Peer Gynt

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Peer Gynt (film, 1941) et Peer Gynt (Suites n° 1 et 2).
Peer Gynt
L'acteur Henrik Klausen dans le rôle de Peer Gynt (acte IV) lors de la première au Christiania Theatre (en) de Oslo le 24 février 1876.
L'acteur Henrik Klausen dans le rôle de Peer Gynt (acte IV) lors de la première au Christiania Theatre (en) de Oslo le 24 février 1876.

Auteur Henrik Ibsen
Genre Drame
Nb. d'actes Cinq actes
Dates d'écriture 1866
Musique de scène Edvard Grieg
Suite orchestrale Peer Gynt (Suites n° 1 et 2),
Dans l'antre du roi de la montagne,
Chanson de Solveig
Version originale
Titre original Peer Gynt
Langue originale Norvégien
Pays d'origine Drapeau de la Norvège Norvège
Date de parution originale 14 novembre 1867
Date de la 1re représentation 24 février 1876
Lieu de la 1re représentation Christiania Theatre (en) de Oslo
Version française
Traducteur François Regnault
Lieu de parution Paris
Éditeur Éd. théâtrales
Date de parution 1996
Nombre de pages 223 pages
ISBN ISBN 2-84260-006-1
Adaptations

Peer Gynt (prononciation : [ˈpeːr ˈɡʏnt]) est un drame poétique devenu pièce de théâtre de l'auteur norvégien Henrik Ibsen sur une musique du compositeur Edvard Grieg. Elle est jouée pour la première fois au Christiania Theatre (en) de Oslo le 24 février 1876 et reçoit un accueil triomphal auquel la scénographie vivante et surtout la musique époustouflante concourent.

Genèse[modifier | modifier le code]

Drame poétique et philosophique, écrit vers 1866 à Frascati, Rome et Ischia et paru le 14 novembre 1867, Peer Gynt se singularise parmi les œuvres d'Ibsen. Présentée au public comme un vrai poème dramatique, elle heurte des lecteurs par son aspect caricatural et quelques critiques cataloguent les thèmes sous-jacents en vile succession de polémiques de journalistes. Bjørnstjerne Bjørnson s'empresse d'en défendre et le message et la poésie. Dans sa forme première, elle n'était pas destinée à être jouée sur une quelconque scène. La trame du drame poétique est une histoire fantastique, plutôt qu'une tragédie réaliste, thème plus commun dans les pièces postérieures d'Ibsen.

La pièce est une farce satirique douce-amère proposant une quête de l'identité indéfinissable, remplie d'humour sous des dehors graves et débordante de charges satiriques. L'histoire peut se résumer ainsi : un anti-héros, prétentieux et aventureux, part défier le vaste monde et rate tout ce qu'il entreprend avant de découvrir, seulement à la fin, la vérité de la solitude de son unique individu. L'amertume apparente qui s'en dégage semble rejoindre le ton dur des autres travaux d'Ibsen, centrés sur une critique sociale incisive. S'enfermer dans une recherche de son identité insaisissable, n'est-ce pas à chaque instant se juger et se condamner ?

Personnages[modifier | modifier le code]

Photographie de l'acteur Henrik Klausen dans le rôle de Peer lors de la première en 1876.
  • Åse,veuve d'un paysan
  • Peer Gynt, son fils
  • Deux vieilles femmes, avec des sacs de maïs
  • Aslak, un forgeron
  • Les invités de la noce
  • Un maître cuisinier
  • Un violoneux
  • Un homme et une femme, nouveaux venus dans le district
  • Solveig, leur fille
  • Helga, sa jeune sœur
  • Le fermier de Hægstad
  • Ingrid, sa fille
  • Le jeune marié
  • Les parents du marié
  • Les trois crémières
  • Une femme vêtue de vert
  • Une princesse troll
  • Le vieux de la montagne, roi des trolls
  • La cour des trolls
  • Les jeunes trolls, garçons et filles
  • Un couple de sorciers
  • Lutins, ondines, gnomes, etc.
  • Un vilain garnement
  • Le Grand Courbe, la voix dans les ténèbres
  • Kari, la femme d'un métallier
  • Master Cotton
  • Monsieur Ballon
  • M. von Eberkopf
  • M. Trumpeterstrale
  • Gentlemen voyageurs
  • Un voleur
  • Un receleur
  • Anitra, fille d'un chef bédouin
  • Arabes
  • Esclaves
  • Danseuses
  • La statue de Memnon
  • Le Sphinx de Gizeh
  • Le docteur Begriffenfeldt, directeur de l'asile d'aliénés du Caire
  • Huhu, un réformateur de la langue de la côte de Malabar
  • Hussein, un ministre oriental
  • Plusieurs fous et leurs gardiens
  • Un skipper norvégien
  • Son équipage
  • Un étrange passager
  • Un pasteur
  • Un cortège funèbre
  • Un ministre du culte
  • Un mouleur de boutons

Argument : soi-même et le vaste monde[modifier | modifier le code]

La pièce de théâtre est beaucoup plus une farce sur l'identité du voyageur dans le vaste monde, à commencer par l'identité nationale de l'auteur. Elle relate la chute et la rédemption d'un Norvégien aventureux, paresseux et dégénéré. Si Ibsen souhaite que Peer, « la lie de son cœur », soit l'incarnation des mentalités paysannes les plus répugnantes, il puise surtout dans l'imaginaire des traditions populaires et des contes de Norvège, qui ont été dévoilés par les travaux pionniers de Peter Christen Asbjørnsen et Jørgen Moe. Il emprunte d'ailleurs le personnage de Peer à un recueil de contes populaires d'Asbjørnsen et les facéties cruelles à l'art des conteurs qui essaient de capter l'attention par des improvisations maîtrisées. À l'époque, Ibsen commence à pratiquer la photographie, en particulier en s'initiant au portrait et l'écrivain imagine aisément le négatif de son personnage Brandt. Peer sera donc « un poète hâbleur, vaurien, irresponsable, fuyant le devoir, le vouloir, la réalité », comme le commente Régis Boyer. Le Grand Courbe l'initie à faire le tour, le voilà définitivement menteur, lâche, rêveur, incapable, égoïste...

Le personnage principal, Peer Gynt, est un jeune fanfaron d'une vingtaine d'années qui tente de fuir la réalité pour la pure vie idéale et accessoirement par le mensonge. Peer a la chance d'obtenir la promesse de la main de Solveig, jeune fille vertueuse et fidèle, mais, par manque de persévérance, il enlève en pleine fête nuptiale une jeune épouse séduisante Ingrid. Ayant été violée et pour finir abandonnée par Peer, Ingrid déplore son triste sort.

À la recherche d'aventure et d'amour, Peer Gynt en fuite de son village natal rencontre une des filles du vieux roi de Dovre, qui, séduite par Peer, l'entraîne dans le monde des trolls et des démons. Ils rendent ainsi visite au légendaire roi des montagnes de Dovre, dont les autres filles sont des gnomes. Il souscrit à la devise des trolls : « Suffis toi toi-même », alors que la sagesse des hommes lui suggère « Sois toi-même ». Mais afin de pouvoir épouser la princesse et d'avoir bien et honneurs, il finit par renoncer à sa condition d'homme. Il entre en déchéance et comprenant que sa vie est en danger, l'évite par la fuite[1].

Mais il demeure toujours un vagabond des montagnes, dévoré d'ambition et d'orgueil, à la recherche d'affaires mirobolantes. Dans ces hauts lieux de la tristesse, il fait une rencontre fugitive avec une désespérée, Solveig, la jeune fille rencontrée avant les noces. Peer rentre chez sa mère Åse moribonde, qui a été autrefois, avec lui, à la fois rude et tendre. Peer Gynt transforme le trépas en chevauchée fantastique au seuil du paradis où il confie personnellement l'âme maternelle au portier saint Pierre. Après la mort d'Åse, Peer quitte la Norvège.

Au début de l'acte IV - c'est au commencement de cet acte qu'est joué le célèbre prélude, Matin - on retrouve Peer Gynt après un saut dans le temps de près de vingt ans en Afrique dans un Maroc légendaire où il a fait fortune. Il est maintenant un prospère marchand d'esclaves, qui se fait considérer en excellent théoricien de la bonne vie, incontournable gardien de l'éthique et exemple moral. Mais sa richesse fraîchement acquise ne l'incite qu'à plus de débauches. Il projette un grandiose retour. Le navire de ses richesses est volé par son partenaire en affaires, puis coule lors d'une tempête. Au terme de son naufrage économique, Peer redevenu pauvre hère, engage une lutte de survie avec les bêtes de la brousse, se trouve ravalé à une vie ridicule avec des singes, puis s'impose comme le prophète d'une tribu d'hommes sauvages. Il se tourne vers Dieu. Attaqué par des trolls, il se retrouve dans le désert et est sauvé par la découverte d'une oasis. Après avoir visité l'Arabie et séduit la belle Anitra qui lui vole ses derniers biens, Peer finit par échouer dans un asile égyptien au Caire, où il devient « empereur des fous ». Il a une vision de Solveig, restée dans son pays natal.

Au dernier acte, nous retrouvons Peer sur un vaisseau de retour au pays. Il rencontre le mystérieux fondeur de boutons qui doit reprendre son âme pour la rendre au maître de toute chose. Mais quelque chose cloche : il n'est qu'un bouton mal fait, donc à refondre dans le grand chaudron. Peer se révolte et n'accepte pas sa condition de bouton raté. Le navire fait naufrage en cours de route.

Rentré sur terre vieux et pauvre, il retrouve la fidèle Solveig fanée par les années qui l'a attendu miraculeusement, et le console en ses ultimes instants. Il meurt comme un enfant bercé dans les bras symbole de l'amour rédempteur. Juste avant qu'il ne rende le dernier soupir, elle lui murmure tendrement : « Ton voyage est fini, Peer, tu as enfin compris le sens de la vie, c'est ici chez toi et non pas dans la vaine poursuite de tes rêves fous à travers le monde que réside le vrai bonheur. »

La musique de Grieg[modifier | modifier le code]

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Article connexe : Peer Gynt (Suites n° 1 et 2).

Le quinquagénaire Ibsen demande à un jeune musicien trentenaire Edvard Grieg de composer une musique d'accompagnement pour la pièce. La pièce particulièrement difficile à mettre en scène de façon classique est plutôt lue, scandée, chantée en une succession de scénographies animées. Huit des vingt-deux morceaux de la musique d'accompagnement écrite pour le spectacle sont ultérieurement réordonnés, rassemblés et repris par Grieg. Ainsi naissent deux suites, l'une référencée comme opus 46 publiée en 1888 et l'autre comme opus 55 en 1891. Elles obtiennent un succès considérable en tant que musique de concert.

Seul un des morceaux chantés de la musique de scène est intégré aux suites : le thème de la Chanson de Solveig, quatrième et dernière partie de la seconde suite, est joué par les premiers violons de l'orchestre symphonique[2].

Morgenstemning (Atmosphère matinale), le morceau ouvrant la Suite n° 1 (Opus 46), est probablement l'un des plus connus et des plus repris de Grieg. Il est surprenant que dans l'imaginaire occidental, les deux suites soient associées aux somptueux paysages norvégiens du Vestland alors qu'elles représentent pour ses créateurs, le poète et écrivain Ibsen et le musicien Grieg, dès leur conception, l'exotisme du vaste monde, les déserts, les îles lointaines, les contrées inconnues aux yeux du voyageur ébahi...

La musique de scène est divisée en 23 numéros[3] :

Acte I

1. Noces à la ferme
2. Cortège nuptial
3. Halling og springardans (danse du bal et danse du saut ou du printemps)

Acte II

4. Prélude, Enlèvement de la mariée, Plainte d'Ingrid
5. Peer Gynt et les bergères
6. Peer Gynt et la Femme en vert
7. Dans l'antre du roi de la montagne
8. Danse de la Fille du Roi de la Montagne
9. Peer Gynt poursuivi par les Trolls

Acte III

10. Prélude
11. Chanson de Solveig
12. La mort d'Åse

Acte IV

13. Au matin
14. Le voleur et le receleur
15. Danse arabe
16. Danse d'Anitra
17. Sérénade de Peer Gynt
18. Chanson de Solveig

Acte V

19. Prélude
20. Chant dans la cabane
21. Scène nocturne sur la lande - Retour de Peer Gynt
22. Chant des fidèles (chorale)
23. Berceuse de Solveig

Au cinéma et à la télévision[modifier | modifier le code]

Il y a eu de nombreuses adaptations au cinéma et à la télévision :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mais comme le vieux roi de Dovre lui expliquera plus tard avant son ultime rencontre avec la vieille Solveig, il ne continuera qu'à vivre en troll, tout en se le cachant.
  2. La berceuse de Solveig de l'acte final de la pièce n'a pas été reprise.
  3. Cf. la partition de Grieg
  4. http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=180881.html

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Utilisation de la musique de Peer Gynt dans d'autres domaines[modifier | modifier le code]

  • Ballet en décembre 2008 à l'Opéra de Zürich par le Ballet de Zürich, l'Orchestre de l'Opéra de Zürich et les chœurs de l'Opéra de Zürich. Direction : Eivind Gullberg Jensen, chorégraphie : Heinz Spoerli.
  • "Three Suites" (Duke Ellington, 1960), comprenant cinq extraits des deux suites "Peer Gynt" de Grieg (Morning Mood, In The Hall Of The Mountain King, Solvejg’s Song, Ase’s Death, Anitra’s Dance)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Enregistrement[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]