Juliette Récamier

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Juliette Récamier

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Juliette Récamier en 1805.
Détail du tableau de François Gérard.

Nom de naissance Jeanne Françoise Julie Adélaïde Bernard
Naissance 3 décembre 1777
Lyon
Décès 11 mai 1849 (à 71 ans)
Paris
Nationalité Drapeau : France Française
Activité principale
Conjoint
Signature de Juliette Récamier

Juliette[1] ou Julie Récamier née Jeanne Françoise Julie Adélaïde Bernard, dite Madame Récamier, née le 3 décembre 1777 à Lyon et morte le 11 mai 1849 à Paris, est une femme d'esprit dont le salon parisien réunit, à partir du Directoire et jusqu'à la monarchie de Juillet, les plus grandes célébrités du monde politique, littéraire et artistique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et mariage[modifier | modifier le code]

Madame Récamier vers 1798, par Eulalie Morin (1765-1837).
Musée national du Château de Versailles et des Trianons
Madame Récamier, Jacques-Louis David, 1800, Musée du Louvre.
Portrait de Juliette Récamier assise,
par le baron Gérard en 1805.
Musée Carnavalet

Juliette Récamier naît et grandit rue de la Cage[2] à Lyon dont la famille appartient à la bourgeoisie. Le père, Jean Bernard, est notaire royal. Nommé receveur des Finances par Calonne, il s'installe à Paris en 1786 puis devient administrateur des Postes. Il est arrêté et emprisonné sous le Consulat comme suspect de connivence avec les royalistes. Sur l'intervention de Julie, le général Bernadotte obtient sa libération mais Jean Bernard est destitué de son emploi. Madame Bernard, née Marie-Julie Matton, issue d'un milieu aisé, également originaire de Lyon, est une femme coquette et intelligente.

Julie, mise en pension à Lyon au Couvent de la Déserte, ne rejoint ses parents à Paris qu'en 1787. Le 24 avril 1793 (5 floréal an I)[3], à 15 ans et en pleine Terreur, elle est mariée dans la capitale à un ami de ses parents, Jacques-Rose Récamier[4], riche banquier d'origine lyonnaise et venu lui aussi à Paris peu avant la Révolution. Le contrat de mariage est signé chez Me Jean-François Cabal-Castel, notaire à Paris, le 11 avril précédent[5]. Elle noue avec Jacques Récamier une relation affectueuse et platonique : elle en est vraisemblablement la fille naturelle[6].

Vie mondaine et célébrité européenne[modifier | modifier le code]

Portrait de Juliette Récamier,
par Firmin Massot en 1807.
Musée des beaux-arts de Lyon

À partir de 1797, Juliette Récamier commence sa vie mondaine, tenant un salon qui devient bientôt le rendez-vous d'une société choisie. La beauté et le charme de l'hôtesse, l'une des « Trois Grâces » du Directoire, avec Joséphine de Beauharnais et Madame Tallien, lui suscitent une foule d'admirateurs. Le cadre de l'hôtel particulier de la rue du Mont-Blanc (hôtel de Jacques Necker ancienne rue de la Chaussée-d'Antin), acquis en octobre 1798 et richement décoré par l'architecte Louis-Martin Berthault, ajoute à la réputation de ses réceptions. Elle est l'une des premières à se meubler en style « étrusque » et à s'habiller « à la grecque ». L'influence de Madame Récamier est notable dans la diffusion du goût pour l'Antique qui allait prévaloir sous l'Empire. L'hôtel Récamier acquiert une renommée telle qu'il devient rapidement une curiosité parisienne que tous les provinciaux et étrangers de marque se doivent de visiter. L'année 1800 marque l'apogée de la puissance financière de Jacques Récamier : il devient alors Régent de la Banque de France.

Mais Juliette Récamier ne tarde pas à exciter les ombrages du pouvoir. Amie de Madame de Staël, elle est une figure clé de l'opposition au régime de Napoléon. Les réceptions de son salon, qui joue un rôle non négligeable dans la vie politique et intellectuelle de l'époque, sont interdites par un ordre officieux de Bonaparte. Madame de Staël, Adrien de Montmorency, tous deux proches de Juliette et assidus de son salon, sont exilés de Paris ; quand Napoléon devient empereur, Juliette refuse à quatre reprises une place de dame d'honneur à la cour. Les difficultés de la Banque Récamier, à partir de 1805, obligent le couple d'abord à réduire son train de vie puis à vendre l'hôtel particulier de la rue du Mont-Blanc. À ces revers de fortune s'ajoutent pour Juliette des chagrins personnels : le décès de sa mère en 1807, une histoire d'amour puis une rupture avec le prince Auguste de Prusse rencontré lors d'un séjour au château de Coppet près de Genève chez Madame de Staël. Défavorable à Napoléon, Madame Récamier ne tarde pas à subir le même sort que Germaine de Staël, et elle a l'obligation de s'éloigner de Paris par ordre de la police impériale.

Le temps de l'exil et le retour à Paris[modifier | modifier le code]

Après avoir séjourné quelque temps de septembre 1811 à juin 1812 à Châlons-sur-Marne avec Marie Joséphine Cyvoct, petite-nièce de son mari récemment orpheline et devenue sa fille adoptive, Juliette séjourne à Lyon[7], où elle retrouve Camille Jordan, son vieil ami qu'elle connaît depuis 1797 et qui lui fait alors connaître Ballanche. Elle part en mars 1813 pour l'Italie. À Rome, elle reconstitue peu à peu sa « vie de société » ; c'est à ce moment-là que le sculpteur Canova fait deux bustes d'elle. Invitée à Naples en décembre 1813 par le roi Murat et la reine Caroline, elle apprend en avril 1814, l'abdication de Napoléon.

De retour à Paris le 1er juin 1814 après un exil de près de trois années, elle retrouve tous ses anciens amis, bannis comme elle, ainsi que Benjamin Constant, ex-amant de Madame de Staël. Juliette reprend ses réunions mondaines, reçoit des personnalités françaises ou étrangères de toutes opinions mais exige que ses invités observent chez elle, une stricte neutralité politique. Son salon prend de plus en plus une orientation littéraire. Sa rencontre avec Chateaubriand se fait en 1817. L'écrivain est l'un des hôtes les plus assidus de son domicile situé au no 31 rue d'Anjou-Saint-Honoré, revendu dès 1819 à la suite de nouveaux revers de fortune de son mari.

Le refuge de l'Abbaye-aux-Bois[modifier | modifier le code]

Juliette s'installe alors à l'Abbaye-aux-Bois[8] à Paris, couvent dont les religieuses louent des appartements à des dames de la haute société. Elle occupe d'abord un petit appartement au troisième étage, composé de deux pièces séparées par un couloir, avant d'en louer vers 1825, un plus vaste au premier étage.

Pendant plus de vingt années, ses réceptions rassemblent autour d'elle, accompagnée de Chateaubriand qui les présidait souvent, les esprits les plus brillants de l'époque : Victor Cousin, Saint-Marc Girardin, Edgar Quinet, Tocqueville, de jeunes écrivains comme Lamartine, Sainte-Beuve, Balzac, des artistes comme François Gérard, Joseph Chinard, Antonio Canova, des acteurs, Talma et Rachel, etc.

De 1823 à 1824, un séjour en Italie, en compagnie de sa nièce Amélie Cyvoct, de Ballanche et de Jean-Jacques Ampère, lui permet de recréer à Rome un cercle regroupant artistes et hommes de lettres. Des évènements dans son entourage familial marquent cette période : l'éloignement de sa fille adoptive Amélie Cyvoct, devenue madame Charles Lenormant en 1826, la disparition de son père en 1829 puis celle de son mari Jacques Récamier en 1830.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Tombeau de Madame Récamier et sa famille, au cimetière de Montmartre.

À partir de 1840, la santé de Juliette Récamier décline et sa vue baisse notablement. Elle mène alors une vie de plus en plus retirée mais reçoit cependant, les fréquentes visites de Chateaubriand. Une des dernières grandes soirées qu'elle organise à l'Abbaye-aux-Bois avec l'aide de l'actrice Rachel est guidée par sa charité. Il s'agit de collecter des fonds pour aider les victimes des graves inondations de Lyon. Atteinte de cataracte, elle subit sans succès deux opérations et devient quasiment aveugle. Juliette a le chagrin d'apprendre les décès de ses plus chers amis : le prince Auguste de Prusse en 1843, Pierre-Simon Ballanche en 1847 et elle assiste le 4 juillet 1848 à la mort de Chateaubriand.

Quand l'épidémie de choléra sévit en 1849, le quartier de la rue de Sèvres est particulièrement touché. Madame Récamier quitte l'Abbaye-aux-Bois pour aller chez sa petite-nièce, Amélie Lenormant, qui habite avec son mari à la Bibliothèque nationale, rue des Petits-Champs près du Palais-Royal. Frappée par la maladie, c'est en ce lieu qu'elle rend son dernier soupir le 11 mai 1849, à l'âge de 71 ans. Elle est inhumée au cimetière Montmartre à Paris dans la sépulture où sont ensevelis ses parents, son mari et son vieil ami, Pierre-Simon Ballanche[9].

Sa nièce et fille adoptive, Amélie Lenormant, est l'auteur d'une biographie parue en 1859 qui publie une partie des nombreuses lettres reçues de ses illustres correspondants. Celles-ci sont aujourd'hui conservées en partie au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France.

Madame Récamier et les arts[modifier | modifier le code]

  • Une banquette avec sur les côtés, deux extrémités de même hauteur et sans dossier, prend le nom de Récamier ou Récamière.
Article détaillé : Chaise longue.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

Base de données[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Archives[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Choix de ce second prénom lors de son mariage.
  2. À l'emplacement de l'actuelle rue de Constantine.
  3. L'acte de mariage original disparaît dans l'incendie de l'Hôtel de ville de Paris au moment de la Commune en 1871, mais l'historien Auguste Jal avait fort heureusement, transcrit et publié une copie : Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire : Errata et supplément pour tous les dictionnaires historiques, Paris, Éditions Henri Plon,‎ 1872 (1re éd. 1867), 1382 p. (lire en ligne), « Récamier Jeanne-Françoise-Julie-Adélaïde Bernard, madame », p. 1044.
  4. Jacques-Rose Récamier (10 mars 1751 - 29 mars 1830), fils de François Récamier, fabricant industriel de chapeaux et banquier, et d’Emerande Delaroche, fille d’un imprimeur-libraire, il dirige la maison Jacques Récamier et Cie et devient Régent de la Banque de France dont il démissionne suite à sa faillite. Source : Romuald Szramkiewicz, Les Régents et censeurs de la Banque de France : nommés sous le Consulat et l'Empire, Librairie Droz, 1974, p. 325
  5. Archives nationales : contrat de mariage entre Jacques-Rose Récamier, négociant banquier, et Jeanne-Françoise-Julie-Adélaïde Bernard, le 11 avril 1793 à Paris. Étude LXII de Me Jean-François Cabal-Castel. Cote du document : MC-MI-RS-1279. Document Archives nationales : « Contrat de mariage Récamier-Bernard ».
  6. Édouard Herriot et Catherine Decours, les biographes de Juliette Récamier, font cette supposition. Jacques Récamier, père biologique de Juliette, aurait-il provoqué ce mariage précipité pour assurer à sa fille une fortune en cas de malheur ? Certains biographes disent qu'elle le sut au moment de sa nuit de noces, d'autres pensent que c'est bien plus tard. Toujours est-il qu'il s'agit d'un mariage blanc non consommé, Jacques Récamier s'effaçant et proposant le divorce lorsqu'un soupirant de Juliette s'avançait.
  7. À Lyon, Juliette Récamier choisit pour ce séjour le célèbre Hôtel de l'Europe, situé place Antonin-Gourju.
  8. L'Abbaye-aux-Bois, ancienne abbaye cistercienne, se trouvait au no 16 rue de Sèvres, en face de l'actuel hôtel Lutetia avec également une entrée au no 11 rue de la Chaise. Elle est détruite lors de l'agrandissement d'une partie du boulevard Raspail, et sur son emplacement est percée l'actuelle rue Récamier.
  9. Tombe no 3 de la 30e division, surmontée d'une croix et de l'inscription « crux, ave, spes unica », elle porte sur l'une de ses faces l'inscription « Dans ce tombeau sont réunis les restes mortels de Jeanne-Françoise-Julie-Adélaïde Récamier, née Bernard, de Jacques-Rose Récamier, son mari ; de Jean Bernard, son père ; de Marie-Julie Matton, sa mère, et de Pierre-Simon Ballanche, son ami. Priez pour eux. » et sur l'autre face « Marie-Julie Bernard, née Matton, 21 janvier 1807. Jean Bernard, 19 mars 1828. Jacques-Rose Récamier, 19 avril 1830. Pierre-Simon Ballanche, 12 juin 1847. Jeanne-Françoise-Julie-Adélaïde Récamier, née Bernard, 11 mai 1819 ». Source : Édouard Herriot, op. cité, p. 401
  10. Le docteur Charles Lenormant est le petit-fils de madame Amélie Cyvoct-Lenormant, nièce de madame Récamier.