiques retentissantes », H. Bourgin, Élisée Reclus, La Grande Encyclopédie, 1886-1902, Vol. 28, page 227, texte intégral.
  40. Unions libres. Allocution du père à ses filles et à ses gendres du 14 octobre 1882, Paris, Chamerot, 1882, imprimé pour la famille à l'occasion du mariage de ses filles Magali et Jeannie, texte intégral..
  41. L’Homme et la Terre, tome VI, Librairie universelle, 1905, page 466, texte intégral
  42. Caroline Granier, Le réel au miroir de l’utopie. L’anarchie dans la parole comme dans la pensée, in Les écrivains anarchistes en France à la fin du dix-neuvième siècle, Thèse de doctorat de l’Université Paris-VIII, Volume II, 2003, texte intégral.
  43. Élisée Reclus, Correspondance, Tome 3, septembre 1889 - juillet 1905, texte intégral.
  44. L'Homme et la Terre, tome VI, Librairie universelle, 1905, page 174 texte intégral.
  45. J.-P. Bord, Élisée Reclus - Paul Vidal de la Blache, le géographe, la cité et le monde, hier et aujourd'hui, Paris, L'Harmattan, 2009, page 33.
  46. Jean-Didier Vincent, Élisée Reclus, géographe, anarchiste, écologiste, Robert Laffont, 2010, texte intégral
  47. Caroline Granier, Les écrivains anarchistes en France à la fin du dix-neuvième siècle, Thèse de doctorat de l’Université Paris-VIII, Volume II, Points de vue, L’utopie comme méthode, 2003, texte intégral.
  48. Élisée Reclus, L’Homme et la Terre, préface du tome I, 1905, texte intégral.
  49. Élisée Reclus, L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique, 1902, texte intégral.
  50. Jean-Didier Vincent, Élisée Reclus, géographe, anarchiste, écologiste, Robert Laffont, 2010, texte intégral
  51. Élisée Reclus, L’Homme et la Terre, tome VI, Paris, Librairie universelle, 25 octobre 1905, p. 501-541, extraits en ligne.
  52. Élisée Reclus, L'Homme et la Terre, tome VI, Paris, Librairie universelle, 1905, page 565, extraits en ligne.
  53. Geneviève Férone, Jean-Didier Vincent, Bienvenue en Transhumanie. Sur l'homme de demain, Grasset, 5 octobre 2011, texte intégral.
  54. Élisée Reclus, Du Sentiment de la nature dans les sociétés modernes, La Revue des deux mondes, n°63, 15 mai 1866, texte intégral.
  55. Élisée Reclus, La question des vêtements et de la nudité, texte intégral.
  56. De l’action humaine sur la géographie physique, texte intégral.
  57. Philippe Garnier, Les grands textes, Philosophie Magazine, n°79, 24 avril 2014, texte intégral.
  58. Les éditions de Londres, notice.
  59. Les éditions de Londres, notice.
  60. Paul Reclus, Les frères Élie et Élisée Reclus, ou du Protestantisme à l'Anarchisme, Paris, Les Amis d'Élisée Reclus, 1964, p. 157-184.
  61. Centre International de Recherches sur l'Anarchisme (Lausanne) : notice.
  62. Gisèle Vianey, « Henriette Chardak, Élisée Reclus. L'homme qui aimait la Terre, Paris, Éditions Stock, 1997, 592 p. », Ruralia, 3/1998, texte intégral.
  63. Max Angel, Élisée Reclus, géographe, anarchiste, écologiste Jean-Didier Vincent Prix Fémina de l'essai 2010, Mediapart, 18 février 2014, lire en ligne.
  64. Sudoc : notice.
  65. WorldCat : notice.
  66. Chroniques rebelles : notice.
  67. RA.forum : notice.