Jean Grave

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Jean Grave
Photo anthropométrique, 1893
Photo anthropométrique, 1893

Naissance 16 octobre 1854
Breuil-sur-Couze (Puy-de-Dôme)
Décès 8 décembre 1939 à
Vienne-en-Val (Loiret)
Origine français
Type de militance éditeur du Révolté, de La Révolte et des Temps Nouveaux.
Cause défendue libertaire
anarchiste

Jean Grave, né le 16 octobre 1854 à Le Breuil-sur-Couze (Puy-de-Dôme) et mort à Vienne-en-Val (Loiret) le 8 décembre 1939, est un activiste important du mouvement libertaire français.

Initialement socialiste il devient anarchiste à partir de 1880 et popularise les idées de Pierre Kropotkine. Il participe au journal Le Révolté d'Élisée Reclus.

Lors de la Première Guerre mondiale, il est l’un des signataires du Manifeste des seize rassemblant les libertaires partisans de l'Union sacrée face à l'Allemagne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean Grave à la rédaction des Temps Nouveaux.
Les Hommes du jour, n°24, 1908, dessin de Aristide Delannoy.
Jean Grave.

Savetier devenu journaliste révolutionnaire, indéfectiblement lié à Kropotkine, Jean Grave est un des pionniers de l’anarchisme en France. Personnalité aussi discrète qu’entêtée, il anime durant trente et un ans un des hebdomadaires anarchistes de référence, en tout cas le plus doctrinal. En 1908, dans le numéro de la revue Les Hommes du jour qu’il lui consacre[1], Victor Méric en fait ce portrait : « Il n’y a pas grand-chose à dire sur cet homme. Comme les peuples heureux, Jean Grave n’a pas d’histoire — pas même de sales histoires qui puissent permettre à la malignité de s’exercer. [...] De plus Jean Grave est très fermé. C’est l’homme le moins loquace de la Création. Il ne dit rien. Il ne veut rien dire sur lui. Il se cantonne dans un mutisme sauvage. [...] Quoi qu’il en soit, il faut le prendre tel qu’il est ; malhabile à la parole, brusque et entêté — d’aucuns disent un peu étroit — mais simple, sans grands besoins, sans vanité et travailleur infatigable. »[2]

Jean Grave naît en Auvergne, dans une famille pauvre qui quitte cette région en 1860 pour s'installer à Paris, où il commence à étudier à l'école des frères. Il publie en 1892, La société mourante et l'anarchie, vulgarisation des thèses de Kropotkine qui lui vaut par la suite, après le vote des lois scélérates, 2 ans de prison et 1000 francs d'amendes pour provocation au pillage, au meurtre, au vol, à l'incendie, etc.

Il crée, le 4 mai 1895, la revue Les Temps nouveaux qui fait paraître plus de 900 numéros auxquels collaborent des auteurs et artistes comme Kropotkine, Élisée Reclus, Girard, Pierrot, Octave Mirbeau, Félix Fénéon, Camille Pissarro, Maximilien Luce. La revue permet à Émile Armand de découvrir l'anarchisme.

Il écrit aussi Les aventures de Nono, une utopie libertaire pour enfants ; le livre est utilisé dans les écoles modernes, après une traduction d'Anselmo Lorenzo. Il est toutefois moins populaire en France.

Jean Grave est en 1916 l'un des signataires du Manifeste des seize, réunissant plusieurs militants anarchistes de longue date et affirmant un soutien aux gouvernements qui participent à la guerre contre l'Allemagne jusqu’au bout.

Pour sa garde vigilante de la « pure doctrine » communiste libertaire, il reçoit les critiques de plusieurs libertaires dont Victor Serge et Rirette Maîtrejean qui l'accusent de sectarisme. Jean Grave, qui ne supporte pas les individualistes, illégalistes et naturiens, est aussi l’ennemi d'Albert Libertad au sein du mouvement libertaire allant jusqu'à faire courir la rumeur qu’Albert Libertad était un indicateur de police[3].

Citation[modifier | modifier le code]

  • « Si vous voulez rester hommes, ne soyez pas soldats ; si vous ne savez pas digérer les humiliations, n'endossez pas l'uniforme. Mais pourtant, si vous avez commis l'imprudence de le revêtir, et qu'un jour vous vous trouvez dans cette situation de ne pouvoir vous contenir sous l'indignation, n'insultez ni ne frappez vos supérieurs! Crevez-leur la peau: vous n'en paierez pas davantage. » La société mourante et l'anarchie, 1893

Œuvres[modifier | modifier le code]

Anthologies[modifier | modifier le code]

  • Mémoires d'un anarchiste : 1880-1920, éditions du Sextant, 2009, (ISBN 2849780286).
  • Ce que nous voulons: et autres textes anarchistes (La Colonisation, Le Machinisme, La Panacée-Révolution), Fayard/Mille et une nuits, 2012, (ISBN 978-2755506570).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • M. Delfau, Quarante ans de propagande anarchiste, pp. 9-28, Flammarion, 1973, (ISBN 2080606085).
  • Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Gallimard, coll. « Tel », 1992, (ISBN 2070724980).
  • Jean Maitron, Ravachol et des anarchistes, René Julliard, 1964.
  • Jean Thioulouse, Jean Grave (1854-1939), journaliste et écrivain anarchiste, Thèse de doctorat, 1994, notice, Villeneuve d'Ascq, Presse Universitaire du Septentrion, 1997.
  • Émile de Saint-Auban, L'Histoire sociale au Palais de Justice, plaidoyers philosophiques, A. Pedone éditeur, 1895, extraits en ligne.
  • Justin Moisan, Quand l’édition devient terroriste : solidarité intellectuelle chez Jean Grave et Octave Mirbeau à la fin du XIXe siècle en France, Mémoires du livre, Volume 3, numéro 1, automne 2011, texte intégral.
  • Caroline Granier, L’utopie revisitée par les anarchistes, in Nous sommes des briseurs de formules. Les écrivains anarchistes en France à la fin du dix-neuvième siècle, Thèse de doctorat, Université Paris-VIII, 2003, publiée chez Ressouvenances, 2008, texte intégral.
  • Hem Day, Le Manifeste des Seize, Encyclopédie anarchiste, texte intégral.

Notices[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes[modifier | modifier le code]

  1. Gallica : voir en ligne.
  2. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : notice biographique.
  3. Les archives de la police prouvent toutefois que l'intéressé n'a pas été un mouchard