Pierre Kropotkine

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Pierre Kropotkine
Pierre Kropotkine par Nadar
Pierre Kropotkine par Nadar

Naissance 9 décembre 1842
Moscou
Décès 8 février 1921
Dmitrov
Première incarcération 1874 à Saint-Pétersbourg (Russie) pour « activités révolutionnaires », évasion en 1876
1883 à la suite de grèves ouvrières à Lyon (France), gracié en 1886
Origine russe
Type de militance activistethéoricienpropagandisteécrivainscientifiquegéographe
Cause défendue communisme libertaire
anarchisme

Pierre (Piotr) Alekseïevitch Kropotkine (en russe : Пётр Алексеевич Кропоткин), né le 27 novembre du calendrier julien / 9 décembre 1842 à Moscou et mort le 8 février 1921 à Dmitrov près de Moscou, est un géographe, explorateur, zoologiste, anthropologue, géologue[1] et théoricien du communisme libertaire[2],[3],[4],[5],[6].

Il est l'un des plus grands penseurs de son temps et l'une des principales figures du mouvement anarchiste.

Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont notamment : La Conquête du pain, L’Entraide, un facteur de l’évolution, Autour d'une vie (mémoires d'un révolutionnaire) et l’Éthique.

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1861 au lycée à Moscou.
Vers 1870.

Son père, le général prince Alexis Pétrovitch Kropotkine[7] (1805-1871), rourikide, issu d'une branche cadette des princes de Smolensk, est un riche propriétaire terrien ; sa mère, Catherine Nicolaïevna, fille du général Nicolas Sémionovitch Soulima[8] (1777-1840), héros des guerres napoléoniennes, meurt de la tuberculose à 34 ans. Eprise de poésie, sa grande bonté l'avait fait aimer des serfs du domaine[9]. Pierre Alexeïévitch poursuit ses études au Premier lycée classique de Moscou, puis entre dans l’armée impériale russe à partir de 1857. Il est alors affecté comme officier de Cosaques de l'Amour en Sibérie[10].

Sa sympathie pour l'insurrection polonaise de 1863 l'amène à démissionner de l'armée. Il se consacre alors à des expéditions scientifiques en Sibérie et en Mandchourie, tout en lisant Pierre-Joseph Proudhon et Alexandre Herzen[11].

De 1867 à 1871, il suit des études de mathématiques et de géographie à l'université de Saint-Pétersbourg tout en étant secrétaire de la Société de Géographie[10]. Il publie plusieurs travaux sur l'Asie septentrionale et, en 1871, explore les glaciers de la péninsule scandinave.

Premiers engagements[modifier | modifier le code]

En 1872, il se rend en Belgique puis en Suisse où il adhère à la Fédération jurassienne de la Première Internationale[10] et se lie d'amitié avec James Guillaume.

Il repart, la même année, en Russie où il mène une activité de militant notamment en publiant des brochures révolutionnaires[10]. Il est arrêté à Saint-Pétersbourg en 1874, à la sortie d'une séance de la Société de géographie et interné en forteresse pour « propagande subversive » et « activités révolutionnaires »[11]. Il s'en évade, le 30 juin 1876[10].

Il passe ensuite en Grande-Bretagne, puis revient en Suisse fin 1876, où il séjourne à Neuchâtel, et rencontre Errico Malatesta et Carlo Cafiero.

En 1877, il fonde avec Paul Brousse et Jean-Louis Pindy, le journal L'Avant garde, « Organe de la Fédération française de l'Association internationale des travailleurs » avant de devenir, à partir d'avril 1878, « Organe collectiviste et anarchiste »[12]. Et en 1879, avec Élisée Reclus, le journal Le Révolté qui devient peu après La Révolte, dont ils confient la direction à Jean Grave. À cette époque, Kropotkine est un partisan de la « propagande par le fait ». Il écrit dans Le Révolté publié le 25 décembre 1880 : « La révolte permanente par la parole, par l'écrit, par le poignard, le fusil, la dynamite [...], tout est bon pour nous, qui n'est pas la légalité. »[11]

En 1881, il est expulsé de Suisse[13]. Après un court passage à Londres, où lors d’un congrès international, il plaide en faveur de l’action violente et de la propagande par le fait[14], il s'installe en 1882 en France à Thonon-les-Bains[10].

Trois ans de prison en France[modifier | modifier le code]

Pierre Kropotkine au Procès des 66 en 1883.

Il est arrêté à Lyon et impliqué dans le procès dit « Procès des 66 », qui s’ouvre le 8 janvier 1883, à la suite des violentes manifestations des mineurs de Montceau-les-Mines d’août 1882 et des attentats à la bombe perpétrés à Lyon en octobre 1882. Au titre de la loi du 14 mars 1872, les « 66 », dont Émile Gautier, sont accusés de s’être affiliés à l’Association internationale des travailleurs (AIT), censée avoir été reconstituée au congrès de Londres en juillet 1881 : « D'avoir [...] été affiliés ou fait acte d'affiliation à une société internationale, ayant pour but de provoquer à la suspension du travail, à l'abolition du droit de propriété, de la famille, de la patrie, de la religion, et d'avoir ainsi commis un attentat contre la paix publique »[15]. Le 7 janvier 1883, il est condamné à 5 ans de prison et 10 ans de résidence surveillée[16],[10]. Lors de son procès, il déclare à ses juges que la révolution sociale est proche, « dans dix ans, cinq peut-être ». Et encore fait-il figure de pessimiste parmi les compagnons anarchistes[11]. Après une courte détention dans cette ville, il transféré dans la maison centrale de Clairvaux où il reste trois ans, bénéficiant des conditions de détention assouplies appliquées aux prisonniers politiques.

La pétition pour sa remise en liberté est signée, notamment, par le philosophe Herbert Spencer, l’astronome Camille Flammarion, le poète Algernon Swinburne et l'écrivain Victor Hugo[17]. Il est amnistié en 1886.

De son expérience pénitentiaire, il tire l'ouvrage Dans les prisons russes et françaises (1887), dans lequel il décrit le système de travail, profitant à des entrepreneurs privés, mis en place dans les prisons françaises. La fréquence de la récidive lui paraît être inscrite dans le principe même de la prison, notamment parce qu'elle « tue en l'homme toutes les qualités qui le rendent mieux approprié à la vie en société »[18]. Il conclut « qu'on ne peut pas améliorer une prison. Sauf quelques petites améliorations sans importance, il n'y a absolument rien à faire qu'à la démolir »[19].

Exil londonien[modifier | modifier le code]

À sa table de travail vers 1890.
La Conquête du pain, 1892.

Il se réinstalle ensuite à Londres, où il participe à l'accueil des réfugiés politiques russes[10].

Il vit de ses écrits scientifiques et collabore à la rédaction de la Géographie universelle[11] d'Élisée Reclus, ainsi qu'à la Chambers Encyclopædia et à l'Encyclopædia Britannica. Il refuse de devenir membre de la Société royale britannique de géographie car elle est sous le patronage de la Reine Victoria[20].

En 1885, il publie Paroles d'un révolté, recueil d'écrits paru dans le journal La révolte.

En octobre 1886, il fonde avec Charlotte Wilson le journal Freedom[21].

En 1892, dans La Conquête du pain, préfacé par Élisée Reclus, il trace les contours de ce que pourrait être une société libertaire.

Son ouvrage L'Entraide, un facteur de l'évolution, paru en 1902, expose des exemples de coopérations inter ou infra espèces et se veut un pendant des travaux de Darwin, auquel il adhère, en s'opposant à ce qu'on appellera ultérieurement le darwinisme social[22]. Traitant de la biologie évolutive et de l'étude des sociétés, Kropotkine y pose les fondements d'une « éthique libertaire ».

En 1906, paraissent ses Mémoires sous le titre Autour d´une vie.

Il commence aussi un grand ouvrage qu'il ne finira pas, L'Éthique. Ce livre, tel qu’il nous est connu, expose de manière personnelle l’histoire de la philosophie de l'antiquité au milieu du 19e.

Kropotkine est alors considéré comme le principal théoricien du mouvement libertaire[11] et veut fonder un « anarchisme scientifique »[23].

L'échec de la « propagande par le fait » qui isole de plus en plus les anarchistes des masses ouvrières, l'oblige à réévaluer sa position sur la violence révolutionnaire minoritaire[14] : il écrit dans Le Révolté en 1890, qu'« un édifice basé sur des siècles d’histoire ne se détruit pas avec quelques kilos d’explosifs[11]. »

C'est vers le syndicalisme révolutionnaire naissant qu'il se tourne alors : « La révolution, avant tout, est un mouvement populaire. »[7]. Il préconise la création d'un syndicalisme de masse[24] : « Il faut être avec le peuple et créer des unions monstres, englobant les millions de prolétaires contre les milliers et les millions d’or des exploiteurs » (La Révolte, 27 septembre 1890).

La guerre de 1914-1918[modifier | modifier le code]

L'éclatement de la Première Guerre mondiale provoque de vives tensions au sein du mouvement qui est divisé entre « défensistes » et « antimilitaristes ».

En 1916, Kropotkine corédige avec Jean Grave, le « Manifeste des Seize »[25]. Le texte est signé par, notamment, Christiaan Cornelissen, Charles-Ange Laisant, François Le Levé ou Charles Malato. Ils prennent ainsi publiquement parti pour le camp des Alliés et contre l’agression allemande. Une centaine d'autres personnalités anarchistes apporte leur soutien au Manifeste qui fonde « son analyse de la situation sur la conviction que l'Allemagne était l'agresseur et que, en outre, sa victoire dans la guerre en cours représenterait le triomphe du militarisme et de l'autoritarisme en Europe. Selon cette perspective, l'Allemagne était le "bastion de l'étatisme", la France - la patrie de la Révolution de 89 et de la Commune - c'est pourquoi la victoire de l'Allemagne entraverait le développement des idées libertaires et la marche vers une société fédéraliste et décentralisée en Europe. »[26].

Les « antimilitaristes », majoritaires dans le mouvement, dont Errico Malatesta[27], Emma Goldman, Alexander Berkman, Rudolf Rocker, Voline ou Ferdinand Domela Nieuwenhuis s'opposent à cette prise de position[28], considérant « la guerre comme l'aboutissement inévitable du régime capitaliste et de l'existence des États en tant que tels »[26]. Certains brocardent Kropotkine du nom d'« anarchiste de gouvernement »[29],[30].

Retour en Russie[modifier | modifier le code]

Kropotkine en Suède en 1917.

En 1917, à la suite de la Révolution de Février, il retourne en Russie et retrouve le mouvement libertaire qui, pour quelques années encore, jouit d'une certaine liberté d'expression et d'association.

Fidèle à ses convictions, il refuse un poste de ministre proposé par Aleksandr Kerenski, même s'il soutient son gouvernement.

Après la Révolution d'Octobre, avec Emma Goldman et Alexander Berkman présents à Moscou à cette époque, il critique ouvertement le nouveau gouvernement bolchévique, la personnalité de Lénine et la dérive dictatoriale du pouvoir.

En 1919, l'insurrection menée par Nestor Makhno en Ukraine revendique l'application effective des principes exposés dans L'Entraide, lorsque paysans et ouvriers organisent un système de troc massif entre les productions manufacturières industrielles et celles agricoles[31].

Funérailles[modifier | modifier le code]

Emma Goldman lors des funérailles en 1921.

Le 8 février 1921, Kropotkine meurt à l’âge de 78 ans, à Dimitrov, près de Moscou. Sa famille et ses amis refusent au gouvernement bolchevique des funérailles nationales, celles-ci sont organisées par une commission composée de militants anarchistes. Le 10 février, le cercueil est transféré à Moscou dans un train orné de drapeaux noirs et de banderoles arborant des slogans comme « Là où il y a autorité, il ne peut y avoir de liberté » ou « La libération de la classe ouvrière, c’est la tâche des travailleurs eux-mêmes ». Le cercueil est exposé durant deux jours dans la salle des colonnes de la Maison des syndicats, au fronton de laquelle est accroché un énorme calicot portant une inscription dénonçant le gouvernement bolchevique et sa répression[32].

L’enterrement a lieu le 13 février. Bravant le froid, 20 000 moscovites suivent le cortège qui s’arrête une première fois au Musée Léon Tolstoï où est jouée la Marche funèbre de Frédéric Chopin, puis une seconde fois au niveau de la prison de la Boutyrka où s’entassent nombre de prisonniers politiques qui manifestent en frappant sur les barreaux. Avant que le cercueil ne soit mis en terre, plusieurs orateurs interviennent dont Emma Goldman. Kropotkine avait demandé que ne soit pas chantée L’Internationale lors de ses funérailles, tant elle ressemblait déjà « à des hurlements de chiens faméliques »[33].

L’enterrement de Kropotkine est sans aucun doute la dernière manifestation libertaire de masse sous un gouvernement bolchevique. Dès le mois de mars, toutes les organisations anarchistes sont interdites, leurs militants persécutés. Le 17 mars, l'insurrection des marins et du soviet de Kronstadt est écrasée par l'Armée rouge commandée par Trotsky.

Pensée politique[modifier | modifier le code]

« Pyramid of Capitalist System »
« Pyramid of Capitalist System », début du XXe siècle

Les premières bases théoriques de l'anarchisme ont été élaborées, quelques années auparavant, par Charles Fourier, Pierre-Joseph Proudhon, James Guillaume et Michel Bakounine. En synthèse, elles affirment la collectivisation des moyens de production gérés par des sociétés ouvrières, un salaire en fonction du travail réalisé par chacun, l'hostilité à la religion, le remplacement de l'État et du gouvernement par l'autogestion et le fédéralisme.

Le thème central des travaux de Kropotkine concerne l'abolition de toute forme de gouvernement remplacé par la libre fédération des groupes de producteurs et de consommateurs organisée sur les principes d'entraide, de libre-entente et de coopération Page d'aide sur l'homonymie[11].

Opposé à l'« individualisme bourgeois » auquel il oppose le concept d'« individuation »[34], et contrairement à l'individualisme anarchiste[23], Kropotkine structure la collectivisation de l'économie autour de la création de petites communes autosuffisantes[35].

Si sa pensée de la coopération sociale est fondée sur une interprétation naturaliste, symétrique inversé du darwinisme social[22] (L'Entraide, un facteur de l'évolution, 1902), sa confiance envers la création de petites communes va de pair avec un espoir fondé sur le progrès technique, et en particulier l'arrivée de l'électricité (Champs, usines et ateliers, 1910). Ces thèses seront reprises dans les années 1970 par Murray Bookchin.

La collectivisation, l'entraide et la morale[modifier | modifier le code]

La pensée de Kropotkine s'articule autour de trois axes :

  • Comment organiser la production et la consommation dans une société libertaire ? À travers l'expropriation puis la collectivisation des moyens de production et des biens obtenus, ainsi qu'une rationalisation de l'économie et la création de communes autosuffisantes (la commune supprime les différences entre les villes et la campagne, crée une décentralisation industrielle). De plus, et contrairement au capitalisme, il écarte le principe de bénéfice individuel maximum, au détriment d’un autre plus juste et plus égalitaire : « à chacun selon ses besoins », et qui repose sur l’entraide (le second axe).
  • L’entraide : il s’agit d’une opposition frontale à l’évolutionnisme darwinien par la compétition : Kropotkine affirme que la coopération et l’aide réciproque sont des pratiques communes et essentielles dans la « nature humaine ». Si l’on renonce à la solidarité par cupidité, alors on tombe dans la hiérarchisation sociale et le despotisme.
  • Conception morale et éthique : seule une morale basée sur la liberté, la solidarité et la justice est à même de dépasser les instincts destructeurs qui eux aussi font partie de la nature humaine. Dans ce but, la science se doit de suivre des fondements éthiques, et non pas des principes surnaturels ou économiques. La recherche des structures sociales est la clé de la connaissance des besoins humains, base du développement de la société libre.

Selon Renaud Garcia, dans sa Thèse de doctorat, Nature humaine et anarchie, « loin de manifester une impasse pour tout discours qui voudrait dessiner les voies d'un changement radical de société, la notion de « nature humaine » telle que l'emploie Kropotkine offre de nombreux outils pour œuvrer dans cette direction. À la fois géographe et évolutionniste, Kropotkine ouvre la nature humaine en direction de la nature globale, et plus précisément du legs coopératif de l'évolution des espèces, à l'inverse de toute crispation essentialiste. C'est sur ce legs sans cesse retravaillé en fonction des contextes dans lesquels l'humain est conduit à vivre qu'il convient de s'appuyer pour contrer les effets de réductionnismes ruineux tels que le darwinisme social ou la sociobiologie. »[36].

La morale anarchiste[modifier | modifier le code]

Article détaillé : La Morale anarchiste.

La morale anarchiste est une des principales œuvres de Kropotkine. Il y développe l'idée selon laquelle le juge, le gouvernant et le prêtre ont abusé de la crédulité du peuple. La religion et la loi ne seraient que de fausses morales, la vraie morale étant naturelle, existant même chez les espèces animales à des degrés différents.

Communisme libertaire[modifier | modifier le code]

Symbole du communisme libertaire.

Kropotkine est le véritable fondateur du communisme libertaire, à savoir l'organisation économique communiste accompagnée d'une liberté totale et de l'absence de pouvoir coercitif.

Sa pensée se fonde sur le principe « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins » initié par Louis Blanc. Il plaide, en outre, pour l'abolition du salariat et de l'argent remplacés par le prise au tas[23],[37].

Dans une société communiste il organise la production planifiée en fonction de la demande. Il propose de régler la question de la consommation par la formule « Prise au tas pour ce qui se trouve en abondance, rationnement pour ce qui est rare ». Chaque commune indépendante doit avoir pour objectif prioritaire l'autosuffisance et l'abondance de façon à rendre la vie agréable et à satisfaire les besoins, des plus élémentaires aux plus raffinés[38].

La Conquête du pain, publié en 1892, est sans doute le livre de Kropotkine qui aura le plus influencé la pensée libertaire dans à sa mise en pratique.

Outre la description d'une société alternative, il s'attache à la démonstration de l'illégitimité et de l'inutilité de l'État (L'État 1906). Il poursuit en insistant sur l'importance des communes et de la fédération de celles-ci (L'État, son rôle historique 1906, La Commune, La Fédération comme moyen d'union).

S'opposant au mutuellisme et au coopérativisme ouvrier, il propose l'abolition du salariat (La Conquête du pain/Le salariat collectiviste 1892, Le Salariat 1889).

Il critique la relativité de la notion de « justice » (L'Organisation de la Vindicte appelée Justice 1901) ainsi que le système carcéral et les prisons dans lesquelles il a passé plusieurs années en France et en Russie (On ne peut pas améliorer les prisons 1887, Les Prisons 1888, Dans les Prisons Russes et Françaises 1886).

On peut opposer le communisme libertaire de Kropotkine aux thèses mutuellistes de Proudhon et collectivistes de Bakounine.

Dans L'Esprit de révolte, Kropotkine s'interroge sur le moyen de faire passer un peuple d'une situation d'indignation générale à celle d'une insurrection, sur les moyens de déclencher ce qu'il appelait une « révolution sociale ». En effet, même si le recul historique donne le sentiment d'un soulèvement déterminé à partir de causes évidentes (pauvreté, rejet du système politique en place…), l'élan général est déclenché par un acte minoritaire et incertain. Il nomme leurs auteurs les « Sentinelles perdues » : « Au milieu des plaintes, des causeries, des discussions théoriques, un acte de révolte, individuel ou collectif, se produit, résumant les aspirations dominantes. »

Commentaires bibliographiques[modifier | modifier le code]

Portrait réalisé par Aristide Delannoy pour l'hebdomadaire Les Hommes du jour publié par Victor Méric, 24 juillet 1909.

Kropotkine rédige de très nombreux ouvrages et en parallèle des articles dans des journaux tels que Le Révolté ou Les Temps nouveaux. Il publie également des petites brochures de quelques dizaines de pages sur des sujets variés qui permettent d'atteindre un plus vaste public populaire[39].

  • En 1895, Paroles d'un révolté est un recueil d'articles parus dans Le Révolté dans les années 1880-1882 : « Les libertés ne se donnent pas, elles se prennent. »
  • Entre 1880 et 1882, dans La Commune, il décrit les relations qu'entretiendraient les communes entre elles, dans une société libertaire fédéraliste.
  • En 1889, dans La Morale anarchiste, il rejette les morales traditionnelles, religieuse ou laïques, fondant la sienne sur la solidarité et l'équité.
  • La Conquête du pain en 1892 reste un de ses ouvrages majeurs, il y décrit les moyens à mettre en oeuvre pour parvenir à une société communiste libertaire, ainsi que son organisation. C'est une bonne synthèse de sa pensée.
  • Dans L'État, son rôle historique, il retrace l'évolution des formes de pouvoir tout au long de l'Histoire de l'humanité, il en distingue les différentes phases : tribus, commune villageoise, commune libre, État centralisé, extinction de la civilisation.
  • L'Entraide, un facteur de l'évolution en 1902, est un ouvrage scientifique qui lui vaut une reconnaissance internationale.
  • La Fédération comme moyen d'union, peut être résume par cet extrait : « La fédération a toujours mené à l’union, tandis que la méthode opposée de la centralisation a toujours entraîné la discorde et la désagrégation. »
  • Dans La Guerre, il analyse les racines des guerres et la façon qu'ont les industriels de les provoquent ainsi que les conséquences de celles-ci sur l'économie capitaliste.
  • L'Esprit de révolte, il se penche dans cet essai sur les conditions nécessaires au déclenchement d'une révolution sociale et analyse le processus de l'étincelle qui met le feu aux poudres.

Principales œuvres[modifier | modifier le code]

« Carte de la moitié sud de la Sibérie orientale et des parties de la Mongolie, Mandchourie, et Sakhaline • Pour une esquisse générale de l'orographie de la Sibérie orientale », 1875.
La Morale anarchiste, 1889.
Certains textes, en français, sont numérisés à la Bibliothèque royale de Belgique.

Correspondance[modifier | modifier le code]

  • Lettre sur le nationalisme, le mouvement ouvrier et les anarchistes, 11 mai 1897[68].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources, notes et références[modifier | modifier le code]

Notices[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Travaux universitaires[modifier | modifier le code]

  • Pierre Aubery, L'anarchisme des littérateurs au temps du symbolisme, Le Mouvement social, n°69, octobre-décembre, 1969, pp. 21-34, texte intégral.
  • Michael Confino, Anarchisme et internationalisme. Autour du "Manifeste des Seize". Correspondance inédite de Pierre Kropotkine et de Marie Goldsmith, janvier-mars 1916, Cahiers du Monde russe et soviétique, vol.22, n°2/3, 1981, pp. 231-249, EHESS, texte intégral.
  • Michael Confino, Pierre Kropotkine et les agents de l'Ohrana, Cahiers du monde russe et soviétique. Vol. 24, n°1-2, janvier-juin 1983, pp. 83-149, texte intégral.
  • Gaetano Manfredonia, Lignées proudhoniennes dans l'anarchisme français, in Proudhon, l'éternel retour, Mil neuf cent, n°10, 1992, pp. 30-45, texte intégral.
  • Daniel Rubinstein, Michaël Confino, Kropotkine savant, Cahiers du monde russe et soviétique, vol.33, n°2-3, avril-septembre 1992, pp. 243-301, texte intégral.
  • Jean-Christophe Angaut, Individu et société dans l'Entraide de Pierre Kropotkine, inHistoires et définitions de la philosophie sociale, Triangle : action, discours, pensée politique et économique, Grenoble, 2009, texte intégral.
  • Jean-Guillaume Lanuque, Pierre Kropotkine. La Grande Révolution (1789-1793). Une lecture originale de la Révolution française, Paris, éditions du Sextant, 2011 (édition originale 1909), 560 pages, introduction de Pierre Sommermeyer, Revue électronique Dissidences, Bibliothèque de comptes rendus, 2 février 2012, texte intégral.
  • Renaud Garcia, Nature humaine et anarchie : la pensée de Pierre Kropotkine, Thèse en vue de l'obtention du grade de Docteur en philosophie de l'École Normale Supérieure de Lyon, Université de Lyon, sous la direction de Michel Senellart, 7 décembre 2012, texte intégral.

Document cinématographique[modifier | modifier le code]

  • Film muet tourné lors des funérailles en 1921, 11 minutes, voir en ligne.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. BNF : notice.
  2. « il prône avec Kropotkine un "communisme libertaire" », Paul Claudel, Enrico Malatesta, Encyclopædia Universalis, texte intégral.
  3. « grande figure du communisme libertaire », Jean-Guillaume Lanuque, Bibliothèque de comptes rendus, Revue électronique Dissidences, 2 février 2012, texte intégral.
  4. « Le communisme libertaire de Piotr Alekseïevitch Kropotkine », Cho Se-Hyun, Les anarchistes. En Extrême-Orient aussi..., Le Monde diplomatique, janvier 2009, texte intégral.
  5. « le théoricien du communisme libertaire », Pierre Kropotkine, Mémoires d'un révolutionnaire, 2012, Éditions du Sextant, quatrième de couverture.
  6. « Lui prônait comme Kropotkine un communisme libertaire. », Michel Ragon, La Voie libertaire, Plon, 1991, texte intégral.
  7. a et b Kropotkine (Petr Alekseïevitch, prince): Grande Encyclopédie Larousse, [[lire en ligne]
  8. Famille remontant au célèbre Ivan Mikhaïlovitch Sulima, ataman des cosaques Zaporogues au XVIIe siècle.
  9. Pierre Krotopkine, Autour d'une vie (mémoires sur sa vie)
  10. a, b, c, d, e, f, g et h Extrait de fiche de police, Michael Confino, Pierre Kropotkine et les agents de l'Ohrana, Cahiers du monde russe et soviétique. Vol. 24, n°1-2, janvier-Juin 1983, pp. 83-149, texte intégral.
  11. a, b, c, d, e, f, g et h Pierre Claudel, « Kropotkine Piotr Alexeïevitch », sur sur l’Encyclopædia Universalis.
  12. IdRef : notice.
  13. Patrizia Candolfi, Mosè Bertoni anarchiste ?, Société suisse des Américanistes, Bulletin 66-67, 2002-2003, page. 35, texte intégral.
  14. a et b Rick Coolsaet, Au temps du terrorisme anarchiste, Le Monde diplomatique, septembre 2004, texte intégral.
  15. L'Éphéméride anarchiste : procès des 66.
  16. L'Éphéméride anarchiste : Procès des 66, liste des condamnations.
  17. Golovanov Vassily, Message et révolte de Pierre Kropotkine, Sovetskaya Kultura, 17 décembre 1988, traduction en ligne.
  18. Conférence de Pierre Kropotkine, Paris, salle Rivoli, 20 décembre 1887, extraits.
  19. Conférence donnée à Paris en 1887, cité par Jean-Claude Vimont, La prison — À l'ombre des hauts murs, Gallimard, Paris, 2005, p. 100.
  20. Pierre Sommermeyer, Les Mémoires de Kropotkine, Le Monde libertaire, n°1699, 14 mars 2013, RA.forum : texte intégral.
  21. Fédération anarchiste, Freedom, le bi-mensuel anarchiste le plus lu au Royaume-Uni depuis octobre 1886, 2004, texte intégral.
  22. a et b Daniel Rubinstein, Michaël Confino, Kropotkine savant, Cahiers du monde russe et soviétique, vol. 33, n°2-3, avril-septembre 1992, pp. 243-301, texte intégral.
  23. a, b et c Gaetano Manfredonia, Lignées proudhoniennes dans l'anarchisme français, Mil neuf cent, 1992, texte intégral.
  24. Maurice Tournier, Des noms et des gens en République, 1879-1914, L'Harmattan, 2010, page 185.
  25. Hem Day, Seize (le manifeste des), Encyclopédie anarchiste, texte intégral.
  26. a et b Michael Confino, Anarchisme et internationalisme. Autour du "Manifeste des Seize". Correspondance inédite de Pierre Kropotkine et de Marie Goldsmith, janvier-mars 1916, Cahiers du Monde russe et soviétique, 1981, texte intégral.
  27. Errico Malatesta, [[s:Réponse au manifeste des 16|]].
  28. Collectif, A propos du Manifeste des Seize. Déclaration et protestation, Paris, 1916, Institut international d'histoire sociale (Amsterdam) : notice.
  29. Maurice Laisant, Les anarchistes et l'Internationale durant la guerre de 1914, texte intégral.
  30. Errico Malatesta, Anarchistes de gouvernement. Réponse au Manifeste des Seize, sans mentions ni date, Institut international d'histoire sociale (Amsterdam) : notice.
  31. Pascal Nurnberg, Ukraine 1917-1923 : Nestor Makhno et l'Armée insurrectionnelle d'Ukraine, Le Monde libertaire, été 1972, texte intégral.
  32. Edward Sarboni, Sur Cronstadt, Nono le Hool's, 2003, texte intégral.
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