La Reine Margot (film, 1994)

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La Reine Margot est un film français réalisé par Patrice Chéreau en 1994 d’après le roman du même nom d'Alexandre Dumas père. Le film a reçu deux prix au Festival de Cannes 1994 et cinq Césars en 1995.

Synopsis[modifier | modifier le code]

La vie à la Cour et à Paris, entre les « Noces vermeilles » et le massacre de la Saint-Barthélemy.

Août 1572. Paris est en ébullition. Le protestant Henri de Navarre, futur Henri IV (Daniel Auteuil), s'apprête à épouser Marguerite de Valois (Isabelle Adjani), dite Margot. Catholique, fille de France, elle est surtout la fille de Catherine de Médicis (Virna Lisi) et la sœur de l'instable roi Charles IX (Jean-Hugues Anglade) et des ambitieux princes Henri (Pascal Greggory) et François (Julien Rassam). Les deux époux ne s'aiment pas. Il s'agit d'un mariage politique, orchestré par Catherine de Médicis, destiné à ménager sur le plan diplomatique les susceptibilités du pape Grégoire XIII et de l'Espagne d'une part, des États protestants d'autre part, et surtout à apaiser les haines et les rivalités à l'intérieur du royaume entre le parti catholique du duc Henri de Guise (Miguel Bosé) et la faction protestante menée par l'Amiral Gaspard de Coligny (Jean-Claude Brialy). La peur, l'hostilité et la violence se ressentent jusque dans Notre-Dame, où le mariage est célébré. Les frères de Margot affichent une morgue sans retenue et ne cachent pas les relations ambiguës qu'ils entretiennent avec leur sœur. Margot est une princesse arrogante et volage. La reine Catherine ourdit un complot le jour même des noces de sa fille.

Chacune des parties cherche à en découdre et la maladresse de la Reine mère, couplée avec les ambitions contraires des divers protagonistes, sans oublier la faiblesse du roi et le goût du pouvoir des princes, fera basculer le pays tout entier dans un terrible massacre, six jours seulement après le mariage. Ce sont ces sombres heures qui feront découvrir à Margot des notions qu'elle ignorait jusqu'alors : l'altruisme, l'amitié et l'amour.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Jean-Hugues Anglade, lauréat du César du meilleur acteur dans un second rôle.

Nominations[modifier | modifier le code]

Lieux de tournage[modifier | modifier le code]

Le tournage a eu lieu du 10 mai au 3 décembre 1993.

France[modifier | modifier le code]

  • Aisne
    • Saint-Quentin ; le mariage d'Henri et de Marguerite a été tourné dans la basilique, les cathédrales Notre-Dame de Paris et Notre-Dame de Reims étant trop fréquentées.

Portugal[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Une précédente adaptation du roman de Dumas est sortie en 1954, réalisée par Jean Dréville d'après un scénario d'Abel Gance, avec Jeanne Moreau (voir : La Reine Margot).
  • Il est conseillé de ne pas attacher d'importance à la vraisemblance des acteurs : lors de leur mariage, Henri et Marguerite avaient 19 ans, donc moins de la moitié de l'âge de ceux-là.

« Je me suis demandé où trouver un exemple moderne de féodalité, de vassalité, ou de dépendance. J'ai pensé à la Mafia. Dès lors j'ai substitué à ces mauvaises images celle du Parrain ou des Affranchis que Scorsese a eu la bonne idée de sortir alors que nous étions en train de travailler. [...]. Et j'ai bien retenu cette phrase de Visconti quand il préparait Les Damnés : « Raconter l'histoire d'une famille monstrueuse à l'intérieur de laquelle tous les crimes restent impunis. »

— Patrice Chéreau, lors d'une interview par Serge Toubiana, dans Les Cahiers du cinéma, no 479/ 480, mai 1994, p. 17.

Préparation[modifier | modifier le code]

Le film est une coproduction européenne qui engage la France, l'Italie et l'Allemagne[4]. Il est tourné entre la France et le Portugal sur plus de six mois en 1993 et nécessite un budget initial de 120 millions de francs qu'il dépasse de 20 millions[4]. Pour ce projet de longue date dont Claude Berri est le producteur principal et qui manque d'être abandonné à plusieurs reprises, Patrice Chéreau sollicite Danièle Thompson avec laquelle il coécrit le scénario sur plusieurs années[5],[4]. Durant l'écriture, plusieurs actualités (Première Guerre du Golfe, guerres ethniques d'ex-Yougoslavie...) viennent nourrir l'inspiration des deux auteurs[4].

La distribution est éclectique et internationale[4]. En plus de grandes stars françaises (Isabelle Adjani, Daniel Auteuil et Jean-Claude Brialy), Chéreau engage certains de ses acteurs fétiches comme Jean-Hugues Anglade, Dominique Blanc et Pascal Greggory et ses anciens élèves du Théâtre des Amandiers de Nanterre comme Vincent Pérez, Bruno Todeschini et Jean-Philippe Écoffey[4]. Parmi les interprètes internationaux, on retrouve les Italiens Virna Lisi, Asia Argento et Claudio Amendola, l'Espagnol Miguel Bosé ou encore l'Allemand Thomas Kretschmann[4].

Réalisateur de quatre films précédemment, Chéreau déclare : « C’est avec La Reine Margot que j’ai appris à faire du cinéma. »[5].

D'une ambition esthétique manifeste, l'œuvre est jugée par son auteur plus « élisabéthaine » que « shakesparienne » et proche de Christopher Marlowe pour l'idée d'une violence sourde, prête à jaillir à chaque instant[4]. Chéreau avait d'ailleurs mis en scène, en 1972 au TNP de Villeurbanne, Le Massacre de Paris de Marlowe, consacré à la nuit de la Saint-Barthélémy[6].

Si le film puise autant son inspiration dans le théâtre et la littérature que la peinture (Francisco de Goya, Théodore Géricault, Eugène Delacroix, Francis Bacon), il cherche également à s'inscrire dans la lignée d'un cinéma d'auteur de prestige mêlant famille, pouvoir, folie, décadence, sexe et barbarie à l'instar de L'Impératrice rouge de Josef von Sternberg, Ivan le Terrible de Sergueï Eisenstein, Macbeth d'Orson Welles, Hamlet de Laurence Olivier, Les Damnés de Luchino Visconti ou encore Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog[5],[4],[7].

Le film est exploité sur deux versions : l'une française de 2 heures 40 et l'autre internationale, raccourcie de vingt minutes[4].

En effet, les distributeurs américains de Miramax, Robert et Harvey Weinstein, exigent que l'œuvre soit légèrement remontée afin de réduire la durée et de mettre plus l'accent sur la relation entre La Môle et Margot[4]. Une scène de serment d'amour est donc réinsérée et réjouit Isabelle Adjani qui, en pleine promotion du film aux États-Unis en décembre 1994, juge qu'elle donne à l'ensemble plus de romantisme, d'émotion et de profondeur[8].

Accueil critique et public[modifier | modifier le code]

« Étrange sentiment, en voyant cette Reine Margot, d'un film qui aurait des veines, un pouls, des vrais battements de cœur. Sang d'amour et sang de haine, mêlés. Et ces battements de cœur seraient dictés, rythmés par la violence, toujours, qui irrigue le film de Patrice Chéreau. C'est ce sang, c'est cette inouïe violence, ce sont ces battements de cœur qui en font une vraie, une grande réussite : La Reine Margot évite les pièges d'un cinéma qu'on feuilletterait comme un livre d'images. »

— Serge Toubiana, dans Les Cahiers du cinéma, no 479/ 480, mai 1994, p. 9.

La Reine Margot reçoit un accueil critique mitigé lors de sa sortie qui coïncide avec sa présentation au 47e Festival de Cannes, certains lui reprochant son emphase et sa théâtralité[5],[4]. Il reste néanmoins le succès public le plus important de Chéreau et rassemble plus de deux millions de spectateurs en salles[4],[9].

À propos de la critique, le réalisateur déclare :

« On peut ne pas aimer La Reine Margot, mais il y a un cinéaste dans ce film, il y a de vrais, de longs moments de cinéma, je le sais. Je n’ai peut-être pas réussi à faire un film complet qui serait un événement de cinéma total. Un jour ou l’autre, on finira bien par me considérer comme un metteur en scène qui fait les deux. Ça ne se fait plus, alors que tous les exemples que j’ai, comme Welles ou Visconti, Bergman ou Kazan auxquels je ne me compare pas, ont fait les deux. Le cinéma mène un mauvais débat avec le théâtre : il est obsédé par l’idée de ne surtout pas être théâtral, alors qu’il y a de très grands films très théâtraux et que le cinéma est né du théâtre. Je revendique cette filiation et je revendiquerai toujours le passage de l’un à l’autre. Je ne ressens pas un manque de reconnaissance, pas depuis La Reine Margot en tout cas[7]. »

Le succès du film vaut par la suite à Chéreau des propositions de la part d'Hollywood qu'il décline, préférant travailler en France[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. article Queen Margot sur le site Rotten Tomatoes
  2. Vladimir Kotliarov-Tolsty, née à Moscow in 1937, décedé le 23 février 2013 à Paris, artiste et acteur d'origine russe.
  3. Anarchist artist Vladimir Kotliarov-Tolsty had died in Paris
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Anecdotes de tournage de La Reine Margot sur AlloCiné.fr, consulté le 20 octobre 2013.
  5. a, b, c et d « Le roi Chéreau », Libération,‎ 7 octobre 2013 (lire en ligne)
  6. (fr) Patrice Chéreau sur Larousse.fr, consulté le 20 octobre 2013.
  7. a et b « Patrice Chéreau : "Mon travail se confond souvent avec la vie" », Les Inrocks,‎ 7 octobre 2013 (lire en ligne)
  8. Isabelle Adjani, invitée du plateau d'Antenne 2 en décembre 1994 sur Ina.fr, consulté le 20 octobre 2013.
  9. La Reine Margot sur JP Box Office, consulté le 20 octobre 2013.
  10. Armelle héliot, « Chéreau, pleuré en Allemagne, presque ignoré aux Etats-Unis », Le Monde,‎ 9 octobre 2013 (lire en ligne)


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Violette Rouchy-Lévy, « Queen Margot vs la Reine Margot : la version américaine du film de Patrice Chéreau », in 1895. Revue de l'association française de recherche sur l'histoire du cinéma, no 52, p. 90-115, 2007, [lire en ligne].
  • Geneviève Sellier, « La Reine Margot au cinéma : Jean Dréville (1954) et Patrice Chéreau (1994) », in Odile Krakovitch, Geneviève Sellier, Éliane Viennot (dir.), Femmes de pouvoir : mythes et fantasmes, Paris, L'Harmattan, coll. « Bibliothèque du féminisme », 2001, p. 205-218.
  • Éliane Viennot, « À propos du film de Patrice Chéreau, La Reine Margot, ou la modernité inculte », mai 1994, [lire en ligne].
  • Thierry Wanegffelen, « Arrêtons le massacre ! "La Reine Margot" de Patrice Chéreau », in Études, t. 381, no 1-2, juillet-août 1994, p. 31-33, [lire en ligne].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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