Patrice Chéreau

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Chéreau)
Aller à : Navigation, rechercher
Patrice Chéreau au Festival de Venise 2009.

Patrice Chéreau, né le 2 novembre 1944 à Lézigné (Maine-et-Loire), est un metteur en scène de théâtre et d'opéras, réalisateur et scénariste de cinéma puis un acteur français. Ses travaux combinent recherches plastiques, réflexions politiques et exploration des obsessions humaines.

Sommaire

[modifier] Biographie

[modifier] Jeunesse

Il est né à Lézigné, en Maine-et-Loire, le 2 novembre 1944. Il compte parmi ses ancêtres, Edmé Claude Laurent Brière de l'Isle (1779-1849), par ailleurs père du général Brière de l'Isle, qui eut trois fils de Cythère, une jeune métisse libre, enfants qu'il devait ultérieurement reconnaître.

Patrice Chéreau est le fils cadet d'un couple de peintres. Installés à Paris, ses parents le sensibilisent à l'art et la culture en l'emmenant régulièrement visiter des expositions et assister à divers spectacles. Il entre au lycée Louis-le-Grand et rejoint la troupe de théâtre de son établissement[1]. Être acteur ne lui suffit pas : il met en scène les spectacles de lycéens et se lance dans la conception des décors et des costumes. Par la suite, il étudie l'allemand et les lettres classiques au niveau supérieur avant de se consacrer définitivement à la scène.

[modifier] Les débuts au théâtre

En 1966, à 22 ans, dans la France d'avant-Mai 68, il prend la direction du Théâtre de Sartrouville. Comme la plupart de ses compagnons, il s'engage dans un théâtre politique où il affiche des positions affirmées. En 1965, il met en scène L'Héritier de village de Marivaux puis l'année suivante une pièce de Labiche : L'Affaire de la rue de Lourcine. Il assure également la mise en scène des Soldats de Jakob Michael Reinhold Lenz en 1967.

La faillite, en 1969, du Théâtre de Sartrouville, pousse Patrice Chéreau vers l'Italie, où il intègre le Piccolo Teatro de Milan. Il travaille en même temps en France, où il se met en scène, à Marseille, dans Richard II de William Shakespeare. Puis de 1971 à 1977, il dirige avec Roger Planchon et Robert Gilbert le Théâtre National Populaire de Villeurbanne auquel il donne de nouvelles ambitions, proches des idéaux de mai 68.

En 1976, Patrice Chéreau vit une expérience exceptionnelle : la mise en scène de la Tétralogie de Richard Wagner, à la demande de Pierre Boulez, pour le centenaire de l'Opéra de Bayreuth, sanctuaire du compositeur allemand. Son travail sur L'Anneau du Nibelung de Wagner pour le « Ring du centenaire » (1976 à 1980) au Festival de Bayreuth le rend célèbre sur le plan international. En 1979, Boulez fait à nouveau appel à lui pour la mise en scène de Lulu d'Alban Berg.

Son fécond travail de metteur en scène est largement reconnu en Europe pour son goût de l'innovation esthétique. Son écriture visuelle laisse une place importante au mystère, à la fantasmagorie et à l'hyper-expressivité des corps, mêlant sensualité et jeu d'acteurs archaïque[2]. Héritier, comme ses confrères Bernard Sobel, Ariane Mnouchkine, Roger Planchon et Giorgio Strehler de Bertold Brecht pour la notion de distanciation et d'art engagé ou d'Antonin Artaud pour l'idée de théâtre de la cruauté[3], Chéreau franchit, pour certains critiques, une étape décisive dans la représentation théâtrale et donne une nouvelle signification à l'espace scénique tant par la réflexion artistique qu'il propose que par l'immense succès que rencontrent ses créations[4]. Son univers plastique trouve une sphère d'influence assez large : il reconnaît notamment l'expressionnisme allemand et l'œuvre d'Orson Welles (qu'il découvrit dans sa jeunesse à la cinémathèque) comme des modèles fondateurs[4].

[modifier] Ses premiers films

Pour Chéreau, le cinéma garde en commun avec le théâtre l'unité de lieu et de temps : les scènes deviennent à l'écran des séquences. Mais pour lui le cinéma permet de mieux mettre en valeur les émotions picturales de son enfance et de mieux illustrer les tourments de l'âme. Il invente donc un cinéma singulier, sensible à certaines recherches stylistiques et oscillant entre grand spectacle flamboyant et intimisme. Ses réalisations cinématographiques ne sont reconnues que tardivement. Son premier long métrage, La Chair de l'orchidée, adapte avec liberté, en 1974, le roman éponyme de James Hadley Chase et élabore un univers à la lisière du fantastique, privilégiant les thèmes du désir, de la folie et de la mort.

Son deuxième film, en 1978, Judith Therpauve avec Simone Signoret dans le rôle-titre, bien que très dense et voulu ancré dans une réalité sociale contemporaine, semble pourtant être son œuvre la moins aboutie.

[modifier] Les Amandiers

De 1982 à 1990, Chéreau dirige la maison de la culture de Nanterre, devenue Théâtre Nanterre-Amandiers, Centre dramatique national à son arrivée. En 1983, après Combat de nègre et de chiens, de son ami Bernard-Marie Koltès dont il fait connaître l'œuvre, il monte Les Paravents de Genet en farce sulfureuse, utilisant la salle comme extension de la scène[5]. Il alterne avec bonheur le classique (Marivaux, Mozart...) et le contemporain. Il trouve également le temps de se consacrer à sa carrière d'acteur, interprétant Camille Desmoulins dans Danton d'Andrzej Wajda et Napoléon dans Adieu Bonaparte de Youssef Chahine.

Durant cette période, il réalise son film le plus personnel, L'Homme blessé en 1983 qui dérange pour sa peinture désenchantée d'une époque puis par l'évocation d'une crise d'identité sexuelle. Pour ce film, il obtient, avec Hervé Guibert, le César du meilleur scénario original en 1984. En 1987, il présente au Festival de Cannes Hôtel de France, transposition du Platonov de Tchekhov dans une époque moderne. Le film est interprété par la jeune génération des comédiens formés aux Amandiers dont Valeria Bruni Tedeschi, Laurent Grévill, Bruno Todeschini, Marianne Denicourt, Agnès Jaoui et Vincent Perez. L'année suivante, il montre au Festival d'Avignon sa mise en scène d'Hamlet de Shakesperare qui fait date pour la prestation de Gérard Desarthe dans le rôle-titre puis pour l'inclusion de morceaux de musique contemporaine dans le déroulement de la tragédie[5]. Le travail de Chéreau est récompensé par un Molière en 1989. C'est à cette époque que Pascal Greggory devient son compagnon et l'un de ses acteurs fétiches[6].

[modifier] La maturité

Jiang Wen et Patrice Chéreau en 2008 à Deauville

À la fin de la saison 1989-1990, Chéreau quitte le théâtre des Amandiers. Il se consacre à l'opéra (Wozzeck, de Berg, 1993 ; Don Giovanni, de Mozart, 1994) et à la préparation d'une fresque cinématographique sur le massacre de la Saint-Barthélémy, La Reine Margot. Ce film à grand spectacle, sanglant, shakespearien et porté par l'interprétation d'Isabelle Adjani, est tiré d'un roman d'Alexandre Dumas. Le scénario a été écrit sur quatre ans en collaboration avec Danièle Thompson. L'œuvre reçoit deux récompenses à Cannes en 1994 : le Prix du jury et le Prix d'interprétation féminine pour Virna Lisi qui tient le rôle de Catherine de Médicis. Puis, l'année suivante, La Reine Margot gagne cinq trophées lors de la 20e Cérémonie des Césars dont ceux de la meilleure actrice pour Isabelle Adjani et des meilleurs seconds rôles féminin et masculin pour Virna Lisi et Jean-Hugues Anglade.

En parallèle, Chéreau met en scène à l'Odéon, Le Temps et la Chambre de Botho Strauss puis une nouvelle version de Dans la solitude des champs de coton, de Bernard-Marie Koltès, en 1995.

Il réalise alors Ceux qui m'aiment prendront le train qui le gratifie d'un César en 1999. En 2000, il tourne, pour la première fois à l'étranger et en anglais, Intimité, tiré de certains récits d'Hanif Kureishi, qui rencontre le succès auprès du public. Absent de la sélection cannoise, il remporte l'Ours d'or à Berlin en 2001 et vaut à Kerry Fox l'Ours d'argent de la meilleure actrice. Le film obtient également le Prix Louis-Delluc en 2002. Ce drame traite de l'échec d'une relation amoureuse et prend pour trame de départ l'histoire de deux personnes égarées ne connaissant rien l'une de l'autre mais réunies chaque semaine pour avoir des rapports sexuels.

Chéreau met ensuite en scène l'un de ses plus grands triomphes aux Ateliers Berthier du Théâtre de l'Odéon : Phèdre de Racine. Sa mise en scène fait exploser la diction de l'alexandrin classique. Le rôle-titre est confié à Dominique Blanc et celui de Thésée à Pascal Gregory.

En 2003, avec la sortie de Son frère, adapté d'un roman de Philippe Besson, il dépeint avec pudeur et retenue le drame d'une famille divisée face à la mort imminente d'un de ses membres. En 2005, il revient au film à costume avec Gabrielle, adapté d'une nouvelle de Joseph Conrad, qui plonge Pascal Gregory et Isabelle Huppert dans le néant sentimental d'un couple de bourgeois du début du XXe siècle. Ce huis clos, porté par des dialogues énigmatiques et une atmosphère sépulcrale, développe une esthétique post-moderne, alternant le noir et blanc et la couleur et utilisant des cartons comme dans le cinéma muet. Sur le plan thématique et visuel, le film fait également référence à Marcel Proust, Ingmar Bergman, Luchino Visconti et à l'opéra expressionniste.

En 2006, le Ministre de la culture Renaud Donnedieu de Vabres le nomme président de la Fémis, qu'il quitte quelques mois plus tard, « la mort dans l'âme », au motif d'un emploi du temps surchargé[7]. Le cinéaste Claude Miller lui succède à ce poste.

En décembre 2007, il met en scène Tristan et Isolde de Richard Wagner à la Scala de Milan sous la direction de Daniel Baremboim.

En mars 2008, il a fait partie de la Commission présidée par Hugues Gall et chargée par Christine Albanel, alors ministre de la Culture, de pourvoir le poste de directeur de la Villa Médicis à Rome.

En 2009, il présente Persécution, son nouveau film, à la Mostra de Venise.

En 2010, Chéreau est invité à concevoir une exposition au musée du Louvre. Il met alors en scène, dans une scénographie particulière qui évoque à la fois l'histoire de la peinture et son univers intime, une quarantaine de tableaux issus des collections du musée du Louvre, du Centre Georges-Pompidou et du musée d’Orsay. Pour l'occasion, il donne, au Louvre, une représentation exceptionnelle de Rêve d’Automne de Jon Fosse avec Valeria Bruni-Tedeschi, Marie Brunel, Pascal Greggory, Michelle Marquais, Bulle Ogier, Clément Hervieu-Léger, Alexandre Styker et Bernard Verlet[8].

Patrice Chéreau travaille actuellement sur l'adaptation d'un roman de Laurent Mauvignier, Des hommes [9].

[modifier] Engagement politique

En mars 2007, il signe avec 150 intellectuels un texte qui appelle à voter pour Ségolène Royal, « contre une droite d’arrogance », pour « une gauche d’espérance[10] ». Après avoir soutenu François Mitterrand en 1981 et 1988 puis Lionel Jospin en 1995 et 2002, il reste fidèle au camp socialiste.

[modifier] Filmographie

[modifier] Réalisateur

[modifier] Scénariste

[modifier] Acteur

[modifier] Mises en scène de théâtre

1966-1969 Directeur du Théâtre de Sartrouville
1970-1972 Travail au Piccolo Teatro Milan
1972-1981 Co-directeur du TNP Villeurbanne
1982-1990 Co-directeur du Théâtre des Amandiers Nanterre

[modifier] Mises en scène d'opéras

[modifier] Distinctions

[modifier] Prix et nominations

Cinéma
Théâtre

[modifier] Références

  1. Georges Friedenkraft, Article « Patrice avant Chéreau », Nouvelles Rive Gauche, 1990, 154, 16-17
  2. Article sur Patrice Chéreau dans l'Encyclopœdia Universalis
  3. Article sur le théâtre occidental contemporain dans l'Encyclopœdia Universalis
  4. a et b Site du ciné-club de Caen : article sur Patrice Chéreau
  5. a et b Article Encarta sur Patrice Chéreau
  6. (en) Patrice Chéreau: 'It's OK to be hated' dans The Guardian du 25 avril 2011.
  7. http://tf1.lci.fr/infos/culture/0,,3410519,00-patrice-chereau-renonce-presidence-femis-.html
  8. Chéreau au Louvre
  9. Le Magazine Littéraire
  10. « Avant qu'il ne soit trop tard », Le Nouvel Observateur, 1er mars 2007.
  11. (de) Patrice Chéreau - Seit 2003 Mitglied der Akademie der Künste, Berlin, Sektion Darstellende Kunst]

[modifier] Bibliographie

[modifier] Liens externes


Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Navigation
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils
Autres langues