Salò ou les 120 Journées de Sodome

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Salò ou les 120 Journées de Sodome

Titre original Salò o le 120 giornate di Sodoma
Réalisation Pier Paolo Pasolini
Scénario Pier Paolo Pasolini sur une idée de Sergio Citti
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de l'Italie Italie
Sortie 19 mai 1976
Durée 117 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Sodome (homonymie).

Salò ou les 120 Journées de Sodome (Salò o le 120 giornate di Sodoma) est un film italien réalisé par Pier Paolo Pasolini et sorti en France le 19 mai 1976. Il s'agit du dernier film du cinéaste, assassiné quelques mois avant sa sortie.

C'est une libre adaptation de la grande œuvre du marquis de Sade (1740-1814), Les Cent Vingt Journées de Sodome, dont l’action se passe à la fin du règne de Louis XIV (mort en 1715).

Synopsis[modifier | modifier le code]

L'action commence à Salò, ville près du lac de Garde où, en septembre 1943, les nazis installèrent Mussolini, qu'ils venaient de libérer. Quatre notables riches et d'âge mûr y rédigent leur projet macabre. Elle se poursuit par la capture de 9 jeunes garçons et 9 jeunes filles dans la campagne et quelques villages alentour.

Les quatre notables, le Duc, l’Évêque, le Juge et le Président, entourés de divers servants armés et de quatre prostituées, ainsi que de leurs femmes respectives (chacun ayant épousé la fille d'un autre au début du film), s'isolent dans un palais des environs de Marzabotto, dans la République de Salò.

Le film se divise en quatre tableaux, comme dans l'œuvre du marquis de Sade, qui prennent le nom de cercles infernaux, comme dans l'œuvre de Dante Alighieri :

  • le premier tableau est intitulé Antinferno (« le vestibule de l'enfer »), dans lequel le réalisateur plante le décor ;
  • le deuxième se nomme Girone delle manie (« cercle des passions »). Il est l'occasion de diverses scènes de viol sur les adolescents ;
  • le troisième est celui du Girone della merda (« cercle de la merde »), où les victimes doivent notamment se baigner dans des excréments ou manger les fèces du Duc ;
  • le dernier tableau est celui du Girone del sangue (« cercle du sang »), est l'occasion de diverses tortures et mutilations (langue coupée, yeux énucléés, scalpations, marquages au fer de tétons et de sexes…), et finalement meurtre des adolescents.

Le tout crûment montré dans un scénario proche de la réalité. Toujours interdit de diffusion à la télévision publique, Salò fait l'objet d'un véritable culte et est toujours projeté dans une salle de cinéma « Art et Essai » du Quartier latin de Paris. Réservé à un public très averti, il a toutefois été diffusé en France sur CinéCinéma Classic à l'occasion d’une intégrale Pasolini et sur Paris Première.

Commentaire[modifier | modifier le code]

Le film est inspiré de l'œuvre du marquis de Sade (1740-1814) Les Cent Vingt Journées de Sodome et des événements qui se sont déroulés dans la ville de Salò, au nord de l'Italie, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque Mussolini y est installé par les nazis et y fonde une république fasciste fantoche, la République sociale italienne.

Le film traite de la toute-puissance, de la jouissance immédiate et instinctive, voire puérile, acquise par l’autre disponible, de la disposition du corps du soumis, déshumanisé, objetisé. Le film traite avant tout du pouvoir absolu. La mise en situation en période fasciste est pour en faciliter la lecture, mais Pasolini dit avoir traité de l’argent qui peut tout et du pouvoir nouveau d’après guerre, le consumérisme, qui efface toutes les cultures et toutes les valeurs en les marchandisant. Y compris les valeurs humaines et la valeur de l’humain.

C'est le film le plus sombre et le plus désespéré de Pasolini. Il est minutieusement construit comme une descente progressive à travers différents cercles de la perversité, à l'image de l'œuvre de Sade. Après avoir réalisé une série de films exaltant la sexualité dans l’allégresse (Trilogie de la vie), Pasolini considère la libération sexuelle comme une tromperie. Il s’élève contre la société de consommation et le capitalisme, qui asservissent la sexualité, qui devrait être libératrice, et expose les vies privées[1]. Il dénonce donc dans son film, une nouvelle fois, les horreurs de la société bourgeoise : la sexualité, auparavant vue comme une grâce pour l’humanité, devient une simple marchandise à consommer, sans égard pour la dignité humaine[1]. Les dernières scènes, particulièrement difficiles à soutenir, sont vues à travers des jumelles, afin d’installer une distance[1].

Le film a fait scandale lors de sa sortie. Il a été interdit ou censuré dans de nombreux pays pendant plusieurs années, y compris en Italie. En février 2007, sa projection avait été interdite à Zurich, en Suisse, suite à des plaintes (la polémique a éclaté lorsque le journal gratuit 20 Minuten a stigmatisé la programmation de Salò dans une église de Zurich dans le cadre d'une rétrospective consacrée au cinéaste italien ; le film devait être projeté dans le temple protestant en raison des travaux de rénovation du cinéma Xenix.) Finalement, quelques jours plus tard, la censure avait été levée suite à la pression des défenseurs de la liberté d'expression[2]. Encore aujourd’hui, des réalisateurs comme Gaspar Noé et Claire Denis avouent leur malaise au visionnage du film[1].

Il est resté un sommet pour de nombreux cinéastes, dont R.W. Fassbinder, qui, pourtant, avait vu la projection en France[3] de son film Maman Küsters s'en va au ciel perturbée le 22 novembre 1975 lors du Festival de Paris, les foules envahissant la salle de cinéma avant l'heure pour être sûr d'avoir les bonnes places au film suivant, Salò.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

  • Titre français : Salò ou les 120 journées de Sodome
  • Titre original : Salò o le 120 giornate di Sodoma
  • Film Italien
  • Durée : 117 minutes
  • Date de sortie : 19 mai 1976
  • Genre : drame
  • Interdit en France aux moins de 16 ans

Distribution[modifier | modifier le code]

Les gardiens :

Les collaborateurs :

Les victimes garçons :

Les victimes filles:

Les filles des notables:

Les épouses des notables:

Doublage

Les actrices françaises Hélène Surgère et Sonia Saviange ont été choisies par Pier Paolo Pasolini parce qu'il les avait remarquées dans le film Femmes femmes (1974) de Paul Vecchiali : ces deux actrices reprennent (toujours en français) le sketch « Femmes femmes » dans Salò ou les 120 journées de Sodome, sketch qu’elles interprétaient déjà dans le film éponyme. Hormis ce sketch, le rôle de Sonia Saviange est muet.

La version originale parlant italien et sous-titrée en français (VOSTF) est la seule qui soit sortie sur grand écran en France. Conformément aux habitudes de production italiennes[4], certains rôles sont doublés dans cette version originale parlant italien. Une version « officielle » parlant français et due à Jean-Claude Biette (1942-2003) a été éditée par la suite en disque vidéo (DVD). Jean-Claude Biette a précisé dans le générique de cette version « officielle » : « Je me souviens du moment où j’ai terminé le sous-titrage de Salò, Pasolini est passé au studio d’enregistrement dans le 13e arrondissement de Paris, on lui avait préparé des essais de voix pour tous les rôles. [/] C’était pour lui un film français, à cause de Sade, mais aussi des citations de Proust, Klossowski, Sollers, Blanchot. [/] Il tenait à ce que la version originale soit la version française. »

Dans la quatrième partie, on entend à la radio une œuvre d’Ezra Pound (1885-1972), poète américain qui trahit son pays au profit de Mussolini.

L'actrice incarnant la neuvième victime fille (qui implore madame Castelli de l'aider à s'échapper au début du film, qui tente de se défenestrer durant le premier récit de madame Vaccari et qui finit égorgée dans l'autel religieux) n'a pas été créditée dans le générique ; par ailleurs son prénom n'est même pas mentionné au cours du film.

Incohérences[modifier | modifier le code]

  • Au cours de la sélection finale des jeunes ayant enfreint le règlement, plusieurs d'entre eux ne l'ayant pas enfreint se retrouvent malgré tout "punis" en raison de leurs fautes. Cela peut très facilement s'expliquer par la réduction de la version officielle du film à 111 minutes, contre une version originale de 145 minutes. Parmi les seuls jeunes punis pour avoir enfreint le règlement on relèvera seulement  :

- Claudio pour avoir refusé de faire une fellation à Monseigneur.

- Lamberto pour avoir refusé de manger dans une gamelle remplie de charcuterie à quatre pattes comme un chien.

- Renata pour avoir imploré Dieu, lorsqu'Efisio et les collaborateurs la déshabillent à la demande du Duc.

- Doris durant le Cercle de la Merde pour avoir déféqué dans un pot de chambre et non dans le baquet préparé à l'occasion.

- Carlo pour la même raison que Doris.

- Antiniska et Eva pour s'être enlacées de manière suggestive durant le dernier mariage au début du Cercle de Sang (il s’avérera qu'elle sont lesbiennes par la suite).

- Graziella pour avoir conservé et caché une photo de son petit ami sous son oreiller (néanmoins elle se verra par la suite épargnée, visiblement pour avoir dénoncé la relation entre Eva et Antiniska).

  • Il n'est ainsi jamais révélé au cours du film, les fautes commises par les filles des dignitaires (Tatiana, Suzy, Giulana et Liana) et par les autres jeunes (Fatma, Giulana, Benedetta, Sergio, Tonino et Franco) pour avoir été punis. Cependant, l'acteur Franco Merli avait révélé dans une interview[5], avoir été puni pour avoir probablement tenu des propos blasphématoires à l'encontre du règlement rédigé par les seigneurs dans une scène coupée lors du montage qui se serait déroulé dans le dortoir des garçons. Par ailleurs le personnage de Benedetta (dont la mort n'est même pas montrée) disparaît dans de nombreuses scènes du film à savoir le mariage de Sergio et Renata, la scène des chiens, le dernier mariage ainsi qu'au cours de la scène des sélections, mais réapparait pourtant ligoté avec les autres condamnés dans les toilettes pendant le récit de Mme Castelli.
  • Autre mystère, le personnage d'Eva disparaît définitivement du film après que les dignitaires ont exécuté Ezio et la servante noire dont l'amour interdit a été dénoncé par Eva. Présente dans l'appartement de la domestique quand ils sont tués, elle ne réapparaît alors plus jamais dans aucune scène y compris lors de la sélection, laissant planer le doute sur son sort.
  • À l'occasion du tournage du biopic sur Pier Paolo Pasolini, le réalisateur américain Abel Ferrara a annoncé qu'il avait l'intention d'ajouter des séquences inédites du film "Salo" issus des bandes volées durant le tournage et retrouvées dernièrement [6]. La diffusion de ces scènes devrait permettre d'éclaircir quelques unes de ces zones d'ombres.

Citations[modifier | modifier le code]

  • Il n'est point de pardon sans répandre le sang.
  • Puisque tu as de beaux yeux, tu vas regarder !
  • Rien n'est plus contagieux que le mal.
  • Nous fascistes, nous sommes les véritables anarchistes… une fois que l'on s'est emparé du pouvoir bien sûr…
  • (Premières paroles du film)

« Votre Excellence.
— Monsieur le Président.
— Monseigneur.
— Tout est bien si c'est excessif. »

  • Faibles créatures enchaînées, destinées à notre plaisir, j'espère que vous ne vous attendez pas à trouver la liberté ridicule que vous concède le monde extérieur !

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frank Vande Veire, Prenez et mangez, ceci est votre corps : « Salò ou les 120 jours de Sodome » de Pier Paolo Pasolini ; Éditeur : Bruxelles : la Lettre volée, imprimé en 2007, 160 pages, ISBN 978-2-87317-321-0 ; traduit du néerlandais par Daniel Cunin : la traduction de ces textes initialement parus dans la revue De Witte Raaf se base sur le livre Neem en eet, dit is je lichaan. Fascinatie en intimidatie in de hedendaagse cultuur (Amsterdam, 2005)
  • Hervé Jouvert-Laurencin, Salò ou les 120 journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini, Éditions de la Transparence, coll. « Cinéphile »,‎ 17 février 2012, 1e éd., 123 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Fiche IMDb
  • site Encyclociné : générique du film incluant les voix françaises : les rôles ne sont pas indiqués ni les acteurs doublés pour les voix ; page consultée le 1er mai 2010

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Jean-Luc Douin, « L’Enfer selon Pasolini », Le Monde-Télévisions, 10-11 mai 2009, p. 9
  2. http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=200001&sid=7529467
  3. Le site IMDb (consulté le 20 mars 2009) indique que la première eût lieu le 7 juillet 1975 en Allemagne de l'Ouest.
  4. Par exemple, dans la La Nuit américaine (film français réalisé par François Truffaut, sorti en 1973), un réalisateur français est aux prises avec une actrice italienne incapable ou peu s’en faut de dire le moindre texte.
  5. le site WEBLOG
  6. http://www.bordeaux7.com/bordeaux-sorties/7556-fifib