Abdellatif Kechiche

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Abdellatif Kechiche

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Abdellatif Kechiche au festival de Cannes 2013.

Naissance 7 décembre 1960 (53 ans)
Tunis (Tunisie)
Nationalité Drapeau de France Français
Drapeau de Tunisie Tunisien
Profession réalisateur, scénariste
Films notables L'Esquive
La Graine et le Mulet
La Vie d'Adèle

Abdellatif Kechiche (en arabe : عبد اللطيف كشيش), parfois appelé Abdel Kechiche, né le 7 décembre 1960 à Tunis, est un réalisateur, scénariste et acteur franco-tunisien.
Il a remporté la Palme d'or du Festival de Cannes 2013 et a été récompensé plusieurs fois aux César du cinéma.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en Tunisie, Abdellatif Kechiche arrive avec ses parents à Nice à six ans[1]. Passionné de théâtre, il suit les cours d'art dramatique du Conservatoire d'Antibes. Il interprète plusieurs spectacles sur la Côte d'Azur, notamment une pièce de Federico Garcia Lorca en 1978 et une pièce d'Eduardo Manet l'année suivante. Il se consacre également à la mise en scène et présente au Festival d'Avignon L'Architecte en 1981[1].

Au cinéma, il obtient le premier rôle du Thé à la menthe d'Abdelkrim Bahloul, où il joue un jeune immigré algérien qui vit de petits vols.

André Téchiné l'engage en 1987 dans Les Innocents où il incarne un gigolo face à Sandrine Bonnaire et Jean-Claude Brialy. Grâce à Bezness de Nouri Bouzid, il obtient le prix d'interprétation masculine du Festival de Namur en 1992[1].

Abdellatif Kechiche décide ensuite de passer derrière la caméra. Il écrit plusieurs scénarios qu'il tente de vendre sans succès. Mais le script de La Faute à Voltaire finit par séduire le producteur Jean-François Lepetit[1]. Ce premier film se conçoit comme le portrait, simple et vibrant, d'un sans-papiers. Le jeune réalisateur y révèle sa capacité à observer la réalité quotidienne de déshérités ou de marginaux tout en développant un certain sens du romanesque et de la péripétie[1]. On y décèle également son amour des acteurs et du jeu naturaliste grâce aux interprétations de Sami Bouajila et Élodie Bouchez[1]. L'ensemble de ces qualités lui vaut le Lion d'or de la meilleure première œuvre à la Mostra de Venise en 2000[1].

En 2003, il écrit et réalise L'Esquive avec des acteurs débutants et un budget extrêmement réduit. Il y suit une bande de lycéens de la banlieue parisienne répétant une pièce de Marivaux pour la classe de français. Cette œuvre sincère, qui cherche à rendre compte du mouvement hésitant et assez peu intime de la séduction adolescente, brise les stéréotypes sur la jeunesse des cités[1]. Malgré un succès confidentiel en salles, il est salué comme l'un des grands films français de l'année 2004 par la critique[1]. À la surprise générale[1], il détrône à la 30e cérémonie des César les deux films favoris du public : Les Choristes de Christophe Barratier et Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet en gagnant les quatre trophées de catégories reines : « Meilleur film », « Meilleur réalisateur », « Meilleur scénario » et « Meilleur espoir féminin » pour Sara Forestier, révélée grâce au rôle de Lydia.

Il met ensuite en scène en 2006 La Graine et le Mulet qui évoque le parcours d'un ouvrier d'origine maghrébine désirant se reconvertir dans le métier de restaurateur dans le port de Sète. Dans ce troisième opus, le cinéaste fait à nouveau la démonstration de son talent de peintre du quotidien et de conteur bienveillant. Il reçoit un accueil triomphal à Venise où il se voit décerner le grand prix du jury[1]. La comédienne Hafsia Herzi décroche de son côté le prix de la meilleure jeune actrice. Après avoir obtenu le prix Louis-Delluc 2007, le metteur en scène écarte à nouveau, de manière aussi inattendue que la première fois, trois des grands favoris aux César, en 2008 : La Môme d'Olivier Dahan, Un secret de Claude Miller et Le Scaphandre et le Papillon de Julian Schnabel. La Graine et le mulet gagne en effet les quatre mêmes statuettes que L'Esquive, trois ans auparavant.

Son film suivant, sélectionné à la Mostra de Venise 2010, s'intitule Vénus noire, en référence à la « Vénus Hottentote » (Saartjie Baartman). Il s'agit du premier film à costume et d'époque de son auteur.

Il adapte ensuite avec liberté le roman graphique Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh sous le nom La Vie d'Adèle qui raconte l'histoire d'un amour passionnel sur plusieurs années entre deux jeunes filles de milieux sociaux différents du Nord de la France. Le film est projeté au Festival de Cannes 2013 où il reçoit un accueil massivement laudatif de la part de la critique française et internationale qui parle de « chef d'œuvre »[2], et se voit décerner, à l'unanimité du jury présidé par Steven Spielberg[3], la Palme d'or pour laquelle il est donné grand favori depuis sa présentation[4],[5],[6]. Par ailleurs, pour la première fois, la récompense est attribuée conjointement au metteur en scène et aux deux interprètes principales : Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux[7]. Cependant, le jour-même de la projection cannoise, une polémique éclate à propos des conditions de travail sur le tournage : des techniciens accusent Kechiche, dans un communiqué de presse, de comportements « proches du harcèlement moral » et de bafouer le code du travail[8],[9]. Quelques jours après, Julie Maroh, l'auteur de la bande-dessinée dont le film est tiré, regrette le choix de nombreuses scènes de sexe lesbien chirurgicales, démonstratives et crues, qu'elle juge dénuées de désir amoureux puis exprime sa déception quant au comportement méprisant de Kechiche à son égard qui n'a plus répondu à aucun de ses messages après la cession des droits d'adaptation, ne l'a pas invitée avec l'équipe à Cannes et a omis de la mentionner lors de son discours de remerciements pour la palme[10]. Les deux actrices principales, tout en louant les qualités du film et affirmant en être fières, s'épanchent quatre mois plus tard, en pleine promotion américaine, sur ce tournage qu'elles qualifient d' « horrible » et « sans fin », appuyant la part de « manipulation » du cinéaste et la violence dont il peut faire preuve sur un plateau[11].

La réaction consécutive très violente du réalisateur, dirigée contre Léa Seydoux uniquement, et la polémique, relancée et relayée dans les grands médias, se clôt par une interview accordée à Télérama dans laquelle le cinéaste affirme que La Vie d'Adèle ne devrait pas sortir car il a été trop sali[12],[13]. En dépit du contexte délétère, l'œuvre rassemble plus d'un million de spectateurs en salles et gagne le Prix Louis-Delluc[14]. Fin octobre 2013, Kechiche publie une très longue tribune pour Rue89 par le biais de laquelle il accuse plusieurs personnalités du cinéma, dont Seydoux et les producteurs Jean-François Lepetit et Marin Karmitz, d'avoir instrumentalisé une controverse stérile visant à le diffamer et à empêcher le succès du film[15].

Œuvre[modifier | modifier le code]

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Toutes les récompenses reçues par Abdellatif Kechiche l'imposent comme l'un des grands du renouveau de la production cinématographique hexagonale. Cataloguées dans le jeune "cinéma d'auteur", ses œuvres, à budget restreint, prennent généralement une base sociale (l'immigration, la clandestinité, la banlieue) mais sur laquelle elles posent un regard éloigné des lourdeurs du film à thèse traditionnel. Privilégiant, dans son scénario et sa réalisation, l'intrinsèque, à savoir les scènes de la vie quotidienne, banales, parfois insignifiantes, le cinéaste renseigne toujours sur la langue et les comportements codifiés du microcosme social pris en toile de fond. En parallèle, il laisse libre cours à son goût de la surprise, du suspense et du rocambolesque à l'instar de l'épisode de la semoule oubliée par l'un des fils du protagoniste le soir de l'ouverture du restaurant dans La Graine et le Mulet. Ses films, portés par une intrigue dépouillée à l'extrême, sans emphase, cherchent à faire la démonstration du dynamisme, du pittoresque, parfois de la capacité d'innovation des gestes et de la parole de la communauté mise en scène. Ce portrait est nuancé toutefois par le schématisme et la répétition de cette communication identitaire, signifiant au plus près la notion d'enfermement (comme dans L'Esquive). L'exclusion et ses répercussions ordinaires sont rendues palpables à travers la peinture de plusieurs personnages vivant différemment l'injustice au quotidien. Le fait de coller ainsi à un groupe social, à sa géographie, son décor et à ses figures, entrelaçant des caractères et des sentiments contrastés, en fait oublier la préparation filmique (choix des angles de prise de vue, des éclairages, travail de montage) et même le principe de fiction, tirant presque la perception du spectateur vers une illusion de film documentaire. Cet effet a également pour but d'élaborer les nouvelles règles d'un cinéma voulu plus authentique, proche du Free cinema britannique. Le choix des acteurs, souvent amateurs ou peu connus du grand public, mêlé à une épure totale de la mise en image (numérique avec un cadre vacillant, généralement non accompagnée de musique), pourrait faire penser à de l'improvisation pour certaines séquences, mais tout est en réalité écrit et calculé au millimètre près. Le cinéma de Kechiche, humble et sans fard, se conçoit comme une série de fables humanistes, redonnant la parole aux petites gens qui en sont généralement privées. Certains le considèrent comme l'héritier des grands naturalistes français, dans le sillage d'un Jean Renoir, d'un Maurice Pialat ou d'un Jacques Doillon. D'autres comparent également son cinéma à celui de John Cassavetes, de Mike Leigh ou des frères Dardenne.

Engagement personnel et politique[modifier | modifier le code]

Invité à commenter le printemps arabe sur le site des Inrockuptibles le 12 février 2011, Abdellatif Kechiche appelle le peuple de France à se soulever à son tour contre l’injustice sociale, le mépris et l’humiliation des hommes[16] :

« Qu’elle est belle cette révolution. Comme beaucoup de gens, elle me grise. Parfois, j’ai le sentiment qu’elle vient de moi, qu’elle est l’expression de ma révolte face à l’injustice, qu’elle sort de mes propres tripes. C’est d’ailleurs plus une révolte des tripes que du jasmin, des roses ou de je ne sais quoi. C’est un véritable cri. Des hommes luttent, sacrifiant leur vie pour la dignité. [...] C’est une belle leçon à la planète entière. En même temps qu’une véritable claque aux intellectuels, politiques, et artistes, dont je suis, qui n’ont rien su ou pu faire pour changer les choses. Je souhaite de tout mon être une longue vie à cette révolte populaire, qu’elle continue à faire des petits à travers le monde arabe, bien sûr, mais pas seulement. Je rêve de la voir se propager à toutes les dictatures, mais aussi à toutes les démocraties corrompues, partout où sévissent l’injustice sociale, le mépris et l’humiliation des hommes. Je rêve d’un soulèvement de nos banlieues. »

Lors de la cérémonie de remise de la Palme d'or décernée à son film La Vie d'Adèle présenté en compétition au Festival de Cannes 2013, Abdellatif Kechiche déclare :

« Je voudrais dédier ce prix et ce film à cette belle jeunesse de France qui m'a beaucoup appris sur l'esprit de liberté, de tolérance et du vivre ensemble, et je voudrais les dédier également à une autre jeunesse, celle de la révolution tunisienne, pour leur aspiration à vivre librement, s'exprimer librement, et s’aimer librement. »

Abdellatif Kechiche avait toutefois accepté à deux reprises d'être décoré par le régime Ben Ali, en 2005[17] puis à nouveau en 2008[18].

En 2013, il fait partie des très nombreuses personnalités du cinéma français à signer une pétition contre François Hollande puis Michel Sapin, son ministre du Travail, et Aurélie Filipetti, ministre de la Culture suite à leur décision de valider la convention collective signée par la CGT et quatre grands groupes (Pathé, Gaumont, UGC et MK2) pour que les techniciens soient mieux payés, qu'un nombre minimum de postes soient imposés pour chaque tournage et que les taux-horaires et les rémunérations soient mieux encadrés et régulés[19],[20].

En février 2014, alors qu'il se dit très à gauche et opposé à la politique sociale-libérale de François Hollande, il soutient la candidature à sa réélection du maire UMP sortant de Nice, Christian Estrosi, le jugeant être le meilleur rempart contre le Front national à l'échelle locale[21],[22].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Acteur[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Nominations et récompenses[modifier | modifier le code]

César du cinéma[modifier | modifier le code]

Festival de Cannes[modifier | modifier le code]

Mostra de Venise[modifier | modifier le code]

Autres[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Fiche Allociné sur Abdellatif Kechiche
  2. Maxime Pargaud, « La Vie d'Adèle, un "chef d'œuvre bouleversant" », L'Express,‎ 23 mai 2013 (lire en ligne)
  3. Fabrice Leclerc, « La Vie d'Adèle : les coulisses d'une Palme d'or », L'Express,‎ 12 octobre 2013 (lire en ligne)
  4. Maxime Pargaud, « La vie d'Adèle, un « chef-d’œuvre bouleversant » », sur Le Figaro,‎ 23 mai 2013
  5. « Festival de Cannes : le palmarès du « Point » », sur Le Point,‎ 25 mai 2013
  6. Thomas Malher, « Cannes, épisode 8 : brûlant Kechiche et « scandaleux » Ozon », sur Le Point,‎ 23 mai 2013
  7. « Cannes : la palme d'or pour La vie d'Adèle », sur Le Point,‎ 26 mai 2013
  8. « Des techniciens racontent le tournage difficile de "La Vie d'Adèle" », sur lemonde.fr,‎ 24 mai 2013.
  9. Abdellatif Kechiche : la polémique autour de son film enfle, les conditions de tournage vivement critiquées !, Public, 29 mai 2013.
  10. Pauline Gallard, « La Vie d'Adèle : Julie Maroh est amère », Gala,‎ 29 mai 2013 (lire en ligne)
  11. PALME D’HORREUR – Le tournage de « La Vie d’Adèle » raconté par ses actrices sur lemonde.fr du 2 septembre 2013
  12. Marie Turcan, « Kechiche : "Léa Seydoux est née dans le coton" », Le Figaro,‎ 5 septembre 2013 (lire en ligne)
  13. Pierre Murat et Laurent Rigoulet, « Polémique autour de La Vie d'Adèle : Abdellatif Kechiche s'explique dans Télérama », Télérama,‎ 26 septembre 2013 (lire en ligne)
  14. La Vie d'Adèle sur JP Box Office.com, consultée le 15 février 2014.
  15. Abdellatif Kechiche, « À ceux qui voulaient détruire La Vie d'Adèle », Rue89-Le Nouvel Observateur,‎ 23 octobre 2013 (lire en ligne)
  16. (fr)« Abdellatif Kechiche: “Je rêve d’un soulèvement de nos banlieues” », sur www.lesinrocks.com (consulté le 27 mai 2013)
  17. Les personnes décorées et honorées à l’occasion de la Journée nationale de la culture, Tunisia today, 2005.
  18. Cérémonie de décoration du cinéaste Abdellatif Kechiche, La Presse, 2008.
  19. « Convention collective : Guillaume Canet et Maiwenn montent au front », Le Figaro, 28 mars 2013.
  20. Didier Péron et Olivier Séguret, « Interview d'Abdellatif Kechiche : "j’aime que cela m’échappe, que le personnage, le film, me disent non" », Libération,‎ 4 octobre 2013 (lire en ligne)
  21. Emmanuelle Jardonnet, « Kechiche aux côtés d'Estrosi, mais pas de ses actrices », Le Monde,‎ 12 février 2014 (lire en ligne)
  22. « Kechiche soutient Estrosi, le "meilleur rempart contre le FN" », Le Nouvel Observateur,‎ 12 février 2014 (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]