Rainer Werner Fassbinder

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Rainer Werner Fassbinder est un réalisateur allemand, né le 31 mai 1945 à Bad Wörishofen (Bavière) et mort le 10 juin 1982 à Munich. Il est l’un des représentants majeurs du nouveau cinéma allemand des années 1960-1970. Il a été également acteur, auteur et metteur en scène de théâtre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Ritrat ad Rainer Werner Fassbinder.jpg

Fils d’un médecin, Hellmuth Fassbinder, et d’une traductrice, Liselotte (Lilo) Pempeit, (1922–1993), il est enfant unique, au grand dam de ses parents, qui divorcent en 1951 : le jeune Rainer a alors six ans. Sa mère se remarie en 1959 avec le journaliste Wolff Eder.

Bénéficiant d'une éducation libérale, voire libertaire[1], il s'intéresse très jeune et de manière autonome au cinéma, dévorant films sur films. Pourtant il n’accomplit pas son vœu de faire une école de cinéma (il n'est pas admis à l'école de cinéma de Berlin), et sort d’une école Steiner sans obtenir le baccalauréat. Il vit de divers métiers. Il est par exemple journaliste au Süddeutsche Zeitung.

Il réalise en 1965, un premier court métrage (This Night) qui semble avoir été perdu. En 1966, il réalise Le Clochard, un hommage au film d’Éric Rohmer, Le Signe du lion[2] ; puis il finit par collaborer avec des troupes de théâtre expérimental. Après s'être essayé à l'écriture de pièces radiophoniques dans la grande tradition allemande (Hörspiel), il se fait connaître, lors de la saison théâtrale 1967-1968, à Munich pour ses mises en scène qui relisent de manière anticonformiste des textes classiques ou valorisent des œuvres contestataires[3]. Il connaît cependant une première expérience infructueuse. Sur l'exemple du Berliner Ensemble de Bertolt Brecht dont les théories l'influencent toute sa carrière (distanciation, écriture épique, éducation des masses), il fonde sa propre troupe : l’Antiteater pour laquelle il écrit la majorité de ses pièces de théâtre de 1968 à 1971. Hanna Schygulla, travaille déjà avec lui. Il joue dans Le Fiancé, la Comédienne et le Maquereau de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet en 1968, auxquels il rend hommage dans son premier long-métrage en 1969[3].

Fassbinder puise son inspiration dans la littérature réaliste : Gustave Flaubert, Guy de Maupassant ou encore Theodor Fontane dont il adapte plus tard Effi Briest, le chef-d'œuvre[1].

Influencé par les mélodrames de Douglas Sirk — auteur qu’il rencontre en 1971 et auquel il emprunte la rhétorique de l'excès, la flamboyance et l'éclat des couleurs —, il revendique également une filiation avec la Nouvelle Vague française : Jean-Pierre Melville pour la maîtrise plastique de sa réalisation et l'archétype du film de gangsters, Éric Rohmer pour sa dimension littéraire et sa peinture des sentiments dans les sociétés modernes ou encore Claude Chabrol pour son art de l'ambiance, son ironie et sa représentation à l'eau-forte de la vie provinciale[4]. Dans une moindre mesure, l'œuvre de Fassbinder porte l'empreinte de Jean-Luc Godard pour sa relecture critique des genres classiques, son art de la citation, son contenu sociologique, politique ou militant et son goût de l'expérimentation (faux raccord, dialogues en décalage, mouvements de caméra ou plans identiques répétés d'un personnage à l'autre, etc.)[4],[5]. Le cinéaste est également proche du film noir ou des films policiers des grands réalisateurs hollywoodiens tels que John Huston, Raoul Walsh et Howard Hawks[4],[5].

En incluant ces diverses influences dans une démarche artistique singulière, Fassbinder entreprend son premier projet cinématographique avec sa troupe. Ainsi, naissent en 1969, L'amour est plus froid que la mort (Liebe ist kälter als der Tod) et Le Bouc (Katzelmacher). Il ne distingue pas les techniques théâtrales de celles du septième art ; de fait, entre 1969 et 1971, il accouche de nombreuses pièces de théâtre tout en produisant en un temps record des films alternatifs. La vie et le travail de la troupe ne font qu’un, ce qui explique pour partie la fécondité de Fassbinder qui, en l’espace de treize ans, a réalisé quarante films. Désirant ne pas connaître le même sort qu'Orson Welles dont la carrière fut compromise par Hollywood, Fassbinder se veut un auteur complet et maître de son œuvre, sur le plan commercial, financier et artistique[3]. Producteur et scénariste de ses films, il en réduit le budget et le mode de production jusqu'au Mariage de Maria Braun puis écrit et tourne vite[3]. Il passe sans distinction du théâtre au cinéma, en passant par la télévision qui lui apporte les revenus nécessaires pour financer et réaliser ses films[6].

Bien que marié à Ingrid Caven de 1970 à 1972 pour qui il a écrit plusieurs chansons : Alles aus Leder, Freitag im Hotel, Nietzsche, Die Straßen stinken, il est bisexuel. Il fait tourner ses amants successifs, Günther Kauffmann, El Hedi ben Salem et Armin Meier, dans de nombreux films. Il rend hommage à ce dernier — qui s'est suicidé — dans L'Année des treize lunes et à El Hedi ben Salem — qui s'est suicidé en prison quelques semaines avant sa propre mort — dans Querelle, qui met en image les délires érotiques de Jean Genet, exposés dans son roman Querelle de Brest. De 1978 à 1982, il vit avec Juliane Lorenz, devenue depuis présidente de la fondation Rainer Werner Fassbinder. Fassbinder fait aussi participer sa mère, Liselotte (Lilo) Pempeit à dix-sept de ses films, en lui confiant de petits rôles.

À partir de 1972, ses films évoluent : ils deviennent plus professionnels, personnels et étoffés. Il est désormais acclamé par la critique à chaque festival de Berlin, mais reste ignoré par les jurys successifs jusqu'à son avant-dernier film, Le Secret de Veronika Voss (Die Sehnsucht der Veronika Voss) qui reçoit l’Ours d’or en 1982.

Dans les années 1970, il crée des personnages féminins mythiques qui comptent parmi les plus fascinants du cinéma d’après-guerre et dont les films éponymes sont passés à la postérité : Maria Braun, Effi Briest et Lili Marleen, toutes trois incarnées par Hanna Schygulla, mais aussi Lola, jouée par Barbara Sukowa ou encore Petra von Kant, incarnée par Margit Carstensen. À travers ces portraits de femmes, Fassbinder brosse un tableau vaste et sans concession de la société allemande, des heures sombres du nazisme au miracle économique (Wirtschaftswunder)[1]. Il évoque en effet l'intolérance, le racisme affiché ou refoulé, les illusions perdues, les bassesses, la vilenie et les compromissions d'un pays pressé d'enterrer un passé tragique pour s'adonner aux joies du libéralisme économique[1].

Il écrit et met en scène des pièces de théâtre (Preparadise Sorry Now, etc.) jusqu’en 1976.

En 1976, il provoque le scandale avec sa pièce de théâtre Les Ordures, la ville et la mort dans laquelle l'un des personnages est dénommé le « juif riche ». On l'accuse alors d'antisémitisme. L'éditeur Suhrkamp décide alors de retirer l'ouvrage de la vente et de le mettre au pilon. Daniel Schmid a adapté la pièce au cinéma sous le titre L'Ombre des anges mais le film a lui aussi été déprogrammé[7].

En 1979, la télévision ouest-allemande commande à Fassbinder une adaptation du grand roman d'Alfred Döblin Berlin Alexanderplatz. Fassbinder tourne une série composée d'une introduction de 81 minutes et de 12 épisodes d'une heure et d'un épilogue[8].

Fassbinder travaille sans relâche à un rythme effréné. Il meurt à Munich le 10 juin 1982 d’une rupture d’anévrisme à seulement trente-sept ans, alors qu’il travaille au montage de son dernier film Querelle adapté d’un roman de Jean Genet (1946), et qu’il prépare un film sur Rosa Luxembourg, finalement réalisé en 1987 par Margarethe von Trotta. Certains affirment que son décès est consécutif à un mélange de cocaïne et de benzodiazépine et qu’il s’est peut-être suicidé.

Il est enterré au cimetière de Bogenhausen, à Munich.

Tombe de Fassbinder au cimetière de Bogenhausen

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur au cinéma[modifier | modifier le code]

Lorsqu’il joue un rôle dans ses films, celui-ci est précisé après le titre du film.

Réalisateur à la télévision[modifier | modifier le code]

Lorsqu’il joue un rôle dans ses films, celui-ci est précisé après le titre du film.

Acteur (en dehors de ses propres films)[modifier | modifier le code]

Le théâtre de Fassbinder[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Gouttes dans l’océan et Anarchie en Bavière, L’Arche, 1997
  • La Peur dévore l’âme, L’Arche, 1990
  • Preparadise sorry now, suivi de Du sang sur le cou du chat, L’Arche, 1997
  • Qu’une tranche de pain, L’Arche, 1997
  • avec Michael Töteberg, L'Anarchie de l’imagination, L’Arche, 2005
  • Les films libèrent la tête, L’Arche, 2006.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fassbinder par lui-même, édition établie et présentée par Robert Fischer, G3J éditeur, 2010, ISBN 978-2-9527983-3-4
  • Collectif, Fassbinder, Paris, Rivages cinéma, 1986, 2006
  • Robert Katz, L’amour est plus froid que la mort. Une vie de Rainer Werner Fassbinder, Paris, Presses de la Renaissance, 1988
  • Yann Lardeau, Rainer Werner Fassbinder, Paris, éd. de l’Étoile/Cahiers du cinéma, 1990
  • Thomas Elsaesser, Rainer Werner Fassbinder. Un cinéaste d’Allemagne, Centre Pompidou, 2005
  • Terrorisme, mythes et représentations. La RAF de Fassbinder aux T-shirts Prada-Meinhof, essai de Thomas Elsaesser avec le DVD du film L’Allemagne en automne (1977-1978), film collectif d’Alexander Kluge, Rainer Werner Fassbinder, Volker Schlöndorff, etc., éd. Tausend Augen, 2005
  • Alban Lefranc, Attaques sur le chemin, le soir, dans la neige, Marseille / Montréal, Le Quartanier, 2005 (biographie fictive de Fassbinder)
  • Fassbinder l'explosif, dirigé par Denitza Bantcheva, CinémAction, Corlet éd. Diffusion, Arte éditions, 2005
  • Axelle Ropert, « Fassbinder : retour sur le cinéaste allemand », La bibliothèque du film,‎ 2005 (lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Rainer Werner Fassbinder sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le 7 juin 2014.
  2. « Le Clochard », sur arte.tv,‎ 19 juin 2012 (consulté le 27 avril 2014)
  3. a, b, c et d « Rainer Werner Fassbinder : la nécessité d'une autonomie créatrice » par Daniel Sauvaget sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le 7 juin 2014.
  4. a, b et c « Rainer Werner Fassbinder : le mélodrame comme révélateur » par Daniel Sauvaget sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le 7 juin 2014.
  5. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées universalis.
  6. Rainer Werner Fassbinder sur le site de l'encyclopédie Larousse, consulté le 7 juin 2014.
  7. Maïa Bouteillet, « Fassbinder n'était pas antisémite », Libération,‎ 6 juin 2003 (lire en ligne)
  8. Olivier Séguret, « Fassbinder est dans la « Platz » », Libération,‎ 3 octobre 2007 (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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