Jean-Charles Pichegru

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Jean-Charles Pichegru
Image illustrative de l'article Jean-Charles Pichegru

Naissance 16 février 1761
Les Planches-près-Arbois (Jura)
Décès 6 avril 1804 (à 43 ans)
Paris
Origine Français
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de la France République française
Arme Artillerie
Grade Général de division
Années de service 17801797
Conflits Guerre d'indépendance des États-Unis
Guerres de la Révolution française
Commandement Armée du Rhin
Armée du Nord
Armée de Sambre-et-Meuse
Hommages Nom gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile, 3e colonne.
Autres fonctions Député du Jura
Président du Conseil des Cinq-Cents

Jean-Charles Pichegru, né aux Planches-près-Arbois le 16 février 1761 et mort à Paris le 6 avril 1804, est un général français des guerres de la Révolution française.

Origine[modifier | modifier le code]

Né au sein d’une famille de paysans[1], il fait ses premières études au collège d’Arbois, et sa philosophie à l’École militaire de Brienne, tenue par les Minimes. Il reçoit une solide éducation puis devient répétiteur de mathématiques au Collège militaire de Brienne, où il donne des leçons à Napoléon Bonaparte[2]. Il s’engage ensuite au 1er régiment d’artillerie où il devient sergent. Il prend part à la guerre d'indépendance des États-Unis et en revient adjudant.

La Révolution française[modifier | modifier le code]

Portrait du général Pichegru vers 1796. Gravure de Pierre-Charles Coqueret, d'après Jean-Baptiste Hilaire Le Dru.
Article détaillé : Révolution française de 1789.

Adjudant sous-officier en 1789, il va offrir ses services aux émigrés de Coblence et en est dédaigné[réf. nécessaire]. Alors il se fait républicain et président du club révolutionnaire de Besançon en 1791, il se fait élire commandant d’un bataillon de volontaires du Gard qui rejoignait l’armée du Rhin. Dès les premières batailles, son habileté manœuvrière et son esprit de décision se révèlent.

Employé dans les états-majors en 1792, l’appui de Saint-Just et de Robespierre l’aide également à franchir les échelons : général de brigade le 22 août 1793, général de division le 4 octobre 1793, puis commandant en chef de l'Armée du Rhin la même année.

En février 1794, il remplace Jourdan à la tête de l’armée du Nord. Il la réorganise et mène une très belle campagne en Flandre, entre le 7 juillet à Anvers, à Amsterdam le 20 janvier 1795 : il bat l’ennemi à Cassel, à Courtrai, à Menin, et s’empare de Bois-le-Duc, de Venlo, de Nimègue, passe la Waal sur la glace. Il conclut la campagne deux jours après par la capture de la flotte hollandaise au Helder : il envoie sur le Zuyderzée un escadron de hussards charger la flotte hollandaise prise par les glaces. Le 14 février 1795, il entre à Groningue, dans le nord des Pays-Bas : l’ensemble du pays est occupé.

Il réprime l’insurrection du 12 Germinal an III (1er avril 1795), et reçoit alors le titre de Sauveur de la Patrie, et est alors nommé général en chef des armées du Rhin, du Nord et de Sambre-et-Meuse.

Là encore il se couvre de gloire ; le Rhin est audacieusement franchi, et la place de Mannheim tombe entre ses mains en septembre, mais c'est le terme de ses succès et de sa gloire.

La trahison[modifier | modifier le code]

Jean-Charles Pichegru

Général en chef des armées de Sambre-et-Meuse en 1795, c’est à cette époque que Pichegru entretient des relations amicales avec les monarchistes[3]. Il est contacté par un agent royaliste Louis Auguste Victor de Ghaisne de Bourmont, et trahit. Il accueille les propositions qui lui sont faites au nom du prince de Condé, chef de l’émigration.

Le parti blanc lui promet un million au comptant, une rente de 200 000 francs, le maréchalat, le gouvernement d’Alsace et le château de Chambord[4]. Son inertie contraint Jourdan qui marchait sur Düsseldorf à repasser sur la rive gauche du Rhin[5]. Rappelé par le Directoire, soupçonné de trahison, il doit démissionner en Ventôse an IV (mars 1796). Restant populaire, il obtient l’ambassade de Suède.

Député des Cinq-Cents en 1797, et président de ce corps, Pichegru convaincu de collusion avec le prince de Condé, est arrêté par la garde même du corps législatif après le coup d’État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797).

Condamné le lendemain à être déporté à Cayenne, en Guyane, il est conduit dans les déserts de Sinnamary. Au bout de quelque temps il s’évade au Suriname et gagne Londres en Prairial an VI (juin 1798) où il reçoit l’accueil le plus distingué, et passe de là en Allemagne.

Le complot[modifier | modifier le code]

Exposition du cadavre de Pichegru dans la salle des pas perdus après son suicide au Temple (gravure parue dans Les Prisons de l'Europe de Jules Édouard Alboise du Pujol et Auguste Maquet en 1845).

Il participe à la conspiration de Cadoudal, débarque en Normandie en janvier 1804, mais est livré par un de ses anciens officiers, Le Blanc[6]. Il est arrêté dans la nuit du 28 février 1804 et emprisonné au Temple, où, le matin du 6 avril[7], on retrouve son corps sans vie, une cravate noire serrée autour du cou en tourniquet à l'aide d'une cheville de bois. La thèse officielle parle de suicide[8]. Transféré au greffe du tribunal, son corps est inhumé le même jour au cimetière des suppliciés, le cimetière Sainte-Catherine[9], situé près du cimetière de Clamart[10],[11] à Paris.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pichegru est de la Franche-Comté et d’une famille de cultivateurs.
  2. « Pichegru, répétiteur à Brienne, m’apprit les mathématiques lorsque je n’avais que dix ans. Je possédais cette science au plus haut degré. Comme général, Pichegru était un homme d’un talent peu ordinaire, infiniment supérieur à Moreau, bien qu’il n’eût rien fait de véritablement remarquable, le succès des campagnes de Hollande étant, en grande partie, la conséquence de la bataille de Fleurus. » (O’Meara.)
  3. « Quand Pichegru se fut livré au parti royaliste, consulté pour savoir si on ne pourrait pas aller jusqu’au général en chef de l’armée d'Italie : « N’y perdez pas votre temps, dit-il, je l’ai connu dans son enfance, ce doit être un caractère inflexible : s’il a pris un parti, il n’en changera pas. » (Las Cases.)
  4. « Pichegru s’était engagé à réunir son armée à celle des émigrés, à proclamer Louis XVIII et à marcher sur Paris. De son côté, le prince de Condé prenait l’engagement, au nom du prétendant, et par l’intermédiaire de Franche-Boul, Roque de Montgaillard, etc., à donner à Pichegru le gouvernement de l’Alsace, le château de Chambord, 1 million en argent, 200 000 livres de rentes, la terre d’Arbois, qui prendrait le nom de Pichegru ; enfin douze pièces de canon, le grand cordon rouge de Saint-Louis, celui du Saint-Esprit et la dignité de maréchal. En attendant la réalisation de ces promessess on lui envoyait jusqu’à 900 louis à la fois, qui lui étaient fournis par le ministre britannique en Suisse
  5. . « Pichegru, disait Napoléon, auquel on parle d’élever une statue, fut pourtant coupable des plus grands crimes que l’on connaisse ; un général qui s’est fait battre exprès, qui a fait tuer ses soldats de connivence avec l’ennemi ! »
  6. « En 1803, à l’époque de la fameuse conspiration, Pichegru fut victime de la plus infâme trahison : c’est vraiment la dégradation de l’humanité. Il fut vendu par un ami intime, qui vint offrir de le livrer pour cent mille écus. La nuit venue, l’infidèle ami conduisit les agents de la police à la porte de Pichegru, leur détailla la forme de sa chambre, ses moyens de défense. Pichegru avait des pistolets sur sa table de nuit ; la lumière était allumée, il dormait. On ouvrit doucement la porte à l’aide de fausses clefs que l’ami avait fait faire exprès. On renversa la table de nuit, la lumière s’éteignit, et l’on se colleta avec Pichegru, réveillé en sursaut. Il était très-fort, et il fallut le lier et le transporter nu ; il rugissait comme un taureau. » (Las Cases.)
  7. Henri Lambert, Accusé Pichegru, levez-vous: gloire et misère d'un grand soldat : Jean-Charles Pichegru, 1761-1804, Les Dossiers d'Aquitaine,‎ 2004, 414 p. (ISBN 9782846220996)
  8. « Quant à l’inculpation relative à la mort de Pichegru, qu’on assurait avoir été étranglé par les ordres du premier Consul, Napoléon disait qu’il serait honteux de s’en défendre, que c’était par trop absurde. Que pouvais-je y gagner ? faisait-il observer. Un homme de mon caractère n’agit pas sans de grands motifs. M’a-t-on jamais vu verser le sang par caprice ?… Ceux qui me connaissent savent que mon organisation est étrangère au crime. Tout bonnement, Pichegru se vit dans une situation sans ressources ; son âme forte ne put envisager l’infamie du supplice ; il désespéra de ma clémence ou la dédaigna, et il se donna la mort. » (Las Cases.)
  9. Le cimetière Sainte-Catherine à Paris sur tombes-sepultures.com
  10. Le cimetière de Clamart se trouvait à l'angle des rues du Fer-à-Moulin et des Fossés Saint-Marcel dans le 5e arrondissement de Paris
  11. Le cimetière de Clamart à Paris sur tombes-sepultures.com

Source partielle[modifier | modifier le code]

« Jean-Charles Pichegru », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ 1852 [détail de l’édition]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Philippe de Ladebat, Seuls les morts ne reviennent jamais : les pionniers de la guillotine sèche en Guyane française sous le Directoire, Nantes, Amalthée,‎ 2008, 411 p. (ISBN 978-2-35027-894-0, lire en ligne)
  • Henri Lambert, Accusé Pichegru, levez-vous !, Les Dossiers d'Aquitaine, coll. « Littérature »,‎ 2004, 414 p. (ISBN 2-84622-099-9, lire en ligne)
  • Quelques papiers personnels du général Pichegru sont conservés aux Archives nationales sous la cote 207AP[1].
  1. Archives nationales