Jakob Michael Reinhold Lenz

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Lenz.

Jakob Lenz

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait et signature de Lenz

Nom de naissance Jakob Michael Reinhold Lenz
Activités Dramaturge
Naissance 12jul./23grég. janvier 1751
Sesswegen, Livonie
Décès 24 maijul./4 juingrég. 1792
(à 41 ans)
Moscou, Russie
Langue d'écriture Allemand
Mouvement Sturm und Drang
Genres Théâtre, essai

Œuvres principales

  • Le Précepteur, 1774
  • Les Soldats, 1776

Signature

Signature de Jakob Lenz

Jakob Michael Reinhold Lenz est un dramaturge allemand (Sesswegen, 12jul./23grég. janvier 1751 – Moscou, 24 maijul./4 juingrég. 1792). Il fut l'un des principaux représentants du mouvement littéraire Sturm und Drang, en particulier grâce à ses pièces de théâtre Le Précepteur (1774) et Les Soldats (1776).

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et jeunesse[modifier | modifier le code]

Jakob Michael Reinhold Lenz naît à Sesswegen (aujourd'hui Cesvaine en Lettonie) en Livonie le 12jul./23grég. janvier 1751. Il est le fils cadet du pasteur Christian David Lenz (1720-1798), qui deviendra évêque (Generalsuperintendent en allemand) de Riga. Sa mère meurt un an avant son retour d’Allemagne. En 1759, son père est assigné pasteur à Dorpat (aujourd’hui Tartu en Estonie). Le jeune Lenz dédie ses premiers vers à Catherine II de Russie et écrit sa première pièce, Le Marié blessé.

En 1768, Lenz entame des études de théologie à Königsberg et rédige une ode à Kant au nom des Courlandais et des Livoniens de l’université. Il accompagne deux frères camarades d’études, les barons de Kleist (branche balte de la famille von Kleist), en Alsace, où il arrive en mai 1771.

Maturité en Allemagne[modifier | modifier le code]

Lenz écrit Le Précepteur, Le Nouveau Menoza, Les Soldats et les Notes sur le théâtre. Il fait la connaissance de Johann Gottfried von Herder et de Johann Wolfgang von Goethe, qui s’occupera de faire publier ses premières œuvres en 1774, et correspond avec Sophie von La Roche. Il fréquente également Ramond de Carbonnières, membre d’une société savante alsacienne proche de la franc-maçonnerie, la Société de philosophie et de belles-lettres. À cette époque, ses « modèles » dramatiques sont Plaute, Térence et Shakespeare. Ses parents le pressent de rentrer et de s'établir, ce qui suppose qu’il termine ses études de théologie. Il est un intellectuel de génie, reconnu par ses pairs, dont on attribue les drames et les poèmes au jeune Goethe. Les intellectuels de Strasbourg, la jeune école allemande l’admirent, mais il n'a pas de quoi vivre.

En avril 1776, Lenz tente de rejoindre Goethe à Weimar. En novembre, il commet une « ânerie », note Goethe : on l’expulse de la principauté. Il se rend alors à Emmendingen, près de Fribourg-en-Brisgau, chez Cornelia Schlosser, la sœur de Goethe. Johann Kaspar Lavater, l’éminent physiognomoniste, tente de soigner Lenz et l’envoie chez le pasteur Jean-Frédéric Oberlin. Le 20 janvier[1], Lenz se rend à pied de Strasbourg à Waldersbach dans le Ban de la Roche (Steintal en allemand) ; ce périple et le séjour subséquent chez Oberlin formeront le sujet de la nouvelle Lenz de Georg Büchner composée en 1835. À Waldersbach, Lenz fait des sermons en chaire, mais subit aussi des accès de démence et s'administre lui-même un bain glacé – sans doute une tentative d’autocure. Friedrich Maximilian Klinger, auteur de la pièce Sturm und Drang et qui, rejeté par Goethe, finira comme réformateur de l’université de Dorpat, pratique sur Lenz cette méthode à Emmendingen, où Lenz vit chez le mari de Cornelia, le grand juriste et historien allemand Schlosser. Lenz est enchaîné ; on le confie à un cordonnier, puis à un garde forestier, enfin à un médecin. Karl, le frère de Lenz, vient le chercher en 1779. Tous deux se rendent à Travemünde, puis en bateau jusqu’à Riga.

Dernières années en Russie[modifier | modifier le code]

Lenz ne trouvant pas de travail en Livonie, il s'en va à Saint-Pétersbourg, à Tartu, puis s'installe à Moscou en 1781, où il écrit une Ode aux Romanov et à Catherine II. En 1782, deux morceaux paraissent dans une revue allemande de Livonie. On pense qu’il est mort, de brèves nécrologies paraissent en Allemagne, Ramond le pleure. Il vit à Moscou « sans savoir pourquoi », de rapporter Nikolaï Karamzine se confiant à Lavater en 1789. Il survit comme précepteur, traducteur, membre de sociétés savantes, tout en fréquentant les milieux francs-maçons ; il élabore des plans de réforme, projette une histoire de la Russie, et pense jouer un rôle intermédiaire entre la Russie et l’Allemagne.

La Maison Novikov qui l’abrite est occupée par des soldats le 22 avril 1792. On retrouve Lenz mort dans la rue le 24 maijul./4 juingrég. 1792.

Analyse[modifier | modifier le code]

Le théâtre critique de Lenz pose les problèmes sans proposer de solution illusoire ; le blocage de la société du XVIIIe siècle, de l'aristocratie jusqu'à la très petite-bourgeoisie, en est le sujet central. Il a été redécouvert au XXe siècle par le professeur de théâtre Arthur Kutscher et par son élève Bertolt Brecht, qui a voulu en 1950 faire du Précepteur une illustration de la « misère allemande », variante marxiste du Sonderweg, sous-estimant sans doute le potentiel critique de Lenz et son refus des fausses solutions[2].

Postérité[modifier | modifier le code]

La vie et l'œuvre de Lenz a inspiré plusieurs créateurs :

Œuvres choisies[modifier | modifier le code]

  • Les Tourments de la terre ((de) Die Landplagen, 1769), poème épique en vers
  • Le Précepteur ou les avantages de l’éducation privée ((de) Der Hofmeister, oder Vorteile der Privaterziehung, 1774), comédie
  • Le Nouveau Menoza ou l'histoire du prince Tandi ((de) Der neue Mendoza, oder Geschiichte des kubanischen Prinzen Tandi, 1774), comédie
  • Observations sur le théâtre ((de) Anmerkungen übers Theater, 1774), essai
  • Opinions d'un laïque, dédiés au clergé ((de) Meinungen eines Laien, den Geistlichen zugeeignet, 1775), essai
  • Pandaemonium Germanicum ((de) Pandaemonium Germanicum, 1775), drame
    Publié en 1819.
  • Les Soldats ((de) Die Soldaten, 1776), comédie[3]
  • Les Amis font le philosophe ((de) Die Freunde machen den Philosophen, 1776), comédie
  • Zerbin ((de) Zerbin, 1776), nouvelle
  • L'Ermite de la forêt, un pendant aux Souffrances de Werther ((de) Der Waldbruder, ein Pendant zu Werthers Leiden), nouvelle
    Texte inachevé, publié en 1882.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La date a intéressé le poète Paul Celan, puisque le 20 janvier marque aussi la tenue de la conférence de Wannsee en 1942 où fut fixée l'organisation bureaucratique du génocide des juifs européens.
  2. François Genton, « Lenz et la misère allemande », Études Germaniques, 1997, no 1, pp. 143-158.
  3. Le compositeur allemand Bernd Alois Zimmermann (1918-1970) s’est inspiré de cette œuvre pour en faire le livret de son opéra du même nom et dont l’action se situe à Lille et à Armentières.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages de Lenz[modifier | modifier le code]

Ouvrages critiques[modifier | modifier le code]

  • (de) Sigrid Damm, Vögel, die verkünden Land. Das Leben des J. M. R. Lenz Berlin, Weimar, 1985.
  • Elisabeth Genton, J.M.R. Lenz et la scène allemande, Paris, Didier, 1966.
  • (de) Georg-Michael Schulz, Jacob Michael Reinhold Lenz, Reclam, Stuttgart, 2001, 349 p. (ISBN 3150176298)

Articles connexes[modifier | modifier le code]