Aguirre, la colère de Dieu

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Aguirre, la colère de Dieu

Titre original Aguirre, der Zorn Gottes
Réalisation Werner Herzog
Scénario Werner Herzog
Acteurs principaux
Sociétés de production Werner Herzog Filmproduktion
Pays d’origine Allemagne de l'Ouest Allemagne de l'Ouest
Genre Aventures
Sortie 1972
Durée 93 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Aguirre, la colère de Dieu (titre original allemand : Aguirre, der Zorn Gottes) est un film allemand réalisé par Werner Herzog, sorti en 1972, dans la mouvance du nouveau cinéma allemand.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Au XVIe siècle, une expédition espagnole mandatée par Pizarro part à la recherche de l'Eldorado sous les ordres de Pedro de Ursúa. Lope de Aguirre, l'un de ses lieutenants, illuminé et mégalomane, s'oppose à son autorité. Ses actions pour saboter l'expédition se multiplient. Lorsqu'Ursúa ordonne un arrêt des recherches, Aguirre lance une mutinerie contre lui et impose le « sacre » d'un noble du groupe, Fernando de Guzmán, comme « empereur d'Eldorado ». Il fait exécuter les partisans de l'ancien chef, à l'exception d'Ursúa lui-même qui est épargné par Guzmán. Les hommes restants, sous les ordres d'Aguirre et Guzmán, embarquent à bord d'un radeau et descendent le fleuve dans l'espoir de trouver la cité d'or.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Commentaires[modifier | modifier le code]

La scène finale[modifier | modifier le code]

Il faut commencer par le soleil de la scène finale. La caméra le filme en plein durant quelques secondes. Le plan est donc très court, mais le film ne fonctionne pas sans. Car ce soleil est le personnage principal : la mort. Cette mort, qu'on ne peut pas regarder en face faute de se brûler les yeux, brille tout en haut, et éclaire le radeau de fortune d'Aguirre. Sous cette lumière, le misérable Aguirre est soumis à la même condition que les singes qui l'entourent : disparaitre.

Projetons cette scène finale, elle seule, et le ressenti du spectateur serait équivalent à celui d'un western réussi. Mais tout le film la précède. Et ce film, en serpentant lentement vers sa fin mystique, la gonfle d'une puissance formidable. « Extatique », c'est le mot que Werner Herzog rabâche sans cesse pour décrire son travail ; il a bien atteint son but ici.

Ce qui donne cette puissance, ce flux d'entrée au tourbillon final, c'est l'acharnement d'Aguirre tout au long du fleuve. Il veut défier sa condition. Et de deux manières : se reproduire avec sa fille pour s'assurer un ersatz d'éternité, et trouver l'Eldorado. Une terre et une descendance : deux vœux plein d'humilité, qu'Aguirre transforme en deux provocations arrogantes.

La première provocation[modifier | modifier le code]

La première provocation, la descendance « pure », est tuée en même temps que la fille d'Aguirre, en prélude à la scène finale ; la mort est rapide et artistiquement convenue, comme le sont celles des autres personnages. C'est la preuve d'une ironie fantastique : la mort de la fille d'Aguirre ne vaut pas plus que celles des autres. Elle est uniquement vouée à mettre le personnage central dans une solitude complète, car tel l'exige la colère de Dieu.

La mort des personnages entourant Aguirre n'est qu'un moyen de mettre en place la scène finale. C'est une manie chez Werner Herzog de se moquer du moyen, parfois avec beaucoup d'humour. Rescue Dawn en est le meilleur exemple. Ce film accumule les poncifs dans son introduction et sa conclusion, alors qu'il est tout-à-fait original dans sa partie intérieure, celle où le héros est prisonnier. C'est que l'introduction et la conclusion, à prendre au second degré, ne sont que des moyens de mettre en place, et en contraste, la partie sur la captivité. C'est pareil pour Aguirre. Le même second degré, qui se moque de comment peuvent bien mourir les gens autour du personnage central, du moment qu'ils meurent.

La seconde provocation, pour qui la première a donc été remerciée, est celle de l'Eldorado. Le court monologue de la scène finale est révélateur : après avoir invoqué les cieux à propos de sa fille, Aguirre, dans un éclair de conscience, matérialise la seconde : « Qui d'autre est avec moi? »

L'Eldorado : « Qui d'autre est avec moi? »[modifier | modifier le code]

Le bateau accroché au sommet d'un arbre en est l'allégorie parfaite : une prise de conscience irréaliste au milieu de la folie et des morts. De la jungle primaire et inconnue, arrive à s'extraire, dans un effort magnifique, une civilisation tout entière : « Qui d'autre est avec moi? ». L'Eldorado mythique, c'est cette question, posée avant la mort.

La réponse s'est lentement fabriquée durant le voyage, elle est maintenant claire pour Aguirre et le spectateur : tu es seul ! Tu es une civilisation, mais une civilisation seule ! D'où ce sentiment tout particulier que peut ressentir à ce moment le spectateur, cette extase triste, qui est exactement celle, à la larme près, produite par les tableaux d'Edward Hopper dans les années 1940.

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • L'histoire du conquistador Aguirre, inspirée notamment des chroniques de Gaspar de Carvajal (comme indiqué au début du film), est authentique mais la réalité est quelque peu différente de la fiction du film : loin de se perdre sur l'Amazone comme le laisse croire la fin du film, il parvint jusqu'à l'Atlantique avec sa troupe et attaqua les possessions espagnoles.
  • Au début du film, Aguirre donne à sa fille un petit paresseux.
  • Le film fut tourné en six semaines au Pérou[1].
  • Les scènes des rapides ont été réalisées sur des rapides extrêmement dangereux, les techniciens étaient attachés par des cordes aux radeaux et Werner Herzog ainsi que son opérateur furent à la merci des vagues et des tourbillons[1].
  • Klaus Kinski était tellement hystérique sur le plateau de tournage qu'il fit peur aux indiens à chaque fois qu'il se disputait avec Herzog[1].
  • Un jour, Kinski demanda à Herzog de renvoyer sans raison des membres de l'équipe. Ayant refusé, le réalisateur s'est attiré les foudres de l'acteur et celui-ci menaça de quitter le plateau. Herzog dit alors à l'acteur que s'il faisait mine de partir il le ferait fusiller et Kinski se mit alors à hurler « Police! » au milieu de la jungle. Il n'y avait pas un village à moins de 650 km[1].

Lieux de tournage[modifier | modifier le code]

Récompenses et distinctions[modifier | modifier le code]

Nominations

Critique[modifier | modifier le code]

Le film classé comme meilleur film de tous les temps selon la presse sur le site « Allociné » à égalité avec Les Moissons du ciel de Terrence Malick, Le Dictateur de Charlie Chaplin, Les Chaussons rouges de Michael Powell et Emeric Pressburger, Il était un père de Yasujirō Ozu, L'Éventail de Lady Windermere d'Ernst Lubitsch, E.T. l'extra-terrestre de Steven Spielberg, Le Mécano de la « General » de Clyde Bruckman et Buster Keaton, Les Poings dans les poches de Marco Bellocchio, El Topo d'Alejandro Jodorowsky, In girum imus nocte et consumimur igni de Guy Debord, Mon oncle de Jacques Tati, Voyage au bout de l'enfer de Michael Cimino et Kagemusha, l'Ombre du guerrier d'Akira Kurosawa ; ces 14 films ayant obtenus la note critique maximale de 5 étoiles.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Stephen Brockmann, « Aguirre, der Zorn Gottes (1972): Film and the Sublime », in: A Critical History of German Film, série Studies in German literature, linguistics, and culture, Rochester, NY : Camden House, 2010, pp. 329-341 (ISBN 978-1-57113-468-4)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Pierre Tchernia, Jean-Claude Romer; 80 grands succès du cinéma d'aventures, Edition Casterman,1988, ISBN 2-203-29804-9

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Fitzcarraldo (1982), du même Werner Herzog ; l'époque du film y est différente mais on y retrouve les mêmes environnements de jungle et conditions de tournage.
  • El Dorado (1988), film de Carlos Saura consacré également à l'épopée de Lope de Aguirre

Liens externes[modifier | modifier le code]