Église Saint-Sulpice (Paris)

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Église Saint-Sulpice
Image illustrative de l'article Église Saint-Sulpice (Paris)
Présentation
Culte Catholique romain
Type Église paroissiale
Rattachement Archidiocèse de Paris
Début de la construction 1646
Fin des travaux 1870
Protection Logo monument historique Classé MH (1915)
Site web pss75.fr/saint-sulpice-paris/
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Département Paris
Commune Paris
Coordonnées 48° 51′ 03″ N 2° 20′ 03″ E / 48.850929, 2.33430248° 51′ 03″ Nord 2° 20′ 03″ Est / 48.850929, 2.334302  

Géolocalisation sur la carte : Paris

(Voir situation sur carte : Paris)
Église Saint-Sulpice

Géolocalisation sur la carte : 6e arrondissement de Paris

(Voir situation sur carte : 6e arrondissement de Paris)
Église Saint-Sulpice

L'église Saint-Sulpice est une grande église de Paris, située Place Saint-Sulpice, traversée par la rue Bonaparte et a pour adresse postale 2 rue Palatine dans le 6e arrondissement. Elle est dédiée à Sulpice le Pieux, archevêque de Bourges au VIIe siècle.

L'église fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 20 mai 1915[1].
Ce site est desservi par les stations de métro Saint-Sulpice, Saint-Germain-des-Prés, Odéon et Mabillon.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les églises précédentes[modifier | modifier le code]

Le bourg Saint-Germain autour de l'église Saint-Sulpice vers 1550 (plan de Truschet et Hoyau)
Ancienne église Saint-Sulpice (début XVIIe siècle)

Les historiens ont beaucoup de difficulté à se mettre d'accord sur l'ancienneté de la première église construite à l'emplacement actuel de l'église Saint-Sulpice. Cependant, la paroisse de Saint-Sulpice était confondue avec le domaine de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. En 1159, le pape Adrien IV a donné aux abbés de Saint-Germain-des-Prés la pleine juridiction spirituelle et temporelle des églises situées sur le domaine de l'abbaye, à l'époque les chapelles Saint-Pierre et Saint-Martin-des-Orges et l'oratoire Saint-Jean-Baptiste. C'est à partir de cette date que les abbés vont organiser la paroisse de Saint-Sulpice. Ils ont nommé les curés hors de la tutelle de l'évêque. Vers 1180, le centre le paroisse a été transféré de la chapelle Saint-Pierre située rue des Saint-Pères, vers l'église Saint-Sulpice qui a dû être construite à l'emplacement de l'oratoire Saint-Jean-Baptiste qui est déjà cité en 807. L'église était dédiée à saint Sulpice le Pieux, archevêque de Bourges. En 1724, les fouilles de l'église permirent de mettre au jour une pierre tombale du Xe siècle, prouvant par là même qu'une chapelle (dont dépendait un cimetière) existait à cet endroit depuis plusieurs siècles. La paroisse Saint-Sulpice est citée dans une bulle du 28 juin 1210[2]. La construction de l'enceinte de Philippe Auguste, en 1211, va séparer le territoire de la paroisse entre celui situé à l'intérieur des remparts de celui se trouvant à l'extérieur. Cela a été une source de conflits entre l'évêque de Paris et les abbés de Saint-Germain, l'évêque revendiquant le territoire de la paroisse intra-muros et l'abbé s'y opposant.

Du XIIe au XIVe siècle, une nouvelle église fut bâtie à la place de l'ancienne chapelle parallèlement à la rue du Vieux-Colombier. Après l'achat d'un terrain appartenant à Jeanne de Montrouge en 1530, elle fut agrandie d'un chevet pentagonal sous François Ier. Entre 1615 et 1631, Christophe Gamard a dirigé les travaux d'élargissement de la nef par l'ajout de chapelles latérales. Cependant, avec l'agrandissement des bourgs de Saint-Germain et Saint-Germain-des-Prés, la nécessité de construire une église plus grande et plus digne de la population qui la fréquente s'impose : le bâtiment d'alors ne peut contenir que le douzième des paroissiens[3]. La population est estimée à 15 000 personnes sur une surface de 209 hectares. En 1689, on a dénombré sur le territoire de la paroisse 2 278 immeubles. De plus, l'ancienne église menace de tomber en ruine.

En juin 1642, le curé de Saint-Sulpice, Julien de Fiesque, échange avec Jean-Jacques Olier (1608-1657) sa cure contre le prieuré de Clisson. Olier va réformer le clergé et lui donner une formation. Il a fondé la Compagnie de Saint-Sulpice qu'il a placé sous le patronage de saint Charles Borromée.

Dès 1636, le conseil de fabrique a jugé que l'église était trop petite et qu'il fallait en construire une nouvelle. Jean-Jacques Olier souhaitait construire une église pouvant rivaliser avec la cathédrale Notre-Dame permettant de recevoir près de 10 000 personnes[4]. Les plans de la nouvelle église sont demandés à Christophe Gamard. La proposition est retenue dans une assemblée, tenue le 16 mars 1643 sous la présidence du prince de Condé. Un conflit entre Jean-Jacques Olier avec le prince de Condé et l'abbé de Saint-Germain qui jugeaient les dépenses de construction du séminaire Saint-Sulpice excessives a bloqué le projet jusqu'au début de l'année 1645. Un arrêt du parlement de Paris en faveur du maintien d'Olier à Saint-Sulpice a débloqué la situation. Olier signa les plans de la nouvelle église le 15 août 1645.

D'après Agnès Bos, conservateur du patrimoine, le portail de l'ancienne église aurait été acheté par les Récolettes lors de la démolition du bâtiment pour leur couvent qui était situé à l'intersection des rues de Varenne et du Bac à Paris. Il serait ainsi celui remonté en 1914 comme portail latéral de l'église Saint-Saturnin de Nogent-sur-Marne et toujours visible aujourd'hui[5].

L'église actuelle[modifier | modifier le code]

Les premiers travaux[modifier | modifier le code]

Jean-Jacques Olier, curé de Saint-Sulpice initiateur de la reconstruction de l'église

Les travaux d'agrandissement sont confiés en 1645 à l'architecte Christophe Gamard, voyer de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Le 28 août 1645 Christophe Gamard traça les fondations du chœur de la nouvelle église dans le cimetière, à peu près 26 mètres derrière l'ancienne église. La reine Anne d'Autriche, suivie de la princesse de Condé, est venue à l'ancienne église Saint-Sulpice avec l'évêque de Cahors pour faire ses prières avant d'aller dans le cimetière pour y poser la première pierre de la nouvelle église, le 20 février 1646[6],[3]. Claude Gamard meurt en 1649. Les troubles de la Fronde interrompent les travaux. Quand l'abbé Olier démissionne, en 1652, seuls les murs de la chapelle de la Vierge sont construits.

En 1655 Louis Le Vau donne un nouveau plan pour l'église[7] qui n'est qu'un agrandissement de celui de Gamard qui n'est pas accepté par les marguilliers[8]. Les projets de Gamard se révèlent insuffisants pour la population de la paroisse[9].

En 1660 Daniel Gittard, architecte du Grand Condé, donne le plan de l'église, adaptation des plans de Gamard et de Le Vau, qui a servi pour toute la construction de la nouvelle église à l'exception du massif antérieur. Ils sont approuvés le 20 juin 1660. Il a choisi l'ordre corinthien. Le curé Raguier de Poussé célèbre la première messe dans la chapelle basse de la Vierge le 24 décembre 1660. Il a béni la chapelle de la Vierge le 7 avril 1667. Pour lier le chœur de la nouvelle église à la nef de l'ancienne église, le chœur de l'ancienne est démoli en arasant les piliers à 4 mètres de haut pour supporter le sol de la nouvelle église à partir 22 mai 1673. Cette différence de niveaux entre les sols des nouvelle et ancienne églises a permis de laisser des cryptes sous l'église actuelle dans lesquelles ont été aménagées le cimetière paroissial et pour certaines concédées aux maisons de Condé, de Conti et de Lyunes. La différence de niveau de 4 à 6 mètres entre le nouveau chœur et la nef de l'ancienne église a compliqué l'exercice du culte. Le chœur et les chapelles situées autour sont bénies par l'archevêque de Paris, François Harlay de Champvallon, le 20 décembre 1673. En 1674 on a commencé à construire les fondations des piliers de la croisée, puis en 1676, ceux du transept du côté du presbytère. Mais les travaux sont interrompus moins de deux ans plus tard à cause de l'endettement de la Fabrique. Les commissaires du roi saisirent les biens de la Fabrique et décidèrent d'augmenter les taxes sur les boues et les lanternes pour payer les dettes. Daniel Gittard meurt en 1686. Son fils Pierre Gittard a participé aux travaux. Il a donné en 1719 les plans du portail sud de l'église et a collaboré avec Oppenord.

La reprise des travaux sous la direction de Gilles-Marie Oppenord (ap.1719)[modifier | modifier le code]

Les travaux ne reprennent qu'en 1719 avec le nouveau curé de Saint-Sulpice, Jean-Baptiste Languet de Gergy. Il a fait appel à la générosité des paroissiens. Il intéresse le duc d'Orléans, régent du royaume, en lui faisant poser la première pierre de la chapelle Saint-Jean-Baptiste et du portail sud, le 4 décembre 1719. Il engagea son directeur des bâtiments Gilles-Marie Oppenord pour édifier la nef et le transept. Pour trouver le financement nécessaire, le curé a obtenu du Régent le droit d'organiser une loterie entre 1721 et 1746. Le 29 juin 1745, l'église est considérée suffisamment close pour être consacrée. Le 30 juin, les archevêques et évêques de l'assemblée, au nombre de 21, vinrent à l'église pour la consacrer et sceller des reliques dans le maître autel. Après 1746, seule une partie des gains de la loterie ont été attribués à l'édification de l'église[10]. Le bras sud du transept est construit en 1719 et 1723 avec la nef, la chapelle de la Communion, celle de l'Assomption dite des Allemands à l'emplacement du cimetière de la rue Palatine, en 1724. En 1726 est élevée une tour-clocher au-dessus de la voûte de la croisée. Son poids excessif nécessite de la démolir dès 1731. À la suite de cette erreur, Oppenord est déchargé de la direction des travaux. La nef est achevée en 1736.

Les travaux sous Servandoni (ap.1730)[modifier | modifier le code]

Projet de façade de Servandoni (1732)
Portrait de Giovanni Niccolò Servandoni attribué à Jean-François Colson (musée Carnavalet).

En 1726 se pose la question de la réalisation de la façade inachevée d'un style classique devant une église de style jésuite. Un concours est lancé auquel ont participé plusieurs architectes dont Servandoni, Juste-Aurèle Meissonnier. En 1730, le curé de Saint-Sulpice, Jean-Baptiste Joseph Languet de Gergy, frère de Jean-Joseph Languet de Gergy, propose 6 000 livres de récompense à celui des artistes de France ou d'Italie dont il recevait un dessin capable de remplir ses vues pour l'élévation du grand portail de l'église[10]. C'est Servandoni[11] qui remporte le concours de sa construction en 1732, mais son projet évolue avec le temps. Il envisageait d'inscrire l'église dans une vaste place à la romaine, semi-circulaire, dont il avait donné les plans en 1752. Un tel projet nécessitait l'acquisition de vastes terrains et la démolition de maisons existantes, aussi un seul immeuble fut construit en 1754, actuel no 6 place Saint-Sulpice, pour servir de modèle et de gabarit au reste de la place, mais les autres ne furent jamais réalisés. La rue qui part de l'autre côté de la place porte aujourd'hui le nom de l'architecte. Le projet de Sevandoni prévoit deux tours reliées par un portique orné de colonnes surmonté d'un fronton triangulaire. Le projet rappelle la cathédrale Saint-Paul de Londres où Servandoni avait résidé dans sa jeunesse. Le péristyle a 32 mètres de largeur. Il soutenu par des colonnes accouplées en profondeur. Il est décoré de sept bas-reliefs sculptés par Michel-Ange Slodtz. Ce sculpteur a aussi réalisé les médaillons des quatre évangélistes. Les statues de saint Pierre et de saint Paul sont du sculpteur Émile Thomas (1817-1882), élève de Pradier, et datent de 1856.

En 1745, le curé Languet de Gergy, commanditaire des nouveaux travaux, commande à Edmé Bouchardon de nombreuses statues dont une Vierge en argent massif. Saint-Simon prétend que le curé s'était procuré le métal de cette statue en emportant discrètement les couverts, lorsqu'il dînait chez ses paroissiens. Le chroniqueur donnait à la statue le surnom de "Notre-Dame de la Vieille Vaisselle"[12].

Église Saint-Sulpice (en haut et à droite) vers 1740 avec son fronton, et ses tours non terminées - Plan de Turgot
L'église depuis la foire Saint-Germain en 1762

Servandoni n'a pas eu le temps de terminer ses travaux. Il a réalisé les deux premiers ordres de la façade tels qu'on peut les voir aujourd'hui ainsi que le premier étage des tours. Sur deux tableaux réalisés par Pierre-Antoine Demachy représentant la Foire Saint-Germain, avant et après l'incendie de 1762, on peut voir le fronton entre les tours, en arrière-plan de la façade. Ce fronton est représenté sur le plan de Turgot[10]. Dans le mémoire de Pierre Patte de juillet 1767, il écrit que Servandoni ayant fait exécuter le second ordre de la façade en pierre de Saint-Leu, le fronton risquait « d'accabler » les colonnes du deuxième ordre, « ce qui fit avec raison abandonner ce projet ». Patte propose un projet de fronton pour résoudre les difficultés que Servandoni n'aurait pas su résoudre. En 1768 l'Académie d'architecture est consultée par la fabrique de l'église sur les projets de Pierre Patte et de Oudot de Maclaurin concernant la partie haute de la façade et les tours. L'Académie émet des remarques mineures.

Les travaux sous Oudot de Maclaurin (ap. 1765)[modifier | modifier le code]

Oudot de Maclaurin est architecte de l'église Saint-Sulpice en 1765, un an avant la mort de Servandoni. Il est nommé architecte par Jean du Lau d'Allemans, oncle de Jean Marie du Lau d'Allemans, curé de Saint-Sulpice depuis 1748 jusqu'à sa démission en 1777[13]. Il a continué la construction des tours de la façade en s'inspirant des premiers plans de Servandoni qui prévoyaient deux tours semblables de deux étages surmontées d'un grand amortissement portant une statue de grande taille. Il construit donc la tour sud semblable à la tour nord mais en supprimant l'amortissement supérieur. La fabrique de l'église n'ait pas été satisfaite du résultat. Il aurait aussi construit le fronton prévu dans le plan de Servandoni et ce fronton aurait été démoli après avoir été touché par la foudre, en 1770, mais Michel Portal indique que ce fronton n'a jamais été construit. Il est probable que le fronton dessiné sur le plan final n'a jamais été construit pour la raison donnée par Pierre Patte et que c'est le fronton construit en retrait avant 1762 qui a été détruit[10]. Oudot de Maclaurin doit se retirer en 1772. Les deux clochers restèrent semblables quelques années.

Le problème des tours[modifier | modifier le code]

Église Saint-Sulpice vers 1800
Église Saint-Sulpice vers 1851-1870 (photographie d'Édouard Baldus).

La tour nord, quant à elle, a fait l'objet d'une modification dirigée par Jean-François-Thérèse Chalgrin pour l'accorder stylistiquement avec les deux ordres inférieurs de la façade. Chalgrin l'habilla en 1777 de colonnes et de statues réalisées par Louis Boizot, permettant d'achever le clocher au riche programme iconographique et d'y placer l'un des plus grands beffrois de la capitale et il construit la balustrade actuelle à la place du fronton entre 1777 et 1780. La tour sud est moins haute de 5 mètres que la tour nord et est restée inachevée. Les cloches sont placées dans la tour nord en 1782. L'échafaudage est remonté sur la tour sud mais reste non utilisé jusqu'à son démontage en 1792[10].

Charles De Wailly est chargé de la décoration de la chapelle de la Vierge. En 1774 il a édifié la niche en trompe qui surplombe la rue Garancière.

En 1838 se pose la question de l'achèvement des tours. Faut-il terminer la tour sud suivant les plans de Servandoni et Maclaurin ou suivant les plans de Chalgrin ? C'est suivant les plans des premiers que le Conseil des bâtiments civils a finalement décidé d'achever la tour sud, par respect pour leur œuvre[14].

L'église en travaux en 2008

La construction a duré près de 130 ans. Elle est enfin achevée en 1870, mais en 1871 des obus prussiens endommagent la tour nord.

De vastes travaux de restauration ont été entrepris à la fin du XXe siècle notamment sur la tour nord de l'édifice. La façade de l'église est à nouveau visible depuis 2011.

L'église Saint-Sulpice et l'histoire[modifier | modifier le code]

Sous la Révolution, l'église devient le temple de la Raison, puis le temple des Victoires avec les théophilanthropes où on célèbre la fête de l'anniversaire de la punition du dernier roi[15] et sous le Directoire magasin de fourrage et salle de banquet. À cette époque, le physicien Claude Chappe y installe, sur chacune des tours, un télégraphe optique communiquant respectivement avec Fontenay-aux-Roses et Villejuif [16]. Au cours des différentes révolutions survenues au XIXe siècle, de nombreux objets ont été pillés : c'est le cas d'une grande vierge en argent massif constituée à partir des dons des paroissiens.

Plusieurs personnages historiques se sont mariés dans cette église, comme Victor Hugo avec Adèle Foucher ou Camille et Lucile Desmoulins avec Robespierre parmi les témoins, ou y ont été inhumés. On trouve ainsi dans les caveaux de la crypte en sous-sol ou dans des monuments funéraires de nombreux ecclésiastiques, simples curés ou prélats, mais aussi des laïcs tels que Madame de La Fayette, la Champmeslé, Armande Béjart, le maréchal de Lowendal[16].

Description du bâtiment[modifier | modifier le code]

Plan de l'église
Vue d'optique de la nef de l'église Saint-Sulpice de Paris, fin du XVIIIe siècle.

L’église Saint-Sulpice, orientée dans le sens habituel Ouest-Est, est un édifice imposant de 120 mètres de longueur, 57 mètres de largeur, 30 mètres de hauteur sous la voûte centrale[17] ; c’est après Notre-Dame, la plus grande église de Paris.

Les péripéties et l’étalement de sa construction entre les plans initiaux de Daniel Gittard datés de 1660, la reprise des travaux par l’élève de Jules Hardouin-Mansart, Gilles-Marie Oppenord, en 1719 jusqu’à la dédicace solennelle de 1745 et l’élévation finale de la façade occidentale entre 1732 et 1870 expliquent un style disparate, mélange entre une architecture jésuite inspirée du Gesu de Rome et une architecture plus classique, appelé parfois, en partie pour cette raison, style sulpicien.

Le plan et les principes architecturaux initiaux de Saint-Sulpice s'inspirent en effet de certains édifices établis par les Jésuites dont la conception se voulait adaptée à la liturgie catholique réformée par le concile de Trente : "une église en croix latine, à nef unique, cantonnée de chapelles communicantes et transept peu saillant, voutée en berceau, fenêtres hautes, coupole à la croisée, façade à deux ordres superposés de largeur inégale couronnée d'un fronton"[18].

Ce modèle architectural a été introduit en France dès le début du XVIIe siècle sous de multiples variantes avec, notamment à Paris, l'église aujourd'hui disparue des Feuillants (1600-1608), celle des carmes déchaussés (1613-1620), l'église Saint-Paul-Saint-Louis (1627-1641), autrefois professe des jésuites, le noviciat détruit des jésuites (1634) ainsi que la chapelle de la Sorbonne (1634)[18]. On le retrouve également en partie dans l'église Saint-Roch plus tardive (1680-1730).

Extérieur[modifier | modifier le code]

Façade principale (ouest)[modifier | modifier le code]

Projet initial[modifier | modifier le code]
Premier projet de façade de Servandoni (1732)

La façade occidentale, objet d’un concours en 1732 où de nombreux projets sont présentés, est construite sur des plans novateurs de Giovanni Servandoni, un ancien architecte de décors de théâtre ; en rupture avec le style du reste du bâtiment, ce projet de façade fortement inspiré de la Cathédrale Saint-Paul de Londres, se veut une réaction néo-classique à la tradition baroque (appelée parfois 'style jésuite') illustrée par l’église du Gesù de Rome. Il comprend deux vastes portiques à l’antique superposés - le rez-de-chaussée d’ordre dorique et le supérieur d’ordre ionique - unissant les bases des tours. Ces deux portiques, percés chacun de sept arcades, supportent un vaste fronton triangulaire et aux extrémités de cette façade s’élèvent deux tours d’environ 70 m, plus hautes que celles de Notre-Dame.

Façade actuelle[modifier | modifier le code]
La façade actuelle (2011)

Toutefois, la façade actuelle diffère sensiblement de ce projet initial. Le grand fronton central détruit par la foudre n’est jamais reconstruit. Quant aux tours, dont Oudot de Maclaurin change le couronnement, elles sont critiquées puis reprises par Jean-François Chalgrin en 1777 qui achève la tour nord en 1780-1781. L'autre, la tour sud, est restée inachevée, comme en témoignent les trous qui la jalonnent, qui supportaient l'échafaudage de bois qui a fini par être retiré du fait de sa dégradation.

Saint-Sulpice a ainsi deux tours d'architectures différentes : la tour Sud de Maclaurin terminée par une partie octogonale à frontons curvilignes surmontée d'une partie circulaire et la tour Nord de Chalgrin composée d'une partie quadrangulaire à frontons triangulaires et d'une partie supérieure plus élevée également circulaire. Ces tours, toutes deux couronnées d'une balustrade au lieu du lanternon néo-Renaissance prévu par Servandoni, génèrent donc, contrairement au projet initial, une impression de dissymétrie accentuée par leur hauteur différente (73 mètres pour celle située au nord et 68 mètres pour la tour sud[16]).

Colonnes du portail

Autres façades[modifier | modifier le code]

Contrairement à la façade principale, celles des transepts obéissent au modèle jésuite de « façade à deux ordres superposés de largeur inégale couronnée d'un fronton ».

Intérieur[modifier | modifier le code]

Chapelle de la Vierge[modifier | modifier le code]

Vue générale

La chapelle de la Vierge se trouve sur l'axe longitudinal, à l'extrémité Est de l'édifice ; on y accède par le déambulatoire qui entoure le chœur. L'architecte Christophe Gamard est à l'origine de son plan elliptique. Louis Le Vau (1612-1670) en a construit les murs. Servandoni a contribué pour une part à sa décoration en 1729. Charles De Wailly, chargé de la décoration de la chapelle de la Vierge, a réalisé en 1774 la niche sur trompe au-dessus de la rue Garancière.

Cette chapelle de style plus baroque comprend un autel dédié à la Vierge, surmonté d'une coupole rococo peinte[19] par Lemoyne en 1732 représentant la Vierge Marie élevée au ciel sur un nuage qui la soutient, entourée d'anges, de docteurs et de saints, de saint Pierre à sa droite, de saint Sulpice à sa gauche ; d'un côté, des Pères de l'Église et des chefs d'ordre qui publient ses louanges, de l'autre, des Vierges qu'elle patronne et auxquelles un ange distribue des palmes, et dans le bas, M. Olier qui amène ses paroissiens à ses pieds et qui les met sous sa protection. Les peintures murales placées de chaque côté sont signées Carle van Loo[16].

Vierge à l'enfant écrasant le serpent de Jean-Baptiste Pigalle

La « Vierge à l'Enfant » figurant dans la niche est l'œuvre de Jean-Baptiste Pigalle (1714-1785). D'après Jacques Hillairet, cette statue a remplacé une statue en argent massif, surnommée Notre-Dame-de-la-Vieille-Vaisselle en souvenir des couverts d'argent dérobés par le curé, fondue à la Révolution[20]. Ce marbre présente la particularité de montrer la Vierge écrasant un serpent. La chapelle est éclairée par deux vitraux présentant le monogramme AM (Ave Maria).

Les colonnes placées de part et d'autre de la statue de la Vierge sont antiques. Ces hautes colonnes de marbre viennent des ruines de la ville romaine de Leptis Magna qui avait été reconstruite par Septime Sévère. Après le bombardement de Tripoli en 1685 pour combattre la piraterie barbaresque en Méditerranée, Louis XIV exigea le paiement d'une forte rançon. Le pacha de Tripoli proposa de la payer avec le marbre des ruines de Leptis Magna. Deux traités ont été signés entre le roi de France et le pacha de Tripoli, en 1693 et 1720. Tous les deux prévoient que « le roi se réserve de prendre à Leptis et dans tout lieu de la régence les colonnes dont il aurait besoin ». Le consul de France nommé par provisions du 14 jullet 1685 à Tripoli, Claude Le Maire[21], partit à Leptis Magna pour choisir des colonnes de marbre qui pourraient servir dans la construction du château de Versailles. Au total, il en a prélevé près de 300 envoyées à Toulon, en 1688 et 1690. Elles ont été déposées sur un quai de la Seine, près du Louvre, et ont été utilisées pour diverses constructions. Le curé Languet s'en fit attribuer 6 qui ont été mises en place dans la chapelle en 1742[22].

Nef principale[modifier | modifier le code]

Déambulatoire[modifier | modifier le code]
Chœur[modifier | modifier le code]

Le chœur de grandes dimensions a été bâti sur les plans de Daniel Gittard. Il comporte sept arcades dont les pieds-droits, ou piliers de section carrée, sont ornés de pilastres corinthiens revêtus de marbre.

Transept[modifier | modifier le code]

Le transept a été construit en plusieurs étapes : le transept Nord avec son portail, par Christophe Gamard (?) entre 1660 et 1678, et le transept Sud, ainsi que le portail du même côté, par Gilles-Marie Oppenord entre 1719 et 1745.

Nef et collatéraux[modifier | modifier le code]

Les nefs ont été réalisées par Gilles-Marie Oppenord, architecte du Régent, à partir de 1719.

Chapelle des fonts baptismaux[modifier | modifier le code]

Aux deux extrémités du péristyle, au pied des deux grandes tours de l'église, deux chapelles circulaires ont reçu de Chalgrin un décor particulièrement soigné[23].

Celle du Nord est destinée aux baptêmes, qui sont donc célébrés à l'emplacement traditionnel (près de l'entrée de l'église, du côté du Nord). Elle est ornée de sculptures de Boizot : un haut-relief du Baptême du Christ et quatre allégories de la Sagesse, la Grâce, la Force et l'Innocence.

Mobilier[modifier | modifier le code]

Les grandes orgues[modifier | modifier le code]

Orgue de Saint-Sulpice
Louis Lefébure-Wély, organiste titulaire de Saint-Sulpice de 1863 à 1869.

Le grand orgue fut construit par François-Henri Clicquot entre 1776 et 1781 derrière un buffet très original de style Louis XVI dessiné par l'architecte Jean-François-Thérèse Chalgrin, avec des sculptures de Clodion (figures) et Duret (sculpture d'ornement)[24].

Le buffet d'orgue (et son décor) fait l’objet d’un classement au titre objet des monuments historiques depuis le 20 février 1905[24]. La partie instrumentale de l'orgue fait l’objet d’un classement au titre objet des monuments historiques depuis le 11 septembre 1978[25].

L'instrument fut restauré et notablement agrandi par Aristide Cavaillé-Coll en 1862. Il s'agit du plus grand instrument signé par Cavaillé-Coll.

Composition

5 claviers de 56 notes et pédalier de 30 notes. Transmission mécanique des notes assistée par 7 machines Barker.

Grand-Chœur Grand-Orgue Positif Récit Expressif Solo Pédale

Salicional 8'
Octave 4'
Fourniture IV
Plein-Jeu IV
Cymbale IV
Cornet V
Clairon-Doublette 2
Bombarde 16
Basson 16
1re Trompette 8
2e Trompette 8
Basson 8
Clairon 4

Montre 16
Principal 16
Bourdon 16
Flûte Conique
Bourdon 8
Montre 8
Diapason 8
Flûte Harmonique 8
Flûte Traversière 8
Flûte à pavillon 8
Grosse Quinte 5 1/3
Prestant 4
Doublette 2

Laye de fonds
Violon-Basse 16
Quintaton 16
Salicional 8
Viole de Gambe 8
Unda Maris 8
Quintaton 8
Flûte traversière 8
Flûte douce 4
Flûte octaviante 4
Dulciane 4

Laye de combinaisons
Quinte 2 2/3
Doublette 2
Tierce 1 3/5
Larigot 1 1/3
Piccolo 1
Plein-Jeu III-IV rangs
Basson 16
Baryton 8
Trompette 8
Clairon 4

Laye de fonds
Quintaton 16
Diapason 8
Violoncelle 8
Voix Céleste 8
Bourdon 8
Prestant 4
Doublette 2
Fourniture IV rangs
Cymbale V rangs
Basson-Hautbois 8
Cromorne 8
Voix Humaine 8

Laye de combinaisons
Flûte harmonique 8
Flûte octaviante 4
Dulciane 4
Nasard 2 2/3
Octavin 2
Cornet V rangs
Bombarde 16
Trompette 8
Clairon 4

Laye de fonds
Bourdon 16
Flûte conique 16
Principal 8
Bourdon 8
Flûte harmonique 8
Violoncelle 8
Gambe 8
Kéraulophone 8
Prestant 4
Flûte octaviante 4
Trompette harmonique
(en chamade)
8

Laye de combinaisons
Octave 4
Grosse Quinte 5 1/3
Grosse Tierce 3 1/3
Quinte 2 2/3
Septième 2 2/7
Octavin 2
Cornet V rangs
Bombarde 16
Trompette 8
Clairon 4

Laye de fonds
Principal-Basse 32
Principal 16
Contrebasse 16
Soubasse 16
Violoncelle 8
Principal 8
Flûte 8
Flûte 4

Laye de combinaisons
Contre-Bombarde 32
Bombarde 16
Basson 16
Trompette 8
Ophicléide 8
Clairon 4


L'orgue de Saint-Sulpice compte parmi les plus grands instruments en France (102 jeux).

Des organistes prestigieux s'y sont succédé, notamment Charles-Marie Widor de 1870 à 1933 et Marcel Dupré, qui lui succéda de 1934 à 1971. Daniel Roth en est le titulaire depuis 1985.

De nombreux enregistrements sonores ont été réalisés sur cet instrument. On peut par ailleurs y assister à une audition tous les dimanches matins vers 12 h[26].

Le gnomon, ou méridienne[modifier | modifier le code]

Méridienne de Saint-Sulpice, au sol et sur l'obélisque mural

Le transept de l’église abrite un gnomon, outil de mesure utilisé en astronomie qui permet de déterminer précisément la position du Soleil, et donc une période de l’année. Le dispositif fut installé à la demande du curé du lieu, désireux de fixer précisément la date de l’équinoxe de mars, et par conséquent celle de Pâques, date clef du calendrier chrétien. Il a été installé au XVIIIe siècle par les savants de l'Observatoire de Paris.

Le gnomon se compose de deux éléments : un dispositif pour isoler un rayon de soleil, positionné sur le vitrail sud du transept, et une bande de laiton incrustée dans le sol et remontant à l’horizontal dans l’obélisque du mur nord du transept.

Le dispositif d’isolation est appelé œilleton. Il s’agit d’une plaque de métal percée d’un trou, et incrustée à droite sur le vitrail sud du transept. Un second œilleton identique est présent à la verticale du premier car le rayon de ce dernier est masqué par l’architecture de l’église à certaines périodes de l’année.

La bande de laiton matérialise un méridien, ligne conceptuelle de direction nord-sud. La bande est marquée de quatre graduations. L’une est à l’extrémité sud de la bande, au sol, marquée par une dalle gravée qui signalise l’endroit où le rayon de soleil croise le méridien à midi lors du solstice d’été. Une seconde est située derrière le battant gauche de l’ouverture dans la rambarde du sanctuaire. Elle est signalisée par une ellipse pleine en laiton. Elle symbolise l’endroit où le rayon de soleil croise le méridien à midi lors des équinoxes d’automne (septembre) et de printemps (mars). Une troisième est située sur l’obélisque, au premier quart de sa hauteur. Elle est signalée par le symbole du Sagittaire, une flèche, et le symbole du Verseau, deux vaguelettes. Elle correspond à l’emplacement du rayon de soleil lorsqu’il croise le méridien à midi durant la période du Sagittaire et celle du Verseau, soit respectivement avant et après le solstice d’hiver (décembre). Une quatrième est située aussi sur l’obélisque, aux deux tiers de sa hauteur ; elle est signalée par le symbole du Capricorne, dont la gravure est aujourd’hui difficile à cerner. Elle correspond à l’emplacement du rayon de soleil lorsqu’il croise le méridien à midi lors du solstice d’hiver (décembre).

La chaire de Saint-Sulpice[modifier | modifier le code]

La Chaire de l'église Saint-Sulpice

Elle fut exécutée en 1788 d'après les dessins de Charles de Wailly, et donnée par le duc d'Aiguillon du Plessis-Richelieu, arrière-petit-neveu du cardinal de Richelieu, ancien ministre de Louis XV et premier marguillier de la paroisse. Elle est faite de chêne et de marbre, et considérée comme un chef-d’œuvre d'ébénisterie et d'équilibre (elle repose, de fait, sur les seuls escaliers latéraux qui la soutiennent). En 1791, Monsieur de Pansemont (curé de la paroisse) déclara son refus de prêter le serment de la Constitution Civile du Clergé du haut de cette chaire, devant les gardes nationaux et ses fidèles. La chaire fut, par chance, conservée par les révolutionnaires qui la jugeaient « utile ». Ses dorures et ses peintures ont fait récemment l'objet d'une restauration très soignée (2010).

La chaire comporte de nombreux symboles sur les différentes parties qui la composent :

  • Deux statues en bois de tilleul doré (œuvre de Guesdon), celle de gauche tenant un calice (symbole de la foi) et celle de droite une ancre (symbole d'espérance).
  • Quatre bas reliefs en bronze dorés d'Edme Dumont, avec des animaux qui représentent les évangélistes : un lion (pour Saint Marc, dont l'Évangile commence par le ministère de Saint Jean le Baptiste dont la parole retentit comme le rugissement d'un lion dans le désert), un taureau (pour Saint Luc, dont l'Évangile commence par l'annonce d'un fils à Zacharie, sacrificateur au temple), un ange (ou un homme, pour Saint Matthieu dont l'Évangile commence par la généalogie humaine du Christ) et un aigle (qui fixe le Soleil comme Saint Jean fixe Dieu dans la personne humaine et divine du Christ).
  • Un abat-voix d'Edme Dumont surmonté d'un groupe (une femme et des enfants) en bois doré représentant la charité, dont le dessous du ciel est orné d'une colombe dorée aux ailes étendues, symbole de l'Esprit Saint entouré de rayons lumineux.

Actuellement la chaire ne sert plus pour les prêches, les prédicateurs commentant les textes de la liturgie depuis le pupitre des lecteurs, près de l'autel.

Vitraux[modifier | modifier le code]

Baie 200 : Ascension de Notre Seigneur (1672)

Le chœur de l'église est vitré en 1673 (baies 200 à 206 suivant la notation du Corpus vitrearum). Les vitraux des chapelles sur le déambulatoire (baies 3 à 10) sont réalisées entre 1690 et 1692. Les vitraux des baies 1 et 2 et de la chapelle d'axe ont été placés en 1873 par le maître verrier Henri Chabin.

Dans les chapelles latérales, les vitraux des baies 11 et 12 ont été exécutées par Denis sur des cartons de Charles Lameire (1832-1910). Le vitrail de la baie 11 représente le Sacré-Cœur, et celui de la baie 12, saint Jean-Baptiste. Dans la baie 18 a été placé un vitrail représentant le Christ en Croix de Henri Chabin, datant de 1873[27].

Un incendie brise les vitraux de la chapelle de la Communion en 1799. Un ouragan endommage les vitraux de plusieurs fenêtres.

Le vitraux de la chapelle de la Vierge son posés entre 1841 et 1844.

L'explosion de la poudrière du Luxembourg, en 1871, entraîne la chute de fragments de fenêtres qui sont restaurées par Charles Lavergne. La restauration des verrières est confiée aux frères Charles et Théodore Maillot, à partir de 1879, dont le vitrail de l'Ascension de la baie 200, en 1884.

La restauration de l'ensemble des baies est faite en 1934. Nouvelle restauration en 1945-1946.

Autres œuvres d'art[modifier | modifier le code]

Eugène Delacroix. La Lutte de Jacob avec l'Ange (détail du groupe principal).

L'église Saint-Sulpice contient de nombreuses œuvres d'art, parmi lesquelles on trouve :

  • Deux tridacnes offerts à François Ier par la République de Venise, montés en bénitiers sur des socles de Pigalle
  • Les statues du Christ appuyé sur la croix (1735), de la Vierge et de huit Apôtres par Edmé Bouchardon, placées autour du chœur
  • Les boiseries de style Louis XV de la sacristie des messes (1735)
  • Une statue de saint Jean-Baptiste, par Boizot (1743-1809)
  • Le tombeau de Jean-Baptiste Joseph Languet de Gergy (1753), abbé de l'abbaye de Bernay (Eure) et curé de la paroisse de Saint Sulpice, par Slodtz
  • Une statue de la Vierge par Jean-Baptiste Pigalle (c. 1777) dans la chapelle de la Vierge au fond de l'église
  • La fresque de l'Assomption par Lemoyne, coupole de la chapelle de la Vierge
  • Les fresques de Delacroix dans la Chapelle des Anges : Saint-Michel terrassant le Dragon, Héliodore chassé du temple et la Lutte de Jacob avec l'Ange
  • Deux fresques de Victor Mottez (1809-1897) : Saint Martin déchirant son manteau et Saint Martin ressuscitant le néophyte de Ligugé
  • Quatre fresques d'Émile Signol (1804-1892) sur chaque transept de l'église, dont deux signées « EM SIGNOL » et deux autres signées « EM SIGИOL »
  • Le décor de la chapelle de Saint-François-Xavier, peint en 1859 par Jacques-Émile Lafon qui reçoit à cette occasion la Légion d’honneur
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Les cloches[modifier | modifier le code]

Les cinq cloches de l'église Saint-Sulpice forment une des plus importantes sonneries de Paris[28] :

  • le bourdon (6 000 kg) nommé Thérèse, note : Sol2
  • la deuxième cloche (4 000 kg) nommée Caroline, note : Sol#2
  • la troisième cloche (3 000 kg) nommée Louise, note : Si2
  • la quatrième cloche (2 500 kg) nommée Marie, note : Do3
  • la cinquième cloche (980 kg), nommée Henriette-Louise, qui n'est pas accordée au carillon, note : Do3, cette cloche ne sonne que pour les angelus.

Autour de Saint-Sulpice[modifier | modifier le code]

Place Saint-Sulpice[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Place Saint-Sulpice.

Plan d'origine[modifier | modifier le code]

Le Séminaire construit en 1650 masque la façade de la nouvelle église.
Maison de Servandoni
La fontaine Saint-Sulpice

Pour mettre l'église en valeur, Servandoni conçoit devant le portail une place monumentale de 120 mètres de large sur 208 de longueur, avec des façades symétriques et une rue dans l'axe de l'église. Mais ce projet exige la destruction du Séminaire construit en 1650 et le clergé s'y oppose. Le curé de Saint-Sulpice réussit à batir une seule maison selon les plans de l'architecte (encore visible dans l'encoignure Nord-Est de la place, entre la rue des Canettes et la rue Saint-Sulpice) dans laquelle il habite jusqu'à sa mort.

Place actuelle[modifier | modifier le code]

Bonaparte ordonne la démolition du Séminaire en 1800 et fait installer une fontaine de la Paix sur la nouvelle place (1803). Entre 1820 et 1838, un nouveau Séminaire est construit sur le reste du terrain ayant appartenu à l'ancien. En 1847, la fontaine de la Paix paraissant trop petite est remplacée par la fontaine Saint-Sulpice conçue par l'architecte Louis Visconti (17911853). Ses quatre côtés sont ornés de statues représentant des évêques prédicateurs de l'époque de Louis XIV : Bossuet, Fénelon, Fléchier et Massillon. Par un heureux jeu de mots, cette fontaine est connue dans le quartier comme la fontaine des quatre "point cardinaux", puisque les quatre évêques n'ont jamais obtenu cette distinction. La Mairie du 6e arrondissement est implantée en 1848 sur le côté ouest de la place face à l'église.

Un parking souterrain a été construit entre 1971 et 1982 et la place restructurée à cette occasion (pavage en granit, bancs et marronniers). Au début de l'été un grand nombre de rencontres culturelles, comme le Marché de la poésie ont lieu sur la place Saint-Sulpice, où sont installés de nombreux stands à cette occasion.

Séminaire de Saint-Sulpice[modifier | modifier le code]

Bâtiment de l'ex-séminaire de Saint-Sulpice, aujourd'hui « centre des finances publiques ».

Le 15 août 1642[29], le nouveau curé de Saint-Sulpice, Jean-Jacques Olier, installait dans sa paroisse une communauté religieuse fondée quelques mois plus tôt (31 décembre 1641) dans le village de Vaugirard[30]. Cette communauté prit alors le nom de « Séminaire de Saint-Sulpice ». Elle accueillait des jeunes prêtres et de futurs prêtres qui suivaient des cours en Sorbonne. Elle connut un développement rapide. En 1649, on confia à l'architecte Jacques Lemercier la construction d'un ensemble de bâtiments destinés à l'accueillir[31],[32]. Ces bâtiments occupaient l'emplacement de l'actuelle place Saint-Sulpice.

Le séminaire de Saint-Sulpice fut à l'origine d'une société de prêtres, la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice (sulpiciens ou PSS).

Le Séminaire fut supprimé en 1792 puis rétabli en 1802 dans un autre bâtiment du quartier. Étienne-Hippolyte Godde construisit un nouveau séminaire pour les sulpiciens sur le côté sud de la place, qui revint aux services du Trésor public lors de la séparation de l'Église et de l'État en 1906[33]. Le séminaire de Saint-Sulpice existe aujourd'hui dans d'autres établissements tels que ceux d'Issy-les-Moulineaux et de Montréal.

Évocations littéraires et cinématographiques[modifier | modifier le code]

Sulpicien[modifier | modifier le code]

Adjectif relatif aux prêtres de la Compagnie de Saint-Sulpice. On parle aussi de « style sulpicien » ou de « style saint-sulpicien » pour qualifier les « bondieuseries » telles que les statuettes de saints, au style quelque peu naïf et sans grand génie.

L'expression s'explique par le fait que le quartier Saint-Sulpice abritait traditionnellement de nombreux magasins de livres, d'images et d'objets religieux (cf. La Procure). On peut, aujourd'hui, apercevoir quelques boutiques encore existantes et proposant les articles d'un style en voie d'extinction.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no PA00088510 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Adolphe Berty, Topographie historique du vieux Paris. [3] Région du Bourg Saint-Germain, p. 145-150, 398-400, 2 plans de l'église aux XIIIe et XVIIe siècles, Imprimerie nationale, Paris, 1876, [lire en ligne]
  3. a et b Germain Brice, Description de la ville de Paris, 1718.
  4. Nota : l'église Saint-Sulpice a une longueur de 119 m. et 57 m. de largeur. La cathédrale Notre-Dame a une longueur de 130 m. avec une largeur de 48 m. La nouvelle église a une surface 5 fois plus grande que l'ancienne. La voûte culmine à 33 m. au-dessus du sol pour 35 m. à Notre-Dame de Paris.
  5. Agnès Bos, Les églises flamboyantes de Paris, XVe ‑ XVIe siècles, Paris, Picard, 2003, (ISBN 9782708407022). Notice bibliographique consultable en ligne, p.138.
  6. Henri-François-Simon de Doncourt, Remarques historiques sur l'église et la paroisse de Saint-Sulpice, tirées du premier volume des Instructions & prières à l'usage de la dite paroisse, p. 10, Paris, 1773 [lire en ligne]
  7. Jean-Aimar Piganiol de La Force, Description historique de la ville de Paris et de ses environs, vol. 7, p. 3100-352, Paris, 1765 [lire en ligne]. Remarque : ce livre donne une chronologie un peu différente de celle adoptée dans le texte pour les débuts de la construction : une première pose de première pierre aurait été faite en 1646 par Gaston d'Orléans et une deuxième pose de première pierre par la reine Anne d'Autriche le 20 février 1655. Il indique que Daniel Gittard devient l'architecte de l'église par la mort de Louis Le Vau, mais celui-ci est mort en 1670.
  8. Note : Voir Sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos, Le guide du patrimoine Paris, p. 495
  9. Jacques François Blondel, Pierre Patte, Cours d'architecture ou Traité de la décoration, distribution & construction des bâtiments contenant les leçons données en 1750, & les années suivantes, par J. F. Blondel, dans son École des Arts, tome 3, p. 330-351, Paris 1772 [lire en ligne] - Remarque : ce livre donne une chronologie identique à celle de Jean-Aimar Piganiol de La Force et une explication des faits un peu différente de celle adoptée dans le texte pour les débuts de la construction.
  10. a, b, c, d et e Michel Portal, La place Saint-Sulpice, p. 142-151, dans L'urbanisme parisien au siècle des Lumières, Action artistique de la Ville de Paris, Paris, 1997 (ISBN 9782905118905) ; p. 229
  11. Nota : Servandoni était déjà intervenu dans l'église Saint-Sulpice en 1729 quand il est chargé de modifier le décor de la chapelle de la Vierge. Il a fait des propositions de décoration pour le grand orgue et des chapelles qui n'ont pas été acceptées.
  12. Andrée Jacob et Jean-Marc Léri, Vie et histoire du 6e arrondissement de Paris, Éditions Hervas, 1986, page 47.
  13. Jean-Jacques Olier, Règlements de la Communauté de MM. les prêtres desservant la paroisse de Saint-Sulpice à Paris, p. 313, 1772 [lire en ligne]
  14. INHA : Rapport sur l'achèvement de l'église Saint-Sulpice du 22 mai 1838.
  15. Archives nationales : Procès-verbaux du Directoire exécutif An V - An VIII
  16. a, b, c et d Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Paris, Les Éditions de Minuit,‎ 1972, 1985, 1991, 1997 , etc. (1re éd. 1960), 2 vol. , 1 476 p. [détail des éditions] (ISBN 2-7073-1054-9, OCLC 466966117, présentation en ligne), t. 2, p. 486
  17. On trouve parfois d'autres chiffres légèrement différents ; Jacques Hillairet indique par exemple, 110 m de long, 56 de large et 33 de haut (Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Paris, Les Éditions de Minuit,‎ 1972, 1985, 1991, 1997 , etc. (1re éd. 1960), 2 vol. , 1 476 p. [détail des éditions] (ISBN 2-7073-1054-9, OCLC 466966117, présentation en ligne), t. 2, p. 486)
  18. a et b Claude Mignot, Daniel Rabreau (dir.) - Temps modernes XVe ‑ XVIIIe siècles - Histoire de l'Art Flammarion - Paris 2005, 2007 - (ISBN 2080116029) , broché - p. 380
  19. Jacques Hillairet précise que cette fresque endommagée par l'incendie qui détruisit en 1762 la foire Saint-Germain, fut restaurée par Callet (Jacques Hillairet - Dictionnaire historique des rues de Paris - T.2, p. 486).
  20. Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, Paris, Les Éditions de Minuit,‎ 1972, 1985, 1991, 1997 , etc. (1re éd. 1960), 2 vol. , 1 476 p. [détail des éditions] (ISBN 2-7073-1054-9, OCLC 466966117, présentation en ligne), t. 2, p. 486.
  21. Anne Mézin, Les consuls de France au siècle des lumières (1715-1792), p. 392-394, Imprimerie nationale, Direction des archives et de la documentation du ministère des Affaires étrangères, Paris,1998 (ISBN 978-2-11-089158-7) ( extraits )
  22. Henri-Paul Eydoux, Monuments méconnus. Paris et Île-de-France, tome 1, p. 71-80, Librairie académique Perrin, Paris, 1975.
  23. Saint-Sulpice (plaquette de 48 pages illustrées sans date ni nom d'auteur, vendue à la sacristie de l'église), p. 31.
  24. a et b « Notice no PM75001821 », base Palissy, ministère français de la Culture
  25. « Notice no PM75001873 », base Palissy, ministère français de la Culture
  26. 2010 Concerts Spirituels à Saint-Sulpice
  27. Sous la direction de Louis Grodecki, Françoise Perrot, Jean Taralon, Les vitraux de Paris, de la région parisienne, de la Picardie et du Nord-Pas-de-Calais, p. 63-65, Éditions du CNRS (Recensement des vitraux anciens de la France, volume 1), Paris, 1978
  28. Site de la paroisse
  29. Mr Boisard, La compagnie de Saint Sulpice: Trois siècles d'histoire (sans date), tome I, p. 15.
  30. Philippe Molac, Histoire d'un dynamisme apostolique: La Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, éditions du Cerf, Paris 2008, p. 24-25. Voir aussi: Paul Renaudin, Jean-Jacques Olier, éd. Albin Michel, Paris 1943, p. 24 et Boisard, p. 15.
  31. Boisard, p. 19.
  32. Jacques-François Blondel, Architecture françoise, ou Recueil des plans, élévations, coupes et profils des églises, maisons royales, palais, hôtels & édifices les plus considérables de Paris, tome 2, p. 43-45, chez Charles-Antoine Jombert, Paris, 1752-1756 ( lire en ligne )
  33. Voir Jacques Hillairet, Connaissance du Vieux Paris, art. place Saint-Sulpice.
  34. Anne-Marie Meininger et Pierre Citron, Index des personnages fictifs de la Comédie humaine, Paris, La Pléiade, 1991, t. XII, p. 1271-1272(ISBN 2070108775)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]