Ricardo Flores Magón

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Regeneración du 23 septembre 1911.

Ricardo Flores Magón (16 septembre 187421 novembre 1922) est un révolutionnaire anarchiste mexicain, le plus radical des trois frères Magón. Il est né à Eloxochitlán dans l'État d'Oaxaca, au Mexique, et décédé au pénitencier de Leavenworth dans le Kansas, aux États-Unis.

En 1893, il participe aux manifestations estudiantines, contre la troisième réélection à la présidence du Mexique du Général Porfirio Díaz.

En 1900, il fonde avec ses frères Enrique et Jesús le journal Regeneración.

En juillet 1906, exilé aux États-Unis, il participe à la création du Parti libéral mexicain.

En janvier 1911, à Los Angeles il planifie l'invasion de la Basse-Californie, ayant pour but son indépendance et la création d'une république socialiste. Après plusieurs escarmouches armées, les rebelles prennent les villes naissantes de Mexicali et Tijuana, soutenus par des anarchistes de diverses nationalités. Les insurgés sont battus quelques mois après le début de l'invasion. Cela marque la fin du rêve d'établir la première république socialiste au monde.

En 1918, il publie avec Librado Rivera un manifeste destiné aux anarchistes du monde entier, manifeste qui motive leur emprisonnement et condamnation à 20 ans de prison. Ils sont accusés de sabotage à l'effort de guerre des États-Unis qui participent alors à la Première Guerre mondiale.

Incarcéré et gravement malade, il meurt le 21 novembre 1922. D'après son camarade Rivera, il aurait été assassiné.

Sa dépouille mortelle repose à Mexico, à la Rotonda de los Hombres Ilustres, équivalent du Panthéon français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père, Teodoro Flores, était un militaire qui atteint en fin de carrière le grade de lieutenant-colonel et qui combattit aux côtés de Benito Juárez durant la guerre de Réforme et sous les ordres de Porfirio Díaz contre l'intervention française.

Ricardo Flores Magón a entamé des études d'avocat qu'il n'a pas terminées. En 1892, il prend part aux mouvements contre la septième réélection à la présidence du Mexique du Général Porfirio Díaz et entame cette même année la publication d'un périodique d'opposition appelé le Démocrate.

En 1900, Ricardo et ses frères Enrique et Jesús fondent Regeneración, journal de tendance anarchiste, qui devient la tribune depuis laquelle ils attaquent le gouvernement du Général Díaz, ce qui a pour conséquence l'emprisonnement de Ricardo. En 1901, Ricardo participe au premier congrès des Clubs libéraux à San Luis Potosí, où il attaque encore une fois rudement le gouvernement en place. S'ensuit la suppression du journal et une deuxième incarcération. En 1902, il prend en charge la publication d’El hijo del Ahuizote, journal antiporfiriste ; il en résulte un nouveau séjour en prison pour Ricardo, puis son expulsion du pays en 1904.

Exilé aux États-Unis, il reprend l'édition de Regeneración et fonde le Parti libéral mexicain en juillet 1906, avec Juan Sarabia, Antonio I. Villarreal, Librado Rivera, Manuel Sarabia, Rosalío Bustamante et son frère Enrique.

Dans la déclaration de principes du nouveau parti, figurent des idées très révolutionnaires pour l'époque : suppression de la réélection (alors que Diaz lui-même avait utilisé le slogan "Suffrage universel : pas de réélection !" contre Juarez déjà en 1871[1]), abolition de la peine de mort pour les prisonniers politiques et de droit commun (abolition de la terrible loi Juarez du 25 janvier 1862 qui ne prévoyait que deux peines : 8 ans de prison ou la mort), éducation élémentaire obligatoire jusqu'à l'âge de 14 ans, création d'un salaire minimum [réf. nécessaire], expropriation des latifundia et des terres en jachère, ainsi que la régulation des journées de travail. Les vœux présents sur le programme du PLM seront repris en partie plus tard par les hommes et femmes qui prendront les armes en 1910, lassés de la longue période de pouvoir de Díaz, et se battront dans la Révolution mexicaine, la première du XXe siècle. Une partie des principes du Parti libéral mexicain est ainsi dans la Constitution mexicaine de 1917[2].

Au début de la Révolution, Francisco I. Madero l'invite à entrer dans le mouvement, mais Ricardo Flores Magón rejette l'offre puisqu'il considère que la lutte dirigée par Madero est une rébellion de riches dont la plupart des cadres sont issus de la bourgeoisie et des classes moyennes, et qui manque de propositions de type social. Lors de la guerre civile entre révolutionnaires qui suivit la chute de Diaz, Ricardo a quelques contacts infructueux avec Francisco Villa et Emiliano Zapata sans pouvoir finaliser d'alliance avec eux : Villa se méfiait des intellectuels et détestait les amis américains de Ricardo, Zapata se méfiait des « lettrés » et de ceux qui cherchaient à l'endoctriner. Villa n'avait pas de sympathie pour lui et était un fidèle partisan de Madero[3].

Il usa du slogan « Tierra y Libertad » (Terre et Liberté) inspiré de l’œuvre d'Alexandre Herzen, slogan souvent attribué à tort à Emiliano Zapata.

En janvier 1911, à Los Angeles il planifie l'invasion de la Basse-Californie pour en faire une base opérationnelle du PLM dans la guerre révolutionnaire. La campagne est menée avec l'aide de militants étrangers, ce qui déplaît a des révolutionnaires tels que Venustiano Carranza ou même Madero, qui sont très nationalistes.

Ricardo et Enrique Flores Magón en 1917 à la prison du Comté de Los Angeles

Après plusieurs escarmouches armées, les rebelles prennent les villes naissantes de Mexicali et Tijuana [4], soutenus par des anarchistes de diverses nationalités, américains pour la plupart. Cela est le principal reproche que lui font les Mexicains, pour qui Ricardo est un « traître à la patrie ». Les insurgés, que le gouvernement et la loi considèrent comme « flibustiers» (voir Constitutions de 1824, 1857 et 1917), sont battus quelques mois après le début de l'invasion, ce qui marque la fin de leur rêve d'établir une république socialiste.

Le 23 septembre 1911, il cosigne un « Manifeste de la junte du PLM au peuple du Mexique » qui affirme la nécessité pour la révolution de socialiser les terres et les industries, et confirme le tournant anarchiste-communiste de la junte du PLM [5].

Sept ans plus tard, il publie avec Librado Rivera un manifeste adressé aux anarchistes du monde, manifeste qui motive leur condamnation et emprisonnement à 20 ans de prison pour sabotage à l'effort de guerre des États-Unis, qui participent alors à la Première Guerre mondiale. Ricardo est conduit à la prison de McNeil Island, dans l'État de Washington puis, gravement malade, transféré à celle de Leavenworth au Kansas, où il meurt le 21 novembre 1922. D'après son camarade Rivera (qui est-ce ?), il a été assassiné[réf. nécessaire]. Sa dépouille mortelle repose à la Rotonda de los Hombres Ilustres, sorte de Panthéon mexicain, à Mexico.

Ricardo Flores Magón et Emiliano Zapata[modifier | modifier le code]

Les partisans de Florés Magón avaient une vue très idéalisée de l'action d'Emiliano Zapata, qui se limitait très exactement au Plan de Ayala (es) .

La restitution des terres prises par les hacendados à son village natal, San Miguel Anenecuilco au Morelos, fut le principal objectif de sa rébellion. Il ne cherchait pas de changements pour tout le pays et n'avait pas d'idéaux abstraits : démocratie, liberté, etc. son but concret était la restitution des terres qui selon les titres de propriété obtenus du temps de la colonisation espagnole appartenaient a son village. Cependant sur la base du Plan d'Ayala, rédigé par son conseiller Otilio E. Montaño (qu'il fit fusiller en 1917 car accusé d'être un anarchiste et de vouloir l'assassiner) on l'identifie comme un précurseur de la réforme agraire (qui fut mise en pratique principalement sous les gouvernements de Plutarco Elías Calles et de Lázaro Cárdenas del Río)[6].

Flores Magón adopte une attitude très critique vis-à-vis des autres factions engagées dans la lutte. Une seule, celle d’Emiliano Zapata, attire particulièrement son attention et suscite son estime. L’Armée du Sud est d’ailleurs la seule avec qui les libertaires du PLM auraient entretenu des liens. Plusieurs rencontres ont lieu entre Zapata et des émissaires magonistes. Mais elles n’aboutissent à aucun accord concret, à part sur le principe. Malgré les différences idéologiques qui les séparent, Ricardo Flores Magón perçoit Zapata comme un vrai révolutionnaire. Selon lui, ses partisans, « même s’ils ne sont pas anarchistes, agissent comme des anarchistes, car ils exproprient les richesses. La preuve en est que, dans tout le territoire où opèrent les forces révolutionnaires du Sud, les travailleurs prennent possession de la terre, des maisons, des forêts et de tout ce qui est nécessaire pour produire les richesses. Ils travaillent pour leur propre compte, sans maîtres qui leur dérobent le fruit de leur labeur. Les révolutionnaires du Sud méritent toute notre sympathie et notre soutien. »[7]

Considérant le mouvement zapatiste comme une des forces de la révolution sociale, Regeneración publie (depuis les États-Unis), tout au long du conflit, des articles de soutien, ainsi que des informations concernant les révolutionnaires du Morelos. Les colonnes du journal leurs sont ouvertes à plusieurs reprises. Enfin, une correspondance, bien qu’irrégulière, est échangée entre les deux camps[8],[9].

Citation[modifier | modifier le code]

« Je ne suis pas magoniste, je suis anarchiste. Un anarchiste n’a pas d’idole. »[7],[10]

Hommage[modifier | modifier le code]

Dans le cadre du programme de commémoration 1810-1910-2010 (guerre d'indépendance 1810 et Révolution 1910), le gouvernement mexicain a fait frapper, entre 2008 et 2010, une série de 37 pièces de monnaie de 5 pesos de circulation courante dont une est à l'effigie de Ricardo Flores Magón[11].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Luis Pazos Historia Sinoptica de México-page 101- ISBN 968-13-2560-5
  2. Felipe Tena Ramirez-Derecho consticional mexicano -Editorial Porrua - México
  3. Jésus Silva Herzog, la révolution mexicaine-chap.9-10-11. Maspero - Paris-ISBN 2-7071-0191-5
  4. Chronologie et cartographie de la campagne de Basse-Californie, Alternative libertaire, n°201, décembre 2010, texte intégral.
  5. Traduction française du Manifeste du 23 septembre 1911
  6. Luis Pazos, História sinóptica de México de los Olmecas a Salinas, page 112, (ISBN 968-13-2560-5)
  7. a et b David Doillon, Ricardo Flores Magón et le magonisme : itinéraire et trajectoire, À contretemps, n°22, janvier 2006, texte intégral.
  8. Dans Biografía de Enrique Flores Magón, Jenaro Amezcua affirme qu'à travers José María Rangel (magnoniste) et Genovevo de la O (zapatiste), Flores Magón et Zapata était en correspondance, selon les déclarations de Flores Magón en 1943. Historia Obrera n°17, Centro de Estudios Históricos del Movimiento Obrero Mexicano, Segunda Época, Vol. 5, 17 septembre 1979.
  9. David Doillon, Ricardo Flores Magón et le magonisme : itinéraire et trajectoire, À contretemps, n°22, janvier 2006, texte intégral.
  10. Ricardo Flores Magón, Verdugos y víctimas, México D. F., Ediciones del Grupo Cultural « Ricardo Flores Magón », 1924, p. 25.
  11. Harry Miller & Thomas Michael, North American Coins & prices, David C. Harper, Editor, 21 st. edition, Iola, WI, (ISBN 978-1-4402-1725-8).

Œuvres[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Ricardo Flores-Magon et la révolution mexicaine, Éditions Rupture, 2004, texte intégral.
  • (es) Ricardo Flores Magón, el apostol de la Revolución social mexicana, Mexico, Grupo cultural Ricardo Flores Magón, 1925 ; Mexico, éditions Antorcha, 1988.
  • (es) Javier Torres Parés, La Revolución sin frontera, Mexico, Unam, Ediciones Hispánicas, 1990.

Revues[modifier | modifier le code]

  • Ricardo Flores Magón, Itinéraire, Une vie une pensée, n°9/10, 1er semestre 1992, 104 pages illustrées, couverture en ligne, texte intégral.
  • Ricardo Flores Magón, À contretemps, n°34, mai 2009, sommaire.

Articles[modifier | modifier le code]

  • David Doillon, Ricardo Flores Magón et le magonisme : itinéraire et trajectoire, À contretemps, n°22, janvier 2006, texte intégral.
  • Americo Nunes, « Ricardo Flores Magón : utopie et mythe du communisme au Mexique (1908-1922) », L'Echaudée, no 2, hiver 2012. [lire en ligne]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Hélène, Ricardo Flores Magon et Emiliano Zapata : la communauté indienne comme base d'une société future, L'Affranchi, n°14, printemps-été 1997, texte intégral.