Ivan le Terrible (film)

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Ivan le Terrible (en russe : Иван Грозный) est un film soviétique de Sergueï Eisenstein, sorti en 1944.

Le personnage historique d'Ivan le Terrible[modifier | modifier le code]

Ivan IV de Russie, surnommé Ivan le Terrible, est né en 1530. À la mort de son père Vassili III en 1533, il devient Grand Prince de Russie. En attendant sa majorité, sa mère Hélène Glinskaïa assure la régence. Cette dernière meurt en 1538, laissant l’État aux boyards qui cherchent à prendre le pouvoir. En 1547, Ivan IV atteint sa majorité ; il est le premier grand-prince moscovite à être officiellement couronné tsar. La même année, il épouse Anastasia Romanovna de la famille des Romanov.

Il s’entoure de fidèles conseillers et se tient à l’écart de la noblesse à cause de la révolte des nobles durant son enfance. Il réunit le premier zemski sobor, qui est une sorte d’états généraux. Il réorganise le pays et renforce sa position autocratique en enlevant des pouvoirs aux boyards et à l’Église.

En 1550, il lance une réforme du système administratif et judiciaire : des directions unifiées sont créées pour les finances, les affaires étrangères et la guerre ; les pouvoirs des voïvodes, les gouverneurs de provinces, sont limités.

En 1560, il entreprend une nouvelle réforme sur l’administration locale et le système fiscal qui sont réorganisés, notamment au détriment des boyards qui se voient privés des taxes qu’ils ont toujours eu le droit de prélever sur les impôts collectés par eux pour le tsar.

En 1564, Ivan IV abdique et part de Moscou avec une partie de la cour. Mais quelques semaines plus tard sous la pression populaire, il accepte de remonter sur le trône.

En 1565, il prend une partie de la Moscovie à titre personnel et la dirige lui-même pour la redistribuer à ses plus fidèles partisans, créant ainsi de nouveaux fonctionnaires, les opritchniki.

Les boyards mécontents de leur perte de pouvoir complotent contre le Tsar qui va les exterminer sans pitié ce qui lui vaut le surnom de « Ivan le Terrible ».

En 1552, les armées moscovites ont conquis et annexé le royaume tatar de Kazan et Astrakhan qui deviennent des territoires russes en 1556. Il pacifie les frontières de l’Est de la Russie. Il autorise les rapports commerciaux entre l’Angleterre et la Russie.

Souvent excessif et cruel, Ivan IV fonde une Russie forte et crée un modèle de pouvoir suprême pour les tsars.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Première partie

Le film s'ouvre sur les fastes du couronnement du grand prince de Moscou, Ivan Vassilievitch, désormais tsar de Moscou et seigneur absolu de toutes les Russies. Sitôt ceint de la couronne, le nouveau tsar proclame sa ferme volonté d'unifier le royaume, s'il le faut par la force. Les puissants boyards sont invités à se soumettre à son autorité. Une nouvelle institution, les streltsy, est créée comme bras armé du tsar. Enfin des contributions financières seront maintenant exigées, y compris pour les riches monastères. Telles sont les conditions qui, selon le tsar, permettront à la Russie de retrouver l'intégralité de ses terres et sa grandeur passée comme troisième Rome. Le discours du tsar est accueilli très fraîchement. Les ambassadeurs polonais sont mécontents. Déjà la tante d'Ivan, l'ambitieuse Efrossinya Staritskaya qui rêve de voir son fils Vladimir -un simple d'esprit- à la place d'Ivan, promet secrètement des noces bien particulières au tsar, pour la Saint Siméon.

Les festivités des noces d'Ivan et d'Anastasia vont bon train. Pourtant deux des amis du tsar font grise mine. Le prince Andreï Kourbsky pense que le mariage va l'éloigner d'Ivan (et secrètement d'Anastasia). Fedor Kolytchev pense se retirer dans un monastère, craignant que le tsar n'aille trop loin dans les réformes et ne suscite des troubles. Comme en réponse, une foule d'émeutiers excités par le clan d'Efrossinya fait irruption en plein banquet. Sus au tsar, il est ensorcelé ! Des prodiges en attestent! Grâce à sa haute stature et son autorité naturelle, Ivan arrive à calmer la foule et à lui faire reprendre ses esprits. Il lui explique la grande cause qu'il poursuit: retrouver la maîtrise du royaume, écraser sans pitié toute sédition, favoriser le travail et le commerce. La foule est conquise, enthousiaste. C'est alors qu'un représentant du Khan de Kazan vient défier le tsar. Rompant son amitié avec Moscou, Kazan invite le tsar à se soumettre ou à se suicider. C'en est trop. Ivan jure de laver l'affront et d'en finir avec Kazan. Sans attendre, la foule part au combat : tous à Kazan !

L'armée d'Ivan s'installe devant la citadelle de Kazan, sous laquelle une galerie est creusée. Puis des tonneaux de poudre sont acheminés dans la galerie. Les tonneaux sont reliés par un système de mèches. Le feu est mis aux mèches. De formidables explosions ébranlent la citadelle. La cavalerie charge, sous le commandement de Kourbsky. Les fantassins accourent. Les canons tirent leurs boulets. La citadelle cède rapidement. La victoire d'Ivan est totale et lui donne maintenant une légitimité incontestable.

Ivan est revenu à Moscou. Le temps a passé. Anastasia lui a donné un fils, Dimitri. Malheureusement, Ivan vient de tomber malade. Quasi mourant, il fait venir l'archevêque pour recevoir l'extrême onction. Serait-ce une juste punition de Dieu, comme le pense Efrossinya ? Avant de quitter le monde, Ivan demande à tous de jurer serment à son fils Dimitri. Avec horreur, il voit les boyards esquiver son regard, tour à tour et sans mot dire. Le tsar s'effondre, terrassé. Tous pensent maintenant à l'après-Ivan. L'heure semble arrivée de prêter serment non à Dimitri, mais à Vladimir, le fils d'Efrossinya. Seul le prince Kourbsky hésite encore car il réalise qu'un projet bien plus ambitieux est à sa portée: accéder au trône en épousant la tsarine Anastasia. Mais il a un pressentiment. N'a-ton pas enterré Ivan un peu trop vite? Il s'aperçoit qu'Ivan n'est pas mort et décide alors d'une action audacieuse: prêter serment devant tous les boyards réunis non à Vladimir mais au tsarévitch Dimitri ! Ses paroles consternent l'assemblée, mais parviennent aux oreilles d'Ivan qui, ayant repris quelques forces, s'est levé de son lit d'agonisant et fait une apparition inattendue.

L'audace du prince paie. Kourbsky reçoit d'Ivan une mission de grande importance: libérer les terres russes de l'Ouest. Quant aux terres méridionales, leur défense est confiée à Alexeï Basmanov, ennemi juré des boyards.

Efrossinya et les boyards se sont réunis pour examiner la situation. Ils se sentent opprimés par le pouvoir autocratique d'Ivan. Ils ont peur. Ivan ne les écoute plus. Pis, il accorde sa confiance à Basmanov, un homme de rien. Pour comble de malheur, le métropolite vient leur annoncer qu'Ivan l'a démis de son titre et l'envoie à Novgorod. Il faut réagir. Il faut maîtriser et affaiblir Ivan. Quant à Efrossinya, elle se propose de s'occuper elle-même d'Anastasia.

Du côté du tsar, les nouvelles ne sont pas bonnes. Les navires anglais sont bloqués par la ligue Hanséatique et ne peuvent commercer avec la Russie. En réponse Ivan va les inviter à emprunter la voie septentrionale de la mer Blanche. Mais que faire devant la trahison des suzerains boyards qui livrent les villes méridionales au khan de Crimée? La riposte doit être impitoyable, comme il l'avait promis. Les traîtres seront dépossédés de leurs terres. Et finis, les fiefs héréditaires ! Les terres ne seront données désormais que pour le service rendu à l'État. Efrossinya, effrayée par ces dernières décisions, décide de passer à l'action. Elle empoisonne Anastasia. Plan diabolique car c'est Ivan lui-même qui apportera sans le savoir la coupe mortelle à Anastasia.

Au pied du catafalque d'Anastasia, Ivan est anéanti. Maliouta, son fidèle serviteur, lui lit les dernières nouvelles, une liste de nouvelles trahisons et de nouvelles séditions. Même le prince Kourbsky, son ami, a trahi. Il vient de passer au service du roi de Pologne Sigismond. Blessé au plus profond de lui-même, Ivan veut réagir. Il lui reste encore quelques amis, et parmi eux Fedor Kolytchev qu'il réussit à faire revenir de son monastère. Il y a aussi Maliouta Basmanov et son fils Fedor, qui lui font comprendre qu'il doit s'appuyer des hommes nouveaux, "l'anneau de fer", qui lui feront protection. Mais Ivan voit beaucoup plus loin: s'appuyer sur le peuple même et en obtenir une nouvelle légitimité. Pour cela il devra quitter Moscou pour se retirer à Alexandrov où il attendra l'appel du peuple.

Le peuple est informé du départ du tsar pour Alexandrov. Les hommes sont appelés à former la garde personnelle du tsar.

L'appel du tsar a été entendu. Une immense procession rejoint la retraite d'Alexandrov. Ivan s'incline respectueusement devant la foule, qui, à son tour, s'agenouille. Il est temps pour Ivan de retourner à Moscou.

Seconde partie, la conjuration des boyards

Nous sommes à la cour du Roi de Pologne Sigismond. Le roi remet une décoration au prince Kourbsky qui vient de trahir la cause russe. Le prince affirme que les boyards vont bientôt renverser le tsar reclus à Alexandrov. Il se dit prêt à monter sur le trône. Le Roi trouve préférable de briser l'unité russe en rendant le pouvoir aux boyards et expose avec enthousiasme ses projets ambitieux d'expansion à l'est. Soudain, un messager accourt. C'est la consternation: Ivan fait marche sur Moscou!

À Moscou, devant les boyards réunis, Ivan annonce que l'essentiel des terres reviendra aux boyards - c'est la zemchtchina-- tandis qu'il administrera le reste avec sa garde personnelle, l'opritchnina. Fedor Kolytchev, devenu le moine Philippe, fait son apparition. Il tance sévèrement le tsar pour son autoritarisme. Ivan veut se justifier. Nous revenons à l'adolescence d'Ivan, à l'époque où les boyards gouvernaient en son nom. Nous revoyons l'empoisonnement de sa mère, les manœuvres des boyards, leur hypocrisie et leur arrogance. Le jeune Ivan s'est alors juré de devenir un tsar autocrate, débarrassé des boyards. Nous retournons au tsar Ivan. Il fait le bilan de son action. Il a réussi à asseoir son autorité en s'appuyant sur le peuple et la défend maintenant grâce à l'opritchnina. Mais il se sent très seul. Anastasia n'est plus. Kourbski l'a trahi. Il a besoin d'amis. Il conjure Kolytchev de ne pas l'abandonner. Pour vaincre la réticence de Kolytchev-Philippe, qui est du côté des boyards, il lui propose le titre de métropolite et lui concède même le droit d'intercéder pour les condamnés.

Maliouta, devenu opritchinik et âme damnée d'Ivan, reproche au tsar sa faiblesse envers le nouveau métropolite Philippe. Il comprend la souffrance d'Ivan et veut le soulager un peu du poids du pouvoir. Il se propose de se charger lui-même des basses œuvres. Ivan accepte mais sent en lui un certain malaise.

En présence de Fiodor Basmanov, fils d'Alexeï Basmanov, le tsar se rend compte qu'Anastasia a peut-être été empoisonnée, et que c'est lui qui lui a apporté la coupe empoisonnée, coupe présentée par Efrossinya. De terribles soupçons pèsent maintenant sur la tante du tsar. Mais il faut encore des preuves.

Maliouta ne perd pas de temps. Il s'en prend à trois des parents du métropolite Philippe: Kolytchev "savant" et deux Kolytchev "non écrasés". Dans une parodie, il prétend qu'Ivan les accuse de félonie et qu'il les a condmanés à être décapités. Maliouta exécute lui-même la décapitation. Ivan arrive, contemple la scène et s'incline devant les corps.

L'heure est grave. Devant les trois cercueils des Kolytchev, une foule se recueille. Philippe médite. Sous la pression de l'archevêque Pimen et d'Efrossinya, il décide de passer à l'action. Son plan est de se rendre maître d'Ivan lors d'une cérémonie religieuse, le lendemain, à la cathédrale.

La cérémonie évoque le mythe des trois adolescents Anani, Azari et Missail, qu'un ange a mystérieusement sauvés de la fournaise allumée sur ordre du "tsar païen" Nabuchodososor. L'allusion aux Kolytchev et à Ivan est claire. Ivan fait son entrée dans la cathédrale, accompagné de ses opritchniki. Il s'incline devant Philippe et lui demande la bénédiction. Philippe refuse. Les deux se défient mutuellement. Philippe exige la suppression de l'opritchnina. Ivan lui intime l'ordre de se taire, puis voit dans la réaction d'Efrossinya l'aveu de sa culpabilité. Fou de douleur, Ivan prévient qu'il sera dorénavant comme on le nomme : terrible.

En compagnie des boyards, Efrossinya et l'archevêque Pimen examinent la situation. Philippe est arrêté. Il est perdu. Après lui Ivan s'attaquera aux autres. Il ne reste plus qu'une seule solution, tuer Ivan. Pour cela, l'archevêque désigne Piotr Volynets, un fanatique. En attendant l'assassinat du tsar, que faire concernant Philippe ? Le cynique archevêque Pimen n'hésite pas à le sacrifier comme futur saint et martyr. Resté seul avec sa mère, Vladimir prend peur. Pour le rassurer, Efrossinya le prend dans ses bras et lui chante la chanson du castor noir. Maliouta entre. Il offre une coupe de vin à Efrossinya et invite Vladimir à venir au festin du tsar. Efrossinya y voit l'occasion rêvée pour Piotr d'approcher le tsar et de l'assassiner. Le doigt de Dieu s'est donc exprimé. Mais curieusement la coupe est vide…

Entouré de ses opritchnili, Ivan, ses amis, son cousin Vladimir font bombance. Une troupe de danseurs et Fiodor Basmanov entonnent une chanson vengeresse contre les boyards. Ivan confie (faussement) sa solitude à Vladimir qui, un peu éméché mais touché, veut lui prouver son amitié. Vladimir révèle à Ivan qu'on projette de l'assassiner. Sans s'en rendre compte, il ajoute "qu'elle" veut le voir, lui Vladimir, revêtir les vêtements de tsar. Puisqu'il en est ainsi, Ivan imagine une bouffonnerie. Il fait revêtir à Vladimir des habits de tsar et procède au couronnement. Tous s'inclinent respectueusement devant le faux tsar Vladimir. Puis Vladimir est invité à les amener tous à la cathédrale. Plein d'appréhension, Vladimir prend la tête du long cortège. À l'intérieur de la cathédrale, embusqué derrière un pilier, Piotr attend le tsar. Vladimir s'arrête un moment. Piotr surgit et le poignarde de dos sans pouvoir le reconnaître. Vladimir s'écroule face contre terre. Piotr est maîtrisé. Efrossinya surgit et crie victoire. Elle sera de courte durée. La foule s'écarte pour laisser s'avancer Ivan. Terrorisée Efrossinya se jette à terre et retourne le corps. C'est celui de son fils Vladimir. Ivan s'approche de Piotr et le fait relâcher en tant qu'assassin d'un ennemi du tsar. Tous s'en vont en cortège, derrière Ivan. Ils jurent fidélité à la grande cause russe.

Le film se termine sur une brève exhortation du tsar Ivan. Les ennemis de l'unité de la terre russe étant définitivement défaits, le tsar aura pour tâche de la défendre de ses ennemis étrangers.

Distribution[modifier | modifier le code]

La musique a été composée par Sergueï Prokofiev.

Autour du film[modifier | modifier le code]

C'est un film en noir et blanc. Le film devait comporter une troisième partie qui ne fut pas réalisée. La deuxième partie du film fut censurée jusqu'en 1958, Staline se sentant visé. Le film reçut le Prix de la photographie au Festival international du film de Locarno en 1946 et fut classé septième des dix meilleurs films du cinéma mondial par la critique professionnelle d'après le magazine anglais Sight and Sound en 1962. La musique de ce film a été composée par Serge Prokofiev. Peu après la sortie de ce film et sur la base de la musique qu'il avait écrite pour S. Eisenstein, Prokofiev composa une cantate pour grand orchestre, chœurs, alto, baryton et récitant. L'alto chante notamment la Chanson du castor qu'interprète Efrossinia dans le film d'Eisenstein. Le récitant tient le double rôle de l'auteur et d'Ivan. Prokofiev avait déjà collaboré avec Eisenstein pour Alexandre Nevski et en avait également tiré une cantate. Malheureusement, le succès qu'avait rencontré Prokofiev avec Alexandre Nevski ne s'est pas renouvelé avec sa cantate tirée d'Ivan le Terrible. Acteur préféré de Staline et membre de son parti,Nikolaï Tcherkassov fut imposé à Eisenstein pour ce film ainsi que le précédent, Ivan le Terrible[1].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Page 109 La Belle Jeunesse 2012, Éd. Noir sur Blanc, traduit du polonais par Anna Posner (ISBN 978-2-88250-267-4)

Lien externe[modifier | modifier le code]