Causes de la Révolution française

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Plusieurs facteurs ont permis le déclenchement de la Révolution française. Sont généralement distingués des causes structurelles profondes, auxquelles se sont combinées d'autres causes dues à la conjoncture de la période. La révolution n'est pas due à un seul événement mais à un ensemble d'événements qui, associés, ont créé un choc suffisamment important pour occasionner des transformations irréversibles dans la conception de l'organisation du pouvoir politique, de la société et des libertés individuelles.

Remise en cause de l'absolutisme et l'émergence d'idées nouvelles[modifier | modifier le code]

Révolutions anglaises du XVIIe siècle et mise en place d'une monarchie parlementaire[modifier | modifier le code]

À l'époque où en France Louis XIV devient roi et inaugure à Versailles un asservissement de la noblesse dans le but de garder seul le pouvoir, se produisent en Angleterre deux révolutions de grande importance, mais qui resteront les seules dans l'histoire de ce pays. Pourquoi donc ces deux pays qui semblaient avoir connu tous les deux une histoire assez semblable, c'est-à-dire plus d'un millénaire de monarchie, ont-ils divergé au point de donner deux modèles politiques antagonistes ? La réponse remonte probablement au Moyen Âge, où en 1215 Jean sans Terre, frère de Richard Cœur de Lion, est contraint de signer la Grande Charte qui instaure la formation d'un parlement, composé de deux chambres : la Chambre des Lords (qui accueille les grands seigneurs et les évêques nommés par le roi) et la Chambre des communes (composée de membres élus du peuple).

Donc depuis 1215, en Angleterre, la balance du pouvoir, qui appartenait à l'origine majoritairement au roi, s'inverse peu à peu, jusqu'au XVIIe siècle où c'est alors le parlement, et plus particulièrement la Chambre des Communes qui possède la majorité du pouvoir. Le schéma en France est totalement différent. Pendant tout le Moyen Âge, le roi de France est l'un des principaux détenteurs du pouvoir réel, mais en réalité son pouvoir effectif est assez limité : d'abord à cause des moyens de communication de l'époque qui ne permettaient pas une gestion très efficace, ensuite à cause de l'organisation même des régions (les régions militaires et les régions administratives ne coïncidaient pas, les codes de lois étaient différents selon les régions, etc.), puis à cause du pouvoir que chaque seigneur possédait sur ses terres (droit de police, droit de justice, droit d'émettre sa propre monnaie, etc.) et enfin à cause du pouvoir des villes qui avaient obtenu des chartes leur permettant de s'organiser elles-mêmes. Le pouvoir du roi de France, très affaibli pendant la guerre de Cent Ans, va progressivement se raffermir jusqu'à connaître son apothéose sous Louis XIV.

La mise en place progressive de la monarchie absolue de droit divin ne s'est pas faite du jour au lendemain ; elle a été préparée minutieusement par les règnes précédents, et en particulier celui d'Henri IV et celui de Louis XIII aidé du cardinal Richelieu. Louis XIV, lui, a su finaliser le processus entamé. D'abord il faut savoir ce qu'est une monarchie absolue de droit divin : comme son nom l'indique c'est une monarchie, il y a donc un roi à la tête de l'État, et cette monarchie est absolue ce qui signifie que c'est le roi qui a tous les pouvoirs, et enfin, le « droit divin », c'est la légitimité que se donne le roi : pourquoi donc a-t-il le droit de régner ainsi sans partage sur tout un peuple ? Parce que c'est Dieu qui l'a choisi, il est le lieutenant de Dieu sur terre : il n'a donc de compte à rendre à personne, sauf à Dieu, ce qui signifie qu'en principe, il n'a pas le droit de faire n'importe quoi.

Cette volonté qu'avait Louis XIV d'atteindre un pouvoir absolu lui vient probablement de la Fronde, révolte de la grande noblesse, lorsque lui-même n'avait que dix ans. Car, en effet, les plus pénalisés par la monarchie absolue, c'étaient bien les nobles : il n'y avait jamais eu d'élections, ni de suffrage universel et il n'était pas près d'y en avoir, donc ce n'étaient pas les paysans, le peuple, à qui on limitait le pouvoir, mais bel et bien les nobles qui ne rêvaient que d'une chose : partager le pouvoir du roi. Et c'est d'ailleurs ce qu'ils tenteront à nouveau lors de la Révolution de 1789, initialisant ainsi un processus qu'ils ne pouvaient pas contrôler et qui les conduira à leur perte : ils ne se rendaient pas compte qu'ils étaient en train de scier la branche sur laquelle ils étaient assis. La Fronde donc, qui ne fut contenue que par la grande habileté de Mazarin, laissa une trace indélébile chez Louis XIV qui n'eut plus alors qu'une seule idée en tête : contrôler les nobles et les empêcher de se rebeller à nouveau. À la mort de Mazarin en 1661, il décida donc de gouverner seul, sans premier ministre ; il choisit ensuite tous ses ministres parmi la bourgeoisie, comme par exemple Colbert, refusant ainsi toutes les hautes fonctions à la noblesse. Ensuite, il décida de s'éloigner de Paris, ayant bien compris que les révoltes se créaient à Paris (et c'est exactement ce qui se passa lors de la Révolution, toutes les émeutes, tous les renversements de pouvoir se firent à Paris, sans même que la majorité des Français qui vivaient en province aient leur mot à dire), et il se fit donc créer un château à Versailles, qui fut ensuite envié et imité dans le monde entier. Mais surtout, afin de maintenir son pouvoir, il décida de réduire toute la noblesse en esclavage : les nobles étaient conviés à séjourner à la Cour de Louis XIV et recevaient des fonctions honorifiques comme par exemple servir le vin du roi, ou assister au lever de la reine. Le but était alors de se faire remarquer le plus possible du roi afin de recevoir des pensions, c'est-à-dire l'argent qui leur permettait de vivre. Mais pour se faire remarquer du roi, il fallait dépenser des sommes considérables afin d'acheter toilette, bijoux, parures, qu'il fallait bien sûr changer plusieurs fois par jour. C'était donc un cercle vicieux puisque les nobles devaient dépenser énormément pour espérer gagner de l'argent et être présent en permanence autour du roi pour se faire remarquer : ainsi ils ne pensaient plus à fomenter des complots pour déstabiliser le roi. Cela fonctionnait d'autant plus que les nobles n'avaient pas le droit de travailler, sous peine de déroger, c'est-à-dire de perdre leur noblesse : ceux qui choisissaient de rester en province n'avaient donc pour seuls revenus que les produits de leurs terres.

Cela se passa bien différemment en Angleterre, lorsque les rois Jacques Ier puis Charles Ier, ne supportant plus la tutelle du parlement décidèrent eux aussi de renforcer leur pouvoir en une monarchie absolue en révoquant le parlement. Il s'ensuit alors une guerre civile de 1642 à 1649 où s'opposèrent partisans du roi et partisans du parlement, qui finirent par l'emporter grâce à la supériorité de leur armée dirigée par Cromwell. Le roi Charles Ier est décapité. Cromwell proclame donc la république, qui est en fait une dictature personnelle. Et donc à sa mort la monarchie est rétablie (ce qui n'est pas tellement étonnant puisque cela faisait plus d'une dizaine de siècles qu'il y avait une monarchie en Angleterre, on peut donc supposer qu'il était difficile de se débarrasser d'une telle habitude ; et c'est d'ailleurs la même chose qui se reproduira en France lors de la Restauration, en 1814, 1815 et 1830, où parmi les errances politiques, on tentera à trois reprises de réintroduire la monarchie, pour à chaque fois être confronté à une opposition de plus en plus violente). Mais en Angleterre, contrairement à la France, la monarchie a tenu. Pourquoi ? Probablement parce que le peuple habitué à gouverner par le biais du parlement depuis quatre cents ans déjà, n'a pas eu d'hésitation sur la marche à suivre, et ne s'est pas égaré dans la recherche de systèmes politiques novateurs et radicalement différents, ils ont au contraire évolué de façon très progressive au cours des siècles, pour arriver finalement à une démocratie à l'aube du XXe siècle. La transition s'est toujours faite en douceur, en restant sur un terrain connu. En 1660, la monarchie est donc rétablie en Angleterre avec l'arrivée sur le trône de Charles II. Le parlement toutefois assure son contrôle sur le roi par un texte de loi qui garantit les libertés individuelles et interdit les arrestations arbitraires : l'Habeas Corpus. C'est donc le premier pas en Europe vers la reconnaissance des individus et des libertés, un premier pas vers l'état de droit et la démocratie. Cependant, Jacques II, devenu roi après son frère Charles II, est tenté à son tour d'établir une monarchie absolue. Le parlement, qui ne souhaite pas une nouvelle guerre civile, prend les devants, et choisit de remplacer Jacques II par sa fille Marie et son époux Guillaume III d'Orange-Nassau, d'origine hollandaise. C'est ce qu'on appelle la Glorieuse Révolution, en 1689. Guillaume d'Orange est proclamé roi après avoir signé la Déclaration des droits (ou Bill of Rights) qui met en place les droits du parlement et limite le pouvoir du roi. Jacques II, quant à lui, se réfugie à Versailles, à la cour de Louis XIV, qu'il avait tenté en vain d'imiter.

Plus d'un siècle avant la Révolution française, il y eut en Angleterre deux révolutions qui conduisirent à la rédaction de deux textes fondamentaux : l'Habeas Corpus et la Déclaration des Droits, base du système politique anglais. Ces révolutions anglaises permirent d'assurer le maintien de la monarchie en Angleterre, mais d'une monarchie qui respecte le droit des individus, les libertés fondamentales, où le pouvoir du roi est limité : une monarchie parlementaire. L'Angleterre devint donc dès la fin du XVIIe siècle un modèle de régime parlementaire qui donnera la preuve que monarchie et respect des droits de l'Homme sont conciliables. Pourquoi parler des révolutions anglaises dans un article sur la révolution française ? D'abord parce que la monarchie parlementaire anglaise est le modèle dont vont s'inspirer les Français en 1789 pour réformer le système politique en France. Ensuite parce que c'est un modèle unique à cette époque et qu'il marque le premier bouleversement qui va conduire à la pensée moderne de démocratie et d'État de droit, qui mettra pourtant plusieurs siècles avant de s'imposer dans les pays occidentaux. Et enfin parce que, plus directement, elle va influencer et inspirer les philosophes des Lumières et la révolution américaine.

Philosophes et siècle des Lumières[modifier | modifier le code]

Montesquieu et le principe politique de la séparation des pouvoirs.
Rousseau prend position, par son ouvrage Du contrat social ou Principes du droit politique, en faveur de la démocratie directe.

Au XVIIIe siècle apparaît un nouveau courant philosophique, littéraire et scientifique : les Lumières. Cette philosophie repose sur la certitude que le progrès est toujours possible et que la rationalité et la rigueur sont à l'origine du progrès. Les Lumières sont donc marquées par un rationalisme philosophique et une exaltation des sciences. Les philosophes et scientifiques des Lumières vont, de ce fait, chercher à « éclairer » leurs contemporains, comme le montre le texte de Kant Qu'est-ce que les Lumières ?. Cette idéologie poussera les philosophes à remettre en cause les piliers de l'Ancien Régime à la fois dans les domaines politiques, sociaux, économiques et religieux. Toutefois, tous les philosophes ne défendaient pas les mêmes idées : il y avait presque autant de conceptions philosophiques que de philosophes.

L'Ancien Régime est un système figé qui reposait sur quatre piliers qui lui permettaient d'asseoir sa légitimité : au niveau politique, une monarchie absolue de droit divin qui durait depuis plus d'un millénaire, encore que les formes de la monarchie ont beaucoup varié au cours des siècles. Au Moyen Âge, avec les moyens de communication peu développés de l'époque, quand il fallait plusieurs semaines pour traverser la France, le roi ne gouvernait réellement que le domaine du roi, et chaque noble avait les pouvoirs absolus sur son fief : police, justice, impôts étaient entre les mains du seigneur local. Au fil des siècles, le roi étend ainsi son pouvoir sur l'ensemble du territoire en « récupérant » par des alliances, les fiefs aux frontières. Puis avec Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, s'installe peu à peu un pouvoir absolu de la part du roi. Ce pouvoir est justifié par le droit divin, c'est-à-dire que le roi est le représentant de Dieu sur terre, il ne tient donc son pouvoir que de Lui et n'a de compte à rendre qu'à Lui. Le roi se doit, en théorie, de faire le bonheur de ses sujets, mais si beaucoup de rois s'y attachaient effectivement, on ne peut s'empêcher de penser que la torture était encore employée dans un cadre juridique, comme nous le rappelle l'affaire du chevalier de la Barre, défendu par Voltaire, et ne sera supprimée par Louis XVI que peu de temps avant la Révolution. Les philosophes remettent en cause ce système archaïque dépassé depuis longtemps et qui commence peu à peu à se désagréger sous le règne de Louis XV puis de Louis XVI, l'un à cause de sa mauvaise gestion de l'État, l'autre à cause de la désacralisation de la personne royale qui contribue à ternir la monarchie. Si Voltaire propose une monarchie parlementaire proche de celle d'Angleterre, Montesquieu, dans De l'esprit des lois pose la séparation des pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire. Rousseau, lui, va plus loin et propose une démocratie où tous les citoyens sont égaux et liés par un « contrat social », la souveraineté ne viendrait plus de Dieu, mais du peuple.

Au niveau religieux, la monarchie absolue repose sur la religion catholique, de façon logique, puisque le roi tient son pouvoir de Dieu. C'est pour cela que Louis XIV décide de révoquer l'édit de Nantes qui garantit la liberté de culte pour les protestants, mais il n'en mesure pas les conséquences économiques et sociales. Les philosophes, menés par Voltaire, sont d'accord pour revendiquer la liberté religieuse, mais leurs opinions sur la religion divergent : certains sont athées, d'autres déistes comme Voltaire, spiritualistes ou matérialistes, etc.

Ces derniers font partie des philosophes les plus influents de l'époque dite des Lumières. Par leurs ouvrages, qui ne sont toutefois consultés que par une petite minorité de privilégiés dans les cercles politisés, ils cherchent à faire passer leurs idées, qui sont en totale opposition avec la monarchie absolue en vigueur. Ils souhaitent la séparation des pouvoirs, pour plus de liberté et plus d'égalité.

Révolution et république américaine[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle, l’Angleterre possède, sur la côte Est de l’Amérique du Nord, treize colonies peuplées par des immigrants d’origine britannique fidèles à la métropole. Celle-ci exerçait jusqu’alors une tutelle politique assez légère. L’Angleterre et les colonies entretenaient des relations économiques privilégiées ; et la métropole fournissait aux colonies une protection militaire.

Épuisée financièrement par la guerre de Sept Ans qu’elle a remportée contre la France, l’Angleterre impose autoritairement aux treize colonies diverses taxes sur les journaux, le thé…Or ceci est en violation avec la règle générale selon laquelle aucun citoyen britannique ne doit payer d’impôt qui n’ait été consenti par lui-même ou par ses mandataires, car les colons n’ont pas de représentants au parlement anglais. Les Américains boycottent alors les produits concernés. À ce différend fiscal s’ajoute un différend territorial : en effet, le roi d’Angleterre veut réserver les territoires à l’Est des Appalaches aux Indiens.

En décembre 1773 c'est le Boston Tea Party: les colons se révoltent et jettent à la mer la cargaison de thé de trois navires anglais venus des Indes. Georges III renvoie l’armée pour mater la rébellion qui monte.

En 1774, les représentants des colonies, réunies en congrès, affirment dans une déclaration solennelle le droit de tous les peuples de participer à l’élaboration des lois les concernant.

Le 4 juillet 1776, les représentants des treize colonies votent la Déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique à l’égard de l’Angleterre. Elle marque la rupture avec la métropole.

Benjamin Franklin deviendra le premier ambassadeur de la jeune république américaine en France.

Les États-Unis se lancent dans la guerre d’indépendance contre l’Angleterre. Ils dépêchent des négociateurs, tels Benjamin Franklin pour demander leur soutien aux Français. Celui-ci est bien accueilli grâce à sa réputation scientifique. De nombreux Français se rallient à la cause américaine. Louis XVI accorde son soutien naval, militaire et financier aux Insurgents. Il se lance dans la guerre pour mettre des bâtons dans les roues de son ennemie de toujours, l’Angleterre. Il cherche aussi à effacer l’humiliation du traité de Paris. Mais il est dangereux pour Louis XVI, monarque absolu, de soutenir des sujets révoltés contre leur maître et qui professent des idées républicaines. De plus cette guerre va creuser un gouffre considérable dans les finances du royaume, déjà en mauvais état à cause de la guerre de Sept Ans. La France aurait mieux fait de laisser l’Angleterre s’épuiser dans la lutte contre ses colonies rebelles, afin de se trouver elle-même plus puissante, quelle qu’en soit l’issue. Les volontaires français avec à leur tête La Fayette et Rochambeau, se rendent en Amérique. La guerre donne la victoire aux révoltés américains, commandés par George Washington.

Le 3 septembre 1783, L’Angleterre signe le traité de Versailles qui reconnaît l’indépendance des États-Unis d’Amérique.

En 1787, Les États-Unis se donnent une constitution toujours en vigueur aujourd’hui. Ils deviennent une république fédérale où les trois pouvoirs sont séparés. Ce n’est pas une démocratie car seuls les propriétaires blancs peuvent voter.

La république américaine n’est pas une démocratie mais c’est le premier régime qui a montré qu’il n’avait besoin d’aucun autre souverain que le peuple. L’enthousiasme provoqué par la révolution américaine renforce les sentiments hostiles à l’absolutisme. La guerre d’indépendance a créé un gouffre insurmontable dans les finances du royaume, qui est à l’origine de la crise financière.

Multiples causes de la France en crise[modifier | modifier le code]

Crise institutionnelle[modifier | modifier le code]

Le blocage est aussi un blocage institutionnel. Le roi gouverne seul, ses divers conseillers n'ont pas de pouvoir décisionnel et sont de simples techniciens. Le pouvoir est tiraillé entre deux logiques : la centralisation monarchique, et l'octroi de libertés provinciales matérialisées par les Parlements.

La monarchie absolue est contestée : la bourgeoisie et la noblesse veulent une monarchie parlementaire où elles puissent partager le pouvoir du roi.

Les parlements, en vertu de leurs droits de remontrance, peuvent refuser d’enregistrer les édits royaux ; car Louis XVI, à son avènement avait annulé la réforme de Maupeou, leur restituant tous leurs pouvoirs traditionnels.

En France, les provinces ne coïncident pas avec les généralités ; les lois, les impôts et les unités de mesure sont différentes selon les régions ; et il existe des douanes intérieures. Cette dissonance générale complique l’administration et multiplie le désordre.

Crise morale[modifier | modifier le code]

De nombreux scandales éclaboussent la cour et la reine (par exemple l'affaire du collier de la reine), discréditant un peu plus le régime. Marie-Antoinette incarne aux yeux du peuple la noblesse de cour parasite, égoïste et rapace. La simplicité bourgeoise du roi, qui fait contraste, la rend plus haïssable. Mais elle ne vaut pas à celui-ci une véritable sympathie car on méprise le mari trompé et incapable de faire obéir sa femme. Louis XVI, par son manque de prestance et son désir de mener une vie simple, a enlevé à la personnalité du roi cette majesté qui commande au respect et qui persuade vraiment le peuple que le souverain est le représentant de Dieu sur la terre. Il ne devient plus, aux yeux de la multitude, qu’un homme ordinaire. La monarchie perd alors son caractère sacré et se prive du « droit divin » qui lui donnait sa légitimité.

Crise religieuse[modifier | modifier le code]

Le pouvoir des autorités catholiques est contesté par les jansénistes, par la franc-maçonnerie (noter qu'une partie de l'aristocratie appartient aux milieux jansénistes et à la franc-maçonnerie), ce qui aboutira par la suite aux accusations de complot maçonnique dans la révolution française, et de l'intérieur par le bas clergé (au contact du peuple), en décalage avec le haut clergé (proche des autorités).

Crise sociale[modifier | modifier le code]

Le système social français est hérité du système féodal. La société est hiérarchisée en trois ordres inégalitaires. On peut parler de société inégalitaire car les deux premiers ordres, le clergé et la noblesse possèdent des privilèges honorifiques, fiscaux, ceci dit le tiers-état possède aussi des privilèges. Chaque ordre est hétérogène ; et en leur sein, les individus sont plus ou moins privilégiés : le haut clergé est très riche alors que le bas clergé ne reçoit que la portion congrue ; seule la haute noblesse reçoit des pensions du roi alors que la petite noblesse s’accroche désespérément à ses droits seigneuriaux pour survivre. De ce fait les inégalités s’accroissent, les riches sont de plus en plus riches et les pauvres, de plus en plus pauvres. Le classement se fait selon le service rendu à chaque ordre ; il est lié à la vocation, à la naissance, ou à l’estime accordée à certains rôles. La présence de privilèges n’étant expliqués ni par le mérite ni par le service rendu à la nation, il est totalement injustifié. Mais, après l’innovation de Louis XIV qui avait pris soin de ne pas séparer totalement les ordres, on exige, au XVIIIe siècle des quartiers de noblesse pour accéder aux différentes charges publiques. Cette organisation de la société est figée par des principes dépassés, d’une autre époque car il ne prend pas en compte l’ascension récente de la bourgeoisie. La société d’ordres et de privilèges est contestée par les non privilégiés.

Minorité du clergé[modifier | modifier le code]

Le clergé ne représente alors que 0,5 % de la population.[réf. nécessaire]

Origine : les nouveaux membres du clergé sont cooptés par les précédents, souvent sur des recommandations extérieures (les notables et les nobles, lettrés et influents, voyaient leurs fils mieux traités que les roturiers).

  • Fonction : sociale et religieuse : instruction, culte, sacrements, assistance aux pauvres et aux malades, état civil ;
  • privilèges : privilèges fiscaux (exemption de la taille) et judiciaires (tribunaux spéciaux) ;
    • haut clergé : évêque, abbés ; issus de la noblesse, riches (dîme) ;
    • bas clergé : prêtres ; issus du Tiers-état, pauvres (portion congrue) ;
  • revendications :
    • le haut clergé veut garder ses privilèges ;
    • le bas clergé attend une amélioration de ses conditions de vie.

Noblesse[modifier | modifier le code]

La noblesse représente 1,5 % de la population à cette époque.[réf. nécessaire]

  • Origine : la noblesse est transmise par hérédité, s'achète ou se mérite (lettre d'anoblissement). On peut perdre sa noblesse par un travail manuel (déroger) ;
  • fonction : militaire et administrative ; défend l’État (armée, marine), conseille le roi, gestion de ses biens ;
  • richesse : La noblesse n’a d’autre source de revenus que l’exploitation de ses propriétés, les droits seigneuriaux, le grand commerce maritime et le service du roi à la cour, à l’armée ou dans les hautes charges de l’État. Ainsi s’explique l’âpreté avec laquelle les nobles se disputaient les moindres faveurs du roi et défendaient leurs privilèges financiers ;
  • privilèges : privilèges fiscaux (pas d’impôts directs), honorifiques (épée, chapeau, premier rang dans les cérémonies) et judiciaires (propres tribunaux). Il y a des privilèges pour un service rendu, mais la noblesse oublie le service et garde le privilège ;
  • divisions :
    • la vieille noblesse de sang, d’épée :
      • la haute noblesse : riche, vit à la cour (pensions du roi, droits seigneuriaux, location de ses terres) ;
      • la petite noblesse de campagne : pauvre (elle s’accroche aux droits seigneuriaux) ;
    • la noblesse récente : noblesse de robe acquise par l’achat de charges anoblissantes ; riche, cultivée, vit à la ville ;
  • revendications :
    • elle veut conserver ses privilèges ;
    • elle revendique les hautes charges ;
    • elle veut partager le pouvoir du roi dans une monarchie parlementaire où les parlements auraient le pouvoir législatif.

Tiers-état[modifier | modifier le code]

Le tiers-état représente 98 % de la population.[réf. nécessaire]

  • Fonction : économique et fiscale ; industrie, agriculture, artisanat. C’est un ordre qui travaille pour produire ce dont la collectivité a besoin ;
  • privilèges : ordre sans privilèges individuels, mais les villes et les corporations ont des privilèges (économiques).

La bourgeoisie : 5 %.[réf. nécessaire]

  • Origine : Au XVIIIe siècle, les transformations de la vie économique ont permis l’ascension de la bourgeoisie qui joue, par son activité et sa richesse, un rôle très important dans la vie de la Nation. Riches et cultivés, ils vivent en ville dans des hôtels particuliers ;
  • divisions :
    • bourgeoisie marchande : banquiers, négociants, industriels ;
    • bourgeoisie de robe : hommes de loi, officiers, professions libérales (médecins, savants, professeurs, artistes…) ;
  • revendications :
    • étant la classe dirigeante du pays au point de vue économique, elle aspirerait à l’être au point de vue politique et social ;
    • elle veut une monarchie limitée, avec les trois pouvoirs séparés ;
    • elle veut l’égalité devant la loi, l’impôt et l’emploi ;
    • elle veut le libéralisme économique.

Les paysans représentent 85 % du tiers-état.[réf. nécessaire]

  • Conditions de vie : les paysans ont des conditions de vie très difficiles en raison des lourdes charges et des faibles rendements agricoles. Ils se plaignent de leur exploitation fiscale ;
  • impôts :
    • droits seigneuriaux :
      • champart : prélèvement d'une part de leur récolte ;
      • cens : versement d'une taxe monétaire ;
      • corvées : service dû au seigneur ;
      • banalités : l'utilisation du four, du moulin et du pressoir est soumise à l'impôt ;
    • Au roi : taille ;
    • Au clergé : dîme ;
  • divisions :
    • laboureur : paysan, propriétaire d'une terre, plus riche et instruit que la moyenne ;
    • tenancier : il a peu de terres et survit grâce au travail à domicile ;
    • manouvrier : il loue ses services ; il est la première victime des famines ;
  • revendications :
    • l’égalité devant l’impôt ;
    • la fin des droits seigneuriaux.

Les artisans sont 7 % de la population du tiers-état.[réf. nécessaire]

  • Conditions de vie : les artisans ont des conditions de vie difficiles en raison du chômage, des accidents du travail, des faibles salaires, des maladies, des famines…
  • divisions :
    • artisans des corporations ;
    • ouvriers des manufactures ;
    • petits métiers (marchands ambulants…) ;
    • domestiques ;
    • mendiants ;
  • revendications : ils veulent du pain bon marché, ainsi que de l'argent que leur vole le roi Louis.

Crise financière[modifier | modifier le code]

La France se trouve devant un déficit budgétaire dû à son intervention dans la guerre d'indépendance des États-Unis. Aussi, les dépenses jugées superflues, comme celles de la cour, sont-elles particulièrement impopulaires. Les impôts, tout en pesant lourdement sur les contribuables, sont inégalement répartis et mal perçus pour pouvoir remonter les finances.

Crise économique[modifier | modifier le code]

À cause d’une forte sécheresse, de la grêle et d’un hiver très froid, l’année 1788 est catastrophique et la France connaît une importante crise alimentaire. De plus, les récoltes de 1789 s’annoncent mauvaises. Cela entraîne un manque de pain et une montée en flèche de son prix : entre janvier 1787 et juillet 1789, le prix du pain a augmenté de 7 %.

La population dépense tout son argent pour l’achat du pain et ne peut plus acheter les produits de l’artisanat. Les manufactures doivent restreindre leur production, réduisant au chômage.

La crise financière inquiète les créditeurs de l’État qui désespèrent de se faire rembourser. Les attentes politiques sont de plus en plus vives. La crise économique développe la peur de la famine, surtout pendant la soudure, au printemps 1789. Le contexte est marqué par une angoisse populaire. La crise sociale entraîne des tensions de plus en plus fortes entre les différents ordres. Quelques révoltes éclatent, notamment en avril 1789, au Faubourg Saint-Antoine, avec le pillage de la fabrique de papier peint.

Ne pouvant emprunter davantage pour faire face au remboursement de la dette, les ministres de Louis XVI tentent de réformer le système fiscal. En effet, on ne peut indéfiniment augmenter les impôts existants qui ne frappent que les plus pauvres, donc l’unique remède serait d’en faire porter le poids sur tous. Mais toutes les tentatives de réforme se heurtent à l’opposition des deux premiers ordres du royaume, que leurs privilèges dispensent d’impôts directs. Les difficultés financières françaises étaient insolubles et la monarchie française en est morte.

De 1774 à 1790, dix personnes se succèdent au poste de ministre des Finances. Cela montre l’incapacité du roi à soutenir ses ministres devant l’opposition des privilégiés.

De 1774 à 1776, avant même que la guerre d’indépendance des États-Unis ne crée un gouffre irrémédiable dans les finances de l’État, Turgot tente de relever les finances de l’État, qui est au bord de la banqueroute : « point de banqueroute, point d’augmentation d’impôt, point d’emprunts » a-t-il dit. Il s’occupe d’abord de faire des économies, en luttant contre le gaspillage, en abaissant les frais de recouvrement d’impôts et en supprimant beaucoup d’offices inutiles. Mais il ne peut obtenir du roi la réduction des dépenses de la cour. Turgot s'attelle ensuite à libéraliser l’économie : il proclame d’abord l’entière liberté du commerce des grains, jusque-là soumis à une étroite réglementation (1774), puis la liberté du travail industriel par la suppression des corporations. Mais il échoue devant la résistance générale des privilégiés. Par ses réformes, il s’est attiré tant d’hostilité que Louis XVI le renvoie.

De 1777 à 1781, Necker procède à de nombreux emprunts afin de financer la Guerre d’Amérique. Il publie un compte-rendu qui explique pourquoi et comment le trésor royal se vide. Mais il ne mentionne pas les dépenses liées à la guerre d’Indépendance des États-Unis. Les dépenses de la cour, bien que ne représentant que 6 % de l’ensemble, prennent un caractère scandaleux, parce que, à la différence des vaisseaux de guerre, elles apparaissent totalement injustifiées. Aucun de ses successeurs ne pourra se passer de rendre publics les comptes, sauf à être accusé de vouloir dissimuler ses voleries.

De 1783 à 1787, Calonne, ancien intendant, se voit confier le poste de ministre des finances. Il affirme que pour inspirer confiance, il faut paraître riche et dépenser largement. Il accorde donc à la reine, au roi et aux courtisans toutes les sommes qu’ils lui demandent. Mais après trois années de semblables prodigalités, les banquiers refusent de nouveaux emprunts et Calonne se retrouve en présence de difficultés insurmontables. Il lance un projet de réforme fiscale visant à la création d’un impôt unique.

En février 1787, sachant que son projet se heurterait à l’opposition du Parlement, Calonne convoque une assemblée de notables, qu’on espère dociles, pour ratifier la réforme. Mais ces notables, majoritairement issus de la noblesse, ne comptent pas lâcher leurs privilèges. Ce désastre conduit au renvoi de Calonne.

De 1787 à 1788, Brienne reprend à son compte les édits de Calonne. Il renvoie les notables, mais se retrouve face au Parlement, furieux qu’on ait tenté de le court-circuiter. Il tente de faire passer la réforme auprès du Parlement, mais échoue. Le Parlement affirme que toute réforme fiscale relève de la représentation nationale et réclame la convocation des États Généraux. En réclamant à cor et à cri la convocation des États Généraux, le Parlement de Paris, en majeure partie composé de nobles, ne pense absolument pas travailler pour le Tiers-état. Il envisage de faire accorder aux États Généraux le contrôle de la gestion financière, mais en spéculant sur le fait qu’ils ne pourraient l’effectuer eux-mêmes puisqu’ils ne forment pas une assemblée régulière. Il espère que la tâche lui sera alors confiée. Il vise, en fait, à imposer la tutelle de l’aristocratie. Et le Tiers-état est lui aussi favorable à la convocation des États Généraux car il espère que les réformes iront dans son sens. Mais le roi refuse et exile le parlement à Troyes. Une rébellion de toute la noblesse s’organise alors. Les parlementaires réussissent à faire croire qu’ils défendent les intérêts de toute la nation, en présentant la loi sur l’impôt unique comme une charge supplémentaire qui pèsera sur les épaules du Tiers-état.

Le 7 juin 1788, c'est la journée des Tuiles à Grenoble. La révolte gagne les parlements de province. Lorsque l’armée royale tente d’arrêter les magistrats du parlement de Grenoble, la population, acquise aux parlementaires, monte sur les toits pour bombarder les soldats de tuiles. Le Parlement exige la convocation immédiate des États Généraux et invite les Français à refuser le paiement des impôts jusqu’à ce que le roi cède. Acculé à la banqueroute, le roi capitule : il convoque, pour 1789, les États Généraux (qui n’ont pas été réunis depuis 1614), pour voter les impôts. Pendant ce temps, la situation financière s’aggrave dangereusement, et seul Necker semble capable de gérer la crise.

De 1788 à 1790, Necker reprend la gestion des finances.

Le 27 décembre 1788, sous la pression du Tiers-état, le roi accorde un doublement du nombre de ses députés. Seulement dans les faits cela ne change rien pour le Tiers-état puisque chaque ordre se voyait attribué une seule et unique voie lors des votes. Ainsi, le clergé et la noblesse, dont les attentes différaient souvent de celles du Tiers-état, possédaient deux voies à opposer à la voie du Tiers-état.

De février à mai 1789, on organise les élections des États Généraux. Le gouvernement décide que le bailliage servirait de circonscription électorale. Les délégués rédigent des cahiers de doléance (60 000 en tout) qui expriment des plaintes et proposent des réformes. Les Français sont profondément attachés à leur roi, mais attendent de grands changements. Les revendications égalitaristes dépassent le domaine fiscal pour s’en prendre à l’organisation sociale figée en trois ordres inégalitaires. Personne n’envisage une révolution.

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Références[modifier | modifier le code]

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