Gus Van Sant

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Gus Van Sant

Description de l'image  GusVanSant.png.
Nom de naissance Gus Van Sant Jr.
Naissance 24 juillet 1952 (61 ans)
Louisville, Kentucky, États-Unis
Nationalité Drapeau des États-Unis Américaine
Profession Réalisateur
Films notables Drugstore Cowboy
My Own Private Idaho
Will Hunting
Elephant
Harvey Milk

Gus Van Sant Jr. (né le 24 juillet 1952 à Louisville dans le Kentucky) est un réalisateur, directeur de la photographie, musicien et scénariste américain. Il vit à Portland, dans l'Oregon.

Biographie[modifier | modifier le code]

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Gus Van Sant est né à Louisville, Kentucky, aux États-Unis. Il est le fils de Betty Seay et Gus Green Van Sant, Sr. Son père gagne sa vie en confectionnant des vêtements[1] tout en voyageant régulièrement en tant qu'agent commercial.

Gus Van Sant sort diplômé de la Rhode Island School of Design en 1970. Durant ces années de découverte, il peint et réalise des courts-métrages autobiographiques. Parmi ses camarades de classe, se trouvent David Byrne et d’autres membres du groupe de rock Talking Heads[2].

Débuts (1978–1989)[modifier | modifier le code]

Matt Dillon, interprète de Mala Noche et de Prête à tout.

Gus Van Sant se rend à Los Angeles en 1976 et y tourne un court-métrage librement inspiré de William S. Burroughs, The Discipline of DE (1978). En 1981, il tourne un long-métrage qu'il est contraint de ramener à une durée de 45 minutes, Alice in Hollywood, histoire d'illusions perdues par une jeune fille tentant de percer à Hollywood. Aucun de ces films n'est remarqué.

Van Sant s’installe à New York pendant plus de deux ans et y travaille comme assistant de production dans une agence de publicité. Il décide alors d’adapter un court récit semi-autobiographique de Walt Curtis, Mala Noche et économise 22 000 dollars pour le financer. Filmé en 16 mm et en noir et blanc, le film, rattaché à la mouvance underground, raconte l’histoire d’un amour non réciproque entre deux clandestins mexicains. Van Sant se fait remarquer grâce à la présentation du film dans de nombreux festivals et à l'enthousiasme du Los Angeles Times qui nomme Mala Noche « Meilleur Film indépendant » de l'année 1985.

Il écrit ensuite ce qui deviendra le scénario de My Own Private Idaho : de nouveau un film sur des personnages qui habitent Portland, qui seront cette fois des prostitués, interprétés par des non professionnels[3]. Le film devrait coûter vingt fois plus cher que Mala Noche mais rester à moins de 500 000 dollars, un petit budget pour un film indépendant[3]. Mais le milieu de la prostitution tout comme certains choix de scénario (les plans oniques présents dans le film) rebutent la plupart des producteurs[3]. Gus Van Sant écrit alors un scénario de secours, celui de Drugstore Cowboy, qui est financé beaucoup plus facilement[3]. Le film, un road movie où quatre jeunes drogués à la recherche d'argent braquent des pharmacies afin de combler leur état de manque est réalisé en 1989. Le film connaît un grand succès et relance la carrière de Matt Dillon.

Succès artistique dans le milieu indépendant (1990–1995)[modifier | modifier le code]

Pendant la post-production de Drugstore Cowboy se répend la rumeur que Gus Van Sant serait « le « new hot director » du cinéma indépendant alors en pleine explosion[3]. » Il cherche alors de nouveau à faire financer le scénario de My Own Private Idaho[3]. Comme sa collaboration avec Matt Dillon s'est révélée fructueuse sur Drugstore Cowboy, il décide de tourner avec de jeunes acteurs professionnels qui commencent à être connus : Keanu Reeves vient de tourner dans le succès commercial Point Break et a déclaré vouloir jouer dans des films indépendants. Gus Van Sant le contacte et il donne rapidement son accord[3]. Le réalisateur a plus de difficultés avec River Phoenix, à qui il doit transmettre le scénario sans passer par son agent et qui ne consent à jouer dans le film qu'une fois certain que Reeves l'a aussi accepté[3]. En 1991, sort donc My Own Private Idaho, produit par New Line Cinema. Le film explore une relation complexe entre deux prostitués masculins tout en s'interrogeant sur les notions d'identité, d'amitié amoureuse et de famille. Il remporte le Prix du meilleur scénario aux Independent Spirit Awards et vaut à River Phoenix la Coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra de Venise[4].

Fort de ce succès grandissant, Van Sant entreprend d'adapter le roman de Tom Robbins, Even Cowgirls Get the Blues en 1993 avec Uma Thurman, John Hurt et Keanu Reeves. Plus gros budget du réalisateur à l'époque avec 8 millions et demi de dollars (trois fois celui de ses deux précédents films), le film est un échec critique et commercial[5] qui compromet un temps sa carrière.

Homme en costume, cheveux noirs, raie sur le côté, souriant vers le hors champs, assis à un bureau avec derrière lui un drapeau américain
L'homme politique homosexuel Harvey Milk sur qui Gus Van Sant tente de réaliser un film dès le milieu des années 1990 (le film ne sera finalement tourné qu'en 2008)

Après cet échec, Gus Van Sant se lance dans ce qui sera l'un de ses projets les plus lourds en termes de production : une biographie d'Harvey Milk, homme politique homosexuel assassiné en 1978 à San Francisco. Il développe le projet pour la Warner Bros. en collaboration avec Oliver Stone sur un scénario adapté de la biographie The Mayor of Castro de Randy Shilts publié en 1982[5]. C'est alors Robin Williams, particulièrement « bankable » après sont rôle dans le grand succès commercial Madame Doubtfire qui doit tenir le rôle titre[5]. Mais après plusieurs mois de travail, Van Sant n'arrive pas à se mettre d'accord sur un scénario avec Oliver Stone et la production. Le projet est abandonné plusieurs années[5].

Gus Van Sant, venant de subir un important échec commercial et devant surmonter la déception de l'arrêt de son film sur Harvey Milk, ressent alors le besoin de faire un nouveau film rapidement[5]. Il accepte une commande de Columbia Pictures, Prête à tout (To Die For), adaptation d'un roman de Joyce Maynard, lui même inspiré d'un fait divers célèbre aux États-Unis qui a occasionné le premier procès intégralement retransmis à la télévision[5]. Il s'agira de son premier film avec un budget important réalisé pour un grand studio[5]. C'est la première fois que Gus Van Sant réalise un film à partir d'un fait divers (même s'il s'inspire du livre où les noms des personnages ont été changés et rajoute des éléments de fiction) ; les films basés sur des événements réels, même s'ils sont vus à travers plusieurs filtres et réécrits, formeront une forte proportion de l'œuvre de Gus Van Sant[5]. Il s'agit ici d'une comédie grinçante sur les ambitions sans limites d'une jeune présentatrice météo jouée par Nicole Kidman. On retrouve également Matt Dillon dans le rôle du mari et un jeune frère de River Phoenix, Joaquin Phoenix dans l'un de ses premiers rôles. Le film est un immense succès qui permet au réalisateur de choisir les projets qui lui plaisent. Cette « métamorphose » en réalisateur hollywoodien n'est que l'une des premières transformations de ce cinéaste dont l'œuvre va connaître souvent des changements radicaux[6].

La même année, il s'essaie à la production et devient producteur exécutif de Larry Clark sur son film Kids[7]. Les deux cinéastes auront d'ailleurs en commun de filmer l'adolescence mais d'une manière très différente : quand Clark la filme de l'intérieur, d'une manière « brutale et vitaliste, » Van Sant « la magnifie dans une mélancolie mortifère[7]. »

La percée à Hollywood (1997–2002)[modifier | modifier le code]

En 1997, arrive la consécration avec Will Hunting (Good Will Hunting) dont Matt Damon et Ben Affleck sont à la fois les acteurs et les scénaristes. Cette histoire d’un fils de prolétaires turbulent, génie des mathématiques, remporte un succès critique et commercial planétaire avec 220 millions de dollars de recettes et plusieurs nominations aux Oscars, dont une pour le meilleur film et une pour le meilleur réalisateur. Le film remporte deux statuettes : Meilleur scénario pour Damon et Affleck et Meilleur second rôle pour Robin Williams.

Universal approche Van Sant et lui propose de choisir un film de son catalogue pour le réaliser. Ainsi Gus Van Sant réalise-t-il un remake de Psycho d’Alfred Hitchcock. Plutôt que de proposer une réinterprétation du film, Van Sant suit une démarche radicale et reproduit le film à l'identique, presque plan par plan, en optant toutefois pour la couleur et quelques ajouts.

Le film, sans être un échec, divise la critique et les cinéphiles. En revanche, il inspire le monde de l’art et la critique universitaire pour son discours sur l’influence, le modèle esthétique, la répétition et l'imitation[8].

La même année, il publie un roman Pink, une plongée autobiographique, sous couvert de fiction, dans le deuil impossible de River Phoenix, décédé brutalement en 1993.

Van Sant retrouve l’estime du public en 2000 avec À la rencontre de Forrester (Finding Forrester), drame narrant la rencontre d’un jeune lycéen du Bronx (Rob Brown) et d’un écrivain reclus et misanthrope interprété par Sean Connery.

Retour aux expérimentations et consécration (2002–2008)[modifier | modifier le code]

Désireux de revenir à un cinéma plus exigeant mais aussi plus minimaliste, Gus Van Sant s'entoure de Matt Damon et Casey Affleck qui s'inspirent très librement d'un fait divers afin d'écrire le scénario de Gerry, sorti en salles en 2002[9]. Ce film expérimental se veut proche du théâtre de l'absurde et va ostensiblement à rebours des codes dramaturgiques et esthétiques dominants de l'industrie hollywoodienne.[réf. nécessaire] Il suit les interminables déambulations, dans un désert, de deux hommes nommés Gerry dont on ignore le lien l'un à l'autre.

Pendant l'année de latence, avant la sortie de Gerry, Van Sant travaille sur son film suivant : Elephant. À la suite des sollicitations de la chaîne HBO et de l'actrice-productrice Diane Keaton[réf. nécessaire], il accepte d'adapter, en fiction, le massacre du lycée Columbine en 1999. Comme à son habitude, Van Sant déplace l'action dans sa ville natale de Portland où il fait jouer de nombreux adolescents non-professionnels, choisis sur place[10].

Le film raconte à travers le point de vue de plusieurs adolescents et sur l'espace d'une journée, la tragédie du massacre organisé dans un lycée. Éclairé par le chef opérateur de Gerry, Harris Savides, Elephant se conçoit comme une vision kaléidoscopique, labyrinthique et fondamentalement insaisissable de l'adolescence américaine et de ses dérives meurtrières.[réf. nécessaire] L'œuvre malmène la chronologie et se compose de nombreux plans de dos et de longs plans séquences aux travellings fluides et à la lumière très travaillée, marquant ainsi l'influence première du film de 1989 réalisé par Alan Clarke, également nommé Elephant. Le film déclenche une polémique lors de sa présentation au Festival de Cannes 2003 mais fait l'unanimité au sein du jury[réf. nécessaire] qui lui attribue la Palme d'or et le Prix de la mise en scène[11].

Gus Van Sant souhaite ensuite faire un film sur ce qu'ont pu être les derniers moments du chanteur du groupe Nirvana, Kurt Cobain avant son suicide en 1994[12]. Vivant alors à Portland, dans une maison « trop vaste pour [lui] », comparable par sa taille et son architecture à celle qu'habitait Cobain, il imagine que le chanteur a pu se sentir aussi mal que lui dans une demeure affichant ainsi ostensiblement sa « réussite sociale[12] ». Il suppose que c'est la raison pour laquelle Kobain « se terrait » dans sa maison[12]. Le film est produit sans difficultés par HBO, à la fois parce qu'il est très peu onéreux, et ensuite parce que l'idée d'un projet sur Kurt Cobain plait immédiatement à la chaîne[13].

Gus van Sant souhaite après ce film se rapprocher d'Hollywood[14]. Après avoir appris que Tom Hanks, dans une interview, a déclaré qu'il apprécie beaucoup son œuvre, il contacte l'acteur qui lui propose d'adapter How Starbucks Saved My Life (en), livre où Michael Gates, un ancien publicitaire, raconte comment après son licenciement il a commencé à travailler comme serveur pour Starbucks où il a pu se reconstruire[14]. Le projet n'avançant pas pour des problèmes de production, Gus Van Sant s'en détourne pour tenter de mettre en œuvre l'adaptation d'un roman de science-fiction d'Audrey Niffenegger, Le temps n'est rien[14]. Le film doit être produit par New Line, mais il est aussi retardé par des problèmes de production[14],[15].

Van Sant produit ensuite avec l'aide de MK2, en 2006, Paranoid Park adapté du roman éponyme de Blake Nelson. Un jeune adolescent, adepte de skateboard, provoque la mort accidentelle d'un agent de sécurité et doit faire face à sa culpabilité. Le film ne sort qu'en 2008. Durant cette période, Gus Van Sant participe au film collectif Paris, je t'aime dans lequel il signe le court métrage IVe siècle arrondissement : Le Marais.

Un nouveau tournant (à partir de 2008)[modifier | modifier le code]

La nuit, Sean Penn Parle dans un haut-parleur à une foule de manifestants devant un bâtiment portant l'enseigne « Castro », une perche prend le son au-dessus d'eux
Tournage d' une scène d'Harvey Milk, un projet que Gus Van Sant voulait faire depuis près de quinze ans.

La même année sort Harvey Milk, biopic consacré à l'homme politique du même nom. Le film est l'aboutissement du projet abandonné quelques années plus tôt. Le rôle-titre n'est plus confié à Robin Williams mais à Sean Penn. L'œuvre raconte alors l'ascension politique, à San Francisco, de Milk, fervent militant pour les droits civiques des homosexuels, assassiné en 1978. Gus Van Sant a déjà réalisé plusieurs films à partir d'événements réels : Prête à tout à partir d'un livre romançant une affaire réelle, Gerry dont l'idée est venue de la lecture d'un article sur la disparition de deux jeunes américains dans le désert, Elephant à partir de la fusillade de Columbine, Last Days sur le suicide de Kurt Cobain[16]. Néanmoins, dans ces films, les faits réels étaient tenus à distance par des interprétations poétiques, des représentations différentes de la réalité[16]. Le réalisateur n'y cherche pas la représentation factuelle de la réalité mais veut la dépasser[16]. Harvey Milk est un tournant dans son œuvre car Gus Van Sant tente d'y donner une image fidèle de faits de l'histoire récente américaine, utilisant par exemple des images d'archives auxquelles il mêle de fausse archives reconstituées[16].

Harvey Milk rencontre un grand succès critique et public et reçoit huit nominations aux Oscars dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur. Lors de la 81e cérémonie, Sean Penn gagne finalement l'Oscar du meilleur acteur et Dustin Lance Black celui du meilleur scénario original[17],[18] Gus Van Sant déclare publiquement que son expérience de tournage avec Sean Penn est « incroyable »[19].

En 2011, son film suivant, Restless est sélectionné[20] au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard dont il fait l'ouverture[21],[22].

En 2014, il aurait en projet une adaptation du manga Death Note de Tsugumi Ōba et Takeshi Obata[23].

Autres projets[modifier | modifier le code]

En plus du cinéma, il publie le livre de photographie 108 Portraits et deux albums de musique : Gus Van Sant et 18 Songs About Golf.

Il travaille également comme directeur artistique avec le groupe de rock californien Red Hot Chili Peppers. Il a réalisé le clip de la chanson Under the Bridge, photographié les albums Blood Sugar Sex Magik (1991) et Stadium Arcadium (2006) et a également chanté une reprise de Moon River, chanson originale du film Diamants sur canapé d'Henry Mancini, dans l'album A Retrospective du groupe Pink Martini.

Analyse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Un travail par cycles[modifier | modifier le code]

D'après Stéphane Bouquet et Jean-Marc Lalanne, il est possible de voir la carrière de Gus van Sant comme une série de cycles structurés non pas par des thèmes ou des questions stylistiques mais pas un positionnement par rapport au cinéma américain (cela sans que le réalisateur n'ait jamais revendiqué travailler par cycles)[24]. Il commence sa carrière comme cinéaste indépendant, avec ses quatre premiers films (jusqu'à Even Cowgirls Get the Blues) : dans ce cycle, se retrouvent le même thèmes que sont l'abandon, la route, l'homosexualité masculine ou féminine ; les films ont un style avec beaucoup d'effets de montage[24]. Ce terme de cinéaste indépendant doit se comprendre néanmoins dans le sens du courant du cinéma indépendant américain qui est un système très organisé « avec son circuit, ses instances de légitimation (Sundance...) propres[24]. »

Le cycle suivant, qui irait de Prête à tout à À la rencontre de Forrester voit Gus van Sant devenir un cinéaste en lien avec l'industrie du cinéma américaine : il travaille sur des commandes, à partir de scénarios écrits par d'autres et réalise des films de genre (comédie, thriller)[24]. « L'auteur mue en artisan » et une partie de la critique qui avait aimé ses premiers films se détourne de lui, trouvant que ces nouveaux films manquent de personnalité[24].

Gus Van Sant revient à un cinéma « débarrassé de toute pression financière autant qu'esthétique » avec ce qu'il est de coutume d'appeler « la tétralogie de la mort » ou « la trilogie de la mort plus un[9]. » Le récit et la mise en scène sont plus épurés, avec des films qui parfois se rapprochent des vidéos d'artistes, Gus Van Sant se détache autant du cinéma d'Hollywood que du courant majoritaire du cinéma indépendant américain[24].

Le film Harvey Milk marque un nouveau tournant : si c'est un film grand public, il ne s'agit pas d'une commande mais d'une œuvre personnelle que Van Sant désirait mener à bien depuis longtemps[24]. Le retour du thème de l'homosexualité rappelle sa première période[24].

Films ayant influencé son œuvre[modifier | modifier le code]

Parmi les films qui ont influencé l'œuvre de Gus van Sant figure celui de Chantal Akerman Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles daté de 1975[25]. Il l'a découvert peu de temps après sa sortie, alors qu'il faisait ses études dans une école d'art[25]. Cette influence est tangible dans Last Days où il reprend le système de filmage du film d'Akerman[13] : son chef-opérateur, Harris Savides, a en effet analysé le film et est arrivé à la conclusion que dans chaque pièce, une ou deux positions de caméra seulement sont utilisées. Si l'action revient dans une pièce qui a déjà été montrée à l'écran, les positions de caméra sont les mêmes que précédemment[13]. Savides et Van Sant ont donc décidé d'utiliser le même dispositif sur l'ensemble de Last Days[13]. Elephant est aussi très marqué par ce film : de même que Chantal Akerman montre l'ordinaire de la vie Jeanne Dielman où arrive de manière soudaine un crime « qui pulvérise la reproduction routinière du même », le film de Gus Van Sant retrace la vie ordinaire des adolescents protagonistes du film jusqu'au massacre final[25].

Personnages[modifier | modifier le code]

Selon Stéphane Bouquet et Jean-Marc Lalanne[26] les questions que portent les personnages de Gus Van Sant sont celles relatives à l'origine (« D'où je viens ? ») et à l'identité (« Qui suis-je ? »). Ainsi les personnages de My Own Private Idaho vont en Italie à la recherche de la mère de Mike, ceux de Will Hunting ou À la rencontre de Forrester cherchent-ils des figures paternelles[26]. Certains personnages ajoutent à ces questions d'autres sur l'endroit où ils habitent et leur place dans le monde où ils vivent, comme ceux d'Elephant ou de Last Days[26]. Un des très rares personnages à échapper à ces questionnements est Suzanne Stone, l'héroïne de Prête à tout, qui ne se pose aucune question, pensant savoir très précisément qui elle est et où elle se trouve ainsi que ce qu'elle veut (et étant justement « prête à tout » pour l'obtenir[26]).

Les personnages masculins des films de Gus Van Sant sont extrêmement divers, tandis que chez les personnages féminins, Bouquet et Lalanne dégagent deux grandes tendances : la « poupée robotique » (ou « doll ») et la « fille marginale » (ou « freak »)[26]. La poupée robotique, dont la figure la plus représentative est Suzanne Stone, se retrouve aussi dans d'autres personnages : les jeunes filles d'Elephant qui ne s'arrêtent jamais de parler et vont, sans avoir besoin de se concerter, se faire vomir leur repas dans les toilettes dès qu'il est terminé ou la copine du héros de Paranoid Park, qui ne sort avec lui que pour faire comme tout le monde « par pure conformité sociale, pour avoir un petit ami » et dont la parole est elle aussi tellement robotique qu'elle peut être recouverte par la musique du film[26]. Cette poupée-robot n'est pas toujours totalement sous contrôle : elle est sujet à l'anorexie, elle peut devenir hystérique si ses plans sont contrariés. Mais il semble que ne soit jamais totalement consciente « du vivant », dont une part lui échappe nécessairement[26].

Femme brune avec d'immenses yeux bleus, un grand nez fin et une grande bouche
Illeana Douglas qui incarne la belle-sœur de Suzanne dans Prête à tout, un exemple de personnage de « fille marginale ».

À l'inverse, la fille marginale a souvent une conscience politique, ne ressemble pas à une « bimbo », mais peut souffrir de sa différence[26]. Ce type de personnage est incarné par l'adolescente cultivée qui devient la meilleure amie du héros de Paranoid Park ou la jeune responsable de la bibliothèque dans Elephant. Deux exemples de Freak se trouvent aussi dans Prête à tout : l'adolescente mal dans sa peau qui fait partie du trio que filme Suzanne et Janice, sa belle-sœur patineuse professionnelle[26]. « Intéressante, intelligente, singulière », la fille marginale peut devenir une bonne amie du héros, atteindre ses buts (Janice intègre la troupe de Holiday on Ice (en)) mais, contrairement à la poupée, elle semble privée de la possibilité de créer du désir sexuel[26].

Les personnages de Gus Van Sant peuvent être analysés par le rapport qu'ils entretiennent avec une obsession et leur capacité de s'en détacher[6]. La monomanie est chez ce cinéaste une chose néfaste : Walt souffre de sa passion amoureuse dans Mala Noche, l'adolescent que Suzanne Stone séduit et qui restera irrémédiablement amoureux d'elle, même en prison, accepte d'assassiner son mari, Susanne elle-même va vers sa perte en essayant de devenir une star de la télévision sans voir que celui qui se fait passer pour un producteur est là pour la tuer[6]... À l'inverse, les personnages de Gus Van Sant qui réussissent le mieux sont ceux qui savent se défaire d'une obsession, se trouver de nouveaux objectifs, tel Will Hunting ou se défaire de ce qui les entrave comme le personnage principal de Paranoid Park[6]. Les choix de ces personnages, leur « caméléonisme », leurs facultés d'adaptation peuvent être mis en parallèle avec la carrière de Gus Van Sant, réalisateur qui change régulièrement de style pour s'adapter à divers modes de production[6].

Un cinéaste politique[modifier | modifier le code]

Gus Van Sant est aussi un cinéaste dont l'œuvre, régulièrement, porte la marque d'une préoccupation politique. Il réalise en 1991 le court métrage Thanksgiving Prayer où il met en scène William S. Burroughs où l'écrivain dit des textes virulents à l'encontre des États-Unis tandis que défilent en surimpression des images des triomphes de ce pays (son drapeau, la conquête spatiale...)[27]. Il utilise le même procédé (et ré-emploie certaines images de l'Amérique) pour un autre court métrage, The Ballad of the Skeletons, en 1997, cette fois avec Allen Ginsberg[27]. Son film Will Hunting où le héros refuse un emploi lucratif à la NSA afin de ne pas être complice de bombardements au napalm peut être vu comme une réaction à la Guerre du Golfe et être rapproché des films de la « Nouvelle Gauche hollywoodienne » réalisés par exemple par Sean Penn ou George Clooney[27].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Longs métrages[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Courts métrages[modifier | modifier le code]

Clips vidéos[modifier | modifier le code]

Producteur[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Sélections[modifier | modifier le code]

Festival de Cannes
Mostra de Venise
Festival de Berlin

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) film reference, « Gus Van Sant Biography (1952?-) », film reference, Advameg, Inc,‎ 2012 (consulté le 15 Aout 2012).
  2. (en) « Rhode Island School of Design (RISD) », Campus Explorer, Campus Explorer, Inc,‎ 2012 (consulté le 24 September 2012).
  3. a, b, c, d, e, f, g et h Bouquet et Lalanne, p. 43-44.
  4. (en) « Independent Spirit Awards pour 1992 », IMDB,‎ 2012 (consulté le 20 novembre 2012).
  5. a, b, c, d, e, f, g et h Bouquet et Lalanne, p. 77-78.
  6. a, b, c, d et e Bouquet et Lalanne, p. 88.
  7. a et b Bouquet et Lalanne, p. 179.
  8. http://www.horschamp.qc.ca/spip.php?article249
  9. a et b Bouquet et Lalanne, p. 129-130.
  10. « Billet du Festival de Cannes 2003 »,‎ 2012 (consulté le 20 novembre 2012).
  11. « Palmarès officiel du Festival de Cannes 2003 »,‎ 2012 (consulté le 20 novembre 2012).
  12. a, b et c Jean-Marc Lalanne, « 4 plans de Last Days commentés par Gus Van Sant », Les Inrockuptibles,‎ 26 avril 2005 (lire en ligne).
  13. a, b, c et d Philippe Garnier, « Gus Van Sant à l'intuition », Libération,‎ 11 mai 2005 (lire en ligne).
  14. a, b, c et d Bouquet et Lalanne, p. 171-173.
  15. Le livre Le temps n'est rien sera finalement adapté par Robert Schwentke en 2009, le titre français du film est Hors du temps.
  16. a, b, c et d Bouquet et Lalanne, p. 185.
  17. (en) Andy Towle, « Milk Picks Up Two Big Oscars as Slumdog Dominates Academy Awards », Towleroad, Towleroad,‎ février 2009 (consulté le 15 August 2012).
  18. (en) Greg Hernandez, « "Milk" gets EIGHT Academy Award nominations.... », Out In Hollywood with Greg Hernandez,‎ 22 January 2009 (lire en ligne).
  19. (en) Gus Van Sant, « Interview de Madonna par Gus Van Sant », interviewmagazine.com, Interview, Inc,‎ 2010 (consulté le 15 août 2012).
  20. « Sélection officielle du Festival de Cannes », Cannes (consulté le 2011-04-14).
  21. (en) Rebecca Leffler, « Gus Van Sant's 'Restless' to Open Cannes Un Certain Regard », The Hollywood Reporter,‎ 13 avril 2011 (consulté le 13 avril 2011).
  22. (en) Mike Fleming, « Focus, Participant Acquire Matt Damon/John Krasinski Film; Gus Van Sant Directing », Deadline.com,‎ 1er février 2012 (lire en ligne).
  23. "journaldugeek.com"
  24. a, b, c, d, e, f, g et h Bouquet et Lalanne, p. 9-13.
  25. a, b et c Bouquet et Lalanne, p. 148.
  26. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Bouquet et Lalanne, p. 79-82.
  27. a, b et c Bouquet et Lalanne, p. 102.
  28. Elephant Palme d'or à Cannes sur ina.fr
  29. Paranoid Park de Gus Van Sant à Cannes sur ina.fr

Liens externes[modifier | modifier le code]