Ariane Mnouchkine

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Ariane Mnouchkine

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Ariane Mnouchkine

Naissance 3 mars 1939 (75 ans)
Boulogne-Billancourt,
Drapeau de la France France
Activité principale Metteur en scène de théâtre, réalisateur et scénariste de cinéma, actrice
Style Théâtre, cinéma
Années d'activité 1961 – maintenant
Site internet Site officiel du Théâtre du Soleil

Ariane Mnouchkine, née le 3 mars 1939 à Boulogne-Billancourt, est metteur en scène de théâtre et animatrice de la troupe qu'elle a fondée en 1964, le Théâtre du Soleil. Elle est également scénariste et réalisatrice de films. Elle réside à Montrouge (Hauts-de-Seine).

Biographie[modifier | modifier le code]

Ariane Mnouchkine est la fille du producteur Alexandre Mnouchkine, qui nomma sa société de production cinématographique Les Films Ariane.

Elle fait ses débuts au théâtre en participant, en octobre 1959, à la création de l'Association théâtrale des étudiants de Paris (ATEP) à la Sorbonne. Parmi les membres de cette association, on peut compter : Philippe Léotard, Jean-Claude Penchenat, Martine Franck, Myrrha Donzenac, Françoise Tournafond, Gérard Hardy, Jean-Pierre Tailhade et Roberto Moscoso. Ariane Mnouchkine fonde ensuite, aux côtés de plusieurs membres de cette association, le Théâtre du Soleil, en 1964. Le théâtre s'installe à La Cartoucherie de Vincennes en 1970.

Le Théâtre du Soleil[modifier | modifier le code]

Le Théâtre du Soleil est fondé comme une coopération de travailleurs dans un esprit communautaire. Sa structure collective, une pratique héritée des années 1960 qui s'est dissoute avec l'avènement des années 1980, jouit d'une longévité particulière. Quelques-uns de principes régissant le fonctionnement de la compagnie ont marqué les esprits : même salaire pour tous, maquillage en public, soupe servie aux spectateurs, Ariane déchirant elle-même les tickets à l'entrée[1]...

Ariane Mnouchkine s'est par la suite distinguée par le choix des sujets abordés, donnant souvent à réfléchir sur la condition humaine, et surtout par ses mises en scènes très visuelles (ses fameux décors en mouvement présentant la scène sous différents angles, par exemple), soutenues par une véritable « bande-son », omniprésente, jouée en direct (sur le bord de la scène) par l'homme-orchestre Jean-Jacques Lemêtre, avec lequel elle collabore depuis 1979. Ces sujets présentent souvent des drames qui bouleversent ou ont bouleversé la planète pour faire du théâtre un moyen d'éclaircir l'histoire de notre temps : l'intégrisme dans Tartuffe, la lâcheté politique dans Tambours sur la Digue.

En 2003, le Théâtre du Soleil monte Le Dernier Caravansérail (Odyssées), constitué de deux volets (Le Fleuve Cruel et Origines et Destins), narrant des épisodes de la vie de tous les jours, en Afghanistan, dans le Nord de la France à Sangatte, où des réfugiés tentent d'entrer clandestinement en Angleterre, en espérant y trouver une vie qui leur est inaccessible dans leur pays d'origine. Les Éphémères, spectacle créé en 2006, également en deux parties (près de 3 h 15 par partie, ici nommées « recueils »), se déroule cette fois-ci en France. Ariane Mnouchkine, rompant provisoirement avec les grandes épopées, y met en scène de multiples tranches de vie, selon un rythme sans cesse brisé par une alternance de scènes hilarantes, mordantes, poignantes.

Méthode, jeu et influences[modifier | modifier le code]

Dans un esprit communautaire présent dès les débuts du Théâtre du Soleil, Ariane Mnouchkine a pour coutume d'être présente en début et fin de spectacle, et ce, à chaque représentation. Ariane Mnouchkine n'effectue jamais de travail sur table. Elle ne distribue pas les rôles, elle n'impose pas de personnages à ses acteurs, car ce sont eux-mêmes qui travaillent des situations, des états, et non pas des émotions.

Pour Brigitte Rémer, Ariane Mnouchkine, à l'instar du metteur en scène britannique Peter Brook, est chef de file d'une « de ces troupes qui, comme des conclaves, se retirent du monde afin de construire, de manière intense et intime, leurs spectacles, avant de convoquer le public lorsqu'ils sentent qu'il est temps ». Aux dires de ses acteurs, « elle est le grand catalyseur, l'ordonnateur » qui fait que tout se coordonne et fonctionne[2].

Ses premiers grands succès sont La Cuisine d'Arnold Wesker (1967), puis 1789 (1970) et L'Âge d'or (1975), des créations collectives. Elle met ensuite en scène des classiques (Molière, Shakespeare, etc.) et des auteurs contemporains (Hélène Cixous, Arnold Wesker, etc.), en s'inspirant souvent des traditions orientales (théâtre indien, japonais, etc.)[3]. Ariane Mnouchkine affirme que le théâtre oriental est le vrai théâtre. Contrairement au théâtre occidental, qui n'a su que créer des formes réalistes, le théâtre oriental l'attire vraiment, c'est ainsi qu'elle s'inspire surtout des formes asiatiques telles que le Kabuki, le et le Bunraku.

Le théâtre d'Ariane Mnouchkine s'inscrit dans les traditions du théâtre de Vilar, Brecht ou Hegel, un théâtre qui renoue la nécessité du rapport entre théâtre et société.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Au cinéma, elle participe en 1964 au scénario de L'Homme de Rio de Philippe de Broca. Puis, avec le Théâtre du Soleil, elle se lance d'abord en 1974 dans la captation filmée de leur spectacle 1789. Elle pousse l'ambition plus loin et réalise en 1978 une grande fresque, imposante, fougueuse et somptueuse, de Molière (avec Philippe Caubère dans le rôle-titre), qui sera ultérieurement diffusée en 1981 à la télévision sous forme d'une série de cinq épisodes d'une heure sous le titre Molière, ou la vie d'un honnête homme (le film sortira ensuite en DVD en 2004). Elle adapte, toujours pour la télévision, deux pièces d'Hélène Cixous, La Nuit miraculeuse en 1989 et Tambours sur la digue en 2003.

En 2011, à l'occasion du tournage du film tiré des Naufragés du Fol Espoir, Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil inaugurent le concept de « DVD-mécène » et lancent une souscription auprès du nombreux et fidèle public de la compagnie[4], afin de ne pas devoir sacrifier l'art aux contraintes de temps.

Engagement politique[modifier | modifier le code]

Nommée le 25 juillet 2007, par les membres du Collège de France, professeur associé pour une période de douze mois à la chaire de Création artistique, elle refuse d'abord le poste, croyant le devoir à Nicolas Sarkozy, avant d'envisager de l'accepter, ne voulant « pas faire de caprice auprès de gens qu['elle] admire et qu['elle] aime[5] », pour finalement le décliner[6].

Artiste engagée depuis toujours, elle signe en 2007 avec 150 intellectuels un texte qui appelle à voter pour Ségolène Royal, « contre une droite d’arrogance », pour « une gauche d’espérance[7] ». Elle aurait par ailleurs (ainsi que Didier Bezace), dispensé quelques conseils à l'ancienne candidate à l'élection présidentielle sur sa gestuelle, lors de la première Fête de la Fraternité, en septembre 2008, au Zénith de Paris[8].

Elle a rejoint le comité de soutien de l'Association Primo Levi, qui gère un centre de soins à Paris, destiné à des personnes ayant été victimes de la torture et de la violence politique dans leur pays d’origine et aujourd’hui réfugiées en France[9].

En 1997, elle réalise Et soudain, des nuits d'éveil, spectacle qui traite, selon Liban Laurence et Maria Shevtsova, de l'occupation du Tibet par les Chinois[10],[11] et ce qu'elle appela en 2002 « l’oppression chinoise au Tibet »[12]. Elle signe un appel demandant la libération de Ngawang Sangdrol[13], et un autre demandant qu'une délégation du Comité des droits de l'enfant de l'ONU rende visite à un enfant tibétain en résidence surveillée depuis 1995 en Chine, Gedhun Choekyi Nyima, reconnu comme 11e panchen-lama par le 14e dalaï-lama[14]. En 2001, elle accueille dans son théâtre Moines danseurs du Tibet : monastère de Shechen, un spectacle organisé à l'occasion du nouvel an tibétain. Simultanément au même endroit, il y eut des rencontres avec Matthieu Ricard, des tibétologues et des historiens d'universités française et étrangères, et même des dissidents chinois, sur le thème, « Faut-il vraiment danser avec la Chine ? »[15]. En mars 2008, elle a co-animé, avec le Collectif Chine JO 2008, une opération appelant les coureurs du Marathon de Paris « à se mobiliser pour les droits de l'Homme en Chine et au Tibet »[16], et selon Le Figaro, les Français « à orner leurs vêtements d'autocollants invitant la Chine, pays organisateur des Jeux olympiques en 2008, à respecter les droits de l'Homme, après la répression des récentes manifestations de Tibétains par Pékin »[17],[18],[19].

Films[modifier | modifier le code]

Mises en scène[modifier | modifier le code]

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Paul Labourdette, Paris Spectacles, Petit Futé, 2007, 262 p., p. 148 (Théâtre du Soleil).
  2. Brigitte Rémer, Fragments d'un discours théâtral : entre singulier et pluriel, de l'individualité créatrice à l'œuvre collective, Paris, Harmattan,‎ 2002, 356 p. (ISBN 978-2-7475-2910-5), p. 85.
  3. (en) Robert Barton et Annie McGregor, Theatre in your life, Australia Boston, Wadsworth Cengage Learning,‎ 2012, 512 p. (ISBN 978-0-4959-0197-6), p. 371 : « She has directed four Asian-themed (Cambodian, Indian, Tibetan, and Chinese) plays by Hélène Cixous. »
  4. Fabienne Pascaud en résume la problématique et l'enjeu en ces termes dans l'hebdomadaire Télérama : « Vers une nouvelle responsabilité du spectateur-téléspectateur ? » (« Le courage du pire », Télérama, no 3201, 16 mai 2011). Voir aussi La présentation du film et l’appel sur le site de la compagnie.
  5. « Ariane Mnouchkine revient sur sa décision », Le Monde, 27 juillet 2007.
  6. « Ariane Mnouchkine renonce au Collège de France », Le Nouvel Observateur, 11 février 2008.
  7. « Avant qu'il ne soit trop tard », Le Nouvel Observateur, 1er mars 2007.
  8. Selon Dominique Besnehard, dont les propos sont rapportés dans un article du Parisien (« Les secrets du meeting de Royal », Le Parisien, 30 septembre 2008).
  9. Liste des membres du comité de soutien de l’association Primo Levi.
  10. Liban Laurence, Mnouchkine, l'alchimiste, L'Express, 5 février 1998. « A première vue, la pièce traite de l'occupation du Tibet par les Chinois. »
  11. (en) Maria Shevtsova, Ariane Mnouchkine in Tibet, PAJ (journal) (en) 63 (Volume 21, Number 3), September 1999 p. 72-78 « The Théâtre du Soleil's four-month run to packed houses of Et soudain, des nuits d'éveil (And Suddenly, Nights of Awakening) is a tribute to the Tibetans who, in exile abroad or in internal exile under Chinese occupation, stand for the cause of resistance against annihilation. »
  12. Entretien avec Ariane Mnouchkine, sur ARTE-TV, 13-12-02 : « Le spectacle que nous avons réalisé précédemment, « Et soudain, des nuits d’éveil ! » — dont le thème était l’oppression chinoise au Tibet — était au contraire très simple dans sa forme, presque quelconque, voire réaliste ».
  13. Comité de soutien au peuple tibétain, Liberté pour Ngawang Sangdrol, 23 septembre 2000.
  14. Appel pour le plus jeune prisonnier politique du monde, Site de France-Tibet.
  15. (en) Mireille Helffer, Preservation and Transformations of Liturgical Traditions in Exile: the Case of Zhe chen Monastery in Bodnath (Nepal), in Revisiting Rituals in a Changing Tibetan World, Katia Buffetrille, Brill's Tibetan Studies Library, 2012, (ISBN 9004235000 et 9789004235007), p. 155.
  16. FIDH, Rassemblement organisé sur le parcours du Marathon de Paris.
  17. Tibet: Mnouchkine lance un appel, Le Figaro, 22 mars 2008.
  18. Tibet: Ariane Mnouchkine lance un appel aux sportifs, France Info, 22 mars 2008.
  19. Claudia Patuzzi, Un chantier colossal (articles n. 2).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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