Guimbarde (instrument)
La guimbarde est un instrument de musique idiophone. Elle existe en Europe depuis au moins l'époque gallo-romaine, et elle est répandue en Asie et en Mélanésie.
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Description [modifier]
Facture [modifier]
La guimbarde est composée de deux éléments:
- une armature, d'une forme quelconque, qui comprend invariablement deux barres parallèles assez rapprochées;
- une languette fine, haute de quelques millimètres, fixée à l'armature par l'un de ses bords, libre de l'autre côté et qui passe entre les deux barres.
Selon que cette languette soit du même matériau ou non, selon qu'elle soit découpée ou non dans son propre cadre, on parle de guimbarde idioglotte et hétéroglotte.
Les guimbardes occidentales sont généralement en métal et leur taille peut varier en fonction de la hauteur du son généré. Il existe aussi des guimbardes en bois et en bambou, en Asie et Océanie.
La languette peut être ébranlée autrement que par son extrémité recourbée : par une ficelle liée au cadre, un marteau, etc. Le nombre de languettes peut aller jusqu'à cinq.
Jeu [modifier]
| Fichier audio |
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| Échantillon (info) |
Un joueur de guimbarde place l'instrument devant la bouche d'une main, en la tenant par l'armature (à l'opposé des branches parallèles). Les guimbardes occidentales en métal sont posées fermement contre les dents entrouvertes (l'instrumentiste ne doit pas enserrer les branches parallèles avec les dents, ce qui bloquerait le passage de la lamelle). Les guimbardes orientales en bambou ou en laiton (guimbardes hmong du Viêt Nam) se posent sur les lèvres. L'autre main permet d'actionner la languette (le plus souvent de l'extérieur vers l'intérieur).
Certains joueurs font vibrer la lamelle avec un doigt, d'autres avec plusieurs, d'autres avec leur main. L'action sur la languette détermine le rythme.
La languette vibre à une fréquence basse à peu près fixe. La bouche sert de cavité résonante. On modifie le son en changeant la position de la langue, des lèvres et des joues, ce qui sélectionne des partiels différents selon la forme de la cavité, comme dans le chant diphonique. On parle souvent d'harmoniques à ce sujet, mais il est peu probable que les composantes de la vibration de la languette soient dans un rapport harmonique. Il y a lieu de penser au contraire que leur inharmonicité contribue à la richesse distinctive du timbre de la guimbarde. L'inspiration et l'expiration permettent l'accentuation et le changement de ton[réf. nécessaire].
On peut aussi « chanter » tout en jouant.
Histoire et usages [modifier]
La guimbarde est réputée être l'un des instruments de musique les plus anciens du monde. C'est un instrument utilisé de tout temps par les chamans, notamment dans les pays scandinaves et en Sibérie[réf. nécessaire].
Il existe en Afrique des arcs musicaux fonctionnant comme la guimbarde avec la bouche comme cavité résonante.
De nos jours, elle est utilisée surtout dans la musique populaire et folklorique. Cependant, la guimbarde est aussi un instrument de musique savante.
Musique populaire et folklorique [modifier]
Autriche [modifier]
En Autriche, elle permettait aux jeunes prétendants de faire la cour à leur belle ; petit et pratique, elle était également un compagnon de voyage idéal pour la noblesse qui formait ainsi sa jeunesse.
France [modifier]
Dans ses mémoires, Madame Campan, dit d'Adélaïde de France (1732-1800), fille de Louis XV, qu' « elle avait appris à jouer de tous les instruments, depuis le cor – me croira-t-on ? – jusqu'à la guimbarde ».
Hollande [modifier]
Une gravure de Pieter Brueghel l'Ancien montre que la guimbarde, déjà dans sa forme actuelle, était un objet de commerce au seizième siècle. Un tableau de Dirck van Baburen représente un siècle plus tard un jeune homme jouant de la guimbarde [1].
Québec [modifier]
Au Québec, à la fin du XIXe siècle et au début XXe siècle, fut popularisé ce qui était alors appelé la guitare de bouche. Ainsi, l’édition du 10 janvier 1898 du journal La Patrie consacrait un article à ce sujet : « depuis quelques années déjà, un nouvel amusement anime les soirées dans la belle province; la guitare de bouche. Il s’agit, pour le joueur de guitare de bouche, d’imiter avec des sons le bruit d’une guitare. À loisir, les autres personnes présentes peuvent lui demander d’interpréter différents morceaux de musique. Questionné sur la moralité d’un tel divertissement, Mgr Bruchési a déclaré à notre journaliste que rien dans les enseignements de notre Sainte-Mère l’Église ne s’oppose à un tel spectacle ». La popularité de la guitare de bouche semble même avoir dépassé les frontières du Québec. Par exemple, le 6 mars 1904, le journal Le Canadien publie un article sous le titre « Un magnifique spectacle de guitare de bouche au Monument National ». Le journaliste continue : « C’est hier, au Monument National, que l’artiste franco-américain Franche the French a interprété sur scène ses plus grands succès à la guitare de bouche. Au plus grand plaisir de la foule, il a interprété, entre autres, la Marseillaise, Ô Canada et God Save the King. Interrogé à la sortie du spectacle, un badaud a déclaré à notre journaliste que cette soirée restera à jamais gravée dans son cœur ». Cependant, il semble que suite à la Première Guerre mondiale, cette tradition disparut presque complètement [2].
Au Québec, la guimbarde est aujourd'hui utilisée dans la musique traditionnelle. Son nom le plus commun était bombarde comme celui retrouvé en Acadie. En Nouvelle-France, on la nommait trompe, rebuth et gronde. Cet instrument a été utilisé comme objet de traite avec les amérindiens.
Musique savante [modifier]
- En Inde du Sud, dans la musique carnatique, elle est considérée comme un instrument de percussion à part entière à l'instar des mrigandam, ghatam et kanjira avec lesquelles elle partage un riche répertoire commun.
- Johann Georg Albrechtsberger, l'un des grands compositeurs de son époque, ayant rencontré un joueur de guimbarde doué, a même composé des concertos pour cet instrument. Dans ces derniers, la guimbarde joue le rôle soliste et virtuose que peut tenir un violon face à un ensemble de cordes, pouvant même s'offrir des espaces d'improvisation.
Au cinéma [modifier]
Le compositeur Ennio Morricone a beaucoup œuvré pour la popularité de la guimbarde. Nombre de ses musiques composées dans les années 1960 pour des westerns spaghetti (mais aussi Le Clan des Siciliens) utilisent une guimbarde.
Le début du thème composé par François de Roubaix pour La Scoumoune (1972), correspond à quelques notes jouées sur une guimbarde.
Dans le film Scoop de Woody Allen, le personnage interprété par Woody Allen donne cette réplique :
« Je joue de la guimbarde. C'est une languette métallique qu'on met dans la bouche et qui produit un son de corde pincée très musical. On l'appelait aussi harpe du Juif mais ces gens, vous savez comment ils sont, à la moindre allusion d'antisémitisme, ils déposent une plainte. »
Noms des guimbardes [modifier]
La guimbarde est un instrument populaire, ainsi que l'indiquent les nombreux termes, souvent moqueurs, pour la désigner. en France par exemple : Guimbarde, Harpe à bouche, Trompette tsigane, Trompe-laquais, Trompe de Béarn, Hanche-en-ruban, Campurgne, Citaro. Aux États-Unis, elle est aussi connue sous le nom de Jew's Harp[3] qui pourrait être une déformation du français jeu[4].
Dans de nombreux pays d'Asie, elle est désignée sous différents noms suivant sa forme, le matériau utilisé pour sa fabrication voire selon l'usage.
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Notes et références [modifier]
- Gallica
- Bréhaut Ryerson 19XX, p. 31
- Comme indiqué dans l'histoire de la guimbarde de la Jew's Harp Guild, une réinterprétation moderne de la dénomination jew's harp voudrait que le mot jew (juif) ait été une déformation de jaw (mâchoire) ou juice (jus), en réalité l'orthographe jew's harp est la plus ancienne avérée en anglais, quand les deux autres ne sont que des constructions plus récentes qui n'apparaissent qu'à la fin du XIXe siècle et aux débuts du XXe siècle.
- théorie évoquée sur le site de Pat Missin
- Nom entendu plusieurs fois dans les campagnes québécoises
Bibliographie [modifier]
: ouvrage ou article utilisé comme source pour la rédaction de cet article
- Stanley Bréhaut Ryerson, Le Canada français, sa tradition, son avenir, 19XX (1re éd. 1943)
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