Marius Jacob

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Marius Jacob

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Marius Jacob à l'époque du procès

Nom de naissance Alexandre Marius Jacob
Naissance 29 septembre 1879
Marseille, France
Décès 28 août 1954 (à 74 ans)
Reuilly (Indre), France
Nationalité Français
Activité principale

Alexandre Marius Jacob dit Marius Jacob (Marseille29 septembre 1879Reuilly28 août 1954 (à 74 ans)), est un anarchiste illégaliste français.

Cambrioleur ingénieux et doté d'un certain sens de l'humour, capable de générosité à l'égard de ses victimes, il fut, entre autres « illégaux » de la Belle Époque, l'un des modèles dont Maurice Leblanc s'inspira pour créer le personnage d'Arsène Lupin.

Une dure formation à la vie[modifier | modifier le code]

D’origine alsacienne, Marius Jacob naît dans le quartier du Vieux-Port à Marseille le 29 septembre 1879[1] dans un milieu prolétaire avec un père cuisinier dans les paquebots des Messageries maritimes puis boulanger et une mère aimante. Ses parents s'installent rapidement dans un deux pièces, sans eau ni électricité, rue Jobin, dans le quartier de la Belle de Mai[2]. En manque d'aventures, le boulanger boit et reporte sur son fils unique ses rêves de grand large[3]. Détestant l'école, Marius s'engage à douze ans comme mousse puis apprenti timonier pour un voyage qui le mène jusqu'à Sydney où il choisit de déserter. Au cours de cette « croisière », il aura connu le haut (la « jet set » du premier pont) et le bas (les marins aux désirs desquels il se refuse, bagnards et esclaves transportés dans les cales) de la société. Il dira, lors du procès d'Amiens : « J'ai vu le monde ; il n'est pas beau »[4]. Après un bref épisode de piraterie, à laquelle il renonce par rejet des méthodes qu'il juge d'une trop grande cruauté, il revient à Marseille en 1897 et abandonne définitivement la marine, miné par des fièvres qui l'accompagneront toute sa vie. Apprenti typographe, il fréquente les milieux anarchistes et y rencontre Rose avec qui il décide de vivre.

Les socialistes parlementaires de cette fin de siècle s'opposent, souvent violemment, aux libertaires du monde ouvrier. D'un côté, les uns se veulent légalistes et tentent de parvenir au pouvoir par les élections, de l'autre les anarchistes pensent que la justice sociale ne se discute pas et qu'elle se prend ! Dans l'Europe de la Belle Époque, suivant la répression de la commune de Paris, des révoltés tendant vers l'acte individuel violent pour rendre justice, font tomber des rois, des politiciens, des militaires, des policiers, des tyrans, des magistrats sous leurs armes qui éclatent un peu partout dans le monde. Des dizaines de militants anarchistes sont emprisonnés et certains guillotinés, pendus, etc. Les libertaires sont traqués, des hommes comme Ravachol sont condamnés à avoir la tête tranchée, mais surtout le terrorisme les rend impopulaires, ce qui nuit à leur cause.

Fiché, compromis dans une affaire d'explosifs et quelques menus larcins, condamné à six mois de prison, Jacob ne peut se réinsérer. Il va alors choisir « un illégalisme pacifiste » . Adepte de la théorie anarchiste de la « reprise individuelle », il déclare « Puisque les bombes font peur au peuple, volons les bourgeois, et redistribuons aux pauvres ! »[Où ?].

Le 31 mars 1899, un commissaire de police et deux inspecteurs se présentent chez un commissionnaire au Mont de Piété de Marseille. L'accusant du recel d'une montre, ils l'arrêtent, après avoir dressé durant trois heures, sur papier à en-tête de la Préfecture de police, l'inventaire de tout le matériel en dépôt, qu'ils confisquent comme pièces à conviction. L'homme est emmené menotté au Palais de Justice tandis que les trois individus s'esquivent, emportant un butin d'environ 400 000 francs. Les policiers n'étaient autres que Jacob et deux compères. La France entière en rit[réf. nécessaire].

L'anarchiste qui inspira Maurice Leblanc[modifier | modifier le code]

Arrêté à Toulon le 3 juillet 1899, Marius Jacob, pour éviter cinq années de réclusion, simule la folie : il prétend avoir des hallucinations dans lesquelles il est agressé par des jésuites) ! Le 19 avril 1900, il s'évade avec la complicité d'un infirmier de l'asile d'Aix-en-Provence et se réfugie à Sète chez l'anarchiste Georges Sorel avant de s'installer 18, rue de la République à Montpellier où il prend en gérance une quincaillerie au nom de sa maîtresse, Rose Roux, pouvant ainsi sans attirer les soupçons se faire livrer des mécanismes de coffres-forts de toutes marques pou en étudier les serrures et s'entraîner à les crocheter, activité dont il devient un expert (toute sa vie d'ailleurs il se lança en autodidacte dans des études diverses, les approfondissant jusqu'à devenir chaque fois un spécialiste de la question[5]. C'est à cette époque qu'il organise sa bande, nommée « les Travailleurs de la nuit ». Les principes en sont simples : on ne tue pas, sauf pour protéger sa vie et sa liberté, et uniquement des policiers ; on ne vole que les parasites, les patrons, les juges, les militaires, le clergé, jamais les professions utiles : architectes, médecins, artistes… Un pourcentage de l'argent volé est reversé à la cause anarchiste et aux camarades dans le besoin, ce qui n'ira pas sans poser de problèmes. Il évite de travailler avec les anarchistes idéalistes comme avec la pègre, très réactionnaire en général, choisissant comme complices des déclassés, illégalistes comme lui.

L'astuce de Marius Jacob paraît sans limite. Pour voir si les personnes qu'il projette de cambrioler sont chez elles, il coince des morceaux de papier dans leurs portes et passe le lendemain vérifier s'ils sont toujours en place ; c'est, de plus, un as du déguisement. Mais sa plus belle invention est « le coup du parapluie[6] » : un trou dans le plancher de l'appartement du dessus, un parapluie fermé glissé dans le trou, ouvert ensuite par un système de ficelles, pour récupérer les gravats lorsque ses complices agrandissent le plafond et éviter le bruit de leur chute. Il lui arriva de refermer les portes par un de ses mécanismes de ficelles et de morceaux de bois, de manière à faire croire qu'il était toujours à l'intérieur ; il assista une fois de la terrasse d'un café à un assaut en règle donné à une maison pillée dans la nuit[7].

On voit que son humour se donne libre cours également : il signe ses forfaits d'une carte au nom d'Attila ; il y laisse parfois des mots, comme « Dieu des voleurs, recherche les voleurs de ceux qui en ont volé d'autres. » (Rouen, église Saint-Sever, nuit du 13 au 14 février 1901). Il fait parfois preuve d'une classe inattendue dans ce milieu : cambriolant la demeure d'un capitaine de frégate, Julien Viaud, il s'aperçoit soudain qu'il s'agit de Pierre Loti, remet tout en place et laisse un de ses fameux mots : « Ayant pénétré chez vous par erreur, je ne saurais rien prendre à qui vit de sa plume. Tout travail mérite salaire. Attila. - P.S. : Ci-joint dix francs pour la vitre brisée et le volet endommagé. »

Bien qu'il l'ait toujours nié, Maurice Leblanc s'inspira en partie de lui pour créer, en 1905, son personnage d'Arsène Lupin.[citation nécessaire]

On estime que, avec des groupes de deux à quatre personnes, il commet entre 1900 et 1903 de 150 à 500 cambriolages, à Paris, en province et même à l'étranger (« Je faisais de la décentralisation »). Mais Jacob sait déjà que le combat est perdu : un jour qu'il essaie de convertir un ouvrier à l'anarchisme, il obtient une réponse significative : « Et ma retraite ? »[citation nécessaire]

Le 21 avril 1903, une opération menée à Abbeville tourne mal. Après avoir tué un agent et blessé grièvement un autre[8] et s'être enfuis, Jacob est arrêté le 22 avril 1903, de même ses deux complices sont capturés[9]. Il fait du procès, qui se tient à Amiens deux ans plus tard et pour lequel il est jugé pour 156 affaires, dans une ville en état de siège et hantée par les anarchistes qui tentent d'influencer le jury par des menaces, une tribune pour ses idées, étonnant par sa truculence, son sens de la repartie, son idéalisme, et son intelligence : « Vous savez maintenant qui je suis : un révolté vivant du produit de ses cambriolages. » ; « Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend. »

Il réplique au président du tribunal qui lui demandait pourquoi, lors d'un cambriolage, il avait volé un diplôme de droit sans valeur marchande : « Je préparais déjà ma défense. » On est obligé de changer périodiquement ses gardiens, car il les convertit à l'anarchisme.[citation nécessaire] Comme il n'est pas accusé du meurtre, il échappe à la guillotine, mais est condamné à perpétuité au bagne de Cayenne[10].

Le bagne et le retour à la vie[modifier | modifier le code]

Du bagne, il entretient une émouvante correspondance codée avec sa mère Marie, qui ne l'abandonna jamais ; il tente de s'évader 17 fois avec une remarquable ingéniosité et, face à une administration pénitentiaire qui cherche à le détruire, il doit à son intelligence (il étudie le droit pour venir en aide à ses compagnons… ainsi qu'à lui-même) et à son énergie de rester incorruptible et inentamé sur le plan moral ; en revanche ses forces physiques sont gravement atteintes, les conditions d'internement aux îles du Salut étant dures[11].

Revenu en métropole à la suite de la campagne contre le bagne lancée par Albert Londres, il finit d'y purger sa peine jusqu'en 1927. Libéré, remis sur pied dans un hôpital, il travaille au Printemps, puis se fait marchand ambulant dans le Val de Loire et en Touraine, s'installant à Reuilly dans l'Indre avec sa compagne Paulette (Rose est morte pendant son séjour à Cayenne) de quinze ans sa cadette et sa mère[12]. Il se sent bien dans le milieu forain car ce dernier est, sinon ouvert à l'anarchisme théorique, du moins proche de sa générosité. C'est à cette époque qu'il prend le surnom de Marius, du nom de son enseigne de forain « Chez Marius » en référence à ses origines marseillaises[13].

En 1929, Jacob se présente dans les locaux du journal Le Libertaire dirigé par Louis Lecoin. Les deux hommes se ressemblent et se lient d'amitié. Si Jacob (qui a pris le prénom de Marius parce que c'est moins long qu'Alexandre, et donc moins cher à écrire sur le calicot de son étal) ne reprend pas ses activités lucratives, il s'investit dans la propagande. Après les combats de soutien pour les objecteurs de conscience et ceux pour Sacco et Vanzetti, les libertaires apportent leur soutien pour empêcher l'extradition de Durruti promis à l'exécution capitale en Espagne.

En 1936, il va à Barcelone, semble-t-il dans l'espoir de s'y rendre utile à la CNT, mais comprenant que c'est sans espoir, il revient sur les marchés du centre de la France, et il achète en 1939, une maison à Reuilly : « Le pays où il ne se passe jamais rien », et s'y marie en 1939. Il semble qu'il ait laissé un bon souvenir aux habitants de la commune : sa maison et sa tombe y font aujourd'hui partie des sites à visiter. En octobre 2004, une impasse est baptisée à son nom, une exposition lui est consacrée à l'Office du tourisme en novembre et un musée Marius Jacob est ouvert en 2012[14],[15].

S'il ne s'engage pas dans la Résistance (il y eut peu de réseaux anarchistes, même si certains libertaires, essentiellement espagnols, participèrent au mouvement de libération), les partisans savent pouvoir trouver refuge chez lui. Après la mort de sa mère (1941) et de sa femme (1947 des suites d'un cancer), il vieillit entouré d'amis et de camarades de discussion (Pierre-Valentin Berthier, écrivain anarchiste et sa femme, Jean Maitron, auteur du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, R. Treno, le directeur du Canard enchaîné, et bien d'autres), ne renonçant jamais ni à sa verve, ni à ses opinions, ni à ses provocations d'homme libre (devant payer un impôt pour son chien, il réclame une carte d'électeur pour ce dernier, qui « n'a jamais menti, jamais été ivre. Aucun de vos électeurs ne peut en dire autant »).

Le suicide[modifier | modifier le code]

En 1953, il rencontre un couple de jeunes enseignants, Robert et Josette. Profonde amitié entre les deux hommes, et passion pour la jeune femme, à qui il accorde, malgré sa décision d'en finir avec la vie maintenant que son corps le lâche, une année.

Le 28 août 1954, il s'empoisonne, se faisant à lui et à son vieux chien, Négro une injection de morphine après avoir bouché les orifices de la pièce et bloqué le tirage d'un poêle à charbon, laissant le dernier de ses fameux mots : « (...) Linge lessivé, rincé, séché, mais pas repassé. J'ai la cosse. Excusez. Vous trouverez deux litres de rosé à côté de la paneterie. À votre santé. »[16]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Textes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Mahé (sous le pseudonyme d'Alain Sergent), Un anarchiste de la Belle Époque : Alexandre Jacob, Paris, Le Seuil, coll. « Les 400 coups », 1950, 207 p. Réédition : Un anarchiste de la Belle Époque : Alexandre Marius Jacob, Saint-Georges d'Oléron, Les Éditions libertaires, 2005, 185 p., (ISBN 2-914980-17-5).
  • Bernard Thomas, Jacob, Alexandre Marius, dit Escande, dit Attila, dit Georges, dit Bonnet, dit Féran, dit Trompe la Mort, dit le Voleur, Paris, Claude Tchou, 1970, 375 p. Réédition : Les Vies d'Alexandre Jacob (1879-1954), mousse, voleur, anarchiste, bagnard..., Paris, Fayard-Mazarine, 1998, 365 p., (ISBN 2-86374-293-0).
  • Jean-Marc Berlière, « Alexandre Jacob, gentleman cambrioleur », in L'Histoire, no 127, novembre 1989, p. 18-24.
  • William Caruchet, Marius Jacob l'anarchiste cambrioleur, Paris, Séguier, 1993, 337 p., (ISBN 2-84049-009-9), [compte rendu en ligne]. Réédition : Paris, Nouvelles Éditions Séguier, 2003.
  • (it) Diego Farina, Alexandre Marius Jacob, La vera storia di Arsene Lupin, Bevivino, 2005, (ISBN 88-88764-54-2).
  • Jean-Marc Delpech, Alexandre Jacob, l'honnête cambrioleur. Portrait d'un anarchiste (1879-1954), Lyon, Atelier de création libertaire, 2008, 542 p., (ISBN 978-2-35104-022-5), [présentation en ligne].

Articles[modifier | modifier le code]

  • Dominique Kalifa, « Illégalisme et littérature, le cas Arsène Lupin », in Cahiers pour la littérature populaire, no 13, 1991, p. 7-21.
  • Colombe de Dieuleveult, « Alexandre Jacob, forçat anarchiste en Guyane : politique ou droit commun ? », in Justice et détention politique. Le régime spécifique de la détention politique, Criminocorpus, 2013, texte intégral
  • Isabelle Demangeat, « Le dernier jour d'un justicier », in La Nouvelle République, 28 août 2013, texte intégral.

Documents vidéos[modifier | modifier le code]

  • Laurent Termignon, Thomas Turner, Alexandre Marius Jacob: Pourquoi j'ai cambriolé, 26 min., Sopremo Productions, 2009, notice, voir en ligne.
  • Michel Mathurin, Hors les lois et la servitude, 77 min., Atelier du soir, 2012, notice, bande-annonce.

Spectacle[modifier | modifier le code]

Notices[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. acte no 22 du 29/7/1879
  2. William Caruchet, Marius Jacob, Séguier,‎ 1993, p. 31
  3. Patrick Pesnot, Inconnus célèbres. Les héros de roman ont vraiment existé, Albin Michel,‎ 2000, p. 56
  4. François Thomazeau, Marseille, une biographie, Stock,‎ 2013, p. 133
  5. William Caruchet, op. cité, p.90
  6. Il se suicide en 1954 alors que Jules Dassin tourne une reconstitution quasi documentaire du coup du parapluie, dans son film Du rififi chez les hommes
  7. William Caruchet, Marius Jacob, Séguier,‎ 1993, p. 117-118
  8. Cette fusillade eut lieu à la gare de Pont-Rémy : cf. M. Agache-Lecat, Abbeville d'autrefois, Abbeville, Paillard,‎ 1983, 240 p., p. 75.
  9. William Caruchet, op. cité, p. 8
  10. Compte rendu du Procès d'Amiens, Jacob, écrits,‎ 2004, p. 740
  11. Alexandre Marius Jacob, Extermination à la française. Lettres de prison et du bagne à sa mère, Insomniaque,‎ 2000, p. 55
  12. William Caruchet, op. cité, p. 176
  13. Jean-Marc Delpech, Alexandre Jacob, l'honnête cambrioleur. Portrait d'un anarchiste (1879-1954), Atelier de création libertaire,‎ 2008, p. 455
  14. « Alexandre-Marius Jacob a son musée », sur La Nouvelle République,‎ 13 septembre 2012
  15. JMD, Faut-il sauver le musée Jacob ?, 7 octobre 2012, texte intégral.
  16. Alexandre Marius Jacob, A bas les prisons, toutes les prisons, Insomniaque,‎ 2000, p. 76