Philippe Buonarroti

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Philippe Buonarroti.
Tableau de Philippe-Auguste Jeanron, Louvre.

Filippo Giuseppe Maria Ludovico Buonarroti, plus couramment appelé Philippe Buonarroti, né le 11 novembre 1761 à Pise (Toscane) et mort le 16 septembre 1837 à Paris, est un révolutionnaire français d'origine italienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ancien Régime[modifier | modifier le code]

Né à Pise dans une famille de patriciens toscans descendant du frère du grand artiste Michel-Ange[1] (Michelangelo Buonarroti), il entame à dix-sept ans des études de droit, obtient son titre d'avocat (1782) mais suit surtout les enseignements des philosophes Sarti et Lampredi, qui l'initient aux écrits de Rousseau, Locke, Mably, Helvétius et Morelly. Partageant son temps entre les discussions philosophiques, la collaboration à des sociétés secrètes, l'assistance aux réunions maçonniques et la rédaction de pamphlets, il s'oppose vite au régime du grand-duc de Toscane Léopold. Rousseauiste affilié aux Illuminés de Bavière, il publie, en 1787, une Gazetta Universale progressiste et favorable aux troubles révolutionnaires de Hollande, ce qui lui vaut d'être surveillé par la police.

Révolution française[modifier | modifier le code]

Philippe Buonarroti

En 1789, il s'enthousiasme pour la Révolution et se rend en France, avant de passer en Corse, en novembre, pour y propager les idées révolutionnaires. Considérant l'île comme un conservatoire des formes primitives de communautarisme et d'égalitarismes agraires, il s'intéresse au régime de la propriété, notamment des propriétés communales. Il rédige en italien un journal intitulé Giornale Patriottico di Corsica et devient bientôt l'un des administrateurs des biens nationalisés du clergé. En juin 1791, profitant de l'attachement de la population au clergé réfractaire, les paolistes se soulèvent et l'expulsent vers Livourne, où il est emprisonné. Grâce à l'intervention de l'Assemblée constituante auprès de Léopold II, il est libéré et rentre en Corse, où il demande la nationalité française. En mars, le grand-duc de Toscane saisit ses biens.

Nommé commissaire national auprès du tribunal du district de Corte le 23 octobre 1792, il se lie avec les Bonaparte et s'oppose à Pascal Paoli. Obligé de passer en France après la victoire des paolistes en mai 1793, il se rend auprès de la Convention pour dénoncer l'esprit « fédéraliste » du département. Il présente également la demande de rattachement à la France des habitants de l'île de Saint-Pierre. Grâce à l'intervention de Robespierre, qui l'apprécie et dont il est devenu un proche, il obtient la citoyenneté française et est envoyé en Corse comme commissaire du pouvoir exécutif. Cependant, les insurrections fédéralistes dans le sud-est l'empêchent de remplir sa mission (juin-octobre 1793). Il accomplit alors diverses missions dans le Midi. En avril 1794, il est nommé agent national général pour les territoires conquis sur le royaume du Piémont, à l’est de Menton. Durant onze mois, du 22 avril 1794 au 15 mars 1795, il tente de faire de l'ancienne principauté d'Oneglia, petit port piémontais sur la Riviera Ligure, un refuge pour les patriotes italiens et un modèle de république. Il est chargé de les former au propagandisme révolutionnaire.

Arrêté à Menton comme « robespierriste » en mars 1795, il est enfermé à la prison du Plessis, à Paris, où il fait la connaissance de François-Noël Babeuf. Tous deux élaborent une doctrine communiste. Libéré, Buonarroti est parmi les fondateurs du club du Panthéon, dont il est un temps président, et y introduit les écrits et analyses de Babeuf.

La fermeture du club par le Directoire détourne Buonarroti de suivre les troupes françaises en Italie ; il rejoint le « Directoire Secret de Salut Public » constitué par Babeuf le 30 mars 1796 et devient avec lui le principal théoricien de la conjuration des Égaux. Dénoncés, ils sont arrêtés le 10 mai 1796. Jugés devant la Haute-Cour de Vendôme, François-Noël Babeuf est condamné à mort le 25 mai 1797, Philippe Buonarrotti à la déportation.

Consulat et Empire[modifier | modifier le code]

Philippe Buonarroti

Sa peine est commuée en détention, et il passe de longues années en prison, à Cherbourg jusqu'en avril 1800, puis, grâce à l'indulgence de Lucien Bonaparte à l'île d'Oléron (où il exerce les fonctions de maître d'école) et, enfin, à Sospel, dans les Alpes-Maritimes (1803-1806). C'est là qu'il a des contacts avec Pierre-Joseph Briot, révolutionnaire et membre des Bons cousins charbonniers du rite du Grand Alexandre de la Confiance qui est exporté en Italie et sert à la constitution de la carbonaria italienne.

En 1806, Fouché, qui protège les anciens babouvistes, obtient pour lui le droit de s'installer à Genève. Avec l’aide du frère de Marat, Buonarroti reprend alors une activité révolutionnaire clandestine. En 1808, il participe à la fondation de la loge maçonnique Les Sublimes Maîtres Parfaits dans laquelle il réunit sa garde rapprochée de révolutionnaires. En 1812, il participe à la conspiration du général Malet. Son rôle dans des sociétés secrètes lui vaut d'être expulsé de la ville une première fois, entre 1813 et 1814.

Restauration[modifier | modifier le code]

C'est à Genève qu'il fait la connaissance du jeune Alexandre Andryane, qu'il intègre à sa société secrète et qui sera arrêté à Milan en possession de documents que Buonarroti destinait aux carbonari italiens. Expulsé une nouvelle fois de Genève en 1823, Buonarroti s'installe à Bruxelles, où il renoue avec d'anciens conventionnels, comme Vadier ou Barère. À Paris après 1830, il fonde plusieurs loges maçonniques, devient un membre actif de la Charbonnerie et écrit de nombreux textes. Il publie notamment en 1828 à Bruxelles, une Histoire de la Conspiration pour l'égalité, dite de Babeuf qui le rend célèbre et le fait apparaître comme l'ancêtre des révolutionnaires « professionnels » de l'Europe.

L'un des principaux instigateurs des mouvements révolutionnaires des années 1830, il intervient à la Société des Droits de l'Homme. Il joue également un grand rôle dans la formation politique de Raspail, de Louis Blanc ou d'Auguste Blanqui. Arrêté une dernière fois à 72 ans, en octobre 1833, il meurt dans la misère, aveugle, en 1837.

Écrits[modifier | modifier le code]

Philippe Buonarroti (médaille de David d'Angers)
  • Histoire des sociétés secrètes de l'armée (1815)
  • Conspiration des égaux (1828)
  • Histoire de la Conspiration pour l'Égalité dite de Babeuf (1828)
  • Observations sur Maximilien Robespierre, présentées par Charles Vellay in Revue historique de la Révolution française, tome III, Paris, 1912, p. 476-487.
  • La Conjuration de Corse, édition établie et présentée par Jacques Crozier. Éditions Centofani, Bastia, 1997. (Compte rendu de Jean-Marc Schiappa in Annales historiques de la Révolution française, no 321, juillet-septembre 2000.)

Annexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Marc Irollo, Histoire des Étrusques, p. 25.

Source[modifier | modifier le code]

  • Albert Soboul (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, PUF, 1989

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Institut central pour le registre unique • WorldCat
  • Georges Weill :
    • « Philippe Buonarroti (1761-1837) », in Revue historique, t. 76, mai-août 1901, Paris, Félix Alcan éditeur, p. 241-275, [lire en ligne].
    • « Les papiers de Buonarroti », in Revue historique, t. 88, mai-août 1905, Paris, Félix Alcan éditeur, p. 317-323, [lire en ligne].
  • Paul Robiquet, Philippe Buonarroti et la secte des Égaux d'après des documents inédits, Paris, Hachette, 1910, 330 p., [lire en ligne].
  • Albert Mathiez, La politique de Robespierre et le 9 Thermidor expliqués par Buonarroti, Le Puy, Imprimerie Peyriller, Rouchon & Gamon, 1910, 33 p., [lire en ligne].
  • Walter Haenisch, La vie et les luttes de Philippe Buonarroti, Paris, Au bureau d'éditions, 1938, 112 p.
  • Alessandro Galante Garrone :
    • Buonarroti e Babeuf, Turin, Francesco de Silva editore, coll. « maestri e compagni », vol. XII, 1948.
    • Alessandro Galante Garrone, Philippe Buonarroti et les révolutionnaires du XIXe siècle (1828-1837), Paris, Champ libre, 1975, 396 p.
  • Samuel Bernstein, Buonarroti, Paris, Hier et Aujourd'hui, 1949, 272 p.
  • Armando Saitta, Filippo Buonarroti. Contributi alla storia della sua vita e del suo pensiero, Edizioni di Storia e letteratura, Rome, 1950-51, 2 vol. , 293 p. et 314 p.
  • Maurice Pianzola, « La mystérieuse expulsion de Philippe Buonarroti », in Cahiers internationaux, no 61, décembre 1954, p. 53-63.
  • Julien Kuypers, Les Égalitaires en Belgique. Buonarroti et ses sociétés secrètes, d'après des documents inédits (1824-1836), Bruxelles, Librairie Encyclopédique, 1960, 152 p.
  • Marc Vuilleumier, « Buonarroti et ses sociétés secrètes à Genève (1815-1824) », in Annales Historiques de la Révolution française, no 201, 42e année, 1970, p. 437-505.
  • Arthur Lehning, De Buonarroti à Bakounine. Études sur le Socialisme International, Paris, Champ libre, 1977, 351 p.
  • Jean Defranseschi, « L'expérience de Philippe Buonarroti. Les structures agraires de la Corse, au début de la Révolution française », in Annales historiques de la Révolution française, no 260, 1985, p. 236-258, [lire en ligne].
  • Federici Libero, L'egualitarismo di Filippo Buonarroti, Saonara (Padoue), Il Prato, coll. « I Cento Tallerii », 2006, 132 p.
  • Jean-Marc Schiappa, Buonarroti l'inoxydable (1761-1837), Paris, Éditions Libertaires, 2008, 236 p.
  • Stéphanie Roza, « Un inédit de Buonarroti : la "Réplique à la réponse de l'accusateur national" », in Annales historiques de la Révolution française, no 370, octobre-décembre 2012, p. 213-233.

Liens externes[modifier | modifier le code]