Stéphane Courtois

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Stéphane Courtois

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Biographie
Naissance 25 novembre 1947 (67 ans)
Dreux, (Eure-et-Loir), France
Nationalité Drapeau : France Français
Thématique
Formation École normale supérieure de Saint-Cloud
Titres Professeur à l'Institut catholique d'études supérieures
Directeur de recherche au CNRS
Approche Histoire du communisme

Stéphane Courtois, né le 25 novembre 1947 à Dreux, est un historien et universitaire français, directeur de recherche au CNRS (Université de Paris X), professeur à l'Institut catholique d'études supérieures (ICES) de La Roche-sur-Yon, directeur de collection qui s'est spécialisé dans l'histoire des mouvances et des régimes communistes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Stéphane Courtois est fils d'instituteur.

Activisme d'extrême gauche (1968-1971)[modifier | modifier le code]

Stéphane Courtois a milité de 1968 à 1971 à l'organisation marxiste-léniniste maoïste Vive le communisme, qui changea de nom en 1969 pour Vive la révolution, autour de Roland Castro. Il a dirigé, un temps, la librairie de cette organisation, rue Geoffroy-Saint-Hilaire à Paris. Il se définit comme ayant été « anarcho-maoïste », tout comme beaucoup de « repentis » de l'extrême-gauche devenus par la suite partisans de la démocratie représentative à partis multiples et souvent anticommunistes[1].

Le PCF dans la guerre et la revue Communisme[modifier | modifier le code]

Ayant repris des études de droit puis d'Histoire, il se fait connaître en 1980 avec la publication de son travail de thèse Le PCF dans la guerre effectuée sous la direction d'Annie Kriegel. C'est avec cette dernière qu'il fonde en 1982 la revue Communisme qui réunit des spécialistes non-communistes du communisme français. Après la mort d'Annie Kriegel, il sera le principal animateur de la revue. Stéphane Courtois a été nommé directeur de recherches au CNRS où il a été responsable du « Groupe d'observatoire et d'études de la démocratie » (GEODE). Cette période de la revue Communisme est perçue comme une période extrêmement riche en recherches de toutes sortes, creuset de travaux d'importance publiés dans les années 1980[2].

Séjours aux archives du Komintern à Moscou (1992-1994)[modifier | modifier le code]

À la suite de la chute du mur de Berlin et du « Rideau de fer » en 1989-1991, l'Union soviétique s'effondre en décembre 1991 après les régimes communistes des pays d'Europe de l'Est, ce qui ouvre, pour quelques années, les archives du Komintern (ou Internationale Communiste), non seulement aux historiens russes, mais aussi pour les chercheurs occidentaux également.

Bien qu'il ne lise pas le russe, cette ouverture a représenté pour Stéphane Courtois une opportunité pour accéder à des sources inédites permettant de récrire l'histoire du communisme jusque-là imprégnée, selon lui, soit par la propagande des régimes de type soviétique, soit par les hypothèses invérifiables de ses adversaires. Courtois qualifie ce tournant historiographique de « véritable révolution documentaire »[3]. À titre d'exemple, l'étude historique du PCF avait été faite pendant des dizaines d'années non pas sur d'authentiques documents d'archives mais sur la foi de témoignages, comme les mémoires publiées par des membres du PCF (dont Jacques Duclos), car les archives originales du PCF étaient conservées non pas au siège social du parti à Paris, mais à Moscou, selon les clauses centralisatrices régissant l'admission au Komintern (conditions d'admission à la IIIe Internationale). En 2006, Courtois y a consacré un ouvrage intitulé Communisme en France. De la révolution documentaire au renouveau historiographique.

Stéphane Courtois effectue son premier séjour aux archives du Komintern, à Moscou, en septembre 1992. Après trois autres séjours, il effectue le dernier en décembre 1994. En 2009, lors d'une conférence, Stéphane Courtois déclare : « Je ne suis pas allé accompagner Le Livre noir du communisme en Russie […] en tout cas je n'y retourne plus depuis déjà pas mal de temps […] je me suis aperçu rapidement que j'étais sous surveillance permanente dans les archives »[4].

Courtois, en glanant parfois dans les archives des informations spectaculaires, et en provoquant délibérément des polémiques, prend aux yeux de certains auteurs de la revue Communisme une posture en rupture avec les recherches de complémentarité scientifique de cette publication. Dès 1993, une partie importante du comité de rédaction de Communisme quitte la revue[2].

Orientation des travaux après la publication du Livre noir[modifier | modifier le code]

Si la production historiographique de Courtois d'avant 1995 concerne essentiellement le PCF, il se concentre ensuite davantage sur le Komintern et l'histoire des régimes communistes d'Europe de l'Est. Dans le Livre Noir, sa contribution concernait les aspects criminels de l'action du Komintern. Dans son livre sur Eugen Fried qu'il cosigne avec Annie Kriegel en 1997, l'accent est mis davantage sur le contrôle par le Komintern des partis communistes nationaux et des organisations de masse antifascistes comme Amsterdam-Pleyel, le Secours Rouge ou le Rassemblement universel pour la paix. Dans l'avertissement au lecteur d’Eugen Fried, il est d'ailleurs indiqué que le projet initié en 1984-85 avait été suspendu en 1991 lorsque les archives du Parti communiste d'Union soviétique furent transférées aux archives d'État de la république de Russie. « Dès 1992, Annie Kriegel et Stéphane Courtois sont sur place, à Moscou. Ils feront plusieurs séjours dans la capitale russe et en rapporteront des milliers de page de microfilms…[5] »

Dans une communication à l'Académie des sciences morales et politiques, Courtois défend la thèse selon laquelle Staline est parfaitement représentatif du régime soviétique instauré à partir de la Révolution de 1917 sous la direction de Lénine :

« Il n’en reste pas moins que dans la phase de fondation du système, de 1917 à 1953, c’est bien l’idéologie qui a commandé la conduite de Lénine puis de Staline… Staline était un authentique bolchevique élevé à l’école du léninisme… Staline n’était donc pas l’obscur apparatchik décrit par Trotsky, mais l’un des collaborateurs directs de Lénine et parmi les plus appréciés pour son soutien sans faille au leader, son sens de la discipline, son sang-froid et sa fermeté de caractère exceptionnels, sa détermination et son absence totale de scrupules et de pitié dans l’action » [6]

Après la publication d’Eugen Fried, Courtois dirige plusieurs projets éditoriaux collectifs, comme Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe (2002) qui revient sur la sortie du Livre noir du communisme et apporte des compléments à l'ouvrage, rédigés pour la plupart par des auteurs étrangers, et le Dictionnaire du communisme (2007). En 2008, il contribue au Livre noir de la Révolution française, dans un chapitre consacré aux rapports entre le jacobinisme et le bolchevisme. En 2009, il revient à nouveau sur la question du communisme avec l'ouvrage Communisme et totalitarisme, qui recueille une série de ses articles sur le sujet.

Stéphane Courtois a par ailleurs élargi ses travaux à l'ensemble des totalitarismes. Il organise à ce titre de nombreux colloques internationaux et la direction d'une collection d'abord au Seuil puis aux Éditions du Rocher.

Principales œuvres[modifier | modifier le code]

Influences méthodologiques[modifier | modifier le code]

Ancien élève de l'historienne française Annie Kriegel, Stéphane Courtois déclare que son ouvrage Communisme et totalitarisme (2009) est construit sur le modèle de plusieurs livres de celle-ci, notamment Le pain et les roses : jalons pour une histoire des socialismes (1968) et Communismes au miroir français (1974)[7]. La méthodologie mise au point par Annie Kriegel, et reprise par Stéphane Courtois, consiste à accumuler les étapes de la réflexion du chercheur sous forme de textes qui sont regroupés par thèmes et publiés régulièrement[7].

Reprenant à son compte le concept d'« atelier de l'histoire » développé par l'historien François Furet, dans son livre éponyme paru en 1982, Stéphane Courtois déclare que « l'historien "sérieux", c'est un artisan qui remet sans cesse sur le métier son travail, parce qu'il est tributaire des sources, des archives, etc. […] et que bien entendu, ces sources, ces archives, elles évoluent en permanence »[7]. Ainsi, l'évolution de cette réflexion permet de construire une vison d'ensemble plus globale et nuancée que celle de départ[7].

La revue Communisme (1982~)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Communisme (revue).

Le Livre noir du communisme (1997)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Le Livre noir du communisme.

Après de nombreuses contributions et ouvrages sur les différentes facettes du communisme français et international, Courtois participe au projet du Livre noir du communisme publié en novembre 1997, dont il est le coordinateur et préfacier. Participent à cet ouvrage Nicolas Werth (agrégé d'histoire et chercheur à l'IHTP spécialiste de l'Union soviétique), Jean-Louis Panné (historien et éditeur chez Gallimard, également l'auteur d'une biographie de Boris Souvarine), Karel Bartosek (chercheur au CNRS et directeur de la revue Nouvelle Alternative), Andrzej Paczkowski (professeur de sciences politiques et membre du conseil des archives du ministère de l'Intérieur). Courtois lui-même est le coauteur d'un article sur le Komintern.

Contenu du Livre noir[modifier | modifier le code]

L'ouvrage fait le bilan des crimes perpétrés par les différentes formes de pouvoir s'étant revendiqués du communisme, tenus dans l'introduction rédigée par Courtois et intitulée « Les crimes du communisme » pour responsables de la mort de près de 100 millions d'êtres humains[8].

« Les crimes du communisme n'ont pas été soumis à une évaluation légitime et normale tant du point de vue historique que du point de vue moral. Sans doute est-ce ici l'une des premières fois que l'on tente l'approche du communisme en s'interrogeant sur cette question criminelle comme une question à la fois centrale et globale[9]. »

L'ouvrage s'inscrit dans une vision essentialiste du communisme développée par Ernst Nolte selon laquelle ce dernier aurait une nature générale et criminelle par essence[10].

Dans la préface, Stéphane Courtois se fait le défenseur de la tradition du droit naturel[11].

Polémique sur le nombre des victimes[modifier | modifier le code]

L'un des contributeurs du Livre Noir, Nicolas Werth a reproché à Stéphane Courtois d'avoir, dans sa préface, avancé le chiffre de 20 millions de victimes économiques ou politiques du socialisme en URSS, alors que lui-même n'en dénombrait que 15 millions. Un autre contributeur, Jean-Louis Margolin a fait remarquer qu'il n'avait jamais parlé de 1 million de morts au Viêt Nam, contrairement à ce qu'affirme Stéphane Courtois dans son texte.

La manière d'additionner sans distinction des victimes très disparates mortes dans des guerres civiles, des crises économiques ou même des condamnés de droit commun sur les cinq continents par des régimes divers, pendant plus de 70 ans, a également été discutée. Les auteurs du Siècle des communismes (2000), derrière Claude Pennetier, mettent en cause l'unicité du communisme sous-tendue par le Livre Noir « S'il est un présupposé que ce ouvrage souhaiterait résolument révoquer en doute, bien que comme tout préjugé, il contienne sa part de vérité, c'est celui de l'unicité de ce qu'il est convenu d'appeler le "communisme du XXe siècle. Du "Passé d'une illusion[12]" aux crimes du communismes[13], l'erreur première réside dans l'emploi non critiqué de l'article singulier et dans la volonté de réduire, par conséquent, le communisme à "une" propriété fondamentale[14] ». Pour les auteurs de ce livre, il n'y avait pas grand-chose de commun entre la Hongrie de János Kádár et le Cambodge de Pol Pot.

Polémique sur la comparaison avec le nazisme[modifier | modifier le code]

Mais c'est moins le nombre de morts causés par les dictatures se réclamant du communisme que la comparaison avec le nazisme qui a suscité une polémique en France, laquelle reprend dans des termes assez proches la fameuse « querelle des historiens » qui se noua en Allemagne au milieu des années 1980 à la suite d'un article d'Ernst Nolte[15]. Certains auteurs et commentateurs se sont étonnés que Courtois axe une partie de sa préface sur cette comparaison avec le nazisme, alors qu'aucune des contributions n'évoquait la question.

Stéphane Courtois pose la comparaison entre nazisme et communisme comme une question à traiter par les historiens et appelle à l'instauration d'un équivalent du tribunal de Nuremberg pour juger les responsables communistes[réf. nécessaire]. Il compare ainsi l'organisation des deux mouvements, ainsi que le nombre de victimes attribuées au communisme aux morts causés par le nazisme. Il établit un parallèle entre « génocide de race » nazi et ce qu'il nomme, à la suite d'Ernst Nolte, le « génocide de classe[16] ». Le communisme étant, pour ses partisans, une idéologie égalitaire et humaniste, à la différence du nazisme, plusieurs historiens - à commencer par certains auteurs de l'ouvrage - ont affirmé leur désaccord avec Courtois. Nicolas Werth, notamment, dit que « plus on compare le communisme et le nazisme, plus les différences sautent aux yeux[17] ».

Selon Annette Wieviorka, directrice de recherche au CNRS, « Stéphane Courtois dresse une comparaison de la prise de conscience du génocide juif et de celle du communisme qui n'est qu'un tissu de contrevérités ou d'approximations », soulignant notamment que la Shoah n'est devenue un objet privilégié de la recherche historique que dans les années 1970 et ne s'est imposée dans la mémoire collective que dans les années 1980. Elle cite aussi François Furet (qui aurait dû rédiger la préface s'il n'était pas décédé prématurément) : le génocide des Juifs a « l'affreuse particularité d'être une fin en soi[18] ».

Certains, malgré les démentis répétés du principal intéressé, ont vu dans cette comparaison une assimilation pure et simple, et à ce titre ont jugé bon de la dénoncer. Ainsi le journaliste Benoît Rayski accuse certains intellectuels, dont Stéphane Courtois, Alain Besançon, Ernst Nolte ou Jean-François Revel de vouloir décomplexer l'Occident à propos de la question du nazisme, afin de promouvoir leur propre anticommunisme[19].

Principales thèses[modifier | modifier le code]

Influences historiographiques[modifier | modifier le code]

Les travaux de Stéphane Courtois, en particulier Le Livre noir du communisme, se situent dans la continuité du "virage" historiographique amorcé en 1995 par la publication de l'essai de, l'historien ex-militant communiste et membre du PCF de 1947 à 1959, François Furet traitant de l'« illusion communiste » et intitulé Le Passé d'une illusion. Essai sur l'idée communiste au XXe siècle[20].

François Furet avait d'ailleurs accepté de rédiger la préface du Livre noir du communisme[21] mais il est décédé en juillet 1997, quelques semaines seulement, avant d'avoir rendu son texte à Stéphane Courtois[21].

« Le communisme est une forme de totalitarisme »[modifier | modifier le code]

Pour Stéphane Courtois, le communisme est une forme de totalitarisme, au même titre que le fascisme italien et le nazisme allemand, en occultant le fait qu'Hannah Arendt classe également l'impérialisme (dont le colonialisme) dans le totalitarisme. En ce sens il s'oppose à Hannah Arendt et à George L. Mosse. La première fait correspondre la naissance du totalitarisme à l'œuvre en Russie avec l'émergence de Staline (et non de Lénine), partant de là, elle réduit le totalitarisme communiste à la seule fraction chronologique du « stalinisme ». L'historiographie basée sur cette thèse d'Hannah Arendt, conçue dans les années 1950, est - selon Stéphane Courtois - majoritaire dans l'enseignement du phénomène totalitaire en France au XXIe siècle mais Stéphane Courtois déclare « militer » contre cette orientation historiograhique à laquelle il oppose la thèse d'un communisme totalitaire dont les prémices sont la publication du Que faire ? de Lénine dès 1902.

Cette thèse est exposée dans son ouvrage Communisme et totalitarisme (Perrin, 2009) et abordée de manière chronologique (puis thématique dans le dernier opus) dans le quadriptique relatif à une série de colloques dédiés aux régimes totalitaires d'Europe : Quand tombe la nuit : Origines et émergence des régimes totalitaires en Europe (1900-1934) (L'Âge d'Homme, 2001), Une si longue nuit : Apogée des régimes totalitaires en Europe (1935-1953) (éditions du Rocher, 2003), Le jour se lève : Héritage du totalitarisme en Europe (1953-2005) (éditions du Rocher, 2003) et Les logiques totalitaires en Europe (éditions du Rocher, 2006).

« Lénine est l'inventeur du totalitarisme »[modifier | modifier le code]

Stéphane Courtois expose principalement cette thèse dans sa biographie Lénine, l'inventeur du totalitarisme (Perrin, 2007). Elle est reprise dans un chapitre de Communisme et totalitarisme (Perrin, 2009).

« Mémoire glorieuse » et « mémoire tragique » du communisme en Europe[modifier | modifier le code]

Selon Stéphane Courtois, il existe une nette dichotomie dans l'histoire du communisme qui sépare une « mémoire positive » du communisme en Europe de l'Ouest (France, Italie, Espagne, etc.) d'une « mémoire tragique » en Europe de l'Est (Pologne, Roumanie, Pays baltes, etc.)[4]. Cette thèse est développée dans l'ouvrage qui fait suite au Livre noir du communisme et qui est intitulé Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe (2002)[22].

En France, cette « mémoire positive » ferait écho aux conquêtes sociales du Front populaire, à la participation des communistes aux Brigades internationales durant la guerre d'Espagne puis à la Résistance à l'occupant allemand durant la Seconde Guerre mondiale et à la victoire soviétique sur le nazisme que Stéphane Courtois nomme « le charme universel de Stalingrad » (la victoire soviétique à la bataille de Stalingrad marque le « tournant de la guerre » à l'avantage des Alliés); il reprend ici le concept forgé par François Furet de « charme universel d'Octobre » en référence à l'accueil unanime autour de la révolution d'Octobre.

À ceci s'opposerait une « mémoire tragique » qui correspond, en Pologne, à son annexion à la suite du pacte germano-soviétique et au massacre de Katyń ; dans les pays baltes, à leur annexion par l'Union soviétique de 1944 à 1990, et, en Roumanie, à l'annexion par l'Union soviétique des régions de Bessarabie et de Bucovine du Nord et à l'instauration d'une dictature de longue durée (45 ans) qui, selon les Commissions d'historiens réunies depuis 1991 pour en dresser le bilan, ont fait près de deux millions de victimes et déporté près de 300.000 personnes en camps de travail, en Roumanie même, ou en Sibérie et Kazakhstan[23]. Ce profond traumatisme se traduit, en Roumanie, par la création, en 1993, à Sighet, dans une prison utilisée par le régime communiste roumain, d'un lieu de mémoire (institut de recherche, médiathèque, musée et université d'été) unique dans son genre : le « Mémorial des Victimes du Communisme et de la Résistance » (Memorial of the Victims of Communism and of the Resistance (en)) (Memorialul Victimelor Comunismului şi al Rezistenţei). Les actes des conférences et discussions soutenues par Stéphane Courtois lors des quatre séjours effectués à ce mémorial, ainsi qu'au Centre d'Études de Bucarest, ont été publiés en novembre 2003 sous le titre Courtois La Sighet (Fundatia Academia Civica)[24] et réédités en 2006 (LiterNet)[25].

Dans sa communication tenue à l'université d'été de Sighet et intitulée « L'honneur perdu de la gauche européenne », Stéphane Courtois dénonce le rejet par plus des deux-tiers de l'Assemblée Parlementaire du Conseil de l'Europe d'une Résolution et d'une « Recommandation concernant la condamnation des crimes commis par les régimes communistes totalitaires », le 25 janvier 2007[26],[27],[28]. Selon Courtois, ce rejet serait représentatif du phénomène qu'Alain Besançon qualifiait en 1997 d'« amnésie et hypermnésie historiques » (amnésie des crimes non-nazis, hypermnésie des crimes nazis[29]) se traduisant par un déni de la « mémoire des victimes d'autres régimes que le nazisme » dans certains États d'Europe occidentale, et empêchant l'avènement de ce qu'il nomme une « réunification mémorielle », qui existe en revanche à Sighet où le monument des victimes de la Shoah en Roumanie, inauguré par Elie Wiesel, se trouve au bout de la même rue à 200 mètres du « Mémorial des Victimes du Communisme et de la Résistance », des commémorations et des actions pédagogiques ayant lieu en commun[4].

Prises de position publiques[modifier | modifier le code]

Soutien à l'intervention militaire en Afghanistan et en Irak[modifier | modifier le code]

Stéphane Courtois est membre du Cercle de l'Oratoire et du comité éditorial de la revue Le Meilleur des mondes. Il est à l'origine d'un appel public à soutenir la guerre d'Afghanistan de 2001, contre le « fondamentalisme musulman[30] ».

Dans l'ouvrage Irak, An I. Un autre regard sur un monde en guerre[31], Stéphane Courtois dresse un parallèle entre le communisme d'hier et l'islamisme d'aujourd'hui. Intellectuel pro-américain[32], il estime que dans son fameux discours à l’ONU, Dominique de Villepin a été victime de « réflexes qui se rattachent directement à la propagande soviétique en France. Matraquer US go home pendant cinquante ans, ça laisse des traces[33] ». À la suite de la guerre en Irak, Stéphane Courtois a jugé que les sévices commis par des soldats américains dans la prison d'Abu Ghraib relevaient d'« à-côtés inévitables d’une guerre[34] ».

Soutien à Gérard Chauvy[modifier | modifier le code]

Stéphane Courtois a soutenu Gérard Chauvy dans le procès qui l'opposait à Raymond Aubrac[35], [36],[37]. François Delpla estime que dans le cadre de cette affaire, « le souci d’"en finir avec le communisme" avait pu égarer Courtois au point de le faire hurler avec les pires loups contre Raymond Aubrac, lors d’une campagne mettant en doute sa qualité de résistant[38] ».

Komintern et extrême gauche antifasciste-antiraciste[modifier | modifier le code]

Commentant l'actualité, Courtois établit parallèles entre les mouvements d'extrême gauche du XXIe siècle et les mouvements antifasciste et antiraciste lorsqu'ils étaient soutenus en sous-main par le Komintern.

Polémiques avec des historiens français[modifier | modifier le code]

En partie en raison de son orientation anticommuniste, en France, pays où le Parti communiste français a longtemps été « le premier parti de France »[réf. nécessaire], Stéphane Courtois est un historien contesté par une frange de ses collègues, d'où l'apparition d'un certain nombre de polémiques ou « querelles d'historiens ».

Henry Rousso[modifier | modifier le code]

L'historien Henry Rousso (Vichy, un passé qui ne passe pas, 1996) a reproché à Stéphane Courtois de réduire tout militant ou sympathisant communiste à un complice des crimes staliniens, et de considérer par extension tous ceux conjoncturellement alliés aux forces communistes ou à l'URSS comme des complices aveugles de Staline.

Jean-Jacques Becker[modifier | modifier le code]

L'historien Jean-Jacques Becker estime que les recherches de Stéphane Courtois procèdent d'une recherche du sensationnel : « c'est un « combattant » qui veut faire de l'histoire « efficace », c'est-à-dire exactement le contraire de l'histoire[39]… ».

Annie Lacroix-Riz[modifier | modifier le code]

Des passants ignorent le cadavre d'un homme affamé dans une rue de Kharkiv en 1932. Une vive polémique oppose Stéphane Courtois à Annie Lacroix-Riz concernant la grande famine de 1932-1933 en Ukraine.

En 2006, dans la revue Le Meilleur des mondes, Stéphane Courtois a publié l'article Famine en Ukraine (Holodomor) : vous avez dit « négationnisme » ? (republié dans le site web de la revue d'histoire Arkheia[40]) dans lequel il accuse publiquement, l'historienne française et militante communiste, Annie Lacroix-Riz de négationnisme en niant l'Holodomor, c'est-à-dire l'artificialité de la grande famine soviétique survenue en Ukraine en 1932-1933.

La grande famine a été rapportée en Occident dès 1935 par Boris Souvarine. Une famine a été dénoncée par Alexandre Soljenitsyne en 1973 dans L'Archipel du Goulag. Il dénonce cependant comme « une folle fable » les accusations et les accréditations de génocide. Les famines soviétiques de 1931-1933 sont confirmées grâce aux archives soviétiques dès leurs ouvertures au début des années 1990. Mais, la volonté de famine reste encore en débat[réf. nécessaire].

Selon Stéphane Courtois, Annie Lacroix-Riz tente d'en minimiser la portée en qualifiant de « disette » une famine qui a fait plusieurs millions de morts[41]. Cet article de Stéphane Courtois était - selon lui - publié en réaction à la création, par Annie Lacroix-Riz, d'« un site web pour appeler ses collègues à la mobilisation contre un innommable mensonge qui courrait le monde depuis soixante-dix ans : non, mesdames et messieurs, il n’y a pas eu de famine en Ukraine en 1932-1933, et encore moins une famine qui aurait fait plusieurs millions de morts, et surtout pas une famine organisée par le pouvoir soviétique lui-même »[40].

Par la suite, respectivement en 2007 et 2008, Annie Lacroix-Riz a reproché à Stéphane Courtois d'avoir exprimé ses opinions dans une interview accordée au mensuel d'extrême-droite Le Choc du mois[42],[43].

Réception des travaux Stéphane Courtois à l'étranger[modifier | modifier le code]

Bien que contestés en France, et dans une moindre mesure dans les pays anglo-saxons, les travaux de Stéphane Courtois ont été généralement mieux accueillis dans les anciens régimes communistes d'Europe de l'Est.


Une partie importante de l'œuvre de Stéphane Courtois est traduite en langue roumaine (Le Livre noir du communisme, Une si longue nuit, Dictionnaire du communisme, Communisme et totalitarisme, Le point aveugle de l'histoire européenne, etc.).Depuis 2001, Stéphane Courtois est le recteur de l'école d'Été du Mémorial de Sighet[44]. Ces séjours en Roumanie sont des missions du Ministère des Affaires étrangères[45].

En 2000, Kommunismi must raamat, la version estonienne du Livre noir du communisme a été préfacée par le Président de la République Lennart Meri; cette préface est intitulée « Ombres sur le monde » ("Varjud maailma kohal"). De même, le Premier Ministre Mart Laar a participé à cet ouvrage collectif en signant le chapitre additionnel de 80 pages « L'Estonie et le communisme » ("Eesti ja kommunism").

Stéphane Courtois a été décoré du titre honorifique de docteur honoris causa de l'Université Libre Internationale de Moldavie (ULIM), située à Chisinau, le 8 juillet 2011[46].

Directeur de collection[modifier | modifier le code]

Outre sa carrière d'historien, Stéphane Courtois est un directeur de collection qui a publié des auteurs comme Ernst Nolte ou Reynald Secher.

PUF/L'Âge d'Homme: Communisme (1982~)[modifier | modifier le code]

Depuis 1995, il est directeur (codirecteur de 1982 à 1995) et cofondateur, avec Annie Kriegel en 1982, de la revue Communisme aux PUF puis aux Éditions L'Âge d'Homme.

Seuil: Archives du communisme (1995-1999)[modifier | modifier le code]

Il est cofondateur, avec Nicolas Werth en 1995, de la collection « Archives du communisme » aux éditions du Seuil.

Rocher: Démocratie ou totalitarisme (2002-2008)[modifier | modifier le code]

Il est créateur et directeur, de 2002 à 2008, de la collection « Démocratie ou totalitarisme » aux Éditions du Rocher. Cette collection a été transférée aux Éditions du Cerf en 2010[45])

Cerf: Cerf Politique (2010~)[modifier | modifier le code]

Il est créateur et directeur, depuis 2010, de la collection « Cerf Politique » aux Éditions du Cerf[47].

Œuvres[modifier | modifier le code]

L'essentiel de l'œuvre de Stéphane Courtois est écrite en français, cependant une partie a été directement publiée en langue étrangère (anglais, allemand, etc.) et certains ouvrages sont traduits en langues étrangères (Le livre noir du communisme a plus de 30 traductions).

ouvrages individuels / ouvrages collectifs (en collaboration "en coll.", sous sa direction "dir.")
contributions (préface, postface, chapitre)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christophe Bourseiller, Les Maoïstes. La folle histoire des gardes rouges français, Paris, Plon, 1996, p. 277.
  2. a et b Bruno Groppo et Bernard Pudal, article Trois enjeux en débat dans Le siècle des communismes, ed. de l'Atelier, 2000, collection de poche Points-Seuil, 2004, p. 107-108
  3. « CHAPITRE XX. - Histoire du communisme : la révolution documentaire » in Communisme et totalitarisme, Stéphane Courtois, Perrin, Paris, 2009, p. 401
  4. a, b et c Conférence « Le lourd héritage totalitaire du communisme dans l'espace européen », « séminaire Héritage et Mémoire du Communisme en Europe », Stéphane Courtois et Dominique Reynié, Fondation pour l'innovation politique, 4 mars 2009, enregistrement audio sur Youtube
  5. Annie Kriegel et Stéphane Courtois, Eugen Fried, Le Seuil, 1997, p. 7
  6. Stéphane Courtois, Comment comprendre Staline, séance de l'Académie des Sciences morales et politiques, 24 février 2003
  7. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées conference_IHS.
  8. Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression (dir.), Robert Laffont, Paris, 1998, p. 8.
  9. Stéphene Courtois, Les crimes du communisme dans Le livre noir du communisme, Robert Laffont, 1997, p. 13
  10. Serge Wolikow, article Trois enjeux en débat dans Le siècle des communismes, éd. de l'Atelier, 2000, collection de poche Points-Seuil, 2004, p. 710-711
  11. Préface : "Les crimes que nous exposons dans ce livre ne se définissent pas au regard de la juridiction des régimes communistes, mais du code non écrit des droits naturels de l'humanité."
  12. Il s'agit du livre de François Furet
  13. C'est l'introduction de Courtois au Livre noir
  14. Premier paragraphe de l'Introduction à Le Siècle des communismes, 2000
  15. Ernst Nolte, "Un passé qui ne veut pas passer", paru en 1986 dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung, publié en France dans le recueil de textes Fascisme & Totalitarisme, Robert Laffont, coll. "Bouquins", textes réunis par Stéphane Courtois.
  16. Fascisme & Totalitarisme, p. 14.
  17. Le Monde, 21 septembre 2000.
  18. Annette Wieviorka, Le Monde du 27 novembre 1997
  19. Benoît Rayski, L'enfant juif et l'enfant ukrainien. Réflexions sur un blasphème]. Voir également le compte rendu de Dominique Vidal, « L’enfant juif et l’enfant ukrainien. Réflexions sur un blasphème », Le Monde Diplomatique, février 2002
  20. Un jour dans l'histoire - Une si longue nuit : L'apogée des régimes totalitaires en Europe, 1935-1953, Stéphane Courtois et Christophe Dickès, Canal Académie, 1er janvier 2005, enregistrement audio sur Youtube
  21. a et b Enregistrement audio de la Conférence sur Le livre noir de la Révolution française à Paris le jeudi 24 janvier 2008, Les Epées, avec Renaud Escande, Stéphane Courtois et Antoine Foncin, Conférence du 24 janvier 2008 sous-titrée sur Youtube
  22. Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe, Stéphane Courtois, Perrin, collection Tempus, Paris, 2002, ISBN 978-2-262-03080-3
  23. Pour la Roumanie : Raportul Comisiei Prezidențiale pentru Analiza Dictaturii Comuniste din România (Rapport de la Commission présidentielle pour l'analyse de la dictature communiste de Roumanie) sur Raportul Comisiei Prezidențiale pentru Analiza Dictaturii Comuniste din România et sur Traian Băsescu: Condamn explicit și categoric sistemul comunist din România ; voir aussi : Presidential Commission for the Study of the Communist Dictatorship in Romania (en)) ; pour la Moldavie : Raportul Comisiei pentru studierea și bilanţul regimului comunist din Republica Moldova (Rapport de la Commission pour l'étude et le bilan du régime communiste en République de Moldavie) sur [1].
  24. Courtois la Sighet, Stéphane Courtois, Fundatia Academia Civica, Collection: Histoire orale no 3, Bucarest, 2003, ISBN 973-8214-18-1
  25. Courtois la Sighet, Stéphane Courtois, Editura LiterNet, Bucarest, 2006, ISBN 978-973-7893-53-6
  26. « L’honneur perdu de la gauche européenne », article de Stéphane Courtois paru dans le journal roumain Romania Libera (România Liberă), Adrian Bucurescu, samedi 28 juillet 2007
  27. Romania libera - L’honneur perdu de la gauche européenne, Stéphane Courtois, Memorial de Sighet - Revue de presse, 28 juillet 2007
  28. « CHAPITRE XXIII. - L'honneur perdu de la gauche européenne » in Communisme et totalitarisme, Stéphane Courtois, Perrin, Paris, 2009, p. 407
  29. Alain Besançon, dans son discours « Mémoire et oubli du bolchevisme » prononcé à l’Institut de France lors de la séance publique annuelle des cinq académies, le 21 octobre 1997, et dans son livre Le malheur du siècle : sur le communisme, le nazisme et l’unicité de la Shoah, Fayard, Paris, 1998, 165 p.
  30. Stéphane Courtois et al., « Cette guerre est la nôtre », Le Monde, 8 novembre 2001.
  31. Pierre Rigoulot et Michel Taubmann (dir.), Irak, An I. Un autre regard sur un monde en guerre, Éditions du Rocher, coll. « Démocratie et totalitarisme », 2004, 424 p.
  32. « Exercice d'américanophilie à la française », Le Monde, 22 novembre 2007.
  33. « Les meilleurs amis de l'Amérique », art. cit.
  34. « Les meilleurs amis de l'Amérique », Libération, 9 mai 2006.
  35. Confrontation organisée par le journal Libération entre les Aubrac et sept historiens plus Jean-Pierre Vernant.
  36. Lyon-Mag, no 57, mars 97.
  37. « Le champ de la mémoire », conférence du 4 avril 2005, defense.ac-montpellier.fr., date inconnue.
  38. « Pour en finir avec le communisme », titre de l’émission de la chaîne Arte du 16 octobre 2001, suivie d’un débat sur Internet avec l’historien Stéphane Courtois. Voir l'article de François Delpla, « Un exemple extrême de persévérance calomniatrice »
  39. « Le Livre noir du communisme : de la polémique à la compréhension », Vingtième siècle. Revue d'histoire, no 59, juillet-septembre 1998, p. 178. En ligne sur Persée
  40. a et b Famine en Ukraine (Holodomor) : vous avez dit « négationnisme » ?, Stéphane Courtois, Arkheia, www.arkheia-revue.org
  41. Famine en Ukraine (Holodomor) : vous avez dit « négationnisme » ?, Stéphane Coutois, Le Meilleur des mondes no 1, Paris, Denëol, 2006
  42. Entretien avec Stéphane Courtois Communisme égale nazisme, c'est enfin admis ! Le Choc du mois no 17 novembre 2007
  43. lettre d'Annie Lacroix-Riz
  44. L’École d’Été de Sighet, 2008, site web du Mémorial de Sighet
  45. a et b Site web de Stéphane Courtois
  46. « L'historien Stéphane Courtois à Chisinau », Latitude France (Ministère des Affaires étrangères), 22/07/2011
  47. Site web des éditions du Cerf

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