Lazare Kaganovitch

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Lazare Kaganovitch.

Lazare Moïsseïevitch Kaganovitch (en russe : Лазарь Моисеевич Каганович) né à Kabany le et mort le est un homme d'État soviétique. Il est membre du bureau politique du Parti communiste de l'Union soviétique sous la direction de Joseph Staline.

Biographie[modifier | modifier le code]

Un fidèle de Staline[modifier | modifier le code]

Joseph Staline avec Lazare Kaganovitch.

Kaganovitch est issu d'une famille juive pauvre des environs de Kiev. Il travaille dès son enfance dans des fabriques de chaussures et, rejoignant son frère aîné Mikhaïl, adhère au bolchévisme en 1911. Il se voit confier des tâches politiques mineures dans l'Armée rouge pendant la guerre civile russe et se bat sur le front Sud. En 1920, il est envoyé en Asie centrale. C'est lui qui est à l'origine de l'abandon du nom Turkestan, alors utilisé pour désigner cette région, estimant qu'il manifestait « une aspiration grand-turque qui devrait être rayée au plus tôt de la terminologie soviétique ».

Faisant partie de la toute première équipe de Staline, Kaganovitch connait alors une rapide ascension : candidat au Comité central en 1923, il en est membre l'année suivante. Premier secrétaire du Parti communiste ukrainien de 1925 à 1928, il dirige les opérations d'élimination des opposants et joue un rôle considérable dans la mise en œuvre des purges staliniennes des années trente dans cette république bouleversée par la collectivisation.

Élu suppléant au Politburo, il en devient titulaire en 1930 et — longévité remarquable —, y demeure jusqu'en 1957, ayant par ailleurs rejoint le Præsidium du Soviet suprême en 1952. De 1930 à 1935, il est à la tête de l'organisation du Parti à Moscou et, jusqu'en 1939, l'un des trois secrétaires du Comité central, supervisant notamment successivement l'industrie, l'agriculture et les transports. À ce poste, il se distingue par son action dans la modernisation de Moscou et en particulier dans la construction de la première ligne du métro de la capitale.

Un collaborateur zélé[modifier | modifier le code]

Durant les années 1930, Kaganovitch participe activement à la mise en œuvre des réformes économiques et sociales de Staline, notamment à la collectivisation de l'agriculture, à l'industrialisation rapide de l'Union soviétique, ainsi qu'aux purges politiques. En 1930, il est chargé avec Viatcheslav Molotov de mettre en œuvre la politique de collectivisation de l'agriculture en Ukraine, ce qui aboutit à une famine catastrophique en 1932-1933, connue sous le nom de Holodomor, qui fait des millions de morts.

Son frère Mikhaïl, qui était un responsable de l'industrie aéronautique à Kazan, est menacé en janvier 1941 d'être exclu du Parti si les objectifs de production ne sont pas atteints ; en juin, Staline prévient Kaganovitch que son frère serait associé aux agissements de « l'opposition de droite ». Lazare, qui ne prend pas sa défense, l'appelle toutefois aussitôt pour l'informer de la situation ; le même jour, 1er juin, Mikhaïl se suicide.[réf. nécessaire]

Vice-président du Conseil des commissaires du peuple de 1938 à 1957, il fait partie pendant la Seconde Guerre mondiale du Comité d'État à la Défense. Il est, le 5 mars 1940, l'un des responsables soviétiques qui contresignent l'ordre d'exécution par le NKVD de 25 700 officiers polonais faits prisonniers par l'Armée rouge (massacre de Katyń).

Durant la Grande Guerre Patriotique — nom donné en Union soviétique à la guerre sur le front de l'Est —, Kaganovitch est nommé Commissaire (et membre du Conseil militaire) sur le front du Nord Caucase. En 1943-1944, il reçoit encore une fois la responsabilité des chemins de fer, élément stratégique essentiel dans la lutte contre l'Allemagne nazie. En 1943, il obtient la distinction rare de Héros du travail socialiste. De 1944 à 1947, enfin, il est à la tête du ministère des Matériaux de construction et devient la dernière année, premier secrétaire du Parti communiste ukrainien. À partir de cette période, Kaganovitch est chef du Gossnab[1], poste important dans une économie administrée soumise à la planification. Sur le plan politique, il est un stalinien, qui le demeurera après la mort de son maître à penser.

Une cible de la déstalinisation[modifier | modifier le code]

Après la mort de Staline, Kaganovitch réussit à conserver son influence. De mai 1955 à juin 1956, il est ministre du Travail et des Salaires. En 1957, il remplace Khrouchtchev pour quelques mois au poste de premier secrétaire du Parti en Ukraine et contribue à la montée au pouvoir de ce dernier. Pour autant son influence décroît très rapidement. Avec ses collègues de la tendance conservatrice Molotov et Vorochilov, il fomente une intrigue pour éliminer son ancien protégé devenu entre-temps un détracteur de plus en plus virulent des méthodes staliniennes. Accusé d'avoir fomenté les activités du groupe « antiparti », Kaganovitch est démis de ses fonctions au gouvernement, puis du Praesidium en juin 1957, pour être relégué à la direction d'une cimenterie en province.

Violemment critiqué au XXIIe Congrès du PCUS d'octobre 1961 qui défend une ligne de déstalinisation radicale, il n'est pourtant pas exclu du Parti, élimination qui ne surviendra que trois ans plus tard. Tombé dans l'oubli, Kaganovitch retrouve une certaine notoriété au début de la Glasnost au milieu des années 1980 quand des journalistes obtiennent du vieux dirigeant l'exhumation de révélations controversées. Il le doit aussi à sa longévité. Ayant réussi à atteindre l'âge de 97 ans, il meurt en 1991, très peu de temps avant les évènements qui aboutissent à la disparition de l'Union soviétique qu'il a largement contribué à façonner.

Citations[modifier | modifier le code]

« Un vrai Bolchévik doit être solide et brave et ne jamais plier. Il doit être toujours prêt à sacrifier au Parti non seulement sa vie mais aussi encore son amour-propre et tous ses sentiments personnels. »

— Victor Kravchenko, J'ai choisi la liberté, 1949.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Comité d'État pour les marchandises techniques et matérielles de l'URSS.

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