Paul Barras

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec Jacques-Melchior Barras de Saint-Laurent.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Barras.
Paul François Jean Nicolas
Vicomte de Barras
Paul Barras.
Paul Barras.

Naissance 30 juin 1755
Fox-Amphoux (Var)
Décès 29 janvier 1829 (à 74 ans)
Paris
Origine Drapeau de la France France
Grade Général de brigade
Années de service 17711795
Autres fonctions Député à la Convention
Membre du Directoire (1795-1799)

Paul François Jean Nicolas vicomte de Barras est un homme politique français né le 30 juin 1755 à Fox-Amphoux (Provence, aujourd'hui Var) et mort le 29 janvier 1829 à Paris. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

Député à la Convention pendant la Révolution française, il vota la mort de Louis XVI. Il apparaît comme l’un des hommes-clés de la transition vers le Directoire, dont il devient l'un des principaux Directeurs à partir du 31 octobre 1795, et jusqu'au coup d'État du 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799).

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Né le 30 juin 1755 dans une famille de vieille noblesse provençale, il entre dans l’armée à l’âge de seize ans en 1771. Il sert aux colonies (Isle de France) et prend part à des actions militaires aux Indes sous M. de Bellecombe et le Bailly de Suffren. Il concourt en Inde à la défense de Pondichéry. En 1783 il met fin à sa carrière, en donnant sa démission après une altercation avec le maréchal de Castries, ministre de la Marine. Il se retire avec le grade de capitaine, et vient à Paris.

Sous la Convention, nommé représentant en mission, il est chargé de réprimer l' insurrection royaliste à Marseille puis à Toulon. Après la soumission de la ville de Marseille, il organise le siège de Toulon et la reprise de la ville, qui sera réalisée le 19 décembre 1793. Il est promu général de brigade le 1er août 1795.

Premières années à Paris[modifier | modifier le code]

De 1783 à 1789, il se trouve fort dépourvu et désœuvré à Paris. On l’a accusé d’avoir fréquenté les maisons de jeux qui pullulaient à l’époque. Bel homme, il fréquente les femmes les plus spirituelles de l’époque, en particulier la cantatrice Sophie Arnould.

La Révolution française[modifier | modifier le code]

C’est par hasard qu’il assiste à la prise de la Bastille le 14 juillet 1789. Jusqu’alors, le vicomte de Barras n’a pas d’idées politiques bien arrêtées. Il rencontrait Mirabeau chez Sophie Arnould. Peut-être est-ce cette rencontre qui l’incite à adhérer à la franc-maçonnerie, puis au club des jacobins et à se lancer dans la politique comme républicain. Il se présente à la législative, et est élu délégué du Var, parmi 554 autres délégués. Il n’est pas élu député, mais membre de la Haute-Cour d'Orléans. Celle-ci devant être dissoute, il rentre à Paris, et est nommé commissaire près de l’armée d'Italie.

La Convention[modifier | modifier le code]

Élu député suppléant du Var à la Convention en 1792, il siège avec les Montagnards et vote la mort du roi Louis XVI. Après la mort de ce dernier, la Convention, attaquée de toutes parts, nomme des représentants délégués dans les provinces et aux armées. Il part en mission dans les Basses et les Hautes-Alpes, puis une nouvelle fois à l’armée d’Italie. Face à l’insurrection qui se forme à Toulon, puis à Marseille, il fait preuve d’initiative et de courage et, persuadé de la trahison du général Brunet, il le fait arrêter au milieu de son armée. C’est là qu’il reçoit l’ordre de reprendre Toulon qui, insurgée sous l’action du parti royaliste, a ouvert le port aux flottes ennemies, britannique et espagnole, et livré une partie de la flotte aux Britanniques.

Craignant un débordement des ennemis, Barras confie à un jeune capitaine d’artillerie, Bonaparte, la défense des côtes de Provence.

"Bonaparte, écrit Barras dans ses mémoires, faisait preuve alors de beaucoup d’activisme, et n’hésitait pas à se dire ultra-montagnard".

Barras lui accorde sa bienveillance et sa protection, mais ne lui attribue qu’un rôle secondaire dans la prise de Toulon « "Le meneur de la prise est le général Dugommier" ».

Pourtant, après le siège de Toulon, Bonaparte est nommé général de brigade, avec ordre de se joindre à l’armée d’Italie. Il charge et couvre Fréron qui exerce une répression sanglante sur la population toulonnaise (fusillade de masse, fosses communes sur le champ de Mars à l'entrée de la ville, débaptisée et appelée Port-la-Montagne)

Il rappelle Bonaparte plus tard, le 13 vendémiaire an IV, lors de l’insurrection royaliste qui menace la Convention.

La Terreur[modifier | modifier le code]

De retour à Paris, il est acclamé à la Convention et félicité pour avoir bien mérité de la nation. Par contre, l’accueil du Comité de salut public est glacial. Éloigné de Paris depuis un certain temps, il est surpris de voir la Terreur atteindre un tel paroxysme. Bientôt on l’accuse. Il est dénoncé pour avoir destitué le Tribunal révolutionnaire de Marseille. Ulcéré, il se bat et obtient gain de cause à la Convention et au club des Jacobins. Quelque temps plus tard, c’est en vain qu’il se rend avec Danton et Laignelot (Danton avait été accusé de pillage lors d’une mission en Belgique) chez Robespierre. Le 11 germinal an II, Danton est arrêté.

Il est l’un des principaux responsables avec Tallien et Fouché de la chute de Robespierre, le 9 Thermidor (27 juillet 1794). Commandant de la force armée de Paris, il s’empare de la personne de Robespierre et met fin à la Terreur.

Le Directoire[modifier | modifier le code]

Paul Barras en costume de Directeur.

Un peu plus tard il est nommé membre du Comité de sûreté générale (décembre 1794) puis président de la Convention thermidorienne (février 1795). Il est chargé de défendre la Convention contre les insurgés. Son rôle dans la journée du 13 Vendémiaire an IV (5 octobre 1795) est capital. Secondé par le général Bonaparte, il disperse l’insurrection par la mitraille.

Il est élu au Directoire dès sa création le 31 octobre 1795. Il joue un rôle-clé sans discontinuer pendant 4 ans, incarnant une gauche thermidorienne, mais ferme face aux menées royalistes. Il forme avec Reubell et La Réveillère une sorte de triumvirat. Pour assurer leur puissance, ces trois directeurs organisent le coup d'État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) et proscrivent deux de leurs collègues, Barthélemy et Lazare Carnot, le Président du Conseil des Anciens André-Daniel Laffon de Ladebat ainsi qu’un grand nombre de membres des deux Conseils, accusés de tendances royalistes. Il participe aussi au coup d'État du 22 floréal an VI . Peut-être a-t-il entamé en 1799 une négociation avec les Bourbons en vue d’une restauration de Louis XVIII[réf. nécessaire], mais il est devancé par le coup d'État du 18 Brumaire.

Caricature anglaise de 1806: Mme Tallien et l' impératrice Joséphine dansant nues devant Barras en hiver 1797 (Bonaparte étant lui aussi présent)

Le 18 Brumaire et l’exil[modifier | modifier le code]

À son retour d’Égypte, Bonaparte et Sieyès renversent le Directoire et à la suite du Coup d'État du 18 brumaire, Barras démissionne. D’abord relégué dans son domaine de Grosbois, il est contraint à l’exil à Bruxelles. Il revient ensuite en Provence, avant un nouvel exil à Rome.

Il meurt oublié le 29 janvier 1829, accablé d’infirmités, à Chaillot (près de Paris), où sous la Restauration il est autorisé bien que régicide et patriote, à rentrer après la chute de l'Empire Cela s'explique par le fait qu'il était un des rares régicides à n'avoir pas adhéré pendant les Cent-Jours à l'Acte additionnel aux constitutions de l'Empire. Il est inhumé dans la 28e division du cimetière du Père Lachaise à Paris.

Les papiers personnels de Paul Barras sont conservés aux Archives nationales sous la cote 171AP[1].

Anecdotes et légendes[modifier | modifier le code]

Avec sa vie accidentée et sa personnalité provençale haute en couleurs, le personnage de Paul Barras se prête aux anecdotes et aux légendes.Barras Histoire-Généalogie

C’est lui qui fait épouser Joséphine de Beauharnais à Napoléon Bonaparte. Devenu empereur, Napoléon Ier l’exile à Rome en 1810 puis le fait interner à Montpellier.

Pour la petite histoire, Barras était connu dans les salons parisiens pour aimer s’entourer de femmes belles et spirituelles. Il est en particulier le grand ami de Thérésa Cabarrus, surnommée « Notre-Dame de Thermidor » parce qu’elle avait poussé son amant d’alors, le conventionnel Tallien, à renverser Robespierre. Elle lui tint lieu d’épouse et recevait pour lui, si bien qu’on la surnomma cette fois « la reine du Directoire ». Il avait épousé, en 1791, une jeune fille de son pays, qui demeura sa vie durant à Fox-Amphoux et ne le rejoignit à Paris que peu avant sa mort.

Tombe de Barras

Pendant la période révolutionnaire, un certain nombre de communes ont changé de nom. La commune de Saint-Maximin (Var) a ainsi pris le nom de Marathon. Celle de Saint-Raphaël (Var), voisine, a décidé de s’appeler Barrathon, en arguant que si leurs voisins rendaient hommage à Marat (Marat-thon), eux rendaient hommage à Barras (Barras-thon).

Le personnage de Paul Barras est évoqué dans l’opérette la Fille de madame Angot dont l’action se situe pendant le Directoire et dont un des personnages est Mademoiselle Lange, sa favorite.

Le Directoire et son gouvernement sont une période mal aimée de l'histoire de la Révolution; certains historiens estiment même que la Révolution s'est achevée le 10 thermidor an II. Paul Barras pâtit du même discrédit, entretenu par la mythologie napoléonienne. Pourtant, comme le soulignent notamment les historiens Jean Tulard et George Lefebvre, de nombreuses réformes attribuées au Consulat et à l'Empire ont été préparées et élaborées par le Directoire.

Une facette méconnue de Barras a été mise en lumière récemment par un chercheur : à deux reprises en 1796 et 1797, Barras chargea son ami, le prospère entrepreneur Christopher Potter, d’une négociation secrète auprès de l’Angleterre. Il s’agissait d’une proposition afin de rétablir la monarchie française en échange d’une forte somme (15 millions de Francs). Potter rencontra le ministre anglais, James Harris qui ne prit pas sa proposition au sérieux. Le Lord anglais et le comte de Vaublanc, parent par alliance de Potter, ont attesté tout deux de ce fait, dans leurs mémoires(Cf.Valfré Patrice, « Christopher Potter, le potier révolutionnaire, et ses manufactures de Paris, Chantilly, Montereau », Bagneaux sur Loing, 2012, p. 143 à 145.)

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Mémoires (édition présentée et annotée par Jean-Pierre Thomas). Paris, Mercure de France, coll. « Le Temps retrouvé », 2005. 395 pages. ISBN 2-7152-2513-X. Compte rendu de cette édition par Michel Biard dans les Annales historiques de la Révolution française, no 343, 2006, p. 247-249. Précédentes éditions, sous une forme parfois plus complète, en un ou plusieurs volumes, en 1895-1896, 1946, 1969 et, sous forme de microfiches, en 1995.
  • Autre édition des Mémoires. Clermont-Ferrand : Paléo, coll. « Sources de l’histoire de France : la Révolution française », 2004. 2 volumes :

Source[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • H. Monteagle, « Barras au Neuf thermidor », in Annales historiques de la Révolution française, 1977, no 229, p. 377-384.
  • Michel Biard, « Contrainte ou liberté économique ? Les représentants du peuple en mission et le ravitaillement de Paris en l'an III », in Annales historiques de la Révolution française, no 339, 2005, p. 35-53.
  • Quand Barras était roi , Alfred Marquet, Émile-Paul éditeur, 1911.
  • Barras et son temps , Henri d’Alméras, Albin Michel, 1930.
  • Barras ou le jeu corrupteur de la politique et de l’amour, Jean Bréhat, Baudinière, 1935.
  • Barras, le ‘Roi’ de la République, 1755-1829, Jacques Vivent, Hachette, 1938.
  • Tel fut Barras, l’homme qui inventa Bonaparte, Jean Savant, Fasquelle, 1955 (N.B. cet ouvrage d’un historien reconnu est le mieux documenté et ‘sourcé’ ).
  • Barras, le roi du Directoire, Jean-Paul Garnier, Perrin, 1970.
  • Barras, le Vicomte rouge, Eric Le Nahour, Lattès, 1982.
  • Barras , Pierre Temin, Rousseau-Genève, 1992.
  • Seuls les morts ne reviennent jamais : les pionniers de la guillotine sèche en Guyane française sous le Directoire, Philippe de Ladebat, Éditions Amalthée, Nantes, 2008
  • Journal de déportation et discours politiques,André-Daniel Laffon de Ladebat, EDILIVRE, Paris, 2009
  • Valfré Patrice, « Christopher Potter, le potier révolutionnaire, et ses manufactures de Paris, Chantilly, Montereau »,Éditions Miss-Teapot 2012.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :