Mohamed Saïl

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Mohamed Saïl, de son nom complet Mohamed Ameriane ben Ameziane Saïl, né le 14 octobre 1894 à Taourirt, Souk Oufella (Algérie) et mort en avril 1953 à Bobigny (Seine) est un chauffeur mécanicien, puis réparateur de faïences, militant anarchiste et anarcho-syndicaliste, volontaire dans le groupe international de la colonne Durruti.

Jacques Prévert lui a dédié un poème.

Biographie[modifier | modifier le code]

Mohamed Saïl est né le 14 octobre 1894 à Taourit-Aït-Ouaghlis (Sidi-Aich), en Kabylie. Comme beaucoup d’Algériens, il a peu fréquenté l’école. Chauffeur-mécanicien de profession, il vécut avec Madeleine Sagot. On sait peu de choses de sa jeunesse ; on apprend par un témoignage qu’il donne au Semeur de Normandie, le journal d’Alphonse Barbé, qu’il est interné pour insoumission puis pour désertion pendant la Première Guerre mondiale : « pendant près de quatre ans, en temps de guerre, je fus insoumis puis déserteur ». Ses sympathies pour le mouvement libertaire sont déjà affirmées[1].

Dès la reconstitution du mouvement libertaire, à la sortie de la Première Guerre mondiale, il adhère à l’Union anarchiste. En 1923, avec son ami Sliman Kiouane[2], il fonde le Comité de défense des indigènes algériens.

Entre 1924 et 1926, il semble avoir vécu en Algérie, où il collabore au journal Le Flambeau. Il y dénonce le colonialisme et le code de l’indigénat, et appelle les Algériens à l’instruction, à la révolte et à « rejoindre les groupes d’idées avancées ». À l’époque, il donna également des articles à L’Insurgé d’André Colomer et à L’Anarchie de Louis Louvet, sous la signature « un anarchiste kabyle ». En mai 1925, il fut emprisonné dix jours pour avoir critiqué « le régime des marabouts qui bernent les populations » dans un café à Sidi-Aïch (Kabylie)[3].

En 1929, il est le secrétaire d’un nouveau Comité de défense des Algériens contre les provocations du centenaire. La France s’apprête à célébrer le centenaire de la conquête de l’Algérie (5 juillet 1830). L’ensemble du mouvement anarchiste dénonce le colonialisme : «  La civilisation ? Progrès ? Nous disons nous : assassinat ! ». Par la suite, il adhère à la CGT-SR, dans laquelle il crée la Section des indigènes algériens. L’année suivante, lors de l’exposition coloniale, le mouvement anarchiste reprend sa campagne contre le colonialisme.

En janvier 1932, installé à Aulnay-sous-Bois, il est le gérant du journal local L’Éveil social, qui parait de janvier 1932 à mai 1934 avant de fusionner avec Terre libre. Un article lui vaut des poursuites « provocation de militaire à la désobéissance »[1]. Le Secours rouge international, organisation satellite du Parti communiste, lui apporte son soutien qu’il rejette au nom des victimes du stalinisme.

« L’affaire Mohamed Saïl »[modifier | modifier le code]

Le 3 mars, quelques semaines après la manifestation des ligues du 6 février 1934, il est arrêté à Saint-Ouen par la police qui saisit chez lui quelques grenades et pistolets, « souvenirs de la dernière guerre » selon le Comité de défense sociale. Il est inculpé de « délit de port d’arme prohibée  ». Condamné à un mois de prison, puis à un autre mois pour « détention d’armes de guerre  », il reste quatre mois et demi, temps qui dépasse de deux mois et demi celui de ses deux condamnations[3].

Il reprend ses activités militantes au sein de l’Union anarchiste et prend part aux débats sur l'organisation qui traversent le mouvement. Partisan d’une structure qui regroupe l’ensemble des courants anarchistes il développe son analyse en tenant compte des leçons espagnoles et de l’action qu’il mène à Aulnay-sous-Bois : «  Sachez que si notre groupe dépasse cent cinquante copains à l’heure actuelle, c’est parce que ses animateurs ne sont pas des rigolos mais des anarchistes sans compromission et que, s’ils sont de différentes écoles, ils ne connaissent avant tout qu’un seul idéal et une Anarchie » [4].

Volontaire en Espagne[modifier | modifier le code]

Après le Coup d'État des 17 et 18 juillet 1936 et le début de la Révolution espagnole, Saïl, alors âgé de 42 ans, rejoint le Groupe international de la colonne Durruti[5] avec notamment avec Louis Mercier-Vega et Charles Carpentier. Il devient, après la mort de Berthomieu à Perdiguera, le responsable du groupe. C’est lui qui le conduit à l’attaque à Quinto. Le 21 novembre 1936, en mission de reconnaissance, il est blessé au bras par une balle explosive à cent mètres des lignes franquistes. Hospitalisé à Barcelone, il regagne Aulnay en janvier 1937. Mutilé, il doit désormais exercer le métier de réparateur de faïences[3].

Le 17 mars 1937, il participe au meeting organisé à la Mutualité par l’ensemble des organisations de la gauche révolutionnaire, pour protester contre l’interdiction de l’Étoile nord-africaine, conduite par Messali Hadj, et contre la répression des manifestations en Tunisie qui a fait seize morts.

Du 11 au 13 novembre 1937, Saïl participe au congrès de l’Union anarchiste, dans laquelle il intervient pour rappeler les conditions de lutte en Espagne. Lucien Feuilllade, qui a retranscrit les propos de cette séance du congrès, a remplacé les propos de Saïl, qui comme à son habitude utilise des termes crus : « Pour avoir un fusil, j’aurais léché le cul d’un garde mobile  », par « ..., j’aurais fait toutes les concessions  ». (Le Libertaire n° 575, 11 novembre 1937). Saïl continue son travail de militant. A nouveau arrêté pour « provocation de militaire  », il est condamné en décembre 1938 à 18 mois de prison.

Durant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Pour avoir, en septembre 1938, distribué des tracts contre la guerre, il est condamné à dix-huit mois de prison. En 1939, pour le même motif, il est arrêté et interné. C’est au cours de cette arrestation que sa bibliothèque est saisie, puis dispersée.

En 1941, il aurait été détenu au camp de Riom-ès-Montagnes (Cantal). Il aurait par la suite participé à la fabrication de faux papiers pour les compagnons recherchés[6].

Dès la Libération, Saïl reconstitue le groupe d’Aulnay-sous-Bois et essaye de reformer des comités d’anarchistes algériens. Il tient dans Le Libertaire une chronique de la situation en Algérie. En 1951, il est nommé responsable au sein de la commission syndicale aux questions nord-africaines. Il produit une série d’articles sur « Le calvaire des indigènes algériens ».

Dans les conflits qui déchirent la Fédération anarchiste en 1952-1953, il soutient, par ouvriérisme, la tendance de Georges Fontenis : « Mon vieux Fontenis, lui écrivait-il en janvier 1952, vous êtes jeunes pour la plupart des camarades dits majoritaires, et c’est pourquoi vous ignorez que vous êtes, vous, dans la véritable ligne traditionnelle de l’anarchisme »[3].

Mohamed Saïl meurt à la fin avril 1953. Georges Fontenis fait son éloge funèbre lors de ses funérailles le 30 avril 1953.

Textes[modifier | modifier le code]

  • Appels aux travailleurs algériens, textes recueillis et présentés par Sylvain Boulouque, Groupe de Fresnes-Antony de la Fédération anarchiste, 1994, notice.
  • À bas l'indigénat, Le Flambeau, n°22, 1er-15 novembre 1924, texte intégral.
  • Le centenaire de la conquête de l’Algérie, La Voie libertaire n°30, 21 septembre 1929, texte intégral.
  • À l’opinion publique, La Voix libertaire n°55, 15 mars 1930, texte intégral.
  • Ni Arabe, ni musulman : Kabyle !, Le Libertaire n°257, 16 février 1951, texte intégral, texte intégral.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notices[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, « Le Maitron » : notice biographique.
  2. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : Sliman Kiouane.
  3. a, b, c et d Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : notice biographique.
  4. Lettre fraternelle au camarade Planche, La Voix libertaire, n° 349, 29 janvier 1937, lire en ligne.
  5. Ce Groupe International est bien distinct des Brigades internationales, liées à l’Internationale communiste et au Parti communiste espagnol.
  6. Dictionnaire international des militants anarchistes : notice biographique.