Heiner Müller

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Heiner Müller

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Heiner Müller prononce un discours lors d'une manifestation de protestaton sur la Alexanderplatz, le 4 novembre 1989, peu avant la chute du Mur de Berlin.

Nom de naissance Reimund Heiner Müller
Naissance 9 janvier 1929
Eppendorf
Décès 30 décembre 1995 (à 66 ans)
Berlin
Langue d'écriture Allemand
Genres écrivain, dramaturge

Œuvres principales

Hamlet-machine, La Mission, Quartett

Heiner Müller (9 janvier 1929 à Eppendorf (Saxe) - 30 décembre 1995 à Berlin) est un dramaturge, directeur de théâtre, et poète est-allemand.

Après la Seconde Guerre mondiale, il choisit de rester dans la RDA naissante, pour des raisons politiques et personnelles. Néanmoins, dès le début des années 60, son œuvre est soumise à la censure, et sa reconnaissance se fera essentiellement à l'Ouest.

Il consacre son écriture principalement au théâtre, avec en particulier des réécritures d'anciens mythes ou d'anciennes pièces, avec par exemple Hamlet-machine, Philoctète, Horace, Anatomie Titus Fall of Rome, Médée-matériau. Considéré comme post-moderne, son œuvre est souvent vue comme pessimiste, voire cynique, et comme faisant une analyse du déclin de l'Occident et de ses échecs, notamment politiques.

Biographie[modifier | modifier le code]

Heiner Müller nait en 1929 en Saxe. Son père est adhérent au SPD allemand, et est arrêté en 1933 par le régime nazi, ce qui marque fortement le jeune Heiner, qui raconte plus tard cet épisode dans la nouvelle Le Père. Après cette arrestation, Heiner Müller ressent l'exclusion que lui font subir les autres enfants. Il est autorisé à aller le voir avec sa mère dans le camp où il est interné. Á cette période, sa mère cherche du travail, avec peine, et devient couturière dans une usine. Son père est autorisé à rentrer chez lui en 1934.

De 1939 à 1947 il vit avec ses parents à Waren (Müritz). Il y travaille à la bibliothèque. En 1946, il adhère au SPD. Néanmoins, il semble vite déçu, et sera jusqu'à la fin des années 1980 surveillé par la Stasi. À partir de 1950, il écrit des critiques littéraires pour les magazines Sonntag et Aufbau. À partir de 1958, il travaille au théâtre Maxime Gorki et ses premières pièces commencent à être représentées. Après la construction du Mur de Berlin en 1961, sa pièce La Déplacée est interdite et il est exclu de l'Union des Écrivains[1]. Sa pièce Mauser est censurée en Allemagne de l'Est et ne sera jouée qu'en 1970 aux États-Unis.

Il fait partie des intellectuels ayant appelé au soulèvement du peuple en Allemagne de l'Est et prononce notamment un discours devant la foule à Berlin Est le 4 novembre 1989, quelques jours avant la chute du Mur.

À partir de la fin des années 1980, il devient metteur en scène et met lui-même en scène ses pièces au Deutsches Theater de Berlin. Durant les dernières années de sa vie, il met en scène sa pièce Quartett, Arturo Ui de Brecht et le Tristan und Isolde de Wagner à Bayreuth.

Il meurt le 30 décembre 1995 des suites d'un cancer de la gorge.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Post-modernisme[modifier | modifier le code]

Hamlet-machine de Müller s'ouvre sur la fameuse fin de la culture européenne : « J'étais Hamlet. Je me tenais sur le rivage et je parlais avec le ressac BLABLA, dans le dos les ruines de l'Europe».

Le théâtre de Müller est majoritairement constitué de réécritures d'anciens mythes. Le dramaturge établit ce qu'il appelle un "dialogue avec les morts". Sophocle, Euripide, Shakespeare (Hamlet machine) ou encore Laclos (Quartett) sont successivement invoqués.

Interrogé sur ce qui constitue pour lui le véritable théâtre post-moderne, Müller répond sur le ton de la dérision : « Le seul postmoderniste que je connaisse est August Stramm qui était un moderniste et travaillait dans une poste ».

Écriture[modifier | modifier le code]

Quand on lui demande pourquoi il écrit, Heiner Müller répond que c'est une question très noble à laquelle il a une réponse très primitive : s'il n'écrit pas, il ne peut pas dormir. L'écriture est pour lui quelque chose de thérapeutique. Il déclare également chercher à briser les illusions des spectateurs, et ne veut pas que les personnes sortent heureuses de ses pièces, mais se sentent très seules[2].

Positionnement politique et réception de l’œuvre[modifier | modifier le code]

Le positionnement politique de Heiner Müller est complexe, ce qui a entraîné des erreurs d'interprétation à l'Est comme à l'Ouest. Le dramaturge étant censuré en Allemagne de l'Est depuis le début des années 60, ses pièces ne sont plus jouées en Allemagne de l'Est ; elles sont publiées en version papier, mais ne sont alors lues que par une petit nombre de personnes, car leur publication n'est relayée par quasiment aucune organe de presse. Ainsi, quand elles sont jouées en Allemagne de l'Ouest, où elles sont acclamées à partir des années 70, les pièces de Heiner Müller sont souvent présentées comme des œuvres d'opposant au régime de la RDA, ce qu'il a pourtant toujours récusé[3].

Réception en RDA[modifier | modifier le code]

Heiner Müller voulait, aux débuts de son travail dramaturgique, montrer réellement la RDA, sans être critique ni louangeur. Sa pièce L'homme qui casse les salaires (1957) est bien accueillie par la presse communiste, qui y voit un exemple de pièce contribuant à l'édification du socialisme ; mais la mise en scène que Müller fera lui-même en 1991 montre qu'une seconde lecture est possible, montrant selon lui « la naissance d'un État malade dès sa naissance »[4]. La polémique éclate lors de la création de La Déplacée (1961), qui a pour sujet les réformes agraires en cours en RDA. Heiner Müller est alors traité par la presse communiste de « Beckett de l'Est » ou de « réactionnaire »[4].

Sa volonté de montrer réellement la construction de la RDA l'amène à entrer en conflit avec les discours officiels. Mais Heiner Müller continue de monter certaines pièces, tandis que d'autres restent censurées. La pièce Oedipe-Tyran est jouée au Deutsches Theater en 1967, et semble rentrer dans la perspective de l'intérêt pour la relecture des textes anciens, encouragé par le pouvoir politique, qui voulait engager les intellectuels à relire la tradition littéraire en regard de la nouvelle humanité en train de se construire[5]. Dans les années 70, le pouvoir politique desserre l'étau sur la culture. Ses pièces subissent différents traitements : la pièce Ciment est jouée au Berliner Ensemble en 1973 ; Macbeth, très critiquée, est interdite de mise en scène mais est publiée en revue ; Mauser reste interdite jusqu'à la fin de la RDA. Le positionnement critique de Müller sert surtout au pouvoir à créer un alibi démocratique, tout relatif étant donné que les censures persistent[6].

A partir des années 80, avec son succès grandissant à l'Ouest, les autorités ne peuvent plus l'ignorer. En 1980, il peut monter la pièce La Construction. Ses mises en scène ont un certain succès, qui s'explique en partie par le fait que le théâtre permettait un ersatz de débat politique, impossible ailleurs ; le public est alors en quête d'allusions politiques, ce qui entraîne un attrait pour les auteurs précédemment censurés. Müller est élu en 1984 à l'Académie des Arts de la RDA. Il reçoit l'année suivante le Prix National de la RDA, plus grande récompense attribuée à un écrivain. Il réintègre en 1988 l'Union des Écrivains[7]. En 1988 et 1989, ses pièces Mauser, Hamlet-machine, Germania Mort à Berlin, Quartett, Vie de Gundling paraissent et sont mises en scène pour la première fois[8].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Hamlet-machine (précédé de Mauser, Horace, Herakles 5, le Père, Deux lettres, Avis de décès, Adieu à la pièce didactique, Autoportrait deux heures du matin le 20 aout 1959, Projection 1975), Minuit, 1979.
  • La Mission (suivi de Prométhée, Vie de Gundling, Frédéric de Prusse sommeil rêve cri de Lessing), Minuit, 1982.
  • La Comédie des femmes, Éditions Théâtrales, 1985.
  • Germania. Mort à Berlin (avec Rivage à l’abandon, Matériau-Médée, Paysage avec Argonautes, Paysage sous surveillance, Pièce de cœur, Poèmes, Le Dieu Bonheur), Minuit, 1985.
  • Quartett, Minuit, 1985.
  • La Bataille (avec Rapport sur le grand-père, Boucher et Femme, La croix de fer, Histoire d'amour, Libération de Prométhée, Héracles II ou L'hydre, Le Duel, La Route des chars), Minuit, 1987.
  • Ciment (avec La Correction), Minuit, 1991.
  • Anatomie Titus fall of Rome, Minuit
  • Bertolt Brecht, Fatzer, fragment, L’Arche, 1992.
  • Philoctète, Ombres, 1994, Rééd. Minuit, 2009.
  • Le Briseur de salaires, Circé, 1996.
  • Germania 3. Les spectres du mort-homme, L’Arche, 1996.
  • Le Briseur de salaires. La Construction. Tracteur, Éditions Théâtrales, 2000
  • Médée Materiau adaptée en un opéra Medeamaterial (1991) par Pascal Dusapin
  • L'Opéra du Dragon, 1968
  • Macbeth d'après Shakespeare, 1971, traduction de Jean-Pierre Morel Éd. Minuit.

Essais et entretiens[modifier | modifier le code]

Stèle funéraire d'Heiner Müller au cimetière de Dorotheenstadt de Berlin.

Études sur Heiner Müller[modifier | modifier le code]

  • Christian Klein, Heiner Müller ou l'idiot de la république, le dialogisme à la scène, Berne, 1992
  • Jean-Pierre Morel, L'hydre et l'ascenseur. Essai sur Heiner Müller, coll. « Penser le théâtre », Circé, 1996.
  • Florence Baillet, Heiner Müller,‎ 2003 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Florence Baillet, L'utopie en jeu. Critique de l'utopie dans le théâtre allemand contemporain, article Une utopie négative ? Hamlet-machine de Heiner Müller p. 67-103, Paris, CNRS Éditions, 2003.
  • Heiner Müller Handbuch, sous la direction de Hans-Thies Lehmann et Patrick Primavesi, Metzler Verlag, 2003.
  • Thomas Zenetti, Du texte-hydre au texte-sphinx, les inserts dans le théâtre de Heiner Müller, Berne, 2007.
  • Francine Maier-Schaeffer, Les Métamorphoses du Dieu Bonheur. Heiner Müller, Bertolt Brecht et l'écriture de fragment, PUPS, 2012.

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]