Marie-Louise-Thérèse de Savoie

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Marie-Thérèse Louise de Savoie

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Huile sur toile de la princesse de Lamballe de Callet (1776).

Biographie
Titulature Princesse de Savoie
Princesse de Lamballe
Dynastie Maison de Savoie
Nom de naissance Maria Teresa Luisa di Savoia-Carignano
Naissance 8 septembre 1749
Turin (Sardaigne)
Décès 3 septembre 1792 (à 42 ans)
Paris (France)
Père Louis-Victor de Carignan
Mère Christine-Henriette de Hesse-Rheinfels-Rothenbourg
Conjoint Louis-Alexandre de Bourbon, prince de Lamballe

Marie-Thérèse Louise de Savoie-Carignan (Maria Teresa Luisa di Savoia-Carignano), princesse de Lamballe, dite « Mademoiselle de Carignan » ou « Madame de Lamballe », est une princesse italienne née à Turin le 8 septembre 1749, et morte à Paris le 3 septembre 1792.

Issue d'une branche cadette de la maison de Savoie, mariée en 1767 au prince de Lamballe, fils du duc de Penthièvre (lui-même fils du comte de Toulouse fils légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan) et héritier d'une branche légitimée de la famille royale de France, elle est veuve l'année suivante à 19 ans.

Amie de la dauphine Marie-Antoinette qui, devenue reine, la nomma surintendante de sa maison, elle fut supplantée par la duchesse de Polignac dans l'affection de la souveraine, à qui elle resta néanmoins toute dévouée et le paya de sa vie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et éducation[modifier | modifier le code]

La princesse naît le 8 septembre 1749 à Turin. Elle est la fille du prince de Carignan (1721-1778), en italien « Luigi-Vittorio di Savoia, principe di Carignano », et de Christine-Henriette de Hesse-Rheinfels-Rothenbourg (1717-1778), en allemand « Christine, Landgräfin von Hessen-Rheinfels-Rotenburg », sœur des défuntes duchesse de Bourbon et reine Polyxène de Sardaigne, défunte épouse du roi Charles Emmanuel III .

Elle est tante à la septième génération de l'actuel chef de la maison royale d'Italie, Victor-Emmanuel de Savoie et à la huitième génération de son fils Emmanuel-Philibert de Savoie[1], époux de l'actrice Clotilde Courau qui en est elle-même une cousine éloignée.

La princesse grandit à Turin et y mène une existence maussade et stricte, mais éloignée des complots et des intrigues de la cour. Elle passe pour une enfant douce, sage et pieuse, traits de caractère qui vont pousser le duc de Penthièvre, l'un des hommes les plus riches d'Europe, à la choisir comme épouse de son fils Louis Alexandre de Bourbon (1747-1768), prince de Lamballe. Le prince est un dévergondé et son père pense l’assagir en lui donnant une épouse vertueuse.

À Versailles[modifier | modifier le code]

La princesse de Lamballe pendant la Révolution ; pastel attribué à Danloux.

Marie-Thérèse (Marie-Thérèse Louise de Savoie) épouse le prince de Lamballe, arrière-petit-fils de Louis XIV (branche légitimée), fils du duc de Penthièvre, le 17 janvier 1767 par procuration à Turin ; puis, le 31 janvier suivant à Nangis.

Le couple ne connaîtra pas le bonheur : très vite, le prince reprend ses habitudes et délaisse son épouse qui se réfugie auprès de son beau-père. Elle commence à développer des accès de mélancolie, est saisie de vapeurs qui la plongent dans des évanouissements plus ou moins longs. Son mari attrape des maladies sexuelles et la contamine plusieurs fois ; elle y gagne des cicatrices et des boutons. Et un an plus tard, en 1768, son époux décède d’une maladie vénérienne. La princesse se retrouve veuve et sans enfant à 19 ans.

Bien que peu attristée de la perte de son mari, elle se voit offrir la chaumière aux Coquillages (aujourd'hui, une dépendance du château de Rambouillet) par son beau-père (il la fait édifier pour elle). Une des deux pièces de cette chaumière comporte un miroir que le duc fit recouvrir de nacre afin que la princesse ne puisse pas voir son visage abîmé.
Le médecin chirurgien Seyffert, médecin de la cour et futur médecin personnel du prince François-Xavier de Saxe au Château de Chaumot, sauve la princesse d'une grave maladie, se gagnant ainsi la protection de Marie-Antoinette et une très grande réputation ; on viendra même de Paris à Chaumot pour se faire guérir par lui.
Le duc de Penthièvre, après le décès de son fils, garde sa belle-fille (Marie-Thérèse) auprès de lui. Ensemble, ils sont très actifs dans diverses œuvres pieuses et charitables.

En 1769, le duc de Chartres, futur duc d’Orléans, prince du sang, épouse la belle-sœur de Marie-Thérèse : la fille du duc de Penthièvre est certes issue d’une branche illégitime de la maison de France mais elle est aussi, depuis la mort de son frère, la plus riche héritière du royaume.

En 1769 également, après la période de deuil qui a suivi la mort de la reine, le parti des dévots, soutenu par Mesdames, les filles du roi, n’ayant pu remarier Louis XV à l’archiduchesse d’Autriche Marie-Elisabeth, pense à Marie-Thérèse. Ironie du sort, il est une nouvelle fois question pour elle de convoler avec un homme esclave de ses sens. Mais le projet fait long feu, la comtesse du Barry, nouvelle maîtresse du roi avant d’en devenir la favorite officielle, ne voulant pas perdre ce prestigieux amant qu’elle tient, justement, par le plaisir des sens.

En 1770, le dauphin Louis-Auguste, futur Louis XVI, épouse l’archiduchesse d’Autriche Marie-Antoinette. C’est la première rencontre entre les deux femmes. Marie-Thérèse a vingt-et-un ans, Marie-Antoinette bientôt quinze.

À partir de 1771, la princesse de Lamballe est de plus en plus assidue à la cour et se rapproche de la dauphine, qui voit en elle une alliée sûre et une amie sincère. Devenue reine en 1774, Marie-Antoinette continue à fréquenter la princesse, mais de fausses et venimeuses rumeurs (lancées pour nuire et attisées par les ennemis de la reine) commencent déjà à entacher leur amitié. Toutefois, la princesse conserve son caractère pieux et raisonnable, alors que la reine se laisse aller à ses penchants de plus en plus frivoles.

Louis XV étant mort le 10 mai 1774, Marie-Antoinette devient par là-même reine de France. En 1775, elle octroie à son « cher cœur » le titre très lucratif de « surintendante de la Maison de la reine », dont la charge consiste à organiser les plaisirs de celle-ci. Cependant très vite, la reine se rend compte que son amie et cousine est trop sérieuse pour cette fonction et s’y ennuie. Délaissant Marie-Thérèse (sans l'oublier pour autant), Marie-Antoinette se tourne alors vers « la plus fraîche et plus insolente » Gabrielle de Polignac qui, pour longtemps, prend la place de l’amie dévouée.

Ayant plus de temps à elle, la princesse de Lamballe part à la campagne, reprend ses activités charitables et rachète l'hôtel de Toulouse (siège actuel de la Banque de France à Paris) à son beau-père.
Elle entre dans la franc-maçonnerie en devenant membre de la loge féminine « la Candeur » le 12 février 1777. Elle s'intéresse au mouvement des Lumières, à l'Encyclopédie, à la condition des femmes et à l'amitié féminine. Elle organise notamment un dîner suivi d'un bal auquel ne sont conviées que des femmes, ce qui choque la cour et irrite la reine. Le 10 janvier 1781, elle est élue grande maîtresse de la « Mère Loge Écossaise » [2].

La Révolution[modifier | modifier le code]

La Princesse de Lamballe en 1781, pastel par Élisabeth Vigée Le Brun.

En 1789, la Révolution gronde et la reine commence à prendre conscience de ses erreurs. Elle se fait plus sage et se rapproche à nouveau de la princesse. Rapprochement d’autant plus aisé qu’immédiatement après la prise de la Bastille, la reine a demandé à Mme de Polignac de quitter Versailles et de partir pour l’étranger, ce qui est fait le 16 juillet.

En octobre 1789, la famille royale est ramenée à Paris et Mme de Lamballe la suit dans sa nouvelle résidence, le palais des Tuileries.

La princesse reste l’un des derniers soutiens de la reine et leur amitié s’en trouve renforcée.
En 1791, la reine l’informe du projet de sa fuite et lui enjoint de quitter la France. Munie d’un passeport en règle, la princesse gagne Londres via Dieppe ; la famille royale, elle, est rattrapée à Varennes. Les deux femmes échangent alors toute une correspondance dans laquelle la reine réaffirme ses sentiments d’affection envers la princesse : « J’ai besoin de votre tendre amitié et la mienne est à vous depuis que je vous ai vue », lui écrit-elle en juin 1791.

À la fin de l’été 1791, la princesse de Lamballe est chargée par Marie-Antoinette d’une mission – dont on ignore les motifs – à Aix-la-Chapelle, où elle se rend en effet. Mue par un pressentiment, elle y dicte ses dernières volontés, le 15 octobre 1791, nommant le marquis de Clermont-Gallerande son exécuteur testamentaire. Fin 1791, la reine supplie la princesse de ne pas revenir à Paris, mais cette dernière, soit qu'elle craigne pour la sécurité de ses biens menacés par les lois en préparation sur les biens d’émigrés, soit que son dévouement pour la reine est tel qu'elle souhaite être à ses côtés et partager ses périls, rentre à Paris et reprend ses fonctions de surintendante aux Tuileries.

Selon une thèse défendue par Olivier Blanc, la princesse de Lamballe émargeait sur les fonds secrets du ministère des Affaires étrangères. Son passeport d’avril 1791 (qui lui avait permis de gagner Londres) avait été délivré par le ministre de Montmorin. La presse révolutionnaire relaya bientôt une dénonciation lancée contre elle par le comité de surveillance de l’Assemblée législative ; on lui reprochait d’avoir coordonné ou encouragé les activités du « Comité autrichien » et d'être financée par les fonds de la Liste civile. Ce « Comité autrichien » avait permis de peser dans les délibérations des comités révolutionnaires, de rallier au roi certains gens de plume et de faire retarder le vote du décret de déchéance. Ce qu’on appelait encore les « conciliabules de la Cour » fut avéré par de nombreuses pièces originales découvertes dans l’armoire de fer. Ces pièces mettaient en cause un certain nombre d’individus qui avaient effectivement reçu de l’argent de la Cour et qui se sentirent soudain menacés par des témoins tels que l’Intendant de la Liste civile Arnault de Laporte ou la princesse de Lamballe[3].

Le massacre[modifier | modifier le code]

Le massacre de la princesse de Lamballe.

Le 10 août 1792, la foule envahit le palais et la princesse suivit la famille royale qui se réfugia à l’Assemblée législative. C’est alors qu’est prononcée la déchéance du roi et décidée son incarcération au Temple. La princesse accompagne la famille royale au donjon du Temple le 12 août, elle y est incarcérée avec eux. Le 19, on vient chercher tous ceux qui n’appartiennent pas à la famille royale stricto sensu, pour les transférer ailleurs. Marie-Antoinette et Marie-Thérèse doivent se dire adieu. La princesse est conduite à la prison de la Force.

Les 2 et 3 septembre 1792, une foule armée de barres de fer, de piques et de bûches encercla les prisons de Paris, voulant y tuer les royalistes qu'une rumeur accuse d'y avoir caché des armes pour fomenter une contre-révolution. La princesse, tirée de sa cellule au matin du 3, fut, d’après la reconstitution des procès-verbaux de la section des Quinze-Vingts[4], introduite devant une commission improvisée en hâte par les membres du comité de surveillance de la Commune du 10 août, et sommée de « nommer ceux qu’elle avait reçus à sa table ». On lui demanda surtout de témoigner sur la réalité de connivences de Louis XVI et Marie-Antoinette avec les puissances de la Coalition. Elle s’y refusa et c’est pour cette raison qu’on l’aurait mise à mort. Il est possible qu’on ait voulu éviter un procès équitable au cours duquel elle aurait pu mettre en cause un certain nombre de pêcheurs en eaux troubles soudoyés par la cour, comme Dossonville, Stanislas Marie Maillard ou le général Antoine Joseph Santerre, partie prenante dans les massacres de Septembre avec son beau-frère Étienne-Jean Panis. Dans les minutes qui suivirent ce semblant d’interrogatoire, elle fut « élargie », terme ambigu qui est interprété soit comme une libération, soit comme une mise à mort[5]. Talleyrand, qui était encore à Paris à ce moment et qui devait embarquer pour Londres le surlendemain du crime, a indiqué à lord Grenville, secrétaire du Bureau des Affaires étrangères britannique, que Madame de Lamballe avait été tuée à la suite d’une atroce méprise. En sortant dans la cour de la prison, elle aurait eu, selon lui, un malaise, et les tueurs aux aguets, armés de bûches et de piques, croyant qu’elle avait reçu un premier coup, l’auraient frappée à leur tour. Cette version fut prise suffisamment au sérieux pour faire l’objet, le 24 septembre 1792, d’un mémorandum du ministère anglais[6].

Le "Dictionnaire historique..." de Jacques Hillairet donne une version sensiblement différente de la mort de la princesse de Lamballe. En voici un long extrait, cité tel quel :

Lorsque la Commune de Paris prescrivit - ou laissa faire - ces sanglantes journées connues dans l'histoire sous le nom des "Massacres de septembre 1792" (les 2, 3, 4 et 5), la prison de la Petite-Force comptait, parmi ses prisonnières, Mme de Tourzel et sa fille, trois femmes de chambre de la reine Marie-Antoinette et la princesse de Lamballe qui, ayant accompagné la famille royale au donjon du Temple le 12 août, avait été transférée à la Force le 19 suivant. Des commissaires envoyés par l'Assemblée, dont Manuel et Pétion, s'employèrent, dès le début des massacres, à soustraire à ceux-ci un certain nombre de personnes, et c'est ainsi que Mme de Tourzel, sa fille et les femmes de chambre de la reine furent libérées, ainsi que des prisonniers incarcérés pour dettes.
Une seule resta, la princesse de Lamballe, la "conseillère de l'Autrichienne" disait-on. Elle était surtout très dévouée à la reine ; si dévouée que, réfugiée en Angleterre dès le début de la Révolution, elle était revenue près d'elle pour partager ses périls ; elle était donc près de la reine les 20 juin et 10 août 1792 et la suivit au Temple. C'était une personne douce, jolie, gracieuse, intelligente et qui ne s'était jamais occupée de politique. Elle avait alors 43 ans.
Le 3 septembre, à 7 heures du matin, on la fit lever pour la conduire devant le tribunal improvisé qui siégeait dans la prison. Ce tribunal, constitué par un président et huit assesseurs, dont Morino, et un accusateur, un ancien avocat, siégeait dans la salle du greffe de la prison. A la porte d'entrée de la prison se tenaient, plaqués contre le mur extérieur, cinq égorgeurs, appelés "travailleurs", qui, munis de lourdes bûches, les levaient dès que la porte s'ouvrait et assommaient le sortant, dès que celui-ci mettait les pieds dans la rue du Roi-de-Sicile. Après quoi, les "déblayeurs" tiraient son cadavre jusqu'au caniveau de la rue Saint-Antoine, le dépouillaient de ses bijoux et de ses effets qu'on amoncelait contre le mur d'une maison de la rue des Ballets, puis jetaient son corps sur la piles des cadavres précédents. Ils touchèrent pour cela un salaire de 24 livres que leur fit obtenir Billaud-Varenne. Un détenu, qui avait été avisé du sort qui l'attendait, fonça d'un tel élan, une fois la porte ouverte, que les coups de bûche tombèrent derrière lui ; il passa devant les "travailleurs" sans que ceux-ci puissent l'arrêter et il se mêla aux curieux qui, massés devant la porte, favorisèrent sa fuite.
La princesse de Lamballe comparut donc devant le "tribunal" qu'entouraient des massacreurs ivres de sang et de vin. Dès le début de l'interrogatoire, elle chancela et s'évanouit. On rappela ses sens, on la questionna ; à peine put-elle répondre. Le président lui demanda de jurer d'aimer la liberté et l'égalité et haine au roi, à la reine et à la royauté. "Je ferai facilement le premier serment" répondit-elle, "je ne puis faire le second qui n'est pas dans mon coeur." "Qu'on élargisse madame", dit alors le président. C'était une formule convenue, avec celle de "à l'abbaye", pour déguiser aux condamnés la sentence de mort et leur donner à croire qu'ils étaient libres ou qu'on allait les changer de prison.
La princesse de Lamballe fut prise aux bras par un municipal et un égorgeur de haute taille, Pierre-Nicolas Renier, dit le grand Nicolas, qui la conduisirent ainsi jusqu'à la rue des Ballets. Devant la pile de cadavres nus et ensanglantés qui y étaient amoncelés, la princesse cria, en détournant le visage : "Fi! L'horreur!" Un perruquier du nom de Charlat, tambour des volontaires, lui ôta son bonnet du bout de sa pique et la blessa légèrement, tandis qu'un autre égorgeur lui jetait une bûche dans les reins. La princesse tomba et fut criblée de coups. On lui ôta ses vêtements ; elle resta ainsi près de deux heures exposée, nue, à la risée lubrique de la foule. On la traîna ensuite jusqu'à la borne située à l'angle des rues du Roi-de-Sicile et des Ballets, sur laquelle on appuya sa tête qu'un nommé Grison scia avec son couteau et mit au bout de sa pique. Le perruquier Charlat lui ouvrit la poitrine, lui arracha le coeur qu'il plaça au bout de son sabre, tandis que suivirent d'autres mutilations obscènes et sanguinaires.
Un cortège se forma ; en tête Grison et Charlat, l'un portant au bout de sa pique la tête charmante de la princesse d'où pendait sa longue chevelure blonde, l'autre son coeur ; puis suivait le corps mutilé de la princesse traîné par les jambes, le dos contre le sol, le ventre ouvert et les intestins pendants. On prit la rue Saint-Antoine à l'extrémité de laquelle le cortège |...| (extrait de la page 359 - article "Rue du Roi-de-Sicile" - du Dictionnaire historique des rues de Paris, tome II, de Jacques Hillairet - Les Editions de Minuit, 5ème édition, 1973).

Post-mortem[modifier | modifier le code]

Tandis que sa tête était promenée au bout d’une pique jusqu’à la tour du Temple, Adam Pitt raconte que son corps fut transporté sur des kilomètres, profané, jusqu’au comité civil de la section des Quinze-Vingts. Enfin, la tête fut portée à son tour par un garçon boucher nommé Allaigre au comité, à sept heures du soir, après avoir été repoudrée, afin d’être « inhumée auprès du corps » dans une tombe du cimetière des Enfants-Trouvés[7]. Quelques heures plus tard, le duc de Penthièvre dépêcha son fidèle valet Fortaire pour retrouver sa dépouille, en vain.

Sa mort donna lieu à une profusion de témoignages, très largement diffusés à l’époque et jusqu’à aujourd’hui, tant parmi les révolutionnaires que dans les milieux royalistes et contre-révolutionnaires, qui sont souvent sujets à caution, traduisant moins la réalité des faits qu’une vision fantasmatique[7]. Ces textes décrivent avec force détails macabres, la mise à mort, la profanation par le nègre Delorme, la mutilation, le dépeçage, la fragmentation par un certain Charlat, tambour de son état, et l’exposition du corps abandonné dans un chantier de construction, vers le Châtelet, jusqu’au petit matin, « expriment les craintes et les luttes qui animent alors les différents protagonistes de la Révolution »[7].

Côté révolutionnaire, on a présenté les « cadavres réparateurs » des victimes des massacres de Septembre, laissés sur le pavé, comme une réponse au complot fomenté dans les prisons et à la menace extérieure. Pour Antoine de Baecque, la description morbide de la mise à mort et des outrages visait à « exprimer l’anéantissement du complot aristocratique ». De même, il considère qu’ils servaient à « punir la femme de cour, ainsi que le supposé complot féminin et lesbien – menaçant la prééminence masculine – de « la Sapho de Trianon », vilipendée par les chroniqueurs et les gazetiers sous l’Ancien Régime »[8],[7]. Les royalistes ont repris à leur compte ces récits, « en retournant leur sens pour montrer la régression du révolutionnaire à l’état de barbare et la monstruosité de la Révolution, opposée à la délicatesse du corps de la victime »[7].

Parmi ces récits, on peut noter La Famille royale préservée au Temple. Extrait du récit de ce qui s’est passé au Temple dans les journées des 2 et 3 septembre 1792, dont le manuscrit a été cité par Georges Bertin en 1888[9], le récit des événements dans la Révolution de Paris, qui présente la princesse de Lamballe comme une comploteuse[10], La Vérité tout entière sur les vrais acteurs de la journée du 3 septembre 1792[11], le Bulletin du comte de Fersen au prince régent de Suède sur ce qui s’est passé en France[12] ou Idée des horreurs commises à Paris dans les journées à jamais exécrables des 10 août, 2, 3, 4 et 5 septembre 1792 ou Nouveau Martyrologe de la Révolution française[13].

Après les événements, plusieurs auteurs ont repris ces descriptions des événements dans leurs ouvrages, qu’il s’agisse de l’abbé Barruel[14], Antoine Serieys[15], Mme de Créquy[16] ou Mme Guénard[17]. Plus récemment, des biographes comme Stefan Zweig ont repris ces descriptions dans leur récit des derniers instants de la princesse de Lamballe[18].

Notes[modifier | modifier le code]

Les armes de la princesse de Lamballe
  1. Sœur de Victor-Amédée II (1743 † 1780), père de Charles-Emmanuel (1770 † 1800), père de Charles-Albert (1798 † 1849), roi de Sardaigne, père de Victor-Emmanuel II (1820-1878), roi de Sardaigne, puis roi d'Italie, père d'Umberto Ier d'Italie (1844-1900), père de Victor-Emmanuel III d'Italie (1869-1947), père d'Umberto II d'Italie (1904-1983), père de Victor-Emmanuel d'Italie (1937)
  2. (Burke 2010, p. 29)
  3. Olivier Blanc, Les Espions de la Révolution et de l’Empire, Paris, Perrin, 1995.
  4. Procès-verbal cité par Paul Fassy, La Princesse de Lamballe et la prison de la Force, Paris, 1868.
  5. Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos, « 3 septembre 1792, L'effroyable dépeçage de la princesse de Lamballe par les égorgeurs sans-culottes », sur Le Point.fr,‎ 3 septembre 2013
  6. Olivier Blanc, Portraits de femmes, artistes et modèles à l’époque de Marie-Antoinette, Paris, Carpentier, 2006, p. 204-5.
  7. a, b, c, d et e Antoine de Baecque, « Les Dernières heures de la princesse de Lamballe », L’Histoire, n° 217, janvier 1998, p. 74-78.
  8. Sur les relations entre Marie-Antoinette et la princesse de Lamballe et leur supposé lesbianisme, on peut relever des commentaires du très peu fiable Pidansat de Mairobert dans les Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la république des lettres en France depuis 1762 jusqu’à nos jours de Bachaumont (1775), ou des pamphlets orduriers tels que les Fureurs utérines de Marie-Antoinette ou la Vie de Marie-Antoinette d’Autriche de Charles-Joseph Mayer. Voir les Mémoires secrets et Fureurs utérines de Marie-Antoinette, femme de Louis XVI sur Gallica.
  9. Georges Bertin, Mme de Lamballe d’après des documents inédits, Paris, 1888, p. 322.
  10. Révolution de Paris, n° 6, 8 septembre 1792 : « On a trouvé dans le bonnet de la ci-devant princesse un mot de Marie-Antoinette. On répandit le bruit de sa trahison ; dans la cour de la prison, vers onze heures, on entendit plusieurs voix dans la multitude crier : la Lamballe ! la Lamballe ! ».
  11. La Vérité tout entière sur les vrais acteurs de la journée du 3 septembre 1792, Paris, sans date.
  12. Bulletin du comte de Fersen au prince régent de Suède sur ce qui s’est passé en France, Bruxelles, 19 septembre 1792.
  13. Idée des horreurs commises à Paris dans les journées à jamais exécrables des 10 août, 2, 3, 4 et 5 septembre 1792 ou Nouveau Martyrologe de la Révolution française, Paris, 1793.
  14. Abbé Barruel, Histoire du clergé pendant la Révolution française, Londres, 1797, tome II, p. 126.
  15. Antoine Serieys (1755-1819), Anecdotes inédites de la fin du XVIIIe siècle, Paris, 1801.
  16. Souvenirs de Mme de Créquy, tome VIII, chapitre IV, ouvrage probablement apocryphe.
  17. Mémoires historiques de Marie Thérèse Louise de Carignan, princesse de Lamballe, une des principales victimes des journées des 2 et 3 septembre 1792, par Madame Guénard, alias Elisabeth Brossin, baronne de Méré (1751-1829), 1815, p. 326 à 336.
  18. D’après ces biographes, ainsi, le corps de la princesse est porté nu dans la ville et particulièrement devant la prison du Temple, pour humilier la Reine en se référant à de prétendues pratiques saphiques ; dans cette perspective, certains proposèrent de faire baiser la tête de la défunte par Marie-Antoinette. Voir Stefan Zweig, Marie-Antoinette, Paris, Éditions Grasset & Fasquelle,‎ 1933, 506 p..

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Raoul Arnaud, La Princesse de Lamballe, 1749-1792 : d’après des documents inédits, Paris, Perrin, 1911, 397 p.
  • Janet Burke et Margaret Jacob, Les premières francs-maçonnes au siècle des Lumières, Presses universitaires de Bordeaux,‎ 2010
  • Dr Cabanès, La Princesse de Lamballe intime (d’après les confidences de son médecin). Sa liaison avec Marie-Antoinette. Son rôle secret pendant la Révolution. Nombreux documents inédits, Paris, Albin Michel, 1922, 516 p.
  • Jacques Castelnau, La Princesse de Lamballe, Paris, Hachette, 1956, 223 p.
  • Michel de Decker, La Princesse de Lamballe : mourir pour la reine, Paris, Pygmalion-G. Watelet, 1999, 293 p.
  • Michel de Decker, La Princesse de Lamballe, Paris, Perrin, 1979, 283 p. et 16 p. de planches
  • Antoine de Baecque, « Les dernières heures de la Princesse de Lamballe », L'Histoire, no 217, janvier 1998 : article dans lequel l’historien montre l’inexactitude des monstruosités subies par la Princesse.
  • André Du Mesnil Bon de Maricourt, « Princesse de Lamballe (1749-1792) », Les Contemporains, no 664, Paris, 5 rue Bayard, 1905, 16 p.
  • Eugène-Louis Guérin, La Princesse de Lamballe et Madame de Polignac, 2 vol., Paris, C. Lachapelle, 1838
  • Évelyne Lever, Marie-Antoinette, Paris, Fayard, 1991, 736 p.
  • Blanche C. Hardy, The Princesse de Lamballe, a biography, Londres, A. Constable, 1908, XVI-317 p.
  • Sir Francis Montefiore, The Princesse de Lamballe : a sketch, Londres, R. Bentley, 1896, 210 p.
  • Adolphe Mathurin de Lescure, La Princesse de Lamballe, Marie-Thérèse-Louise de Savoie-Carignan, sa vie, sa mort (1749-1792), d’après des documents inédits, Paris, Henri Plon, 1864, 480 p.
  • Albert-Émile Sorel, La Princesse de Lamballe, une amie de la reine Marie-Antoinette, Paris, Hachette, 1933, 240 p.
  • Alain Vircondelet, La Princesse de Lamballe, Paris, Flammarion, 1995, 273 p.

Sur les massacres de Septembre :

  • F.Bluche, Septembre 1792 : Logiques d'un massacre, Laffont, 1986.
  • Pierre Caron, Les Massacres de Septembre, Maison du livre français, 1935.
  • S. Wahnich, La Longue Patience du peuple : 1792, naissance de la République, Payot, 2008

Iconographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier Blanc, Portraits de femmes, artistes et modèles à l’époque de Marie-Antoinette, Paris, Didier Carpentier éditions, 2006 (tous les portraits de la princesse de Lamballe dont treize reproduits en noir ou en couleur).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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