Séverine

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Séverine

Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait par Renoir

Nom de naissance Caroline Rémy
Alias
Séverine
Naissance
Paris
Décès (à 74 ans)
Pierrefonds
Nationalité Drapeau de la France France
Profession écrivaine

Séverine, née Caroline Rémy ( à Paris à Pierrefonds), est un écrivain et journaliste libertaire et féministe française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille d’un petit fonctionnaire (inspecteur des nourrices) à la Préfecture de police de Paris, Caroline Rémy est née le à Paris. Rien dans ses origines ni dans sa formation ne la prédisposait à devenir la journaliste engagée qu'elle sera par la suite. En 1871, elle est mariée, sans son consentement, à Antoine-Henri Montrobert, un employé du gaz, dont elle se sépare rapidement, malgré la naissance d'un fils. Elle est ensuite la compagne d’Adrien Guebhard (1849-1924), professeur de médecine, issu d’une famille suisse fortunée, qu’elle épouse en 1885, quand le divorce est à nouveau autorisé en France ; elle a avec lui un autre fils, Roland.

C'est à l'occasion de cette naissance, à Bruxelles, qu'elle rencontre Jules Vallès en 1879, peu avant l'amnistie des Communards. Cette rencontre change complètement le cours de sa vie[1] : outre une profonde amitié qui les unira jusqu'à la mort de Vallès, elle devient bientôt "le" secrétaire de celui-ci. À ses côtés, elle apprend le journalisme et s'initie au socialisme. Elle lui procure le soutien financier d'Adrien Guebhard pour relancer Le Cri du peuple, qu'elle dirige avec lui, et dont elle reprend la direction après la mort de Vallès, en 1885, dans l'esprit qu'il avait insufflé au journal. Elle fut la première femme "patron" d'un grand quotidien. Mais, en 1888, à cause d'un conflit idéologique de fond avec le marxiste Jules Guesde, elle doit quitter Le Cri du peuple. Elle continue ensuite à écrire, de manière indépendante, dans de très nombreux journaux, vivant confortablement de sa plume (plus de 4 000 articles). Son indépendance et son antiparlementarisme la conduisent parfois sur des chemins incertains. Ainsi, elle écrit en 1893-1894 dans La Libre Parole du pamphlétaire antisémite Édouard Drumont, dont elle ne partage pas l'antisémitisme théorisé et systématique ; néanmoins, elle se laisse parfois aller à la dénonciation de l'« esprit juif » ou des « grands Juifs »[2].

Tombée amoureuse en 1885 de Georges de Labruyère, un journaliste de L'Écho de Paris rencontré à la mort de Vallès, elle vit avec lui jusqu’à sa mort en 1920, avant de reprendre la vie commune avec son second mari, Adrien Guebhard, qui disparaît en 1924.

manifestation des suffragettes, Mme Séverine [en tête du cortège]

En 1897, elle publie, sous le nom de plume d’Arthur Vingtras, des chroniques libertaires dans La Fronde, le quotidien féministe de son amie, la journaliste Marguerite Durand qui l'entraîne un temps à s'engager aux côtés du Général Boulanger.

Séverine s'engage dans la lutte pour le droit de vote des femmes. En 1910, elle commente ainsi la prescription de la loi électorale qui interdit à la femme l’entrée du Parlement. "Cet ignorant qui ne sait ni lire, ni écrire, si incapable de distinguer sa droite de sa gauche qu’au régiment ses chefs feront garnir différemment ses deux sabots, et que les mouvements s’exécuteront au commandement : « Paille ! Foin !... Paille ! Foin ! » cet ignorant est électeur. Ce butor qui assomme ses chevaux à coups de fouet, sans discernement, sans pitié, sans même le souci de son intérêt ; qui distribue à tort et à travers l’injustice et la souffrance, ce butor est électeur... Ce pochard qui ne désemplit pas, de l'aube au crépuscule et du soir au matin, ce semblant d’homme, aviné, hoqueteux, baveux, ayant laissé sa raison au fond du premier verre, tellement il est intoxiqué, tantôt ricochant d’un mur à l’autre et tantôt vautré dans ses déjections, ce pochard est électeur... Electeur encore, ce fainéant qui se fait nourrir par sa femme, et cet apache qui vit de la fille : électeur ; ce gâteux qui s’usa les moelles en de sales noces : électeur ; ce demi-fou et ce fou prétendu guéri. Electeur enfin l’imbécile, maître du monde ! Mais la femme réputée inférieure à tous ceux-là, n’a d’emploi que comme contribuable ; qu’un devoir : celui de payer ; qu’un droit : celui de se taire."[3]. En juillet 1914, tandis que René Viviani devenait président du conseil, Séverine organisa une manifestation qui rassembla 2400 personnes en faveur du vote des femmes. Un cortège, le premier du genre, défila des tuileries à la statue de Condorcet. La guerre arrêta momentanément le mouvement.[4] La volonté de Séverine était d'unifier les associations suffragistes en une entente fédérale pour le suffrage des femmes qui oublierait les désaccords entre les associations [5].

Elle continue à écrire pour de nombreux journaux dans lesquels elle défend la cause de l’émancipation des femmes et dénonce les injustices sociales. Elle s'engage aussi dans l’affaire Dreyfus aux côtés des Dreyfusards et notamment de Mécislas Golberg. Très généreuse, elle organise de nombreuses souscriptions. Elle soutient certaines causes anarchistes, prend la défense de Germaine Berton et, à la fin de sa vie, s'associe aux efforts entrepris en vain pour sauver Sacco et Vanzetti en 1927.

Pacifiste, elle condamne l’« Union sacrée » en 1914 et adhère au Parti socialiste SFIO en 1918. Collaboratrice à L'Humanité, elle adhère en 1921 au Parti communiste, qu'elle quitte lorsqu’on la met en demeure de rompre avec la Ligue des droits de l'homme qu’elle avait contribué à créer.

En 1927, elle signe la pétition publiée le 15 avril dans la revue Europe, contre la loi sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre, qui abroge toute indépendance intellectuelle et toute liberté d’opinion, aux côtés d’Alain, Lucien Descaves, Louis Guilloux, Henry Poulaille, Jules Romains.

Peu avant sa mort, elle participe à la campagne de soutien à la candidature du docteur Albert Besson, qui est élu conseiller municipal du quartier Saint-Fargeau, conseiller général de la Seine puis vice-président du Conseil de Paris et du conseil général de la Seine. En 1933, en mémoire de celle-ci, il fera attribuer le nom de « Séverine » au square qu'il fait réaliser porte de Bagnolet.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Œuvres personnelles[modifier | modifier le code]

  • Pages rouges, Paris, H. Simonis Empis, 1893
  • Notes d’une frondeuse : de la Boulange au Panama, Préf. Jules Vallès, Paris, H. Simonis Empis, 1894[6]
  • Pages mystiques, Paris, H. Simonis Empis, 1895
  • En Marche, Paris, H. Simonis Empis, 1896[7]
  • Affaire Dreyfus : Vers la lumière... impressions vécues, Paris, Stock, 1900[8]
  • La Toute-puissance de la bonté, [S. l.], 1900
  • Sac à tout : mémoires d’un petit chien, Paris, F. Juven, 1903
  • À Sainte-Hélène, pièce en 2 actes, Paris, V. Giard et E. Brière, 1904
  • Line : 1855-1867, Paris, Crès, 1921
  • Choix de papiers, annotés par Évelyne Le Garrec, Paris, Tierce, 1982
  • Impressions d’audience, [Émile Zola, "J’accuse !", réactions nationales et internationales], Valenciennes, Presses universitaires de Valenciennes, 1999

Œuvres en collaboration[modifier | modifier le code]

  • Octave Aubry, De l’amour, de l’ironie, de la pitié, avec une lettre liminaire de Mme Séverine, Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1904
  • Félix Desvernay, Laurent Mourguet et Guignol. La Vie de Laurent Mourguet, Discours prononcés à l’inauguration du monument par Justin Godart, Édouard Herriot, Joanny Bachut, R. Du Marais et Séverine, Lyon, A. Rey, 1912
  • Ferdinand Buisson, Victor Bérard, Paul Painlevé, Séverine, Pour l’Arménie indépendante, Paris, Ligue des droits de l’homme et du citoyen, 1920
  • Séverine, la comtesse de Noailles, J.-G. Frazer et Paul-Louis Couchoud, Quatre témoignages sur Anatole France, La Charité-sur-Loire, A. Delayance, 1924

Préfaces[modifier | modifier le code]

  • Raymond Péricat. Être un homme, préface inédite et posthume de Madame Séverine, Courbevoie, La Cootypographie, [s. d.]
  • Gabriel Nigond, Les Contes de la Limousine, Paris, P. Ollendorff, 1912
  • Henriette Sauret, Les Forces détournées, 1914-1917, Paris, Librairie d’action d’art de la ghilde « les Forgerons », 1918
  • Henry Torrès, Histoire d’un complot, Paris, Éditions Clarté, 1921

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

A Paris, un square et une station du tramway T3b portent son nom.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Evelyne Le Garrec Séverine, une rebelle 1855-1929 (édition du seuil, 1982) 308 pages
  2. Françoise Blum, « Séverine ou la recherche d'une justice perdue », in Mil neuf cent, no 11, 1993, p. 94.
  3. Séverine, citée en mai 1910 par le journaliste Léon Aumeran, dans le journal "le progrès de Bel-Abbès" : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5739964b
  4. Michèle Riot-Sarcey, Histoire du féminisme, collection La Découverte, p. 74
  5. Les femmes actrices de l'histoire, de 1789 à nos jours, par Yannick Ripa. Armand Colin
  6. Notes d'une frondeuse
  7. En marche
  8. Vers la lumière