Absolu (philosophie)

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En philosophie est absolu ce qui existe par soi-même, sans dépendance. Ce qui est absolu n'a besoin d'aucune condition et d'aucune relation pour être. Un absolu ne dépend d'aucune autre chose. "Absolu" a pour synonymes d'une part "inconditionnel", "indéterminé", d'autre part "parfait", "achevé", "total".

Le terme "absolu" s'oppose à celui de "relatif" dans une opposition conceptuelle qui est inscrite au programme de philosophie des classes de Terminale, en France, pour les séries L, ES, et S, dans la catégorie "repères".

Étymologie et typologie[modifier | modifier le code]

En ce qui concerne l'étymologie "absolu" vient de absolutus, qui, en latin, veut dire "détaché, délié, séparé, retenu par rien", mais aussi "achevé". Le mot "absolu" paraît en français vers 1100, avec le sens latin de "parfait".

Il prend un sens philosophique au XVI° s. et s'oppose dès lors à "relatif".

En matière de typologie il faut distinguer l'idée d'un absolu (parmi d'autres) de l'idée d'un Absolu unique.

Problèmes philosophiques relatifs à l'absolu[modifier | modifier le code]

1- Il semble que l'on puisse distinguer différents absolus (le bien absolu, la monarchie absolue). Mais ces absolus ne sont-ils pas alors, en un sens, relatifs ?

2 - Affirmer quoi que ce soit concernant l'absolu n'implique-t-il pas nécessairement de le rapporter à d'autres termes auquels il serait relatif, et dès lors le nier comme absolu ? (cf. Théologie négative ou apophatique)

Théories philosophiques concernant l'absolu[modifier | modifier le code]

Différents types d'absolus[modifier | modifier le code]

Le concept d'absolu peut renvoyer en philosophie à différents champs d'interrogation philosophique. On peut ainsi évoquer des absolus ontologiques (Dieu, la substance, le système), moraux (bien absolu, mal absolu, devoir absolu), politiques (pouvoir absolu, monarchie absolue), esthétiques (beau absolu), épistémique (vérité absolue, erreur absolue).

Un absolu ontologique : la substance selon Aristote[modifier | modifier le code]

Pour Aristote, la substance est le substrat des autres catégories qui sont ses attributs (quantité, qualité...). Elle est essence et substrat. Elle subsiste par elle-même, elle est séparée et par soi (Métaphysique, Catégories).

Un absolu méthodologique chez Descartes (1628)[modifier | modifier le code]

Descartes utilise la notion d'absolu en méthode :

"J'appelle absolu tout ce qui contient en soi, à l'état pur et simple, la nature sur laquelle porte la question, par exemple tout ce qui est considéré comme indépendant, comme cause, comme simple, universel, un égal, semblable, droit, ou autres choses de ce genre ; et je l'appelle en même temps le plus simple et le plus facile. (...) Et le secret de toute la méthode est là : en toutes choses repérer soigneusement ce qui est le plus absolu. Certaines choses, en effet, sont plus absolues que d'autres sous un certain rapport, mais, autrement considérées, elles sont plus relatives. Par exemple, l'universel est plus absolu que le particulier, puisqu'il possède une nature plus simple, mais on peut le dire plus relatif que ce dernier, puisque son existence dépend des individus, etc. De même, certaines choses peuvent être parfois plus absolues que d'autres, sans être encore les plus absolues de toutes. Par exemple, au regard des individus, l'espèce est quelque chose d'absolu."[1].

Ici, "absolu" ne contredit pas "relatif". Le mot signifie "simple", non divisible, et premier, dont les autres choses dépendent.

Un absolu politique chez Hobbes (1651)[modifier | modifier le code]

Thomas Hobbes envisage un souverain détenteur d'un pouvoir absolu, mais pas arbitraire. L'État a tous les droits, mais il ne peut disposer de la vie de ses sujets. Hobbes préfère la monarchie absolue, où la volonté de l'État s'identifie à celle d'un seul individu[2].

Un absolu moral chez Kant (1785)[modifier | modifier le code]

Pour Kant, le devoir est un absolu. Kant introduit la notion d'"impératif catégorique". "Catégorique" signifie "absolu". Il ordonne d'agir de telle ou telle façon, indépendamment des circonstances et des agents moraux. Cet impératif s'énonce de plusieurs manières dont :

"Agis toujours de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigé en loi universelle de la nature"[3].

Théories de l'Absolu[modifier | modifier le code]

L'absolu (=Dieu) chez Nicolas de Cues

"Nicolas de Cues (1401-1464) est peut-être le premier qui ait systématiquement fait usage du mot Absolu pour désigner l'objet ultime de la spéculation philosophique" [4]. Prélat catholique il affirme parallèlement que "Dieu est absolu"[5].

L'Absolu (= le Bien) chez Platon[modifier | modifier le code]

Pour Platon[6], le Bien est le terme où s'arrête la pensée. C'est un « principe anhypothétique », c'est-à-dire inconditionné, mais sur lequel l'être et la connaissance se fondent. Dans le Parménide, Platon admet d'abord l'Un absolu au sens de « séparé », un Un supérieur à toute distinction et attribution, au point qu'on ne peut pas même dire qu'il existe ; ensuite, il pose l'Un absolu au sens de « total », un qui est pure multiplicité. Finalement, il semble admettre un Un-Multiple, un principe qui est unité de multiplicités.

L'Absolu (=ce qui est valable sans restriction) chez Kant[modifier | modifier le code]

Selon Kant le mot d'absolu désigne ce qui est considéré en soi et possède donc une valeur intrinsèque, mais aussi ce qui est valable sous tous les rapports, d'une manière illimitée. Or ces deux sens ne se recouvrent pas toujours. Il opte donc dans son propre travail philosophique pour ce deuxième sens et définit l'absolu comme ce qui est valable sans restriction :

"On emploie souvent de nos jours le mot absolu pour exprimer simplement que quelquechose est considéré en soi et a par conséquent une valeur intrinsèque. Dans ce sens l'expression absolument possible signifierait ce qui est possible en soi (...). En revanche, il est aussi employé quelquefois pour désigner que quelque chose est valable sous tous les rapports (d'une manière illimitée) (par exemple le pouvoir absolu), et l'expression absolument possible signifierait, dans ce sens, ce qui est possible à tous les points de vue, sous tous les rapports (...). Or, il est vrai que ces deux sens se rencontrent souvent ensemble. Ainsi, par exemple, ce qui est intrinsèquement impossible est impossible sous tous les rapports et, par conséquent, absolument impossible. Mais, dans la plupart des cas, ils sont infiniment éloignés l'un de l'autre. (...) Or puisque la perte d'un concept de grande application dans la philosophie spéculative ne peut jamais être indifférente au philosophe, j'espère qu'il ne verra pas non plus avec indifférence le soin que nous mettons à préciser et à conserver l'expression à laquelle est attaché ce concept.

Je me servirai donc du mot absolu dans ce sens plus étendu et je l'opposerai à ce qui n'a de valeur que relativement et sous un rapport particulier ; car le relatif est restreint à des conditions tandis que l'absolu est valable sans restrictions."

(Kant, Critique de la raison pure, Dialect. Transc., I, 2. Des idées transcendantales).

L'Absolu (= l'Esprit) chez Hegel[modifier | modifier le code]

Hegel défend l'idéalisme absolu et introduit le concept d' « Idée absolue » (l'Esprit, Dieu), qui est processus, mouvement dialectique, et ensemble des relations.

L'idéalisme absolu soutient que la seule réalité est l'Esprit absolu (Absoluter Geist). L'esprit est tout et tout est esprit. L'Esprit absolu est aussi Raison universelle : « Ce qui est rationnel est réel, et ce qui est réel est rationnel »[7].

Le Savoir (Esprit) absolu regroupe art, religion, philosophie[8].

L'Histoire est le lieu où l'Idée absolue se développe[9].

L'Absolu (= le Tout) chez Bradley[modifier | modifier le code]

Dans Apparence et Réalité (1893), Francis Herbert Bradley oppose les contradictions des relations ou la relativité des catégories à la réalité de l'Absolu. L'Absolu est la réalité concrète dans sa totalité, comme différente de l'apparence. D'autre part, Bradley soutient que l'Absolu ne peut-être atteint par le concept, il faut un contact direct avec les choses dans la sensation, expérience indivisible et variée, à la fois une et infinie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Règles pour la direction de l'esprit, VI : en latin A.T. t. X p. 382
  2. Léviathan, ou la matière, la forme et la puissance d'un État ecclésiastique et civil (1651).
  3. Fondements de la métaphysique des mœurs, 1785)
  4. A. Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, p. 6
  5. De la docte ignorance, II, 9
  6. La République, VI, 511
  7. Philosophie du droit, préface
  8. Encyclopédie des sciences philosophiques, vol. III : La philosophie de l'esprit
  9. La Raison dans l'histoire.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]