Absolu (philosophie)

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En philosophie est absolu ce qui existe par soi-même, sans dépendance (comme en grammaire "absolu" signifie "sans complément"). Ce qui est absolu n'a besoin d'aucune condition et d'aucune relation pour être. Un absolu ne dépend d'aucune autre chose et porte en soi-même sa raison d'être. "Absolu" a pour synonymes d'une part "inconditionnel", "affranchi", d'autre part "parfait", "achevé", "total".

L'étymologie peut aider. Quant à la formation du mot, "absolu" vient de absolutus, qui, en latin, veut dire "détaché, délié, séparé, retenu par rien", mais aussi "achevé". Quant à l'histoire du mot, "absolu" paraît en français vers 1100, avec le sens latin de "parfait".

L'histoire de la notion peut aussi aider. Le mot "absolu" prend un sens philosophique au XVI° s., il s'oppose à "relatif". "Nicolas de Cues (1401-1464) est peut-être le premier qui ait systématiquement fait usage d' Absolu pour désigner l'objet ultime de la spéculation philosophique" [1].

La typologie encore peut aider. Il faut distinguer l'idée d'un absolu (parmi d'autres) de l'idée d'un Absolu unique.

Comme exemples d'absolus, les philosophes citent fréquemment Dieu, le devoir, la substance. "Dieu est absolu", dit Nicolas de Cues [2].

Un absolu[modifier | modifier le code]

Un absolu ontologique : la substance selon Aristote[modifier | modifier le code]

Pour Aristote, la substance est le substrat des autres catégories qui sont ses attributs (quantité, qualité...). Elle est essence et substrat. Elle subsiste par elle-même, elle est séparée et par soi (Métaphysique, Catégories). La vraie substance, c'est l'individu.

Un absolu méthodologique chez Descartes (1628)[modifier | modifier le code]

Descartes utilise la notion d'absolu en méthode. "J'appelle absolu tout ce qui contient en soi, à l'état pur et simple, la nature sur laquelle porte la question, par exemple tout ce qui est considéré comme indépendant, comme cause, comme simple, universel, un égal, semblable, droit, ou autres choses de ce genre ; et je l'appelle en même temps le plus simple et le plus facile. (...) Et le secret de toute la méthode est là : en toutes choses repérer soigneusement ce qui est le plus absolu. Certaines choses, en effet, sont plus absolues que d'autres sous un certain rapport, mais, autrement considérées, elles sont plus relatives. Par exemple, l'universel est plus absolu que le particulier, puisqu'il possède une nature plus simple, mais on peut le dire plus relatif que ce dernier, puisque son existence dépend des individus, etc. De même, certaines choses peuvent être parfois plus absolues que d'autres, sans être encore les plus absolues de toutes. Par exemple, au regard des individus, l'espèce est quelque chose d'absolu."[3]. Ici, "absolu" ne contredit pas "relatif". Le mot signifie "simple", non divisible, et premier, dont les autres choses dépendent.

Un absolu politique chez Hobbes (1651)[modifier | modifier le code]

Thomas Hobbes envisage un souverain détenteur d'un pouvoir absolu, mais pas arbitraire. L'État a tous les droits, mais il ne peut disposer de la vie des ses sujets. Hobbes préfère la monarchie absolue, où la volonté de l'État s'identifie à celle d'un seul individu[4].

Un absolu moral chez Kant (1785)[modifier | modifier le code]

Pour Kant, le devoir est un absolu. Kant introduit la notion d'"impératif catégorique". "Catégorique" signifie "absolu". Il ordonne d'agir de telle ou telle façon, indépendamment des circonstances et des agents moraux. "Agis toujours de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigé en loi universelle de la nature"[5]. Telle est la loi morale.

L'Absolu[modifier | modifier le code]

L'Absolu (= le Bien) chez Platon[modifier | modifier le code]

Pour Platon[6], le Bien est le terme où s'arrête la pensée. C'est un "principe anhypothétique", c'est-à-dire inconditionné, mais sur lequel l'être et la connaissance se fondent. Dans le Parménide, Platon admet d'abord l'Un absolu au sens de "séparé", un Un supérieur à toute distinction et attribution, au point qu'on ne peut pas même dire qu'il existe ; ensuite, il pose l'Un absolu au sens de "total", un qui est pure multiplicité. Au final, il semble admettre un Un-Multiple, un principe qui est unité de multiplicités.

L'Absolu (= l'Esprit) chez Hegel[modifier | modifier le code]

Hegel défend l'idéalisme absolu et croit en une "Idée absolue" (l'Esprit, Dieu), qui est processus, mouvement dialectique, et ensemble des relations.

L'idéalisme absolu soutient que la seule réalité est l'Esprit absolu (Absoluter Geist). L'esprit est tout et tout est esprit. L'Esprit absolu est aussi Raison universelle : « Ce qui est rationnel est réel, et ce qui est réel est rationnel »[7].

Le Savoir (Esprit) absolu regroupe art, religion, philosophie[8].

L'Histoire est le lieu où l'Idée absolue se développe[9].

L'Absolu (= le Tout) chez Bradley[modifier | modifier le code]

Dans Apparence et Réalité (1893), Francis Herbert Bradley oppose les contradictions des relations ou la relativité des catégories à la réalité de l'Absolu. L'Absolu est la réalité concrète dans sa totalité, comme différente de l'apparence. D'autre part, Bradley soutient que l'Absolu ne peut-être atteint par le concept, il faut un contact direct avec les choses dans la sensation, expérience indivisible et variée, à la fois une et infinie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. A. Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, p. 6
  2. De la docte ignorance, II, 9
  3. Règles pour la direction de l'esprit, VI : en latin A.T. t. X p. 382
  4. Léviathan, ou la matière, la forme et la puissance d'un État ecclésiastique et civil (1651).
  5. Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785)
  6. La République, VI, 511
  7. Philosophie du droit, préface
  8. Encyclopédie des sciences philosophiques, vol. III : La philosophie de l'esprit
  9. La Raison dans l'histoire.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Platon, La République, VI.
  • Hegel, Encyclopédie des sciences philosophiques, vol. III : La philosophie de l'esprit, trad., Vrin.