Jean-Jacques-Régis de Cambacérès

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Jean-Jacques-Régis de Cambacérès

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Gravure publiée en 1830 représentant Jean-Jacques Régis de Cambacérès.

Naissance 1753
Montpellier
Décès 1824 (à 70 ans)
Paris
Nationalité Française
Profession Avocat
Activité principale Homme politique (Deuxième consul sous le Consulat)
Autres activités
Principal rédacteur du Code Civil
Duc de Parme
Formation
Études de droit
Signature de Jean-Jacques-Régis de Cambacérès

Jean-Jacques Régis de Cambacérès, duc de Parme, deuxième Consul, puis archichancelier de l'Empire, est un homme politique français, né le à Montpellier et mort le à Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine et famille[modifier | modifier le code]

Né à Montpellier[1] dans une famille de magistrats appartenant à la vieille noblesse de robe[2] de la ville, il fit ses études de droit à la Faculté de Montpellier. Lorsque son père, Jean Antoine de Cambacérès, maire de Montpellier, connaitra des difficultés financières, il sera mis au ban de la société, ce qui va fortement marquer Jean-Jacques Régis.

Ses frères sont Étienne Hubert de Cambacérès qui sera archevêque de Rouen, cardinal et sénateur et Jean-Pierre-Hugues Cambacérès, général. Fils du précédent, son neveu, Marie Jean Pierre Hubert de Cambacérès, connu sous le nom de duc de Cambacérès, est pair de France sous Louis-Philippe, puis sénateur et grand maître des cérémonies sous Napoléon III.

Sous la Monarchie[modifier | modifier le code]

Reçu avocat en 1771, il renonce à sa charge afin de protester contre la réforme Maupeou, puis il succède à son père dans la charge de conseiller à la Cour des Comptes, Aides et Finances, de Montpellier en 1774. Il devient Pénitent blanc de Montpellier, en compagnie de son frère Étienne Hubert, en 1763. Il reste toute sa vie attaché à cette confrérie dont il est prieur en 1790 et à qui il fait un legs important à sa mort[3].

Sous la Révolution[modifier | modifier le code]

Cambacérès.jpg

Dès 1789, il participa activement à la Révolution française, au conseil municipal de Montpellier, puis comme procureur syndic du district et président du tribunal criminel de l'Hérault. En 1792, il est élu député de l'Hérault à la Convention nationale. Pendant le procès de Louis XVI, il protesta que la Convention n’avait pas le pouvoir de siéger comme tribunal et exigea que le roi disposât des moyens nécessaires pour sa défense. Il ne vota pas la mort, mais demanda que Louis soit gardé en otage jusqu'à la paix, et qu'en cas d'invasion du territoire, il soit exécuté[4]. Entré au Comité de sûreté générale, il vota l'arrestation des Girondins en juin 1793. Il fut chargé en 1793, avec Merlin de Douai, de la classification des lois et de leur réunion en un seul corps.

Il rédigea de nombreuses lois, dont la loi des suspects, et fut chargé de coordonner la rédaction du Code civil français par les Montagnards. Deux premiers projets furent présentés en 1793 et 1794. Le premier est rejeté car trop long et pas assez révolutionnaire. Le second suit le même sort : trop court. Un troisième projet échoue encore en 1796, victime également des luttes politiques. La version définitive n'aboutira qu'en 1804. Il devint, en 1794, président de la Convention, puis présida le Comité de salut public.

En janvier 1791, Cambacérès se porta acquéreur du domaine de Saint-Drézéry, alors propriété du chapitre de la cathédrale de Montpellier et vendu comme bien national par la municipalité. Alors vice-président du conseil municipal, Cambacérès dut se servir d'un prête-nom pour acheter le domaine qu'il légua à sa mort à la cathédrale de Montpellier.

Sous le Directoire[modifier | modifier le code]

Il fut élu au Conseil des Cinq-Cents en 1795. Puis en septembre sa candidature au poste de directeur est refusée par l'assemblée qui lui prète des sentiments monarchistes. Il exerça des fonctions diplomatiques et négocia la paix avec l'Espagne. Le 22 octbre 1796, il fut élu au poste de président du Conseil des Cinq-Cents, il prépara un troisième projet de Code civil, toujours sans suite. Il ne fut pas réélu en tant que diplomate en 1797 et, en 1798, son élection fut annulée. Le 20 juillet 1799, il devint ministre de la Justice, poste qui lui permit d'appuyer le coup d'État du 18 brumaire (9 novembre).

Cambacérès, Napoléon, Lebrun

Sous le Consulat[modifier | modifier le code]

Le 11 nivôse an VIII (1er janvier 1800), il est nommé deuxième consul, en remplacement de Sieyès, qui était auparavant consul provisoire. En 1801, il est l'un des fondateurs de la Société d'encouragement pour l'industrie Nationale, avec Jean-Antoine Chaptal et Benjamin Delessert. En 1803, il est nommé membre de l'Académie française, dont il est radié en 1816.

Sous le Premier Empire[modifier | modifier le code]

Le Prince-Archichancelier de l'Empire, par Henri-Frédéric Schopin.

Il est nommé prince-archichancelier lors de la proclamation du Premier Empire en 1804. Lors des nombreux déplacements de l'empereur sur les théâtres des opérations militaires, il assure la présidence du Sénat et du Conseil d'État, ainsi que la direction de l'administration. Nommé Prince de l'Empire et duc de Parme le , il accumule une fortune considérable et sa table est renommée pour ses fastes. Il participe à la renaissance de la franc-maçonnerie française et prend la direction de toutes les obédiences[5]. Ainsi, il est grand maître du Grand Orient de France de 1806 à 1814. On lui prête le mot : « En public appelez-moi : “Votre Altesse Sérénissime”, en privé “Monseigneur” suffira[6]. » En 1814, il est, sans le titre, le véritable régent de France, ce qui ne l'empêche pas de voter au Sénat la déposition de Napoléon Ier. Il eut la part principale dans la rédaction du Code civil français et sut mettre à profit les travaux des grands jurisconsultes des siècles précédents, surtout ceux de Portalis ; c'est lui qui est l'auteur du Discours préliminaire du Projet de code civil. Le 30 ventôse an XII (), grâce à la stabilisation politique apportée par le consulat, le Code civil est enfin promulgué.

Sous la Première Restauration, les Cent-Jours et la Seconde Restauration[modifier | modifier le code]

Tombeau de Cambacérès, Paris

Retiré de la vie politique lors du retour de la monarchie, en 1814, il reprend du service pendant les Cent-Jours. Réintégré dans toutes ses dignités au retour de l'île d'Elbe, il est nommé le Pair de France, président de la Chambre haute et, par intérim, ministre de la Justice, dont les fonctions sont exercées par M. Boulay de la Meurthe, conseiller d'État.

Après la chute définitive de Napoléon il s'exila à Bruxelles d'un commun accord avec le gouvernement de Louis XVIII. Ayant perdu son titre de duc de Parme, il prend celui de duc de Cambacérès, titre qui sera confirmé à sa famille en 1857 sous le Second Empire.

Il se réfugie alors dans la piété et un certain Baron écrit de lui (cité par Pierre Larousse dans Flore Latine) : « Quand je dis Cambacérès, il faut vous figurer un vieillard respectable, en perruque et en habit marron, allant tous les matins à Sainte-Gudule, notre cathédrale, près de laquelle il était logé ; un domestique le suivait portant un gros livre d'heures. Là, Cambacérès s'agenouillait sur la terre nue, entendait la messe et restait plongé dans de longues méditations : Quantum mutatus ab illo !  » Il est autorisé à rentrer en France en 1818, mais ne jouera plus aucun rôle politique, et il meurt à Paris en 1824. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise.

Homosexualité et code civil[modifier | modifier le code]

Son homosexualité et son goût pour les jeunes garçons est assez notoire, bien que non attesté : alors que Cambacérès arrivait en retard, disant à l’empereur qu'il avait été retenu par des dames, Napoléon aurait eu ce bon mot : « Quand on a rendez-vous avec l'Empereur, on dit à ces dames de prendre leurs cannes et leurs chapeaux et de foutre le camp ». On cite aussi l'anecdote selon laquelle Talleyrand, voyant passer les trois consuls Bonaparte, Cambacérès et Lebrun les nomma hic, haec, hoc (en latin : celui-ci, celle-là, ça), faisant référence à l'homosexualité de Cambacérès et à l'insignifiance de Lebrun[7]. Il avait reçu le sobriquet de « Tante Hurlurette »[8]. Certains défendent[9] l'idée que cette réputation serait le fruit de ses ennemis politiques, qui avaient trouvé dans son célibat le moyen de l'atteindre.

On considère souvent, à tort, que le Code Napoléon (1804) est à l'origine de la décriminalisation de l'homosexualité en France, et l'on attribue habituellement cette décriminalisation à Cambacérès, comme principal architecte du Code. Cependant le Code Napoléon est un recueil de lois qui règlementent la vie civile. La législation napoléonienne qui nous intéresse est en fait le Code pénal de 1810, qui n'est pas l'œuvre de Cambacérès, et qui, en tout état de cause, ne fait que confirmer les dispositions du Code pénal de 1791, qui ne pénalise pas la sodomie. C'est ainsi l'Assemblée nationale constituante qui a décriminalisé l'homosexualité.

Distinctions[modifier | modifier le code]

« Jamais les titres, les croix, les cordons n'ont causé autant de plaisir qu'à lui [Cambacérès]. Il faisait ses délices de la représentation, dans les salons et jusque dans les lieux publics, il se parait avec la joie des enfants, de ses ordres, tantôt en or, tantôt en perles, tantôt en diamants, et au travers de ces puérilités, c'était certainement la meilleure tête du Conseil impérial. »

— Étienne-Denis Pasquier, Mémoires de mon temps.

Un écrin contenant 41 de ses décorations est conservé au Musée de la Légion d'honneur[11].

Iconographie[modifier | modifier le code]

Le buste de Cambacérès apparaît, avec ceux de Bonaparte et de Lebrun, sur une médaille frappée en l'an X (1802) sur décision du Corps législatif pour célébrer la conclusion de la paix d'Amiens. Cette médaille, gravée par Romain-Vincent Jeuffroy fut largement diffusée. Le musée Carnavalet en conserve cinq exemplaires (ND 2759, 5149 à 5152). Une autre médaille de Cambacérès, posthume, est due à Eugène-André Oudiné et montre le personnage en grand costume de prince archichancelier de l'Empire, portant le collier de la Légion d'honneur. Un exemplaire en est conservé au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France (série iconographique, no 890).

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La maison natale de Cambacérès se trouve place Chabaneau à Montpellier.
  2. Nicole Gotteri, Grands dignitaires du Premier Empire, éd. Nouvelles Éditions Latines, 1990, p.79
  3. Archives de la confrérie des Pénitents blancs de Montpellier, conservées au siège de la confrérie à Montpellier
  4. Laurence Chatel de Brancion, Cambacérés : Maître d'œuvre de Napoléon, Perrin,‎ août 2001 (ISBN 2-262-01632-1), p. 106-107
  5. Voir le site Napoleon & Empire pour un panorama de la franc-maçonnerie sous le Consulat et le Premier Empire (consulté le 09/08/2010)
  6. Cité par exemple par F. Le Douarec, Le Concordat dans un diocèse de l'Ouest, Alsatia, 1958, p. 47.
  7. Encyclopædia Universalis, article « CAMBACÉRÈS JEAN-JACQUES RÉGIS DE (1753-1824) deuxième consul (1799-1804) archichancelier d'Empire (1804) ».
  8. Frédéric Martel, Le rose et le noir : les homosexuels en France depuis 1968, Paris, Seuil, 2000, p. 230.
  9. Laurence Chatel de Brancion, Cambacérés : Maître d'œuvre de Napoléon, Perrin,‎ août 2001 (ISBN 2-262-01632-1)
  10. « www.napoleon.org », CAMBACERES, Jean-Jacques-Régis, (1753-1824), consul, parlementaire, archichancelier (consulté le 19 février 2011)
  11. « www.musee-legiondhonneur.fr » (consulté le 19 février 2011)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joseph Fr. Michaud et Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne : ou, Histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes. Ouvrage entièrement neuf, rédigé par une société de gens de lettres et de savants, vol. 60, t. 1.-[52.], Michaud frères,‎ 1836 (lire en ligne)</ref>
  • Jean-Louis Bory, Les cinq girouettes ou servitude et souplesses de son altesse sérénissime : le prince archichancelier de l'Empire Jean-Jacques Régis de Cambacérès, duc de Parme, Ramsay, Paris, 1979 (ISBN 2913867316).
  • Laurence Chatel de Brancion, Cambacérès : maître d'œuvre de Napoléon, Perrin, Paris, 2001, 642 p., (ISBN 2-262-01632-1).
  • Jean-Paul Delbert, Cambacérès : unificateur de la franc-maçonnerie sous le Premier Empire, préface de Jean Tulard, Athos, Lille, 2005, 120 p., (ISBN 2-9511431-2-5).
Ouvrages de Pierre François Pinaud 
  • Jean-Jacques de Cambacérès, jurisconsulte et homme d'État (1753-1824), Université de Lille (thèse de doctorat en Lettres), Lille, 1958, dact., 551-85 f°.
  • Cambacérès, Perrin, septembre 1991, 272 pages; Paris, Fayard, 1996, 271 p. (ISBN 2262011494)
  • Cambaceres, le premier surveillant de la franc-maçonnerie impériale., Édimaf, Paris, mars 1999 (ISBN 2903846456)

Les papiers personnels de Jean-Jacques-Régis de Cambacérès sont conservés aux Archives nationales sous la cote 286AP[1]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. Voir la notice dans la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Précédé par Jean-Jacques-Régis de Cambacérès Suivi par
André Dumont
Président de la Convention nationale
(7 - )
Pierre-Louis Prieur
Charles Antoine Chasset
Président du Conseil des Cinq-Cents
(21 novembre - )
Nicolas-Marie Quinette
Ferdinand Ier de Parme
Armoiries Cambacérès.svg
Duc de Parme
18081814
Marie-Louise d'Autriche
Charles Joseph Lambrechts
Ministre français de la Justice
(20 juillet - )
André Joseph Abrial
Charles-Henri Dambray
Ministre français de la Justice
(20 mars - )
Antoine Boulay de la Meurthe
Jacques-Antoine-Hippolyte de Guibert
Fauteuil 30 de l’Académie française
1803-1816
Louis-Gabriel de Bonald