Philippe Garrel

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Philippe Garrel

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Philippe Garrel (2008)

Naissance 6 avril 1948 (66 ans)
Boulogne-Billancourt, Seine
Nationalité Drapeau : France Française
Profession Réalisateur, acteur
Films notables J'entends plus la guitare
Les Amants réguliers

Philippe Garrel est un réalisateur et acteur français né le 6 avril 1948 à Boulogne-Billancourt.

Stagiaire à 16 ans sur Le Vieil Homme et l'Enfant de Claude Berri, il rachète des chutes de pellicule à la fin du tournage afin de réaliser — en trois jours — son court métrage Les Enfants désaccordés[1]. Si son premier long métrage Marie pour mémoire date de 1967, il lui faut attendre 1982 pour accéder à la renommée critique : il reçoit alors le Prix Jean-Vigo pour L'Enfant secret. Il obtient par la suite plusieurs autres prix. Il a été récompensé deux fois à la Mostra de Venise par le Lion d'argent du meilleur réalisateur : en 1991 pour J'entends plus la guitare et en 2005 pour Les Amants réguliers qui a valu aussi au chef opérateur William Lubtchansky un Osella, saluant sa « remarquable contribution artistique ». Philippe Garrel a déclaré en recevant son prix en 2005 : « Je suis un cinéaste indépendant français et je suis fier que des Italiens me récompensent. L'Italie est pour moi comme une grande université du cinéma. »

Ses réalisations reviennent souvent sur la jeunesse contestataire des années 1960 à laquelle il appartint.

Il a dirigé à de nombreuses reprises des élèves du Conservatoire national supérieur d'art dramatique où il donne des cours de comédie. Il a également mis en scène, au cinéma, ses amis et plusieurs membres de sa famille[2].

Il est le fils de l'acteur Maurice Garrel et le père des acteurs Louis et Esther Garrel.

Biographie[modifier | modifier le code]

Philippe Garrel naît le 6 avril 1948 à Boulogne-Billancourt[3].

Avec Bernadette Lafont, Jackie Raynal, Pierre Clémenti, Daniel Pommereulle, Jean-Pierre Kalfon, il forme le groupe Zanzibar, un groupe de jeunes dandys et d'artistes engagés dans un cinéma d'avant garde expérimental[4].

À la fin du mois de mai 1968, alors qu'il pense que la révolution a échoué, il part à Munich pour tourner son premier long métrage, Le Révélateur, avec Bernadette Lafont et Laurent Terzieff[5]. Sa rencontre avec la chanteuse Nico lui inspire plusieurs films dont elle fera la musique. Entre 1970 et 1972, il tourne La Cicatrice intérieure, au Nouveau Mexique, en Islande, en Italie et en Égypte[4], Les Hautes Solitudes en 1973, Un ange passe en 1975, Le Berceau de cristal en 1976. De sa séparation douloureuse d'avec Nico il fera L'Enfant secret avec deux anciens acteurs de Robert Bresson, Anne Wiazemsky et Henri de Maublanc[6]

À partir des années 1980, son cinéma très expérimental jusque là, retrouve la narration. Garrel reconnaît lui-même cette rupture dans son œuvre : « C’est vrai qu’au tournant des années 80, les cinéastes de ma génération, Chantal Akerman, Werner Schroeter, nous qui étions tous très godardiens, sommes revenus vers le récit, le scénario[5]. »

Liberté la nuit (1984) raconte à la fois le combat d'un homme et d'une femme durant la guerre d'Algérie et un double amour. Philippe Garrel donne le rôle masculin à son père, Maurice et les rôles féminins à Emmanuelle Riva et Christine Boisson[6].

Dans Rue Fontaine (1984), un court métrage réalisé pour le film à sketchs Paris vu par... 20 ans après, il rassemble à l'écran Jean-Pierre Léaud et Christine Boisson et se met lui-même en scène[7].

Garrel réalise ensuite Les Ministères de l'art (1987) pour la télévision, il s'y entretient avec Jacques Doillon, Chantal Akerman, André Téchiné, Benoît Jacquot, Léos Carax, Juliet Berto et Werner Schroeter[8]. Il revient sur sa difficile histoire d'amour avec Nico dans J'entends plus la guitare.

Son plus grand succès en salle[5] avec 95 000 entrées, sera Le Vent de la nuit en 1999.

Dans Les Amants réguliers (2005), un récit autobiographique sur les événements de mai 68, il donne le principal rôle masculin à son fils Louis Garrel. Le film diffusé sur Arte devant 180 000 téléspectateurs, ne fera que 38 000 entrées[5],[9] par la suite en salles.

En 2013, il tourne La Jalousie avec Louis Garrel et Anna Mouglalis[10],[11]. En juin 2014, il doit commencer le tournage à Paris de L'Ombre des femmes avec Clotilde Courau et Stanislas Merhar[12].

Analyse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Très influencés par la mode « underground », les longs métrages de Philippe Garrel, produits de manière artisanale, vont à contrecourant de la dramaturgie et des modes de financement majoritaires dans l'industrie du cinéma[13]. Ses films s'axent généralement sur un canevas très ténu, une narration linéaire, des décors et des dialogues réduits à leur strict minimum et plusieurs plans fixes[2]. Le rythme est souvent lent et ses films comportent une esthétique contemplative dérivant, par instant, vers l'onirisme[2]. Son œuvre constitue un ensemble cohérent par l'expression d'un « je » cinématographique[14]. En effet, ses réalisations le mettent souvent en scène dans une série de personnages conçus comme des alter ego sur l'exemple de François Truffaut auquel ils empruntent aussi le thème de l'adolescence perturbée[2]. Dans plusieurs films, les personnages ont le même âge que le réalisateur : lorsqu'il est adolescent, ils sont adolescents ; une fois qu'il devient père il commence à filmer son fils Louis dans Les Baisers de secours et avec La Naissance de l'amour il parle de la vie de famille et des rapports amoureux du point de vue de l'homme de 45 ans qu'il est devenu[15].

Les Cahiers du Cinéma notent, à la sortie de La Naissance de l'amour en 1993 que, périodiquement, il semble que Garrel arrive à un problème esthétique, une question artistique qui ne peut se résoudre facilement[15]. Cet obstacle va permettre à son cinéma de repartir de manière vivifiée[15]. C'est ce qui arrive à la fin des années 1970, lorsqu'avec les films de la fin de sa première période (Voyage au jardin des morts ou Le Bleu des origines) il arrive à une limite dans sa veine « hermétique », celle de « l'art pour l'art[15]. » Il repart alors vers l'autobiographie et réalise L'Enfant secret, film que la revue qualifie de « magnifique[15]. » La limite de cette veine autobiographique serait Elle a passé tant d'heures sur les sunlights, où le cinéaste parait vouloir « tout montrer et tout garder » : aussi bien les claps des plans que la crise d'appendicite qu'il vient d'avoir[15]. Les trois films suivants sont alors écrits avec des scénaristes (comme Jean-François Goyet) ou des écrivains (Muriel Cerf, Marc Cholodenko) tandis que Philippe Garrel cherche à travailler avec des équipes de tournage et de montage plus professionnelles[15]. C'est ensuite sans doute après s'être affronté à la question du deuil dans J'entends plus la guitare, film « semi-réussi » d'après les Cahiers du cinéma, qui aborde la mort de la chanteuse Nico, qu'il a pu réaliser La Naissance de l'amour, un de ses plus beaux films selon la revue qui le qualifie de « libre et inspiré », où la douleur est aussi présente mais où « elle se teinte plutôt d'une douce mélancolie[15] ».

Si on décèle plusieurs emprunts à la Nouvelle Vague (notamment à Jean-Luc Godard et Jean Eustache), son cinéma, intimiste et personnel, s'en écarte en grande partie[2]. Dans l'entretien qu'il accorde au magazine Les Inrockuptibles après la sortie d'Un été brûlant (2011), il se définit lui-même comme le disciple de Jean-Luc Godard : « [...], ça me convient assez de me définir comme le disciple de Godard. C’est mon maître. Il arrive à faire des choses auxquelles je ne suis jamais arrivé[5]. »

Son œuvre, favorablement accueillie par la critique, trouve néanmoins une audience publique relativement confidentielle[13].

Vie privée[modifier | modifier le code]

Il est le fils de l'acteur Maurice Garrel et le père des acteurs Louis et Esther Garrel qu'il a eus avec la comédienne Brigitte Sy.

Il a partagé pendant dix ans la vie de la chanteuse Nico.

Il partage aujourd'hui la vie de la réalisatrice Caroline Deruas[5].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Longs métrages[modifier | modifier le code]

Courts métrages[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Films sur Philippe Garrel[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Philippe Garrel, « Entretien avec Philippe Garrel », Cahiers du cinéma, no 606,‎ 2005, p. 74-76
  • André Habib, « La rue est entrée dans la chambre ! : Mai 68, la rue et l’intimité dans The Dreamers et Les amants réguliers », Cinémas : revue d'études cinématographiques / Cinémas: Journal of Film Studies, vol. 21, no 1,‎ automne 2010, p. 59-77 (DOI 10.7202/1005630ar, lire en ligne)
  • « Philippe Garrel, voyage second : Discussion publique inédite de Philippe Garrel à Digne, avril 1979 », Cahiers du cinéma, no 688,‎ avril 2013

Films sur Philippe Garrel[modifier | modifier le code]

Entre 1975 et 1982, le cinéaste Gérard Courant a réalisé 6 longs métrages d'entretiens audio avec Philippe Garrel pour ses Carnets filmés qu'il a ensuite mis en images et qui ont tous été édités en DVD en 2012 par les Éditions L'Harmattan : Philippe Garrel à Digne (Premier voyage) (1975), Philippe Garrel à Digne (Second voyage) (1979), Passions (entretien avec Philippe Garrel I) (1982), Attention poésie (entretien avec Philippe Garrel II) (1982), L'Art, c'est se perdre dans les châteaux du rêve (entretien avec Philippe Garrel III) (1982), L'Œuvre d'art est utile car elle protège notre liberté (entretien avec Philippe Garrel IV) (1982).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Ce qui me branchait à l'époque, c'était d'être le plus jeune cinéaste du monde : tourner un film 35 mm à 16 ans. Je l'ai monté à toute vitesse et la télévision l'a acheté » (entretien avec Philippe Garrel, Cahiers du cinéma, no 671, octobre 2011)
  2. a, b, c, d et e « Philippe Garrel », sur Bibliothèque du film (consulté le 12 janvier 2013)
  3. Les gens du cinéma pour extrait de naissance
  4. a et b Olivier Père, « La Cicatrice intérieure », Les Inrockuptibles,‎ 7 septembre 2005 (lire en ligne)
  5. a, b, c, d, e et f Philippe Azoury et Jean-Marc Lalanne, « Philippe Garrel : entretien avec un être brûlant », Les Inrockuptibles,‎ 2 octobre 2011 (lire en ligne)
  6. a et b Jean-Michel Frodon, Le Cinéma français, de la Nouvelle Vague à nos jours, Paris, Cahiers du cinéma,‎ 2010, p. 545
  7. Frodon 2010, p. 546
  8. Frodon 2010, p. 860
  9. Frodon 2010, p. 973
  10. (en) La jalousie sur l’Internet Movie Database
  11. « La jalousie d'après Philippe Garrel », La Dépêche,‎ 19 juillet 2012 (lire en ligne)
  12. « ARTE France Cinéma coproduit les prochains films de Kiyoshi Kurosawa, Philippe Garrel et Philippe Faucon », sur arte.tv (consulté le 28 avril 2014)
  13. a et b « Philippe Garrel », sur Encyclopédie Universalis (consulté le 12 janvier 2013)
  14. « Philippe Garrel », sur Encyclopédie Larousse (consulté le 12 janvier 2013)
  15. a, b, c, d, e, f, g et h Alain Philippon, « L'Amour en fuite », Cahiers du cinéma, no 472,‎ octobre 1993, p. 30-31
  16. Antoine de Baecque, Godard : Biographie, Fayard/Pluriel, coll. « Grand Pluriel »,‎ 2011 (1re éd. 2010), 960 p. (ISBN 978-2818501320), p. 349

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]