Les Éditions de Minuit

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Logo de Les Éditions de Minuit
Repères historiques
Création 1941
Fondateur(s) Jean Bruller et Pierre de Lescure
Fiche d’identité
Siège social Paris
Drapeau de la France France
Langue(s) de
publication
Français
Site officiel www.leseditionsdeminuit.fr
Logo des Éditions de Minuit, conçu par Vercors

Les Éditions de Minuit sont une maison d'édition française, fondée par Jean Bruller et Pierre de Lescure en 1941, pendant l'Occupation allemande de la France. En février 1942 est publié le premier ouvrage, Le Silence de la mer de Vercors (pseudonyme de Bruller).

Historique de la maison d'édition[modifier | modifier le code]

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Si le mot « minuit » laisse imaginer les manuscrits imprimés clandestinement durant la nuit, l'histoire est différente. Les deux premiers ouvrages sont imprimés par Claude Oudeville, qui travaille seul durant la journée. Il met ainsi deux mois à imprimer les 350 exemplaires du Silence de la mer. Les ouvrages suivants seront imprimés les dimanches, dans l'atelier déserté de Ernest Aulard.

Jean Bruller, dans La Bataille du silence, explicite l'inspiration littéraire du nom des éditions :
« Éditions souterraines, Éditions des Catacombes […], Éditions de la Liberté, Éditions du Refus… Mais un jour, rue Bonaparte, je jouais avec les mots : l’ombre, la nuit, minuit — sur ce dernier me reviennent soudain un titre de Duhamel, un autre de Mac OrlanLa Confession de minuitLa Tradition de minuit… Bon sang, mais voilà ce qu’il nous faut : Les Éditions de Minuit ! J’en suis si enchanté que je file aussitôt chez Lescure qui n’en est pas moins heureux que moi. »
Il continue : « si je parvenais à mettre sur pied, malgré les difficultés, l’organisme nécessaire à la publication de mon récit (impression, brochage, diffusion), on pourrait ensuite l’utiliser pour une série d’autres ouvrages ! Une maison d’édition clandestine […] n’était-ce pas ce qu’il fallait, en fin de compte, pour assouvir les écrivains en mal de parution […] ? »

Pendant la guerre[modifier | modifier le code]

Ces éditions ont fonctionné jusqu'à la Libération, publiant 25 œuvres d'écrivains de la Résistance, contournant ainsi la censure et la propagande de Vichy (notamment La Nouvelle Revue française). Plus neutres politiquement que Pensée Libre (démantelée par les Allemands), les éditions étaient ouvertes aux auteurs gaullistes et communistes.
En 1944, les Éditions de Minuit reçoivent le prix Femina en tant qu'éditeur, chose unique dans l'histoire de ce prix littéraire.

Après-guerre[modifier | modifier le code]

Après la guerre, la maison d'édition est dirigée par Jérôme Lindon, de 1948 à sa mort en 2001. Elle est depuis dirigée par sa fille Irène Lindon.
En 1972, Lindon crée la revue Minuit et en confie la direction à Tony Duvert. À la fin de la décennie, Mathieu Lindon prend la suite de Duvert. La revue disparaît en 1982.

À partir de 1951, les Éditions de Minuit accueillent la revue mensuelle Critique, fondée en 1966 par Georges Bataille, reprise après sa mort par Jean Piel, et aujourd’hui dirigée par Philippe Roger.

Les écrivains des Éditions de Minuit[modifier | modifier le code]

Les Éditions de Minuit ont notamment publié :

Pendant la guerre d'Algérie, elles publient, en 1958, La Question d'Henri Alleg et La Gangrène de Bachir Boumaza, qui sont immédiatement censurés, tout comme, un peu plus tard, Le Déserteur de Maurienne (pseudonyme de Jean-Louis Hurst), en 1960, Les Égorgeurs de Benoist Rey, publié en 1961.

En littérature, elles publient les auteurs du Nouveau Roman :

Plus récemment, elles ont publié :
Patrick Deville, Christian Gailly, Jean Echenoz, Eugène Savitzkaya,Christian Oster, François Bon, Jean-Philippe Toussaint, Jean Pierre Ceton, Jacques Serena, Marie NDiaye, Éric Chevillard, Éric Laurrent, Laurent Mauvignier, Tanguy Viel, Benoît Peeters, Marie-Françoise Plissart, Anne Godard, Caroline Lamarche, Bertrand de La Peine, Vincent Almendros, Julia Deck, etc.

En 1966, Pierre Bourdieu crée au sein des Éditions de Minuit la collection Le sens commun, chargée de faire découvrir des auteurs méconnus sur le sol français, tels qu'Erving Goffman.

À partir de 1993, la collection Paradoxe, consacrée principalement à la critique littéraire et à la philosophie, accueille les essais d'auteurs tels que Pierre Bayard, William Marx ou Peter Szendy, ainsi que de Georges Didi-Huberman et Clément Rosset.

Distinctions

Deux auteurs des Éditions de Minuit ont reçu le prix Nobel de littérature : Samuel Beckett et Claude Simon. Un auteur des Éditions de Minuit a reçu le prix Nobel de la paix : Elie Wiesel.

Annexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie et documents[modifier | modifier le code]

  • Les Éditions de Minuit, historique par Jacques Debû-Bridel et bibliographie, Éditions de Minuit, Paris, 1945
  • Roger-Michel Allemand, Robbe-Grillet à Minuit : editoring et lancement du Nouveau Roman (1955-1963), Travaux de littérature, n° XV, 2002, p. 319-348
  • Anne Simonin, Les Éditions de Minuit, 1942-1955 : Le devoir d'insoumission, Paris : IMEC, 1994 (ISBN 9782908295207), rééd[1]. augmentée 2008 (ISBN 978-2-908295-89-4)
  • Henri Vignes, Bibliographie des Éditions de Minuit. Du "Silence de la mer" à "L'Anti-Œdipe" (20 février 1942 - 18 février 1972), Paris, Librairie Henri Vignes et Éditions des Cendres, 2010, 411 p. (ISBN 978-2-86742-169-3)
  • Jean Bruller, La Bataille du Silence, 1967
  • Robert O. Paxton, Olivier Corpet et Claire Paulhan, Archives de la vie littéraire sous l'Occupation. À travers le désastre, Éditions Tallandier et Éditions de l'IMEC, Paris, 2009 (ISBN 978-2-84734-585-8) (p. 242, 256-259, 262, 428)
  • Nicolas Hubert, Editeurs et éditions en France pendant la guerre d'Algérie, Saint-Denis, Bouchène, 2012, 523 p. (ISBN 978-2-35676-006-7)

Note[modifier | modifier le code]

  1. Compte rendu en ligne

Liens externes[modifier | modifier le code]