Un paradoxe français

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Un paradoxe français, Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance est un ouvrage du chercheur et universitaire Simon Epstein, historien dont les travaux portent sur l’histoire d’Israël et de la France et spécialiste de l'antisémitisme.

Cet ouvrage publié en 2008 étudie le parcours de personnalités qui s'engagèrent dans l'antiracisme dans les années qui précédèrent la Seconde Guerre mondiale avant de s'impliquer dans la collaboration sous l’Occupation ; inversement, il établit la surreprésentation par rapport à leur poids politique des militants d’extrême droite, en particulier antisémites, parmi les fondateurs de la Résistance et les premiers soutiens du général de Gaulle.

Ainsi, Simon Epstein constate que le gouvernement de Vichy compte dans ses rangs plus d’ex-philosémites que d'ex-antisémites, que les anciens du combat antiraciste furent nombreux au RNP et à la direction du PPF, que certains s’engagèrent dans les Waffen-SS ; Simon Epstein rappelle que les antisémites abondent dans la Résistance, aussi bien dans les réseaux et les maquis, qu’à Londres ou à Alger[1]. Ce que pourrait corroborer le fait que le quotidien communiste L’Humanité fasse, dans ses articles sur le retour des détenus dans les camps nazis, peu de mentions des Juifs.

L’ouvrage est composé de trois parties : « Les antiracistes dans la Collaboration », « Mémoire des dérives et dérive des mémoires », « Les antisémites dans la Résistance ».

Les antiracistes dans la Collaboration[modifier | modifier le code]

Dans cette partie, essentiellement descriptive et prosopographique, Simon Epstein étudie le parcours des collaborateurs ayant eu des engagements antiracistes ou philosémites avant-guerre. Le terme antiracisme apparaît dans les années 1930[2]. Il souligne préalablement que contrairement à une idée répandue, les antiracistes seront nombreux, actifs et visibles avant la guerre. L'antisémitisme, loin de triompher, pâtit de l’indifférence d’une opinion qui bien que fortement sollicitée lui restera majoritairement réfractaire et la LICA fort active, accole une base juive militante relativement stable à des personnalités non-juives qui par couches successives viennent exprimer leur soutien aux victimes de l’antisémitisme[3].

Les pétainistes[modifier | modifier le code]

Membres du gouvernement et haut-fonctionnaires[modifier | modifier le code]

La France de Vichy abonde en anciens philosémites et amis de la LICA : on les trouve au gouvernement, au conseil national, dans la diplomatie, dans l’administration[4].

  • Pierre-Étienne Flandin (1889-1958), dirigeant de l’Alliance démocratique, parti centriste, fut un philosémite militant. Il fut parmi les fondateurs du Comité pour la défense des droits des Israélites en Europe centrale et orientale[5]. Sioniste, il est signataire d’un appel pour la paix en Terre sainte. Il se ralliera à Philippe Pétain et prendra la tête du gouvernement de Vichy entre décembre 1940 et février 1941 (il quittera son poste sous pression allemande qui le soupçonne d’anglophilie)[6]. Au moment des accords de Munich qu’il approuve, avec la grande majorité de l’opinion en France et en Angleterre, les communistes et certains nationalistes prennent violemment à parti Flandin à propos d’un télégramme de félicitations adressé à Adolf Hitler. Le royaliste Jacques Renouvin le giflera à deux reprises publiquement alors que Flandin déposait une gerbe sur le tombeau du Soldat inconnu (14 novembre 1938). Il s’en expliquait ainsi : « On a complimenté M. Chamberlain, on a complimenté M. Daladier, on a complimenté M. Mussolini. Alors j’ai complimenté M. Hitler ». Adolf Hitler lui répond par télégramme, en date du 2 octobre 1938 : « Je vous donne ici l’assurance de mes sentiments reconnaissants pour vos efforts énergiques en faveur d’une entente et d'une collaboration complètes entre l’Allemagne et la France ». Jacques Renouvin s’exprimera dans la presse sur la signification de son geste : « […] précisément parce que je suis un patriote cent pour cent, j’ai estimé qu’en portant des fleurs sur le tombeau de l’Inconnu après avoir eu le front d’envoyer ses félicitations scandaleuses à Hitler M. Flandin méritait une correction. Je l’ai donc giflé, espérant que cette leçon servirait aux Français égarés qui seraient tentés de se livrer aux mêmes bassesses »[7].
  • Lucien Romier (1885-1944), historien et journaliste dreyfusard[8] est sincèrement antiraciste et ami de Léon Blum[9]. Nommé ministre d’État (sans portefeuille), il fut le conseiller politique le plus écouté du Maréchal Pétain.
  • René Belin (1898-1977), syndicaliste, progressa rapidement dans la hiérarchie syndicale et fit figure de successeur de Léon Jouhaux, dirigeant de la CGT. Belin est proche de la LICA[10] . Belin prend la parole à la grande réunion organisée par la LICA au Cirque d’Hiver à Paris le 19 juin 1939 et y dénonce le racisme et l’antisémitisme et sa solidarité avec les Juifs ; moins de dix-huit mois plus tard, ministre de la production industrielle, il est cosignataire du statut des Juifs de 1940[11].
  • François Chasseigne (1902-1977), dirigeant des Jeunesses communistes est un activiste antimilitariste et anticolonialiste, ce qui le conduira à faire de la prison. Il est « ami de la LICA » en 1936[12] , il rejoindra les « amis de la Waffen-SS » en 1944[13],[14]. Il devint ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement de Vichy.
  • Marcel Peyrouton (1887-1983) vient du centre gauche républicain et se réclame de la tradition politique de Jules Ferry ; son antiracisme ne se traduit pas par des discours mais par des actes, notamment par des mesures contre l’agitation antijuive en Tunisie[15],[16]. Il fut ministre de l’Intérieur de Vichy et bien qu’hostile aux Allemands, il participera à l’élaboration du premier statut des Juifs en 1940[17].
  • Joseph Barthélémy (1874-1945) fut député du Gers et professeur de droit constitutionnel ; il protestera et pétitionnera contre les mesures anti-juives en Allemagne et en Roumanie dans les années 1930[18] et traitera Hitler de « crapuleux aliéné de Berchtesgaden »[11]. Ministre de la justice de Vichy, il est responsable du deuxième statut des Juifs, plus rigoureux que le précédent[19].
  • Georges Ripert (1880-1958), doyen de la faculté de droit de Paris, dénonce l'antisémitisme allemand[20] et incite les étudiants français à accueillir leurs condisciples réfugiés d’outre-Rhin<[21]. Secrétaire d’État à l’instruction publique du gouvernement de Vichy de septembre à décembre 1940, il procède aux premiers renvois d’universitaires juifs des facultés françaises[22].
  • Jérôme Carcopino (1881-1970), remplacera Ripert de février 1941 à avril 1942. Historien prestigieux du monde antique, dreyfusard et fils de dreyfusard, il proteste contre l’exclusion de l’université italienne de professeurs juifs avant de proposer lui-même un numerus clausus dans les universités françaises. Carcopino présentera une apologie systématique du pétainisme et de son rôle en particulier : le but était de limiter les dégâts en ne consentant aux Allemands que le minimum nécessaire et de préserver l’avenir en maintenant une souveraineté française mais partielle[23],[24].
  • Abel Bonnard (1883-1968) est un ami de Marcel Proust[25] et un académicien français. Sa critique du racisme et ses amitiés juives sont connues. Néanmoins, il évolue et devenu ministre de l’Éducation en avril 1942, il se range parmi les radicaux de la collaboration[26].
  • Pierre Cathala (1888-1947) fut membre du parti radical et plusieurs fois ministre dans les années 1930. Il est signataire d’une protestation des avocats de Paris contre les traitements odieux infligés aux intellectuels et est un ami de la communauté juive<[27],[28]. Il sera ministre des finances de Laval en 1942 et fondateur du RNP de Marcel Déat[29].
  • René Bousquet (1909-1993), radical-socialiste, proche de Roger Salengro, occupant après la victoire électorale de la gauche en 1936 un poste stratégique[30], il jouera un rôle important dans la déportation des Juifs de France.
  • Max Bonnafous (1900-1975), normalien, intellectuel nostalgique de Jean Jaurès, vient du centre-gauche. Il est candidat à la députation en 1936 et proclame son soutien au Front populaire. En avril 1942, il est ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement de Pierre Laval[31].
  • Georges Scapini (1893-1976), fut député de la Seine en 1928. En 1937, il est en liaison avec un militant juif, qui l’informe des agissements de Darquier de Pellepoix[32]. Scapini sera ambassadeur de Pétain, chargé de la protection des prisonniers de guerre français en Allemagne. Il acceptera le principe de baraques distinctes pour les Juifs et les non-Juifs[33].
  • Gaston Bergery (1892-1974), membre du parti radical et député de Mantes en 1928, Bergery entre en rapport avec la LICA en 1932 par l’entremise de Georges Pioch, qui était dreyfusard et philosémite, dirigeant de la LICA et fut déatiste modéré sous l’occupation[33]. « Le racisme et l’antisémitisme sont contraires à l’idée de nation » affirmera-t-il[34] Néanmoins, il évolue et trouve les Juifs trop nombreux dans les cabinets ministériels du gouvernement Blum[35]. Il sera ambassadeur de Vichy à Moscou et Ankara.

Ambassadeurs[modifier | modifier le code]

Parmi les antiracistes devenus ambassadeurs de Vichy, Simon Epstein cite Léon Bérard (1876-1960), Maurice Colrat (1871-1954), Henri Rollin (1855-1955)[36].

Députés ayant voté les pleins pouvoirs à Pétain ou s'étant abstenu[modifier | modifier le code]

Simon Epstein remarque que de nombreux députés antiracistes, parfois membres de la LICA s'abstinrent ou votèrent pour Philippe Pétain en juillet 1940 et il étudie le parcours d'un grand nombre d'entre eux.

Syndicalistes[modifier | modifier le code]

Simon Epstein décrit le parcours pétainiste de nombreux syndicalistes[49] : Georges Lefranc (1904-1985), historien du Front populaire, normalien de la même promotion que Sartre et Aron ; André Delmas (1899-1979) membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, proche du Front populaire avant-guerre, il est proche de Marcel Déat et écrit sous un pseudonyme, dans La France socialiste, journal pro-nazi destiné à un public ouvrier ; plusieurs dirigeants de la CGT comme Pierre Vigne, Claude Liochon (1880-1941), Albert Salembier…

Universitaires, écrivains, journalistes[modifier | modifier le code]

Simon Epstein décrit aussi le parcours d’universitaires, écrivains, journalistes qui abondèrent en déclarations antiracistes dans les années 1920 et 1930 et auront par la suite une attitude ambigüe ou basculeront dans la collaboration.

Les collaborateurs[modifier | modifier le code]

L’origine politique des collaborateurs et l’analyse de leurs motivations profondes fait partie des sujets d’étude du professeur Simon Epstein. Il découvre que nombre d'entre eux s'engagèrent contre le racisme et l'antisémitisme avant-guerre.

  • Paul Chack (1876-1945) : son antiracisme initial est incontestable ; deux périodiques juifs signalent sa présence, à la tribune des personnalités invitées lors de la grande réunion publique de protestation contre l’antisémitisme nazi au palais du Trocadéro le 10 mars 1933[57],[58],[59] ; il sera un partisan maximaliste de la Collaboration.
  • Marc Augier (1908-1990) vient de la gauche socialiste ; il anime le centre laïc des auberges de jeunesse (CLAJ), devient membre du cabinet ministériel de Léo Lagrange, sous-secrétaire d'État aux Loisirs et au Sport du Front populaire ; influencé par Alphonse de Châteaubriant, il rejoindra la LVF et les Waffen-SS[60].
  • Jean-Marie Balestre qui vient de la gauche anti-raciste et humanitaire, fut membre de la SFIO et de la LICA. Antiraciste passionné[61] en 1939, il s'engagera à la fin de la guerre dans la LVF puis la Waffen-SS.
  • Philippe Merlin, venu de l’extrême gauche pacifiste et trotskisante, milite avant la guerre à la Fédération des étudiants révolutionnaires[62],[63] ; pendant la guerre, il rejoindra les Waffen-SS et sera éditorialiste au très collaborationniste Jeune Force de France.
  • René Binet (1913-1957), trotskiste avant la guerre, s'engagera dans la Waffen-SS en 1944, et sera un porte-parole du néonazisme dans la France des années 1950[64],[65].

Le POPF[modifier | modifier le code]

Simon Epstein s’intéresse également aux membres du parti communiste ayant quitté le parti communiste pour protester contre le pacte germano-soviétique, qui fondèrent une éphémère Union populaire française (UPF), se rallièrent au maréchal Pétain en juillet 1940, furent proches pour un temps d’un autre ancien communiste Jacques Doriot, puis se regroupent au sein du Parti ouvrier et paysan français (POPF). Ils prônent la collaboration prolétarienne[66] tout en restant discret sur l’antisémitisme : ils diffusent la célèbre affiche reproduisant un texte de Marcel Cachin, le vieux dirigeant communiste qui condamne les attentants contre les soldats allemands. Certains d’entre eux ont été membres de la LICA. On peut citer Marcel Brout (1887-1957), Marcel Capron (1896-1982), Jean-Marie Clamamus (1879-1973).

La mouvance de Marcel Déat et le RNP[modifier | modifier le code]

Simon Epstein consacre de nombreuses pages[67] à la mouvance de Marcel Déat dont beaucoup de proches le rejoindront au RNP. On trouve une très forte concentration d’anciens de la LICA et d’antiracistes parmi les partisans de Marcel Déat qui fut lui-même très proche des autres organisations de lutte contre l’antisémitisme[68]. Une fois parti Eugène Deloncle, venu de la droite mais qui s’orientera vers la Résistance, le « socialisme démocratique et antiraciste règne au RNP »[69],[70]. Quant aux Jeunesses nationales populaires, elles sont dirigées par des militants provenant des Étudiants révolutionnaires ou d’autres structures de l’extrême gauche trostkisante de la période[71]. L’Œuvre déatiste abrite de vieux dreyfusards : Francis Delaisi, Alexandre Zévaès, Georges de La Fouchardière et d’autres.

  • Marcel Déat (1894-1955) intellectuel de talent adhère à la SFIO dès après la guerre : il prône la participation des socialistes au gouvernement et l’alliance des classes moyennes et du prolétariat ainsi qu’une méthode de gouvernement la concertation et le planisme ; en 1933, Déat et ses proches, Renaudel, Marquet et Montagon font scission et fondent le Parti socialiste de France-Union Jean Jaurès. Ils fusionnent avec deux groupes de gauche modérée pour former en 1935, l’Union socialiste républicaine. Déat est membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. Marcel Déat et ses amis soutinrent le Front populaire[72]. Les néo-socialistes comptent des Juifs comme Edgar Milhaud et André Lévy. Marcel Déat est orateur en 1933 à un rassemblement de protestation contre l’antisémitisme hitlérien[73]. Il prend la parole à des diverses réunions antinazies de la LICA[74]. Il participe en novembre 1935 à une réunion de protestation des lois de Nuremberg et affirme « nous sommes un peuple de métis ». Invoquant Hegel, Fichte, Schelling, Kant, Goethe et Schiller, il souhaite que l’Allemagne renoue avec l’humanisme et retrouve son véritable visage. Pro-sioniste, il est au comité France-Palestine, au Comité de défense des droits des israélites en Europe centrale et orientale[75],[76]. Le droit de vivre, journal de la LICA, dans son numéro du 25 avril 1936, appela à voter Déat et publia sa photo. Associé à la LICA autant qu’à d’autres structures pro-juives, Déat est l’un des hommes politiques français qui protestent le plus contre l’antisémitisme et le racisme dans les années 1930[77]. Pacifiste depuis toujours, il publie en 1939 dans L’Œuvre un article retentissant dénonçant les garanties données par la Grande-Bretagne à la Pologne et s’insurge contre l’idée que les ouvriers et paysans français aient à verser leur sang pour une cause aussi lointaine. Il sourit de la forfanterie des Polonais qui s’estiment en mesure d’affronter victorieusement l’armée allemande et ses divisions blindées[77],[78] : « Combattre aux côtés de nos amis polonais pour la défense commune de nos territoires, de nos biens, de nos libertés, c’est une perspective qu’on peut courageusement envisager, si elle doit contribuer au maintien de la paix. Mais mourir pour Dantzig, non ! » Après la défaite, il entreprend aidé de parlementaires de gauche et de droite, la constitution d’un parti unique destiné à promouvoir les valeurs du nouveau régime mais il se heurte à l’hostilité de l’entourage du Maréchal, « trop conservateur pour être tenté par l’aventure totalitaire ». Il fonde le RNP et après le départ des éléments droitiers, Déat réorganise sur une base idéologique homogène son parti en réservant les postes à des militants socialistes et syndicalistes[79].
  • Paul Perrin (1891-1950) député de la Seine, membre de la SFIO, puis néo-socialiste, membre du comité central de la LICA. Dans une réunion publique à la Mutualité, il tonne contre les pogroms de la Nuit de Cristal, invoquant « l’idéal républicain français » et les idéaux de liberté et fraternité humaine[80],[81]. Il participera aux instances dirigeantes du RNP, fréquentera France-Europe, groupe collaborationniste de gauche.
  • André Grisoni (1886-1975), maire de Courbevoie et membre de la loge maçonnique Emile Zola. Antiraciste convaincu, il est membre du comité central et de la commission de propagande de la LICA[82]. Proche de Laval, il militera au RNP[83].
  • Maurice Levillain (1892-1974), conseiller municipal de Paris, puis président du conseil général de la Seine. Sympathisant de la LICA[84], il est membre dirigeant du RNP pendant la guerre[83].
  • Barthélemy Montagnon, (1889-1969), député de la Seine entre 1932 et 1936 est très proche de la LICA[83],[85]. Il est au RNP et ne cesse de se réclamer de Jean Jaurès[86].
  • Paul Rives (1895-1967), député SFIO de l’Allier, fut un proche de la LICA. Il codirige après 1940 le journal L’Effort avec Charles Spinasse. Membre du RNP, il insista en 1942, sur la nécessité d’une victoire de l’Allemagne[86]. Les Cahiers antiracistes le rangeront en 1944 parmi les antiracistes fervents de l'avant-guerre[87].
  • L’enseignant René Château (1906-1970) est député radical-socialiste de Charente-Maritime. Membre du comité central de la Ligue des droits de l'homme, il est membre du CVIA. Il entre à L’Œuvre de Marcel Déat, puis passe à La France socialiste, quotidien de la collaboration de gauche. En 1942, il dénonce le rôle des trois internationales : la capitaliste, la bolchevique, la juive et s’en prend particulièrement à cette dernière[88]. Cependant hormis cet article, il est plutôt discret sur la question juive. Il s’éloigne de Déat à qui il reproche là ses positions maximalistes et est exclu du RNP en 1943. Il se consacre dès lors à sa Ligue de la pensée française, regroupant des intellectuels pacifistes de gauche, certes pro-allemands, mais rebutés par la nazification du RNP. René Château mènera campagne après la Libération contre les atrocités commises selon lui par les résistants[89],[90].
  • Claude Jamet (1910-1993), normalien, enseignant, disciple d’Alain, membre du CVIA penche pour les communistes en 1934 puis pour les socialistes en 1936[91]. Contre l’antisémitisme, Jamet se réclame de Hegel pour qui le peuple juif est le peuple de l’Esprit. Pendant la guerre, il est chroniqueur à La France socialiste puis rejoint la Ligue de la pensée française de René Château[92].
  • Le normalien René Gérin (1892-1957) est un officier combattant de la Grande Guerre. Pacifiste intégral il est secrétaire général de la Ligue internationale des combattants de la paix. Il est violemement et publiquement hostile à l’antisémitisme hitlérien[93]. Il tiendra la rubrique littéraire de L’œuvre de Marcel Déat et rejoindra la Ligue de la pensée française. Sa peine à la Libération (huit ans de travaux forcés) est jugée excessive par plusieurs résistants et il sera libéré en 1946[94].
  • Camille Planche (1892-1961), député de l’Allier rallié à la SFIO fait partie des amis de la LICA qui salue sa réélection en 1936[95]. Pacifiste, il soutiendra Pétain et rejoindra la Ligue de la pensée française de René Château.
  • L’enseignant lyonnais, Léon Émery (1898-1981) milite comme Gastion Bergery à la Ligue des droits de l’homme, à la LICA, au CVIA. Pendant la guerre, il est favorable à la victoire allemande pour sauver l’Europe de l’impérialisme russe[96]. Cependant, il ne s’en prendra pas aux Juifs et en sauvera même un de la déportation, le pacifiste intégral Michel Alexandre.
  • Ludovic Zoretti (1880-1948) universitaire et syndicaliste milite à la SFIO dans la fédération du Calvados ; il est un chef de file du pacifisme au sein du parti socialiste. Au plus fort de la crise tchèque, en septembre 1938, il explique que « le peuple français n’est pas prêt à faire la guerre et à détruire une civilisation pour rendre la vie plus facile aux cent mille juifs des Sudètes[97] ». Il se défendra néanmoins de tout antisémitisme et se réconciliera avec le président de la LICA Bernard Lecache en décembre 1938, ce dont témoigne deux lettres[98]. Marcel Déat, devenu ministre du travail de Pierre Laval lui confiera le projet de création d'une université ouvrière[99].
  • Autre dirigeant du RNP, Georges Dumoulin (1877-1936), qui jeune mineur découvrit la lutte prolétarienne, devint un dirigeant politique et syndical, internationaliste « zimmerwaldien » pendant la Grande Guerre. Membre de la SFIO et de la LICA où il est très actif et qu'il cherche à implanter dans le Nord[100], il prend position contre l’antisémitisme en 1939 dans le journal de la LICA. Dumoulin écrit dans un hebdomadaire ouvriériste qui s’adonne pendant la guerre à l’antisémitisme le plus débridé. Dumounlin prône l’alignement du syndicalisme française sur l’Allemagne nationale-socialiste[101]. Membre du RNP, il anime le centre syndicaliste de propagande tournée vers les ouvriers.

Jacques Doriot et le PPF[modifier | modifier le code]

Les anciens communistes et l’extrême gauche maîtrisent le PPF ; à sa création, le directoire du PPF comprend 7 membres : 6 sont des anciens communistes. À la fin du PPF, le triumvirat qui dirige le parti est composé de trois anciens militants d’extrême-gauche. Non seulement l’armature dirigeante du parti mais une part considérable de son assise militante est composée d’anciens communistes[71].

  • Jacques Doriot (1898-1945) progressa très vite dans la hiérarchie communiste : orateur de choc, meneur d’hommes et militant exceptionnel, très antimilitariste (notamment pendant l'occupation de la Rhur en 1923) et très anticolonialiste (en particulier pendant ma guerre du Maroc 1925), il devint député et maire communiste de Saint-Denis[102]. Au début des années 1930, il entretient d’excellents rapports avec Bernard Lecache et la LICA. En 1931, pour illustrer les appuis dont elle dispose dans le monde politique, la LICA cite le cas de Jacques Doriot[103], qui est davantage proche de cette organisation que la plupart des dirigeants du parti. Doriot est rejeté du parti car il prône l’alliance des forces de gauche contre le « fascisme ». Il devient anticommuniste alors que peu après le parti se rallie à ses thèse. Doriot fonde le PPF au cours duquel certains militants saluent le point fermé et d’autres le bas tendu[104],[105], signe de la mutation de son parti. Le PPF a ses débuts n’est pas antisémite : selon Maurice Duverger, il y a des juifs dans le parti à tous les niveaux[106] et le PPF fit des funérailles grandioses à Alexandre Abremski en février 1938, dirigeant juif cofondateur du parti. Le PPF devient antisémite et antisioniste après la mort d’Abremski. Il devient antisioniste et favorables aux musulmans d’Algérie : il demande la protection de la langue arable la création d’écoles[Quoi ?] coraniques. Le docteur Djilali Bentami est le chef des sections musulmanes du parti, demande la révision du décret Crémieux mais Doriot lui-même reste discret sur l’antisémitisme[107]. Doriot affirme son antisémitisme en septembre 1940 : » L’Europe a subi tant de malheurs de leur fait, décidera sans doute de se séparer des Juifs. Elle leur assignera un territoire lointain, où enfin jetés, ils réfléchiront à loisir sur les inconvénients qu’il y a à provoquer des guerres pour le bon plaisir d’Israël » Le PPF est plus antisémite que le RNP[108].
  • Maurice-Ivan Sicard (1910-2000), le futur écrivain Saint-Paulien est originaire de l’extrême gauche antifasciste sans être passé par le parti communiste. Violemment hostile aux « morveux de l’Action française », aux « cafards des Jeunesses patriotes », méfiant à l’égard de tout rapprochement avec la bourgeoisie. Sicard bascule en 1936 lorsqu’il prône le rapprochement franco-allemand et attaquent les Juifs qui poussent à la guerre[109]. Il rejoint le PPF, dirige les jeunesses doriotistes, devient rédacteur en chef de L’Emancipation nationale, l’organe du parti. Ses éditoriaux pendant la guerre sont hostiles aux Juifs. Dans son Histoire de la Collaboration parue en 1964, Saint-Paulien évoquera mais sans la renier sa jeunesse internationaliste et pacifiste.
  • Simon Sabiani (1888-1956) fut membre de la SFIO en 1919, il commanda des groupes musclés qui sèment le trouble dans les réunions électorales de la droite, empêchant ainsi Léon Daudet de prendre la parole à Marseille[110]. Membre du parti communiste puis de l’Union socialiste-communiste (USC), il est élu député socialiste indépendant en 1928[111]. Il rejoignit la LICA et participe à des rassemblements de dénonciation des persécutions hitlériennes[112]. Il rejoindra le PPF et sera un collaborateur radical, surtout après la mort de son fils François engagé dans la LVF sur le front russe[111].
  • Pierre Thurotte, conseiller municipal SFIO de Saint-Quentin, délégué à la propagande des Jeunesses socialistes, il dépose en 1933, une motion d’union avec les autres organisations de jeunesse révolutionnaires, notamment trotskistes et communistes et dénonce violemment l’hitlérisme[113]. Il ralliera le PPF et prendra la parole au deuxième congrès national du PPF au nom des socialistes ayant rejoint le parti (moins nombreux que les communistes). Il en sera membre du bureau politique et très actif dans l’appareil du parti pendant la guerre.
  • Bertrand de Jouvenel (1903-1987), à demi-juif, fier de sa naissance « parce qu’elle est le fruit d’une campagne pro-Dreyfus de mon père Henry de Jouvenel, campagne qui le fit remarquer par Alfred Boas, industriel, infirme d’une blessure de guerre en 1870. Suivit le mariage avec Sarah Boas ma mère », écrira-t-il au soir de sa vie[114]. Homme de gauche, pacifiste et partisan convaincu de la réconciliation franco-allemande, Jouvenel est avec Luchaire à Notre Temps à la fin des années 1920. Il publie en 1936 une interview d’Hitler, dans laquelle il insiste sur la volonté de paix du chancelier allemand et évolue vers un fascisme de gauche qui le conduit au PPF en 1936[115]. Visitant l’Allemagne en septembre 1938, il est imrpessionné par la puissance allemande et le fanatisme nazi : « on n’a rien vu de semblable depuis Mahomet » écrira-t-il[116]. Il rejoindra le PPF mais le quittera après les accords de Munich et sera attentiste pendant la guerre.
  • Ramon Fernandez (1894-1944), journaliste et écrivain est un militant antiraciste et antifasciste ; c’est lui qui communique à la NRF, l’appel de création du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes[117]. Il adhère au PPF en 1937 et devient progressivement antisémite. Il tient la chronique littéraire des journaux du PPF et la guerre l’intègre au Tout-Paris de la collaboration littéraire et artistique[118]. Cependant, il n’écrivit pas contre les Juifs pendant la guerre, avait à cœur selon son fils de monter dans le wagon de queue du métro réservé aux Juifs[119] ; il fit aussi un éloge funèbres d’Henri Bergson qui entraîna une rupture avec Céline et fut l’ami de Marguerite Duras[120].
  • Pierre Bonardi, journaliste et homme de gauche (1887-1964) visite la Palestine en 1926 et en revient enthousiasmé. Sioniste et philosémite, il polémique âprement avec les nationalistes arabes, il est un orateur apprécié et un membre du comité d’honneur de la LICA[121],[122]. Exclu du parti radical-socialiste, il adhère au PPF. Pendant la guerre, il soutient Pierre Laval et prône la ségrégation comme solution à la question juive.
  • Pierre Drieu La Rochelle (1893-1945) est après la grande guerre résolument philosémite : « Je te vois tirant et mourant derrière le tas de briques ; jeune Juif, comme tu donnes bien ton sang à notre patrie[123]. » Dans ses carnets d’étudiant, il écrivait : « Deux êtres que je passerai ma vie à découvrir = la femme et le Juif[124]. » En 1931, il se moque des théories racistes[125]. En juin 1933, Bernard Lecache, le salue parmi les personnalités qui aux côté de la LICA mènent le combat contre l’antisémitisme et le fascisme[126]. C’est à la suite d'un voyage à Berlin en 1934 qu’il commence à être fasciné par le national-socialisme tout en protestant contre l’idée qu’il ait basculé en faveur du racisme et du régime hitlérien. En 1934, il écrit le livre Socialisme fasciste qui témoigne de sa fascination pour l’expérience totalitaires fasicsites et nationales-socialistes. Il adhère en 1936 au PPF puis le quitte en désaccord avec la ligne du parti favorable aux accords de Munich. Il y reviendra en 1942 et sera un partisan déterminé de la collaboration avec l’Allemagne nationale-socialiste. Deux ans ont suffi pour transformer cet antifasciste convaincu en fasciste radical[127]. Dans son testament politique, Drieu avait écrit : « Je meurs antisémite (respectueux des Juifs sionistes[128]. »

Les anciens de la LICA, adversaires de l’antisémitisme sont moins nombreux chez les amis de Doriot que ceux de Déat mais on les trouve quand même en quantité importante[89]. Outre Doriot, le parti compte à sa tête des ex-philosémites, « militants ou périphériques de la LICA » dont deux dreyfusards :

Remarques sur l’origine politique des collaborateurs[modifier | modifier le code]

De nombreux militants du PPF, du RNP et du POPF proviennent de la gauche. Il en va de même de toutes les structures de la collaboration ouvrière et socialiste : Ligue de la pensée française, Comité ouvrier de secours immédiat, groupe France-Europe. Les dirigeants, animateurs, idéologues, militants ou adhérents de ces groupements sont presque tous des gens de gauche, qui continuent de se réclamer, pour la majorité d’entre eux de leur appartenance première[69]. Le groupe Collaboration est pour sa part doté d’un président-fondateur venu du pacifisme, d’un animateur formé à la SFIO, aux Auberges de jeunesse, au Front Populaire : Marc Augier[129].

Les structures collaboratrices non issues de la gauche regroupent beaucoup moins de monde que le RNP et le PPF : c’est vrai des Francistes de Marcel Bucard, non racistes à l’origine, de la Ligue française de Pierre Costantini, du Front franc de Jean Boissel. Ces groupuscules « virulents et farfelus » ont des effectifs cumulés qui n’atteignent pas ceux des structures collaborationnistes issues de la gauche[129].

Le principal dirigeant du MSR fut un cagoulard : Eugène Deloncle. Mais une fois celui-ci parti, il fut remplacé par Georges Soulès qui venait du trotskisme, des Étudiants socialistes, de la SFIO de la tendance « Gauche révolutionnaire » de Marceau Pivert, ainsi que par André Mahé, qui fut militant syndicaliste et libertaire[130]. L’adjoint de Soulès, Paul Vayre, était lui « de bonne culture marxiste et même bolchevik, mais dégoûté du stalinisme et tourné vers une sorte de national-communisme idéal[131].

La Milice mérite une attention particulière : Darnand vient de la droite radicale et il confie des postes clefs à des gens ayant un parcours similaire au sien. Des personnages importants de la Milice ont fait leurs classes dans les rangs de la gauche : le second de Darnand, Francis Bout de l’An, venu de la Ligue d’action universitaire républicaine et socialiste, François Gaucher, qui fut socialiste, Roger Poisson venu du parti socialiste ouvrier et paysan plus à gauche que la SFIO[132]. Simon Epstein remarque que plus la milice se nazifia, notamment lors de sa fusion dans la division SS Charlemagne, plus elle se proclama européenne, plus les chefs miliciens venus de la gauche et de l’extrême gauche prirent le pas dans l’organisation[133]. La même remarque concerne Je suis partout : après le départ de Robert Brasillach, ce sont les éléments venus de la gauche, Alain Laubreaux et Pierre-Antoine Cousteau, qui positionneront le journal sur un créneau maximaliste pro-hitlérien[134].

Simon Epstein affirme[135] : « Au total, les originaires de la gauche et de l’extrême gauche sont dominants au RNP et au PPF, qui sont les deux grands partis du pro-nazisme français. Ils forment la totalité des militants du POPF et de toutes les organisations du collaborationnisme prolétarien. Ils s’implantent au MSR. Ils sont présents en bonne position, et en quantité non négligeable, à la Milice, à Je suis partout et aux Waffen-SS. Qu’ils aient viré au fascisme le plus extrême ou qu’ils continuent à se réclamer de la gauche et de ses valeurs, ils forment une composante prépondérante, et non une frange annexe, du collaborationnisme parisien ».

À l'issue de son parcours des antiracistes dans la collaboration, il conclut en disant que leur histoire se confond ainsi, pratiquement, avec l’histoire de la collaboration[136].

Les antisémites dans la Résistance[modifier | modifier le code]

Selon Simon Epstein, concernant les antisémites issus de l'extrême droite[137] :

« Leur poids n’excède pas celui des communistes, mais dépasse largement celui des anciens de la SFIO et du parti radical. Si l’on se place avant le 22 juin 1941, c'est-à-dire avant l’entrée massive des communistes dans la Résistance, à la suite de l’attaque allemande contre l’URSS, leur poids relatif s’accroît encore. Le poids de l’extrême-droite est considérable dans la résistance non communiste. Replacé dans la Résistance des débuts, quand il n’y avait personne ou presque, leur apport est crucial. »

Après la guerre, certains ne renieront pas leurs idées d’origine, tout en critiquant les rigueurs de l’épuration, puis participeront aux combats pour l’Algérie française, voire pour le Front national de Jean-Marie Le Pen. D’autres deviendront gaullistes. D’autres personnalités venues de cette « droite antijuive » deviendront des figures de la gauche intellectuelle des années 1950-1970 : Emmanuel d’Astier, Claude Roy, Maurice Claveletc. Certains seront favorables à Israël, d'autres non, indépendamment de leurs orientations politiques.

Réseaux et maquis[modifier | modifier le code]

  • Georges Loustaunau-Lacau (1894-1955) : sera le créateur du réseau Alliance. Ce nationaliste anime un groupement antimarxiste, anti-allemand et antisémite “la Spirale” et diffuse un petit journal L’Ordre national. Préoccupé par l’impréparation de l’armée française, il se bat bravement en 1940. Il gagne Vichy où Xavier Vallat lui confie pour un temps assez bref la direction de la Légion française des combattants. Il utilisera cette couverture pour abriter ses premières activités antiallemandes[138]. Arrêté par les Allemands, il est interrogé, torturé puis déporté. Il décrira les atrocités de Mauthausen. Ayant survécu à une marche de la mort, il publiera des mémoires et décrira les atrocités commises contre les Juifs. Il sera élu député en 1952, mettant la République en garde contre le communisme[139].
  • Marie-Madeleine Méric (1909-1989) : née Bridou, proche collaboratrice de Loustaunau-Lacau à “la Spirale” et à L’Ordre national. Elle le remplace à la direction de l’Alliance, après son arrestation en 1941. Elle finira par rattacher l’Alliance au BCRA gaulliste. Fourcade sera après la guerre une amie de la LICA et d’Israël. Elle décrira dans ses mémoires l’épopée de la Résistance[140].
  • Le colonel Georges Groussard (1891-1980) : s’affaire avant la guerre dans les réseaux d’officiers nationalistes et anticommunistes. Aidé d’un ancien de la Cagoule, il crée en 1940 les Groupes de protection du régime de Vichy. Parallèlement, il tente de transformer la structure qu’il dirige en école de cadres d’un futur combat contre l’Allemagne. C’est lui qui procède à l’arrestation de Pierre Laval, ce qui conduira, sous pression allemande à la dissolution des GP. Il tente de rallier à la Résistance Jacques Doriot et Joseph Darnand[141]. Jean Moulin qui connaît bien Groussard lui consacre des lignes élogieuses dans son premier rapport sur la Résistance qu'il emporte à Londres. Groussard emploie prioritairement des résistants originaires comme lui de l’extrême droite, souvent cagoulards mais sera aussi en rapport avec la résistance juive[142]
  • Paul Dungler (1901-1974) : Camelot du roi, ancien dirigeant de l’Action française et l’a quitté pour se rallier à la Cagoule. Admirateur de Franco et Salazar, hostile à la franc-maçonnerie, il l’est également au nazisme, qu’il décrit comme l’anti-civilisation[143]. Recrutant essentiellement parmi ses amis d’extrême droite, il fonde en septembre 1940, le premier réseau anti-allemand dans le Haut-Rhin, le réseau Martial. Dungler travaillera plus tard pour l’Organisation de résistance de l’armée (ORA). Résistant et maréchaliste à la fois, Dungler est soutenu à Vichy par le cagoulard Gabriel Jeantet[144].
  • Paul Armbruster : journaliste de L’action française à Strasbourg, jouera un rôle important dans le réseau Martial. Il portera le pseudonyme d’Alaric dans la résistance[145].
  • Louis de La Bardonnie : entré dans la Résistance à l’heure même où il a entendu l’appel du général de Gaulle. Il est à l'origine de la création du réseau qui deviendra la Confrérie Notre-Dame et y jouera un rôle important ; cet ancien maurrassien sauvera pendant la guerre des centaines de Juifs[146].
  • Le colonel Maurice Dutheil de la Rochère (1870-1944) : maurrassien et ami d’enfance de Maurras, sera lié par Germaine Tillon au réseau du Musée de l’Homme. Arrêté en 1942, il périra en déportation[147].
  • Le colonel Claude Arnould (1900-1978) : issu d’une famille chrétienne très hostile à l’anticléricalisme. Il est le chef du réseau Jade-Amicol[147].
  • Hélie de Saint Marc (1922-2013) : fils d’un lecteur de l’Action française qui renoncera à tout antisémitisme dès que commenceront les persécutions. Il sera déporté à Buchenwald d’où il reviendra. Associé aux putschistes antigaullistes d’Alger, il fera partie des nombreux résistants qui soutiendront la cause de l’Algérie française[148].
  • Le docteur Henri Martin (1895-1969) : est à Vichy avec Groussard. Ancien camelot du roi, ce comploteur inlassable et passionné lance une organisation dissidente en 1930. Antisémite et pétainiste, il est interné du fait de son activité oppositionnelle aux Allemands en 1942. Il est interné à Evaux-les-Bains et il y rencontre avec deux juifs de gauche qui deviendront ses amis : Roger Stéphane et André Blumel qui lui rendront hommage. « Monarchiste, méprisant la démocratie, conspirateur-né, sans doute antisémite, le Docteur Martin se révéla le meilleur des camarades, et si nous avons pu nous évader d’Evaux, ma mère et moi, c’est au docteur Martin que nous le dûmes. C’est sans doute à lui que je dois d’être encore vivant » écrira le premier[149]. « Le docteur Martin, homme d’une idée qu’il n’abandonna jamais, à laquelle il sacrifia toute sa vie, ne mérite pas l’oubli, ni la discrétion totale dans laquelle il s’est complu. Tel est le témoignage d’un adversaire politique qui fut, je crois, un ami » dira le second[150]. Il reprendra ses activités anticommunistes après la guerre.
  • Aristide Corre (1895-1942) : venu de l’Action française et des Camelots du roi, fait partie de l’équipe initiale de la Cagoule. Lié à l’Intelligence Service, Corre est interné comme otage par les Allemands, qui le fusilleront en mars 1942[151].
  • Lucien Robet : ancien Camelot du roi et fondateur d’une association appelée les Compagnons de Georges Cadoudal. Cagoulard actif, il soutient les rebelles nationalistes en Espagne. Pendant la guerre, on le retrouve à la direction de l’Organisation de résistance armée dans le Finistère. Arrêté et déporté en janvier 1944, il reprendra ses activités politiques après la guerre[151].
  • André Brouillard (1900-1985) : connu sous son pseudonyme littéraire comme Pierre Nord est un catholique conservateur et un nationaliste passionné. Redoutant le pacifisme et le défaitisme qu’il croit discerner dans le Front populaire, il se rapproche des réseaux militaires d’extrême droite. Très jeune, il fait partie de la résistance antiallemande, dans le cadre de Libération-Nord, puis auprès de l’ORA[151].
  • Le capitaine Hubert de Lagarde : travailla au réseau Eleuthère qu’il fonde et dirige pendant la guerre, puis à l’état-major des FFI. Il écrit avant-guerre dans L’Action française où il commente un livre de De Gaulle La France et son armée. Protestant contre la politisation des FFI avec la nomination du communiste Alfred Malleret, il est arrêté par les Allemands, puis déporté en camp de concentration où il mourra en déplacement.
  • Le colonel Raymond du Jonchay : tient avant-guerre la rubrique militaire de L’Action française, dans laquelle il ne cesse de dénoncer le sous-armement de la France face au réarmement allemand. Il assume pendant la guerre le commandement du maquis de la région de Limoges. Membre de l’état-major national des FFI, il fut arrêté par les Allemands mais arrive à s’échapper des locaux de la Gestapo. Le général Koenig, préfaçant son autobiographie, dira sa fierté d’avoir commandé des guerriers de cette trempe. Il prétendra, sans preuve, qu’il a été livré par les communistes aux Allemands[152].
  • François de Grossouvre (1918-1994) : originaire de l’Action française, rejoint le maquis de la Chartreuse puis combat dans l’armée française jusqu’en 1945. Il dira à Dominique Venner[153] : « C’est la gauche qui a exploité la Résistance, mais ce sont les gens de droite qui l’ont créée ! »
  • Pierre Dunoyer de Segonzac (1906-1968) : sympathisant de l’Action française entreprend une carrière militaire. Pétainiste, il fonde l’école d’Uriage avant de passer à la Résistance. Il prend la tête des maquis de la zone Sud du Tarn, libère Castres puis rejoint avec ses hommes la 1re armée française menée par de Lattre de Tassigny[154].
  • Hubert Beuve-Méry (1902-1989) : subit l’influence du père Janvier, un dominicain militant proche de l’Action française[155]. Il participe aux manifestations des Camelots du roi, se sent attiré par le Faisceau de Georges Valois. Il devient l’adjoint de Dunoyer de Segonzac à Uriage puis le suit dans la Résistance. Il sera le fondateur du journal Le Monde.
  • Henri Romans-Petit (1897-1980) : venu d’un milieu royaliste commandera les maquis de l’Ain. Il prône l’efficacité de petit maquis « de harcèlement » et dénoncent les grand maquis de fixation, vulnérables. Après la guerre, ce compagnon de la Libération, il sera membre du comité directeur de la LICRA[156].
  • Jean Vallette d’Osia (1898-2000) : officier de l’armée d’armistice, fait partie de l’ORA et de l’armée secrète. Il entraîne son bataillon de chasseurs alpins vers les maquis de Haute-Savoie. Arrêté en 1943 par les allemands, il parvient à s’enfuir et participera au débarquement en Provence. Il apportera son soutien au Front national de Jean-Marie Le Pen[156].

À Londres avec de Gaulle[modifier | modifier le code]

Selon Simon Epstein, à Londres en 1940, autour du général de Gaulle, on trouve une conjonction de Juifs sur-représentés par rapport à leur poids dans la population réelle et d’ancien maurrassiens et cagoulards, eux-mêmes en surnombre par rapport à leur poids politique d’avant-guerre[157].

  • Charles de Gaulle. Selon Simon Epstein, un certain nombre d'attestations indiqueraient que Charles de Gaulle fut maurrassien. Christian Pineau dira à André Gillois « que le général avait reconnu devant lui qu’il avait été inscrit à l’Action française et qu’il s’était rallié à la République pour ne pas aller contre le sentiment des Français »[158]. Lui-même résistant de gauche, Claude Bourdet qualifiera de Gaulle d’homme de droite, longtemps proche de l’Action française, devenu républicain par mimétisme[159]. L’un des témoignages les plus crédibles selon Simon Epstein serait celui d’Edmond Richelet, qui explique que De Gaulle subit l’influence de Maurras[160]. De Gaulle fréquente certains milieux maurrassiens tel le Cercle Fustel de Coulanges et que Maurras chante ses louanges dans l’Action française du 1er juin 1940[161]. Néanmoins, Charles de Gaulle, qui adhère aux amis de Temps proche de la démocratie chrétienne, est républicain. Dans La France et son armée, il proclame sa neutralité, voire son indifférence en matière idéologique ; De Gaulle n’est pas plus républicain qu’antirépublicain : il est capétien aux premiers temps du royaume, à Bouvines aux côtés de Philippe Auguste, il entre à Orléans derrière Jeanne, il traverse le Rhin avec Turenne. Il congrature Carnot, sous la République, autant qu’il approuvait Louvois sous Louis XIV. Il est révolutionnaire à Valmy et bonapartiste en Italie[162]. Concernant les Juifs, Simon Epstein relève quelques remarques privées désagréables[163] mais aucun antisémitisme explicite n’apparaît dans sa biographie. Pour Simon Epstein, De Gaulle fut vierge de tout antisémitisme officiel mais cela n’exclut pas les sautes d’humeur et les piques assassines[164].
  • Claude Hettier de Boislambert (1906-1986), membre du conseil international de la chasse, il vient de l’extrême droite et est membre de l’état-major de De Gaulle[165].
  • Roger Wybot (1912-1997) travaille avec Groussard au sein des GP de Vichy[166]. Chargé du contre-espionnage à Londres, Il participera aux campagnes de Tunisie et d’Italie et créera la DST qu’il dirigera jusqu’en 1958. Il aidera le contre-espionnage isréalien et sera un ami de l’État d’Israël[166].
  • Stanislas Mangin (1917-1986) est le fils du général Charles Mangin, honni des pacifistes français qui le qualifieront de boucher et des Allemands qui détruiront sa statue. Il anime le réseau Ali-Tir avant de passer à Londres où il est affecté au BCRA. Avant 1939, il considérait les Juifs comme des étrangers mais changera d’opinion à ce sujet[167].
  • Pierre Tissier, maître des requêtes au Conseil d’État, officier de réserve, est l’un des premiers à rejoindre De Gaulle à Londres qui le fera son chef d’état-major. C’est à lui et non à René Cassin que De Gaulle confie la rédaction des statuts du comité national français instauré en septembre 1941. À Londres, il reste antisémite et cherche à réduire l’influence de René Cassin et Georges Boris. Partisan d’un statut des Juifs atténué, ce gaulliste sera président de la SNCF[168]..
  • Jean Escarra (1885-1955), professeur de droit international, rallie la France libre début 1941. Comme Tissier, il intrigue pour écarter les Juifs à Londres et accepte le principe de loi raciale pour écarter les Juifs. Il envoie un long mémorandum à René Pléven exposant son point de vue sur le rapport entre la France libre et le congrès juif mondial[169] en 15 points où il attaque les Juifs tout en se désolidarisant de leurs persécuteurs. Il s’oppopse à la suppression des discriminations antijuives au prétexte que « la mentalité israélite est prompte à s’emparer de toute marque de sympathie pour s’en faire un titre à des exigences sans cesse croissantyes » et redoute « la mainmise totale des Juifs sur notre mouvement [164] ».
  • André Dewavrin (1911-1998), militaire de carrière et maurrassien qui enseigne les fortifications à Saint-Cyr à la fin des années 1930, sera le fameux Colonel Passy. Il se présente à Londres le 1er juillet 1940 et De Gaulle le nomme chef des services secrets encore inexistants. Il deviendra le chef du BCRA[170]. À la Libération, il est injustement accusé d’avoir détourné des fonds à des fins politiques mais cette affaire le laissera meurtri en dépit de son innocence. Parmi les premiers agents de Passy, on trouve de nombreux cagoulards et royalistes[164].
  • Maurice Duclos (1906-1981) fut un cagoulard actif. Il rejoint de Gaulle à Londres et sous le pseudonyme de Saint-Jacques, il est envoyé en France occupée où il monte un réseau de renseignement. Après une autre mission, il sera nommé par Passy chef de la section « Action » du BRA. Compagnon de la Libération, il fera pendant la guerre des déclarations hostiles aux Juifs[171].
  • Pierre Fourcaud (1900-1992) est parmi les premiers agents de la France libre. Il rejoint Londres où il est affecté au 2e bureau gaulliste. Il initie le réseau Brutus, lequel d’abord droitier, recrutera parmi les militants socialistes[172]. Il est compagnon de la Libération.
  • Honoré d’Estienne d’Orves (1901-1941) issu d’une famille légitimiste. Son biographe, Étienne de Montety affirme que rien de permet d’affirmer qu’il était d’Action française. Peu de temps avant d’être fusillé, il rédige un texte sur les Juifs qui est un plaidoyer en leur faveur reprenant point par point les critiques qui leur sont faites[173].
  • Gilbert Renaud (1904-1984), mieux connu sous le nom de Colonel Rémy est lui aussi catholique et royaliste. Il participe au 6 février 1934 aux côtés des camelots du roi[174]. Distinguant parmi les Juifs ceux qui ont gagné leur qualité de Français, des autres qui doivent quitter la France. Il organisa, développa et perfectionna le réseau de renseignements créé par Louis de La Bardonnie, l’un des réseaux d’espionnage les plus solides et les plus performants de la France Libre, la Confrérie Notre-Dame. De Gaulle, dans ses mémoires de guerre, dédie des lignes particulièrement chaleureuses et le qualifiera d’« animateur magnifique et organisateur pratique menant l’action secrète comme un sport grandiose mais calculé[175] ». Après la guerre, il défendra la thèse de l’Epée et du bouclier, De gaulle et Pétain, tous deux nécessaires à la France. Après la guerre, il quittera la RPF et demandera la révision du procès Maurras « déshonoarante pour la justice française et pour la France[176] » Dans un texte publié en 1971, il dénoncera l’holocauste qui tua des millions de Juifs et affirma admier l’État d’Israël, tout en distinguant entre les bons juifs patriotes et les mauvais juifs apatrides[177].
  • Robert Buron (1910-1973) fut maurrassien avant de se rapprocher de la démocratie chrétienne avant la guerre. Ses activités résistantes le conduisent au MRP. Ministre sous la IVe et la Ve République, il rejoindra le parti socialiste en 1971[178].
  • Alexandre Sanguinetti (1913-1981) vient de l’Action française et des Camelots du roi. Ce nationaliste d’extrême droite fait une belle guerre. Plusieurs fois ministre, il sera à la fois un gaulliste intransigeant et fortement pro-israélien[178].
  • Raymond Triboulet (1906-2006), lecteur de L’Action française, militant des Chemises vertes d’Henri Dorgères, publiant des articles dans Je suis partout dans la seconde moitié des années 1930, il dénonce le pacifisme pro-allemand de Robert Brasillach. Il s’engage dans l’action clandestine dans le cadre de Ceux de la Résistance, il sera plusieurs fois ministre gaulliste, membre actif de l’Alliance France-Israël et président du groupe d’amitié France-Israël de l’Assemblée nationale[179].
  • René Pléven (1901-1993) ne fut proche de l’Action française que lors de ses années lycéennes et étudiantes[179]. Il rejoint de Gaulle dès juin 1940 et assume des fonctions très importante à Londres et à Alger.
  • Pierre Messmer, militaire de carrière combat dans les rangs de la France libre et sera l’un des gardiens de l’orthodoxie gaulliste ; d’après un témoignage rapporté par François-Marin Fleutot, il fut Camelot du roi[180],[181].
  • André Bettencourt est recruté par François Mitterrand et adhère à un réseau clandestin d’action parmi les prisonniers de guerre. Il a cependant commencé la guerre en écrivant une rubrique régulière dans l’organe pronazi La Terre française où il se livre à des attaques vengeresses contre les Juifs[180]. Après la guerre, il sera secrétaire d’État dans le gouvernement Mendès France et sera membre de la LICA.
  • Henri d'Astier de La Vigerie (1897-1952) est un homme d’Action française. Replié en Algérie, il instaure une étroite coopération entre les conspirateurs d’extrême droite qu’il a assemblé et les réseaux juifs résistants animés par José Aboulker. Non gaulliste, il rejoint l’équipe gouvernementale de l’Amiral Darlan quand les Américains prenant acte de son changement de camp lui confie le pouvoir à Alger[182].
  • Le colonel Henri Giraud (1879-1949) est proche de la Cagoule et l’historien Jean Planchais dira qu’il était antidreyfusard et discrètement antisémite. Emprisonné par les Allemands au début de la guerre, il s’échappe. Soutenu par les Américains qui le préfèrent à De Gaulle, ce patriote intraitable et hostile à toute collaboration est contacté par le cagoulard Lemaigre-Dubreuil au nom des « conjurés d’Alger » et les Américains avec qui et pour qui il travaille. Après la mort de Darlan, il exerce le pouvoir avec la bénédiction des Américains. Pendant sa courte période, il supprimera certaines mesures antijuives de Vichy mais pas toutes, en particulier il refusera le rétablissement du décret Crémieux[183].
  • Fernand Bonnier de la Chapelle (1922-1942) est un jeune résistant royaliste, lecteur de L’Action française au lycée qui assassinera l’Amiral Darlan. Il est de ceux qui n’admettent pas que ce dernier, après avoir mené une politique de collaboration avancée à Vichy, se trouve investi du pouvoir suprême par les Américains à Alger libéré[184].
  • Paul Colette (1920-1995), probablement ancien de l’Action française, membre du PSF du colonel de la Rocque, il ne supporte pas les collaborateurs. Il s’engage dans la LVF et à l’occasion d’une cérémonie officielle à Versailles le 27 août 1941, il tire au revolver sur Pierre Laval et Marcel Déat. Les deux sont condamnés. Transféré en Allemagne, il connaît les passages à tabac, les menottes qui déchirent les poignées, les tortures diverses. Il assistera à toutes les formes de mise à mort dont les Juifs sont victimes[183],[Note 1]

Les mouvements de résistance de la zone nord[modifier | modifier le code]

Les anciens de l’extrême droite, et parmi eux les antisémites, y pèsent d’un poids nettement supérieur à ce qui était leur poids dans la vie politique française d’avant 1939[185]. L’Organisation civile et militaire (OCM) est le plus grand mouvement de résistance non-communiste en zone nord : elle recrute essentiellement dans l’armée, la bourgeoisie et l’extrême droite[185].

  • La branche militaire de l’OCM fut fondée par le colonel d’aviation Alfred Heurtaux (1893-1985) qui s’illustra par ses nombreuses victoires aériennes lors de la Grande guerre et fut intimement lié à la création de la Cagoule. Il crée un réseau de renseignement, le réseau Hecor. Heurtaux sera déporté à Buchenwald[186].
  • Le duc Joseph Pozzo di Borgo (1890-1966) est un fondateur des Croix-de-Feu dont l fut vice-président. Il rompt avec le colonel de la Rocque dont il dénonce la stratégie légaliste et ne le suit pas au PSF. Il est parmi les fondateurs de la Cagoule[186]. Pendant la guerre, il apportera son aide à la résistance : en Normandie, il participera au sauvetage d’aviateurs alliés et en Corse, il entreposera des armes qui serviront à la Libération de l’île[187],[188].
  • Cofondateur de l’OCM, l’industriel Jacques Arthuys (1894-1943) est un ancien de l’Action française et du Faisceau de Georges Valois. Il est de ceux qui n’acceptent pas l’armistice et qui veulent continuer la guerre. Premier dirigeant de l’OCM, il est capturé par les Allemands et périra au camp d’Hinzert en septembre 1943[187].
  • Le colonel Alfred Touny (1886-1944) fut président de la section du XVIe arrondissement des Croix-de-Feu ; Membre de l’OCM, il dirige la commission militaire du Conseil national de la Résistance ; Il sera arrêté et fusillé par les Allemands[187].
  • Maxime Blocq-Mascart (1894-1965) est le chef de la branche civile de l’OCM et un membre du conseil national de la Résistance. Militant gaulliste proche de Michel Debré et un des rédacteurs de la constitution de 1958[189], il publia pendant la guerre une analyse clandestine sur les minorités nationales dont la minorité juive, proposant l’éparpillement de cette dernière sur le territoire et une « citoyenneté réduite » pour certaines catégories de la population[190].
  • Philippe Viannay (1917-1986), issu de la mouvance du PSF, il sera le fondateur de Défense de la France ; pendant la guerre, il écrit une lettre ouverte à Pétain sous son pseudonyme d’Indomitus (l’insoumis) et tout en protestant contre la collaboration admet que la France foive se protéger contre l’« invasion d’Israël » ; après la guerre, il militera très à gauche, notamment au PSU[191].
  • Maurice Ripoche (1895-1944) est issu des Croix-de-Feu et du PSF. Il s’engage contre les nazis dès 1940 et fondent le groupe qui sera nommé par la suite Ceux de la Libération ; son mouvement qui recrute dans l’armée et l’extrême droite s’oriente vers le renseignement militaire[191]. Cet antisémite qui dénonçait à l’automne 1940 les Juifs sans patrie, fut arrêté par les nazis et décapité en juillet 1944[191].
  • André Mutter (1901-1973), vient des Croix-de-Feu et ft l’un des dirigeants de Ceux de la Libération qu’il représente au CNR[192]. Dans ses mémoires, il décrira les brutalités exercées sur les Juifs internés. Mutter, après la guerre, reste positionné très à droite. Il anime le Parti républicain de la liberté et publie l’hebdomadaire Paroles françaises qui prêche la réconciliation entre résistants et collaborateurs. Il fera une belle carrière parlementaire et ministérielle sous la IVe République.
  • Le cinéaste royaliste Willy Holt (1921-2007) est orienté vers la résistance par un ami du Racing Club de France. Il appartient à la section « Turma-Vegerance » de Libération-Nord. Il est arrêté et torturé [193]. Il survivra à plusieurs camps de concentration.

Les mouvements de résistances de la zone sud[modifier | modifier le code]

Simon Epstein décrit en détail le parcours résistants de nombreux hommes d’extrême droite souvent antisémites dans les mouvements de résistance de la zone sud[194].

  • Le général Gabriel Cochet (1888-1973) qui jouera un rôle national en 1944 à la tête des FFI du sud de la France
  • Georges Vavasseur est un résistant, secrétaire général du Mouvement national de la libération et comptera parmi les fondateurs du Comité d’action de la Résistance (CAR).
  • Emmanuel d’Astier de La Vigerie (1900-1969)
  • Henri Frenay (1905-1988)
  • Daniel Cordier maurrassien qui pense que Maurras en approuvant l’armistice trahit sa doctrine et sa patrie[195].
  • Bernard de Chalvron, diplomate et chargé de mission au cabinet militaire du maréchal Pétain à Vichy, récuse l’antisémitisme et prend conscience de la tragédie des Juifs lors des rafles de 1942.
  • Georges Batault (1887-1963), qui fut l’un des auteurs les plus représentatifs de l’antisémitisme de l’entre deux-guerres et dénonça dans son ouvrage le Problème juif en 1921 et pendant la guerre s’engagea fortement dans l’action anti-allemande.
  • Pierre Guillain de Bénouville (1914-2001) qui prit part aux émeutes du 6 février 1934 comme Camelot du roi puis fut proche de la Cagoule et s’impliqua profondément dans le combat clandestin en assumant des responsabilités importantes dans la résistance.
  • Jules Davet, général d’aviation venu à Combat avec Bénouville, dirige la délégation de la résistance française en Suisse et venait de l’Action française.
  • Jacques Renouvin (1905-1944), Camelot du roi qui prit part aux émeutes antiparlementaires du 6 février 1934 et devint le chef des Groupes francs de Combat avant d’être capturé et de périr à Mauthausen en janvier 1944[Note 2]
  • Michel de Camaret (1915-1987), qui fut Camelot du roi, quitta l’Action française jugée trop modérée et combattit en Espagne dans les rangs nationalistes avant de s’engager dans les FFL et de servir dans les commandos parachutés en juin 1944
  • Humbert de Croy, tué au combat.
  • Alain de Chavagnac, qui deviendra officier FFI.
  • Albert Bénard, qui sera officier chez Leclerc.
  • Armand de Tiguy du Pouët, officier dans l’armée d’Afrique.
  • Roger de La Grandère (1916-1944), qui fut aide de camp de De Gaulle mais qui désireux de se battre, s’engagea dans les commandos parachutés et mourut au combat.
  • Alain de Camaret, frère de Michel, qui venu lui aussi des franges dissidentes et cagoulardes de l’Action française suivit Bénouville et mourut en déportation.
  • Edmond Michelet (1899-1970), qui, père de famille nombreuse, patriote et royaliste un temps maurrassien, fit partie des dirigeants de Combat et fut déporté à Dachau[Note 3]
  • le duc et vieux maurrassien Gabriel de Choiseul-Praslin qui fut parmi les résistants que Michelet organisa en Dordogne[Note 4].

Les intellectuels, militants et journalistes[modifier | modifier le code]

Simon Epstein s'intéresse aussi au parcours d'intellectuels, militants, journalistes issus de l'extrême droite[196].

Les maurrassiens[modifier | modifier le code]

  • Pierre Boutang (1916-1998) intellectuel maurrassien, pétainiste sincère entre 1940 et 1942, et fut par la suite giraudiste et « résistant à sa manière » (il aida le philsophe Jean Wahl, dont il fut l’élève, à fuir les persécutions raciales).
  • Maurice Blanchot (1907-2003) qui commença à l’Action française puis suivit Thierry Maulnier et Jean-Pierre Maxence dans ces dissidences typiques des années 1930 avant de sympathiser avec la Résistance et d'aider des Juifs.
  • Raoul Girardet (1917), historien de renom et professeur à Sciences Po, qui fut Camelot du roi, tenta de venir en aide à des familles juives lors des grandes rafles de juillet 1942, puis fut partisan de l’Algérie française[197],[198].

Simon Epstein remarque que certains rompront avec le maurrassisme pour passer au marxisme sans passer par la résistance.

Le Faisceau[modifier | modifier le code]

Cette première organisation fasciste française, s’avère ainsi particulièrement fournie en futurs résistants et dirigeants de la Résistance.

Plusieurs intellectuels maurrassiens, membres du Faisceau, aboutissent au gaullisme, sous toutes ses variantes, gaullisme de gauche, modéré ou orthodoxe[202]

  • Jacques Debû-Bridel (1902-1993), qui Camelot du roi, fréquenta le Faisceau de Georges Valois, avant de retourner à l’Action française et de s'engager dans la résistance dès octobre 1940[203] et de rejoindre le gaullisme de gauche[204].
  • André Rousseaux (1896-1973) qui fut rédacteur à L’Action française de 1918 à 1929, rejoignit le Faisceau de Georges Valois et s’engagea dans la résistance intellectuelle, avant de militer au RPF et de faire une belle carrière au Figaro littéraire[205].

Autres militants[modifier | modifier le code]

  • Maurice Clavel (1920-1979) qui fut un jeune doriotiste et admirateur de Céline mais que Pierre Boutang détourna des fascismes européens.
  • l’écrivain et journaliste Jacques Perret (1901-1992) qui écrivait dans Je suis Partout à la fin des années 1930 à tonalité antijuive[206], rejoignit la Résistance et le maquis.
  • Henry Malherbe (1886-1958) qui fut titulaire du Goncourt en 1917, vice-président des Croix-de-Feu et publia en 1934 un panégyrique de La Rocque et rejoindra aussi le Conseil national des écrivains[201].
  • Le prêtre Jean-Augustin Maydieu (1900-1955).
  • Georges Saint-Bonnet qui fut parmi les promoteurs de l’antisémitisme et publia Sang de Paris, roman de la lutte d’un groupe d’Action immédiate contre la Gestapo et ses tortionnaires[207].
  • Georges Bernanos (1888-1948), admirateur d’Édouard Drumont, mais qui défendit les Juifs pendant la guerre.
  • Tout comme Joseph Denais (1877-1960) qui avait repris en 1911, La Libre Parole. Joseph Denais qui, à la mort de Drumont, expliquait comment « le juif créa la légende d’un antisémitisme sanguinaire et présenta Drumont comme un monstre altéré de sang », dirigea le journal jusqu’en 1924, date à laquelle il cessa de paraître. Il fut député de la Seine de 1911 à 1919 puis de 1928 jusqu’à la seconde guerre mondiale. En 1940, il s’embarqua sur le Massilia dans le but de continuer la guerre en Afrique. Cet antijuif fut arrêté et interné par Vichy pour ses positions très hostiles à l’Allemagne nationale-socialiste. Le successeur de Drumont siégea de 1944 à 1945 à l’Assemblée consultative provisoire et poursuivra sa carrière parlementaire sous la IVe République[208].

Analyses et conclusions[modifier | modifier le code]

Rôle secondaire des idées planistes, fascistes ou droitières dans les engagements sous l’Occupation[modifier | modifier le code]

Simon Epstein critique la vision véhiculée par le parti communiste[213] qui veut que la droite et l’extrême droite des années 1930, la grande bourgeoisie avide de revanche sur le Front populaire, le patronat soucieux d’annuler les réformes sociales de 1936, les maurrassiens qui comme toujours combattent la gueuse, les ligueurs, les cagoulards, les antisémites qui attendent leur heure depuis l’affaire Dreyfus soient les constituants de la collaboration. Ce narratif s’articule autour d’un « mieux vaut Hitler que Blum », slogan imaginaire, qui est censé avoir dicté leur comportement aux droites françaises sous l’Occupation[214].

Ce narratif prête aux nationalistes français un comportement aberrant : ils n’auraient eu d’autres préoccupations, que de livrer la nation française à son ennemi héréditaire et le fascisme français aurait été le seul fascisme prônant l’effacement national et la soumission collective : la collaboration aurait sa source dans un « maso-fascisme d’autoasservissement mettant un point d’honneur à se conformer aveuglément aux stratégies puis aux exigences de l’ennemi[215],[Note 6] ».

La thèse imputant les responsabilités de la défaite et de la collaboration à la droite d’avant 1940 est selon Epstein une construction militante[216]. Cette thèse se complète d’une extension fasciste selon laquelle divers hommes politiques, groupes militants, secteurs intellectuels se seraient sentis attirés, dans l’entre-deux-guerres, par un rejet simultané des matérialismes marxistes et bourgeois, par un refus de la démocratie parlementaire, par un souci de synthèse entre nationalisme et socialisme, par la recherche de solutions nouvelles transcendant les clivages traditionnels opposant droite et gauche ; ils auraient en outre éprouvé une pulsion irrésistible pour le planisme. Ces aspirations dissidentes et non-conformistes se seraient assorties d’une attirance pour les modèles totalitaires étrangers, l’italien puis l’allemand. Ces aspirations et cette tendances planistes expliqueraient les complaisances éprouvées à l’égard de l’expansionnisme nazi et expliquerait tout autant la collaboration[215]. Cette explication n’explique pas pourquoi tant de partisans de régime autoritaire et fort deviendront résistants.

Selon Simon Epstein, déduire la collaboration du fascisme procède en fait d’un contresens qui survalorise les fondement franco-français de la Collaboration, lesquels sont souvent épiphénomèniques et secondaires : il pose que la collaboration fut le produit d’une vision (interne) de ce que devrait être la société française, alors qu’elle découla en premier lieu d’une vision externe de ce que devaient être les rapports franco-allemands[215].

De nombreux collaborationnistes sont devenus hitlériens par germanophilie et adhésion à l'idée de l’unité européenne, sans être passé par la case fasciste[217]. Les structures pro-nazies de la collaboration de gauche ne sont pas fascistes mais pro-hitlériennes[218] : elle ne prônent pas un fascisme français mais la réconciliation franco-allemande et un nouvel ordre socialiste européen.

Pierre-Antoine Cousteau dira après la guerre[219] : « Maurras m’inspirait une horreur sacrée, uniquement parce qu’il faisait de la pérennité des guerres franco-allemandes la base de son système et que j’étais déjà convaincu (c’est le seul point sur lequel je n’ai jamais varié) que l’Europe ne serait jamais viable sans entente franco-allemande, que c’était le premier de tous les problèmes, le seul vraiment important, celui dont dépendait la guerre et la paix, la vie et la mort. » Cousteau est fasciste mais son pacifisme est antérieur, il est la souche fondatrice, le facteur primordial qui dictera ses positions.

Les pôles de mémoire dans la France de l'après-guerre[modifier | modifier le code]

Simon Epstein explique que la mémoire du phénomène des dreyfusards, antiracistes et hommes de gauche passés à la Collaboration a pu être préservé au travers de trois pôles de mémoire dont il analyse le travail dans ses ouvrages.

  1. Henri Coston se spécialisera dans le recensement des antisémites d’avant-guerre, et qui passés par la résistance, joueront un rôle important dans la vie politique française des années 1950 et 1960. Sa « mentalité d’archiviste » et des « capacités d’historien » selon Simon Epstein[220], lui permettront de jouer un rôle dans la préservation du passé politique français. Avec Pierre-Antoine Cousteau, il publie Lectures françaises, qui commence à paraître à partir de 1957 sous forme de petits cahiers chargés d’informations multiples sur la vie politique en France et dans le monde. La tonalité est antigaulliste, antimarxiste, antisémite, antisioniste, négationniste. Il publiera un Dictionnaire de la politique française dont les tomes paraîtront de 1967 à 1982, que les journalistes et historiens utiliseront fréquemment, tant son contenu et garni mais dont ils citeront rarement l’auteur[221]. Dans ces différentes publications, il prend plaisir à rappeler le passé des uns et des autres, notamment des anciens collaborateurs qui se sont réintégrés dans le consensus républicain et démocratique[222].
  2. Le Droit de vivre et les autres publication de la LICA forment une mine inépuisable d’indices pour qui se penche sur la question de l’antisémitisme sous l’Occupation. La presse de la LICA donne les noms des non-Juifs qui s’associent, au fil des ans au combat antiraciste. C’est en la lisant qu’on découvre que Doriot, Déat, Bergery, Drieu la Rochelle, Luchaire, Scapini, Sabiani, Chasseigne et tant d’autres ont fait un bout de chemin avec l’organisation de Bernard Lecache[223]. Après la guerre, Bernard Lecache rappelle les itinéraires des uns et des autres[224]. En 1955, se produit une rupture d’attitude : la LICA reste implacable pour les anciens collaborateurs mais elle s’avère soudain réticente à stigmatiser de manière spécifique, ses anciens militants ou dirigeants passés à la Collaboration pendant la guerre. Les rappels biographique deviendront de plus en plus rares et disparaîtront dans les années 1960. Les anciens militants préfèrent ne pas en parler, les nouveaux adhérents n’en savent rien[225]. Selon Simon Epstein, cette occultation résulte de la perception que la mention de ce passé serait perçu comme nuisible au développement de l’organisation. La solution qui s’impose est l’occultation[Note 7]. Selon Simon Epstein[226] : « Elle seule permet un message antiraciste unitaire (Juifs et non-Juifs, ensemble dans la lutte) et évite aux Juifs de s’interroger, en un débat idéologique interne, sur la validité du système de défense que la LICA, celle d’hier et celle d’aujourd’hui leur propose. »
  3. Simon Epstein cite un troisième pôle, celui des écrits de Jean Galtier-Boissière (1891-1966), « observateur avisé des vies politique, sociale et littéraire ». Soldat de la classe 1911, il reste sept ans sous l’uniforme et crée en 1915 Le Crapouillot d’orientation anarcho-pacifiste. Pacifiste et homme de gauche, proche de Gaston Bergery, Galtier-Boissière a de bon rapports avec la LICA[227]. Pendant la guerre, ses sympathies vont aux Alliés, aux gaullistes, aux Juifs, mais elles restent platoniques[228]. Ses textes fourmillent de références sur les parcours des antiracistes devenus hitlériens. Il règle en particulier ses comptes avec Le Canard enchaîné dont nombre de journalistes l’avaient accusé de tiédeur face au fascisme : « Quelques années ont passé, la guerre est venue et j’ai refusé de faire reparaître le Crapouillot sous l’Occupation. Que sont devenus par contre les purs du Canard ? Si Pierre Bénard ne s’est pas mouillé, André Guérin est aujourd’hui le rédacteur en chef de L’Œuvre de Déat où il a retrouvé La Fouchardière, mis à la porte par Maréchal et l’objecteur de conscience René Gérin. Auguste Nardy, gérant du Canard, signe dans la même feuille des reportages du plus mauvais aloi. Pédro dessine à Je suis partout. Quant à Jules Rivet, le grand indépendant à lavallière, l’anar des anars, ce brave Jules qui pendant vingt ans a vitupéré la grande presse pourrie… il a un contrat au Petit parisien. Oh pas celui des infâmes capitalistes Dupuy, mais Le Petit Parisien des hitlériens Jeantet et Laubreaux, le plus emboché des journaux boches de Paris[229],[230]. »

Contradiction entre travail historique et préoccupations politiciennes[modifier | modifier le code]

Occultations historiques et manipulations politiques[modifier | modifier le code]

Pour Simon Epstein, l'occultation de certains phénomènes historiques trouve son origine dans le fait qu'une présentation impartiale et complète du parcours des collaborateurs empêche les discours médiatiques et politiques fondés sur l'amalgame avec la Collaboration de fonctionner pleinement. Il cite plusieurs exemples pour illustrer son propos.

  • Ainsi, il analyse une campagne contre le mouvement Poujade. Camille Fégy et Maurice Lebrun animent le journal du mouvement poujadiste : Fraternité française. La presse antipoujadise rappelle que ces deux journalistes ont été des soutiens de Doriot et l’argument porte[231]. Ce que la presse ne mentionne pas c’est qu’ils furent tous les deux secrétaires de rédaction à L’Humanité dans les années 1920 et 1930… On ne les étiquette pas anciens doriotistes, anciennement communistes, l’effet eût été déplorable[232].
  • Simon Epstein cite comme autre exemple l'ouvrage que Joseph Algazy consacré à l’extrême droite française et critique les amputations biographiques qui s'y trouvent ; ainsi, François Gauchet, ancien de la LVF et de la Milice, verra ses idées fascistes rappelées pas son militantisme aux Étudiants socialistes et son appartenance à la SFIO[233],[Note 8]. Gauchet n’est pas le seul personnage loin de là à faire l’objet d’une amputation[234]. Il cite ainsi, deux auteurs, Tristan Mendès France et Michaël Prazan qui publièrent en 1998 un ouvrage où ils s’en prenaient à Victor Barthélemy et Roland Gaucher, l’un membre du RNP l’autre du PPF ; ils ne mentionnent pas que l’un fut un communiste actif et permanent du Secours rouge international et l’autre à l’extrême gauche, membre à la fin des années 1930, des Lycéens antifascistes puis de la Fédération des étudiants révolutionnaires. Ceci n’est pas mentionné car cela pourrait gêner leur argumentation[235]. Dans de nombreux ouvrages cités par Simon Epstein, le parcours des collaborateurs fera l'objet d’amputation biographiques volontaires[236].

Selon Simon Epstein, si Saint-Loup, Saint-Paulien, Gaucher, Brigneau ne cachent pas leur passé : c’est qu’ils « savent, tous qu’il existe un lien profond, essentiel, structurel, entre leur militantisme pacifique de gauche et leur passage enthousiaste au nazisme pendant la guerre[237]. »

Si dans certains cas, on fait commencer le parcours en 1940, dans d'autres, tout s’arrête en 1939. Simon Epstein, cite les indications biographiques de juin 1936, « modèle de falsification par omission[238] » où le pétainisme et le collaborationnisme passager de plusieurs personnalités de gauche ne sont pas mentionnées. En revanche, le même ouvrage fait abstraction de ce qui est arrivé pendant la guerre au colonel de La Rocque. Antiallemand, il fut arrêté et interné en 1943 par les nazis. Sa biographie n’indique pas qu’il fut reconnu à titre posthume déporté-résistant. Selon Simon Epstein[239],[Note 9] : « La Rocque, le factieux de 1936, eut sous l’occupation une attitude sensiblement plus digne que celle d’un grand nombre d’antifascistes qui le combattirent farouchement aux temps des ligues. Cette vérité impossible à admettre et c’est pourquoi l’impitoyable guillotine de juin 1936 n’épargne pas sa biographie. [...] Escamoter le destin de La Rocque ne résulte pas d’une décision fortuite, c’est un acte volontaire destiné à préserver la cohérence idéologique, la capacité mobilisatrice et la puissance émotionnelle du narratif antifasciste de 1936. »

Impact du débat politique sur l’historiographie[modifier | modifier le code]

Dans un chapitre intitulé Les vicissitudes de l’historiographie, Simon Epstein constate les progrès des sciences historiques sur la connaissance de la Résistance et de la Collaboration dans les années 1970 et au début des années 1980, et qui se sont heurtés à la fin des années 1980 et dans les années 1990, à une pression politique et médiatique soucieuse de réactiver la thèse des deux France. Au début des années 1970, René Rémond et Robert Paxton s’inscrivent en faux contre l’assimilation abusive de Vichy à la droite extrême ou même à la droite moyenne d’avant-guerre[240]. Ce dernier montrent que les hommes de Vichy se recrutent parmi les notables de la IIIe République et dépeint un régime éclectique dans ses fondements idéologiques et multiples dans ses zones de recrutement[241],[242]. Dans leur sillage, en 1974, Claude Lévy fait découvrir un Jean Luchaire, homme de gauche venu des jeunesses radicales attiré par le national-socialisme[243]. ; en 1976, Pascal Ory consacre de longs développements aux personnages et aux structures collaborationnistes venues de la gauche[244], l’autobiographie du doriotsite Victor Barthélemy apporte de nombreuses informations sur le poids écrasant des communistes au PPF[245] ; en 1978, Marc Sadoun publie un article très fourni sur les voies de passage au « socialisme collaborateur »[246],[247]. ; le lien entre pacifisme de gauche et collaboration est analysé en 1978 par Michel Bilis[248]. Le mouvement se poursuit dans les années 1980, avec le livre de Michèle Cointet montrant l’inanité de l’argument assimilant Vichy et le pétainisme à l’Action française et le poids déterminant des autres fondements constitutifs du régime, notamment le pacifisme[249] ou encore le livre de Richard Millman, montrant que les ligues d’extrême droite des années 1930 furent souvent philosémites[250].

Or, deux logiques contradictoires se heurtent dans les années 1980 :

  • une logique historienne qui dévoile la lourde, très lourde part prise par les gens de gauche dans toutes les formes de la collaboration ;
  • une logique militante qui pour répondre aux nécessités du moment aspire à des messages univoques et réducteurs.

Cette deuxième logique conduit à l'emploi de l'arme du silence[236] et de la thèse des deux France qui vise à assimiler les antidreyfusards, les ligueurs des années 1930, Maurras, la Cagoule, Vichy, le collaborationnisme et le Front national en un seul et même phénomène résurgent et coupable de collaboration avec le national-socialisme.

Face à ce phénomène, le silence est une arme utilisée[251]. La deuxième arme est la résurgence de la thèse des deux France, appelée théorie de la continuité qui veut que les grands affrontements franco-français, se déroulent en récurrence le long des mêmes lignes : les partisans de la théorie des deux France croient constater une pérennité de la droite anti-dreyfusarde, la droite maurassienne ou cagoularde des années 1930, les collaborateurs, l’extrême droite d’après la guerre[252]. Face à eux, les dreyfusards, les antifascistes de 1936, les résistants de toute tendance et les antiracistes d’aujourd’hui représentent l’autre France, celle des Lumières et des droits de l’homme.

L’historiographie a longtemps privilégié la thèse selon laquelle Vichy et la collaboration avaient représenté la droite tout comme la gauche était associée à la résistance. Les acquis de la recherche historienne remirent en cause cette vision des choses dans les années 1970 et 1980 mais les contingences de la lutte politicienne firent sentir leurs effets dans les années 1990. Simon Epstein décrit dans le Vichy 1940-1944 de Jean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka une tentative pour exonérer la gauche et accabler la droite, tentative qu'il passe de nombreuses pages à analyser et réfuter[253]. Selon Simon Epstein, ce n’est pas parmi les cohortes de l’ultradroite que l’on trouve les partisans de la collaboration dans les années 1940 mais parmi les partisans du rapprochement franco-allemand dans les années 1920 et 1930[132]. Simon Epstein critique l'idée que « toutes les droites » entourent Philippe Pétain. En fait, autour du Maréchal, on trouve « de la même manière et en grand nombre, des anciens communistes, des anciens socialistes de toute tendance, des anciens radicaux et non des moindres ». On trouve aussi à Vichy beaucoup de dreyfusards et en beaucoup plus grand nombre que les antidreyfusards[254].

Épilogue[modifier | modifier le code]

Dans un ultime chapitre, Simon Epstein constate que la Résistance fut un vaste conglomérat de Françaises et de Français de toutes mouvances idéologiques et de toutes formation politiques antérieures[255]. Il cite plusieurs auteurs développant et théorisant cette idée.

  1. Aragon et La Rose et le Réséda qui symbolisera toute une époque et marquera toute une génération : « celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas, tous deux adoraient la belle, prisonnière des soldats… » Aisé à décrypter, le poème est dédié à Gabriel Péri (le communiste) et à d’Estienne d’Orves (le monarchiste), tous deux fusillés par les Allemands ». Aragon se conforme à la stratégie du parti communiste de « Front national », laquelle pour un temps, vise aux rassemblements politiques les plus larges, des communistes aux royalistes, aux droites nationalistes et aux anciens Croix-de-Feu[256]. Mais surtout par delà les calculs, il laisse libre cours au patriotisme intégrateur et sincère qui inspire les Lettres françaises et qui en fera l’un des bastions de l’opposition intellectuelle à l’occupant.
  2. René Cassin, à Londres, sera martial et rassembleur. Il fera expressément référence à la France des Croisades, de Saint Louis et de Jeanne d’Arc, pas moins qu’à la France des Droits de l’homme et des soldat de Valmy[257],[258] : « Nous n’avons pas la prétention de prendre arbitrairement des morceaux de l’histoire de France », préciserat-il en 1942.
  3. Emmanuel d’Astier de La Vigerie sera plus schématique selon Simon Epstein qui vantera cette guerre « où pour fois Versaillais et Communards s’associeront dans la Victoire [259].
  4. Jacques Debû-Bridel, résistant originaire de l’extrême-droite qui dirigea le Comité national des écrivains (CNE) et qui fut membre fondateur du Conseil national de la Résistance (CNR), associera dans ses louanges les émeutiers du 6 février 1934 et le Front populaire. Dans un livre qu’il publie en 1948, il admet que certains six-févriéristes seront collaborateurs, mais il fait remarquer que nombre de leurs opposants républicains ou marxistes ne le seront pas moins : « La Résistance active et combattante a recruté autant de partisans dans les rands des six-févriéristes que dans ceux de leurs adversaires où Doriot occupait encore sa place de chef communistes… Le Six Février a marqué une date importante dans notre histoire. Contre les profiteurs et les exploiteurs d’une démocratie de forme archaïque, contre un régime décrépit et en plein décomposition, ce jour-là, des forces saines du peuple français se sont dressés dans un sursaut d’indignation sincère. » Les sympathie de Debû-Bridel ne vont pas qu’aux manifestants du 6 février 1934. Elles s’étendent aussi au Front populaire, dont il salue les aspirations à la justice sociale, à la réforme politique et à la solidarité humaine. « Le 6 février comme le Front populaire, le Front populaire comme le 6 février, étaient porteurs d’espérance et de volonté de vivre… […] Cette union des combattants du 6 février et des militants du Front populaire, elle s’est faite d’elle-même, après la défaite et l’abdication du régime, dans l’ombre héroïque de la résistance, à l’appel de l’homme du 18 juin », conclut-il[260],[261].
  5. Pierre Mendès France, parlant d’otages exécutés par les Allemands, écrivit que « des enfants de 19 ans et des vieillards de 72 ans, des royalistes d’Action française et des communistes, des Juifs récemment naturalisés et les fils des plus anciennes familles de France ont été fusillés pêle-mêle. Ces rencontres devant le peloton d’exécution ont démontré avec un cruel symbolisme la généralité de la résistance française[262],[263].» Traitant des partis politiques sous l’occupation, il observe que toutes les forces politiques se sont scindées en résistants et collaborateurs. Evoquant les Maurrassiens, il précise : « L’Action française, sous l’influence directe de Maurras, suit Vichy, mais là encore, la principale partie des troupes a abandonné les chefs. Comme la plupart des anciens Croix-de-Feu, les militants de l’Action française, surtout les éléments jeunes, sont aujourd’hui antiallemands et absolument hostiles à la soumission à l’occupant. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Simon Epstein constate qu'il est un point commun entre Darlan (tué par Bonnier de la Chapelle) et Laval et Déat (blessés par Paul Colette) : deux jeunes patriotes venus de l’extrême drooite tire sur trois grands chefs de la collaboration issu de la gauche, républicaine pour Darlan et socialiste pour Laval et Déat.
  2. Avocat, il avait chauté Eugène Frot, le républicain, franc-maçon et ami de la LICA qui réprima l’émeute du 6 février 1934 et qui passa une guerre vichyssois et tranquille alors que lui le cogneur d’Action française combattra l’Allemagne nationale-socialiste et mourra en camp de concentration.
  3. Plusieurs fois ministre sous le Ve République, il dira en 1959 à la veuve de Jacques Renouvin : « Nous sommes tous royalistes au gouvernement ! ».
  4. Ayant entendu l’appel du général de Gaulle, il interpella Maurras et lui reprocha son antigaullisme. Praslin, avec toute sa famille anima l’action du mouvement Combat en Dordogne. « Votre führer, je m’en fous », dit-il en mars 1944, quand la Gestapo vient l’arrêter. Enseigne de vaisseau aux Forces navales françaises libres, son fils Charles périra en 1945.
  5. .
  6. Page 347 de son ouvrage, Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Simon Epstein remarque que Louis Rougier a saisi la différence de nature entre les partisans de la collaboration et les fascistes ; critiquant le projet de parti unique de Marcel Déat, il affirme qu'il ne copiera le parti nazi allemand qu’en apparence ; le parti nazi allemand s’est fondé sur le rejet du traité de Versailles ; le parti français sera fondé sur l’acceptation de la défaite.
  7. Simon Epstein cite l'album que la LICRA a publié en 2002 pour ses 75 ans : les noms de ses membres passés à la collaboration ont disparu mais le livre d’or de l’album n’a supprimé que les noms les plus connus : ainsi, nombre de pétainistes et de déatistes figurent encore dans l’ouvrage sans que ses auteurs en aient eu conscience.
  8. Dans sa thèse de doctorat il s’identifie aux thèse de Jaurès contre celle de Jules Guesde.
  9. Simon Epstein remarque que l'auteur a occulté dans sa notice biographique sa proximité avec le collaborationnisme de gauche.

Références[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]