Théâtre de la cruauté

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Le théâtre de la cruauté est une expression introduite par Antonin Artaud pour désigner la forme dramatique à laquelle il travailla dans son essai Le Théâtre et son double. Derrière « cruauté » il faut entendre « souffrance d'exister ». L'acteur doit brûler les planches comme un supplicié sur son bûcher. Selon Artaud, le théâtre doit retrouver sa dimension sacrée, métaphysique et porter le spectateur jusqu'à la transe.

Importance de la mise en scène[modifier | modifier le code]

Selon Artaud, pour que le théâtre redevienne grave et que les événements ne le dépassent pas, le théâtre doit abandonner le primat de l'auteur pour celui du metteur en scène. Les mots ne doivent pas être utilisés pour ce qu'ils sont, mais plutôt « dans un sens incantatoire, vraiment magique – pour leur forme, leurs émanations sensibles et non plus seulement pour leur sens»[1]. « Il ne s’agit pas de supprimer la parole articulée, mais de donner aux mots à peu près l’importance qu’ils ont dans les rêves »[2].

En s'éloignant du texte, Artaud veut s'éloigner du réalisme pour pousser le théâtre à cesser de se « borner à nous faire pénétrer dans l’intimité de quelques fantoches » [3] et « de l’arracher à son piétinement psychologique et humain » [4]

Pièces[modifier | modifier le code]

Le premier et unique spectacle de la cruauté est la tragédie Les Cenci (tragédie en quatre actes et dix tableaux d'après Shelley et Stendhal). La représentation eut lieu le 6 mai 1935 au Théâtre des Folies-Wagram. Artaud avoue que cette pièce n'appartient pas véritablement au théâtre de la cruauté mais l'annonce et le prépare. La pièce est basée sur « le mouvement de gravitation ». Artaud écrivait dans la Bête noire no 2 du 1er mai 1935 : « Par Les Cenci, il me semble que le théâtre est remis à son plan et qu'il retrouve cette dignité presque humaine sans laquelle il n'est pas utile de déranger le spectateur. »

Michel de Ghelderode et Jerzy Grotowski sont des auteurs pouvant se revendiquer du théâtre de la cruauté.

Un autre spectacle souvent relié au théâtre de la cruauté est celui de Purifiés (1999) de Sarah Kane.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Artaud, Antonin.1964. Le théâtre et son double. Paris : Gallimard. p.189
  2. Artaud, Antonin.1964. Le théâtre et son double. Paris : Gallimard. p.142
  3. Artaud, Antonin.1964. Le théâtre et son double. Paris : Gallimard. p.129
  4. Artaud, Antonin.1964. Le théâtre et son double. Paris : Gallimard. p.136

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antonin Artaud :Le théâtre et son double, Gallimard, Paris, 1938.
  • Antonin Artaud : Le Théâtre de la Cruauté, no 5-6 spécial Artaud de la Revue 84, Paris, 1948
  • Antonin Artaud :Œuvres, Quarto Gallimard, 2004
  • (it) Franco Ruffini : I teatri di Artaud. Crudeltà, corpo-mente, Il Mulino, Bologna, 1996.

Liens externes[modifier | modifier le code]