Les Carnets du sous-sol

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Les Carnets du sous-sol[1]
Auteur Fiodor Dostoïevski
Version originale
Titre original Записки из подполья
Langue originale Russe
Pays d'origine Drapeau de la Russie Impériale Empire russe
Date de parution originale 1864
Version française
Traducteur J. Wladimir Bienstock
Lieu de parution Paris
Éditeur Gustave Charpentier
Date de parution 1909
Nombre de pages 317


Les Carnets du sous-sol (Записки из подполья), connu aussi en français sous les titres Le Sous-sol, Mémoires écrites dans un souterrain, Notes d'un souterrain ou Le Souterrain, est un roman de l'écrivain russe Fiodor Dostoïevski publié en 1864. Le récit se présente sous la forme du journal intime[2] d’un narrateur amer, isolé et anonyme, fonctionnaire retraité vivant à Saint-Pétersbourg, la capitale impériale.

Certains considèrent que l'influence de ce roman sur la pensée d'auteurs comme Nietzsche ou Camus en fait l'une des premières œuvres existentialistes.[réf. nécessaire]

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Le narrateur
  • Anton Antonovitch, supérieur hiérarchique du narrateur
  • Simonov, ancien camarade d’école du narrateur
  • Zverkov, général et ancien camarade d’école du narrateur
  • Troudolioubov, ancien camarade d’école du narrateur
  • Ferfitchkine, ancien camarade d’école du narrateur
  • Liza, prostituée, vingt ans
  • Apollon, domestique du narrateur

Résumé[modifier | modifier le code]

Première partie - Le sous-sol[modifier | modifier le code]

C’est le monologue d’un homme rempli de haine. Il a quarante ans, c’est un ancien fonctionnaire malade du foie depuis une vingtaine d’années. Il ne se soigne par méchanceté envers lui-même ; il avait démissionné et vit depuis grâce à un petit héritage. L’homme se complaît dans sa déchéance * « Il y a de la volupté dans le mal de dents ». Il revendique sa supériorité sur l’homme simple et spontané qu’il nomme l’« homme normal », pourtant il a essayé d’être comme eux, sans succès[3]. Il place le fait de souffrir comme un signe de plaisir[4], voire une volupté.

Au fil des pages, sa colère monte contre les hommes normaux qui agissent. Lui a choisi de ne pas agir car il est plein de doutes, il a peur. Et d’avouer à la fin qu’il ne croit pas à ce qu’il vient de dire, qu’il a préparé tous ces discours car il n’avait rien d’autre à faire et qu’à nous ses lecteurs, il va faire une confidence, il va essayer de ne pas se mentir, nous mentir et de raconter un souvenir qu’on ne raconte à personne. Ce récit s'intitulera À propos de neige fondue.

Dans cette première partie, Dostoïevski engage, sur le mode de la dissertation, un monologue forcé de l'homme souterrain avec des partenaires imaginaires, qui, cela est pratique, ne répondent jamais. Le portrait psychologique du maniaco-dépressif prend cependant place, à travers les paradoxes et les renversements incessants de la pensée de l'auteur. L'homme du souterrain apparaît étrangement comme tout sauf inactif, changeant tout et bouleversant tout, mais c'est précisément parce que Dostoïevski en fait une démonstration magistrale, la tranquillité est le support préalable à toute action, que la frénésie de son inquiétude constitue pour l'homme de la cave une paralysie. Une paralysie dont il ne se défend pas, au contraire, « l'inertie contemplative étant préférable ».

Cette inactivité dans l'action tranche avec le foisonnement intérieur: conscience et imagination. Dostoïevski ici livre une ouverture philosophique fondamentale: la vision de l'Homme dont la conscience ne constitue pas la grandeur (cf Blaise Pascal), mais un fléau. L'homme est d'autant plus malade qu'il est clairvoyant, il est d'autant plus clairvoyant qu'il regarde autour de lui et voit le Mal partout, il est d'autant plus fou puisque la présence de ce mal est une folie. Avant les célèbres enfants d'Ivan Karamazov, Dostoïevski, à travers la critique de l'idéalisme optimiste vouant l'homme au « bien-être », donne une critique vigoureuse de l'absurdité du Mal, ne pouvant être ni rationnel, ni théologique, puisque frappant l'innocence.

Deuxième partie - À propos de neige mouillée[modifier | modifier le code]

Le narrateur revient sur l’année de ses vingt-quatre ans: déjà seul, son travail et ses collègues ne lui amenaient aucune satisfaction. Une fois pourtant, il s’est abaissé à leur parler, mais cela n’a pas duré. Ses seuls loisirs sont la lecture et la débauche. Un soir, un officier l’ignore au lieu de se battre avec lui. Il veut se venger et peaufine un plan pendant des années. Pour finir, il heurte l’homme de son épaule en pleine rue; c’est à peine si l’autre s’en aperçoit, mais lui triomphe intérieurement.

Il s'est invité à un dîner où d'anciens camarades de lycée fêtent l'un des leurs, mais personne ne veut de lui car il n'a laissé que de mauvais souvenirs, se sentant tellement supérieur. Il emprunte de l'argent pour y aller, et se rend désagréable, provoque Ferfitchkine en duel, s’enfonce dans le ridicule. Il est agressif et mendie six roubles. Les autres le quittent pour finir la fête dans une maison close. Il les pourchasse, mais ils n’y sont plus. Il va donc avec une prostituée, Liza, et engage la conversation avec elle. Il lui décrit l’amour idéal et le compare à l'avenir atroce qu'elle a, avec toutes sortes de détails, preuve s’il en fallait qu’il connaît bien ce milieu. Son discours la touche, la désespère et elle veut le revoir.

Trois jours plus tard, Liza arrive chez lui, alors qu'il est en train de se quereller avec son domestique. Il est hors de lui. Elle vient chercher des paroles d’encouragement, mais il la rabaisse. Elle pardonne, mais le quitte sans un mot. Il finira seul.

Extraits[modifier | modifier le code]

  • « Je suis un homme malade... Je suis un homme méchant. Je suis un homme déplaisant[5]. »
  • « J’ai mal au foie ! Tant mieux ! Et tant mieux encore si le mal empire[5]. »
  • « C’est le désespoir qui recèle les voluptés les plus ardentes. »
  • « L’homme normal… J’envie cet homme. Je ne le nie pas : il est bête. Mais, qu’en savez-vous ? Il se peut que l’homme normal doive être bête. »
  • « La fin des fins messieurs, est de ne rien faire du tout. L’inertie contemplative est préférable à quoi que ce soit. »
  • " Nos désirs sont presque toujours erronés à cause d'une conception erronée de nos intérêts."

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La première traduction française porte le titre Le Sous-sol. La plupart des traductions ultérieures et les plus récentes portent le titre actuel.
  2. Le Sous-sol, « Note de l'auteur » (La Pléiade, p. 684).
  3. Le Sous-sol, traduction par Pierre Pascal, p. 688.
  4. Le Sous-sol, traduction par Pierre Pascal, p. 695.
  5. a et b Le Sous-Sol, La Pléiade, p. 685.

Éditions françaises[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]