Phèdre (Racine)

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Phèdre
Phèdre et Hippolyte
Édition Claude Barbin (1678).
Édition Claude Barbin (1678).

Auteur Jean Racine
Genre Tragédie
Nb. d'actes 5 actes en vers
Sources Euripide
Lieu de parution Paris
Éditeur Jean Ribou
Date de parution 1677
Date de la 1re représentation en français 1er janvier 1677
Lieu de la 1re représentation en français Paris
Compagnie théâtrale Hôtel de Bourgogne
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Phèdre est une tragédie en cinq actes et en vers de Jean Racine créée le 1er janvier 1677 à Paris sous le titre Phèdre et Hippolyte[1]. Racine n'adopta le titre de Phèdre qu'à partir de la seconde édition de ses Œuvres en 1687[2]. La pièce comporte 1 654 alexandrins.

Contexte[modifier | modifier le code]

Phèdre est la dernière tragédie profane de Racine. Elle suit Iphégénie, créée en été 1674. Elle est suivie d'un long silence de douze ans au cours duquel Racine se consacre au service du roi Louis XIV et à la religion. Une nouvelle fois, il choisit un sujet de la mythologie antique déjà traité par les poètes tragiques grecs et romains.

Sources[modifier | modifier le code]

Dans la préface de 1677[3], Racine évoque ses sources, et principalement le poète grec Euripide (484-406 av. J.-C.), qui dans sa tragédie Hippolyte porte-couronne (428 av. J.-C.) avait traité le mythe de Phèdre après l’avoir traité dans Hippolyte voilé, aujourd’hui perdu. Dans la pièce conservée, le héros est poursuivi par la déesse de l'amour, Aphrodite, qui dès les premiers vers clame sa fureur d'être délaissée par le jeune homme au profit d'Artémis. Dans Phèdre, Vénus s'acharne contre la famille de la reine dont l'ancêtre, le Soleil, avait révélé les amours coupables de la déesse et de Mars. La fatalité prend ainsi la forme de cette haine implacable attachée à toute la descendance du Soleil.

Sénèque, philosophe et poète romain du premier siècle après J.-C., est également l'auteur d’une Phèdre. Le récit de Théramène, dans toute son horreur, doit beaucoup à cette source sur laquelle Racine insiste moins. Les ravages de la passion comme maladie de l'âme, ont été également explorés par les Anciens. Citons encore les Héroïdes d’Ovide, et l’Énéide de Virgile, en particulier Les Amours de Didon et Énée.

Des débuts agités[modifier | modifier le code]

Créée le vendredi 1er janvier 1677 sous le titre Phèdre et Hippolyte sur la scène de l'Hôtel de Bourgogne, la tragédie de Racine a aussitôt subi la concurrence d'une autre Phèdre et Hippolyte due à Nicolas Pradon et créée deux jours plus tard sur la scène du théâtre de l'Hôtel Guénégaud[4]. La pièce de Pradon sembla d'abord avoir les faveurs du public, la confrontation tourna cependant rapidement à l'avantage de Racine, et la pièce de Pradon fut oubliée au bout de quelques mois[5], mais ce « doublage » fut l'occasion d'une querelle littéraire qui, elle-même, déboucha sur l’Affaire des sonnets. En France, le sujet avait été traité déjà plusieurs fois, en particulier par Robert Garnier, auteur d'un Hippolyte un siècle plus tôt, puis par Gabriel Gilbert, qui avait écrit un Hypolite ou le garçon insensible en 1647.

Réception[modifier | modifier le code]

Tout dans Phèdre a été célébré : la construction tragique, la profondeur des personnages, la richesse de la versification et l’interprétation du rôle-titre par la Champmeslé. Contrairement à Euripide dans Hippolyte porte-couronne, Racine fait mourir Phèdre à la fin de la pièce, sur scène : elle a donc eu le temps d’apprendre la mort d’Hippolyte. Le personnage de Phèdre est l’un des plus remarquables des tragédies de Racine. Elle est à la fois victime de ses pulsions et coupable du malheur des autres, tout en aspirant à préserver toute son innocence.

Certains vers sont devenus des classiques. On a tellement célébré la musicalité de l’alexandrin « la fille de Minos et de Pasiphaé » que certains s’en sont moqués. Racine ne fait pourtant jamais de la poésie pour la seule beauté des sons. La généalogie de Phèdre est pleine de sens : elle a hérité de sa mère l’intensité de ses désirs et craint après sa mort le jugement de son père, qui est juge aux Enfers.

Très vite Phèdre s'est imposée comme l’une des pièces les plus réussies de Racine et les plus souvent représentées sur scène.

Personnages[modifier | modifier le code]

La scène est à Trézène, ville du Péloponnèse.

Argument[modifier | modifier le code]

Acte I (5 scènes)

Hippolyte, fils de Thésée qui a disparu et dont on est sans nouvelles depuis six mois, annonce à son confident, Théramène, son intention de partir à la recherche de son père ; Il quitte Trézène pour fuir sa belle-mère, Phèdre, qu'il déteste et surtout pour fuir son amour pour Aricie, sœur des Pallantides, un clan ennemi. Phèdre, seconde épouse de Thésée, avoue à Œnone, sa nourrice et confidente, la passion coupable qu’elle ressent pour son beau-fils Hippolyte. On annonce la mort de Thésée…

Acte II (6 scènes)

Hippolyte propose à Aricie de lui rendre le trône d'Attique, laissé vacant par la mort de Thésée, et lui avoue son amour. Leur entretien est interrompu par Phèdre, venue prier Hippolyte de prendre soin de son fils mais qui finit par lui révéler son amour. Comprenant son erreur, elle prend l'épée d'Hippolyte pour en finir avec la vie mais Œnone l’arrête. Théramène annonce qu’on a peut-être vu Thésée.

Acte III (6 scènes)

Thésée, qui n’est pas mort, arrive à Trézène et s’étonne de recevoir un accueil si froid : Hippolyte, qui envisage d’avouer à Thésée son amour pour Aricie, évite sa belle-mère ; Phèdre est submergée par la culpabilité.

Acte IV (6 scènes)

Œnone, qui craint que sa maîtresse ne se donne la mort, déclare à Thésée qu’Hippolyte a tenté de séduire Phèdre en la menaçant, donnant pour preuve l'épée qu'elle a conservée. Thésée bannit Hippolyte et prie Neptune, dieu de la mer, de le venger. Phèdre veut le faire changer d’avis mais elle apprend qu’Hippolyte aime Aricie. Furieuse d’avoir une rivale, elle renonce à le défendre.

Acte V (7 scènes)

Hippolyte part après avoir promis à Aricie de l’épouser hors de la ville. Thésée commence à avoir des doutes sur la culpabilité de son fils, mais la nouvelle de sa mort, causée par un monstre marin, survient. Après avoir chassé Œnone qui, de désespoir, s’est jetée dans les flots, Phèdre révèle la vérité à Thésée ; ayant pris auparavant du poison, elle meurt.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire. » - Phèdre (Acte I, Scène 3, vers 161)
  • « Quand tu sauras mon crime et le sort qui m’accable,
    Je n’en mourrai pas moins, j’en mourrai plus coupable. »
    - Phèdre (I, 3, v. 241-242)
  • « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue,
    Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue. »
    - Phèdre (I, 3, v. 273-274)
  • « C’est Vénus tout entière à sa proie attachée. » - Phèdre (I, 3, v. 306)
  • « Ariane, ma sœur, de quel amour blessée
    Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! »
    - Phèdre (I, 3, v. 254-255)
  • « C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé.
    J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine,
    Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine.
    De quoi m'ont profité mes inutiles soins ?
    Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins. »
    - Phèdre (II, 5, v. 685-688)
  • « Ses yeux, qui vainement voulaient vous éviter,
    Déjà pleins de langueur ne pouvaient vous quitter.
    Le nom d'amant peut-être offense son courage.
    Mais il en a les yeux, s'il n'en a le langage. »
    Ismène à propos d'Hippolyte (II, 1, v. 411-414)

Les deux citations suivantes sont célèbres pour leur métrique parfaite. La seconde n’est constituée que de monosyllabes.

  • « La fille de Minos et de Pasiphaé. » - Hippolyte (I, 1, v. 36)
  • « Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur. » - Hippolyte (IV, 2, v. 1112)

Postérité[modifier | modifier le code]

Traductions de Phèdre[modifier | modifier le code]

  • En allemand : Friedrich von Schiller (1805), Ernst August Wilhelm Gräfenhan (1825), Wilhelm Willige (1956), Rudolf Alexander Schröder (1958), Wolf Steinsieck (1995)
  • En anglais : Robert Lowell (1961), Wallace Fowlie (1962), J. Cairncross (1982), Ted Hughes (vers libre, 1998), Charles Sisson (2001), Timberlake Wertenbaker (2009)
  • En danois : J. H. Schønheyer (1790), C. E. Falbe Hansen (1945), Erik Rosekamp (2007)
  • En espagnol : Pablo Olavide (1786), Carlos Pujol (1982), Rosa Cachel (1983), Dolores Fernández Lladó (1985), Nydia Lamarque, Paloma Ortiz García (2003).
  • En italien : Giuseppe Ungaretti (1950)
  • En néerlandais : H. van Bracht (1715), Hans Bakx (1982)
  • En norvégien : Halldis Moren Vesaas (1960, première traduction), Jon Fosse (2005)
  • En suédois : Gudmund Jöran Adlerbeth (1797, première traduction), Karl August Hagberg (1906), Thomas Kinding (1964) [ces trois en alexandrins], Göran O. Eriksson (1996), Anders Bodegård (2006)

Musique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. C'est aussi sous le titre Phèdre et Hippolyte qu'elle fut publiée pour la première fois la même année (1677).
  2. Georges Forestier, p. 1611
  3. Préface de Phèdre 1677, p. 817
  4. Georges Forestier, p. 1616
  5. Georges Forestier, p. 1617

Édition[modifier | modifier le code]

  • Jean Racine (préf. Georges Forestier), Œuvres complètes, t. I : Théâtre - Poésie, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade » (no 5) (1re éd. 1999), 1802 p. (ISBN 978-2070115617), « Phèdre et Hippolyte ».

Annexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]