Agnosticisme
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L'agnosticisme est la position philosophique selon laquelle la vérité de certaines propositions, le plus souvent théologiques, concernant l'existence de Dieu ou des dieux est inconnaissable[2],[3].
C’est une pensée fondée sur le doute tant qu'il n'existe pas de vérité scientifique établie. La vérité parfaite et absolue, par définition fondée sur le dogme, ne peut être certaine. L'agnosticisme est souvent rapproché, à tort, à d'autres courants philosophiques, ou confondu avec eux.
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[modifier] Nota bene
- Contrairement à l'athéisme ou à l'antithéisme, l'agnosticisme ne conteste pas l'existence du divin mais la possibilité même, présente ou définitive, de démontrer en quoi que que ce soit un caractère divin, ou surnaturel, ou du type d'une vérité religieuse (c'est-à-dire fondée sur des dogmes).
- Il est à différencier du scepticisme philosophique, qui propose de rester dans l'incertitude à propos de toute chose, expérimentée ou non.
- Il est encore différent du déisme, qui postule un être transcendant – un « dieu » indéfinissable – et se tient donc forcément à l'écart de tout théisme, et par là, de toute religion en générale tant qu'elle s'appuie sur des données non-démontrées (et peut-être indémontrables).
[modifier] Étymologie
Le terme « agnosticisme » (parfois incorrectement écrit agnostisme par une fausse étymologie), vient du grec αγνωστικισμός, agnosticismos, lui-même tiré de agnôstos (ignorant), la gnosis étant la connaissance ; il désigne la philosophie selon laquelle tout ce qui ne peut être appréhendé dans l'expérience est inconnaissable. Il s'agit donc d'une position épistémologique qui met éventuellement en cause la légitimité de la métaphysique, de la révélation, la divination, etc.
L'agnosticisme n'est pas à confondre avec une opposition spécifique au gnosticisme, qui est une doctrine liée aux débuts du christianisme, mais a un sens beaucoup plus général. Antérieurement au christianisme, le mot "agnostique" désignait une personne qui n'avait pas été initiée à la "gnose", le mythe du "savoir parfait et absolu".
Le mot agnostique a été forgé par Thomas Henry Huxley (1825-1895) pour exprimer « l'antithèse évocatrice du « gnostique » dans l'histoire de l'Église, qui professait en savoir tant sur les choses mêmes à propos desquelles j'étais ignorant… ». Il voulait que le terme fasse comprendre que la métaphysique est vide de sens ; comme le pensait déjà l'empiriste David Hume qui recommande, à la fin de son Enquête sur l'Entendement Humain, de jeter aux flammes les livres de théologie ou de métaphysique scolastique.
[modifier] Les différentes formes de l'agnosticisme
Il existe plusieurs formes d'agnosticisme qui peuvent se décliner sous les formes suivantes :
- Je ne sais pas, mais peut-être qu'il sera possible un jour de savoir. C'est l'APP ou Agnosticisme Provisoire en Pratique (Cependant, en attendant, on peut établir des probabilités selon la vraisemblance d'une affirmation). L'APP estime que si un ou des dieux ont créé le monde, ils l'ont fait en cohérence avec les principes qui régissent leur propre dimension, de manière à ce que leur œuvre soit pertinente par rapport à leur intention, et surtout que d'éventuelles interventions divines (illustrées par des révélations à des prophètes, des Ecritures, des miracles, des personnes s'affirmant en contact direct avec Dieu) leur soient envisageables. De cette manière, on peut supposer que l'existence d'une divinité est à la portée de notre Raison, et constitue donc une question que la Science pourra résoudre un jour, notamment à travers l'étude de ses éventuelles interventions sur Terre.
- Il est possible que des gens sachent (aient reçu une révélation), mais il leur est impossible de le prouver, de le démontrer, car un élément extérieur l'en empêche. La Vérité serait possédée par une élite qui aurait été illuminée, élue pour faire passer un message ou une autre raison, mais serait incapable de démontrer leur dire, du fait d'une objection de nature divine. (cette dernière semblant réaliser un "test").
- Il est impossible que quelqu'un sache, la révélation est par nature impossible, car la vérité est en dehors des lois scientifiques, rationnelles, physiques et matérielles qui régissent cet univers présent. C'est l'ADP ou Agnosticisme Définitif de Principe. L'ADP estime qu'il est improbable que nous ayons la capacité de saisir le fonctionnement de notre Monde. Ce raisonnement s'appuie sur certains phénomènes et paradoxes que la Science, la logique se révèlent actuellement incapables à expliquer[4], mais surtout sur l'idée que l'Humanité vivant sur la planête Terre ne représente qu'une part infime de l'univers, d'où l'idée que si des Dieux avaient créé le monde, leurs intentions célestes ne devraient guère se concentrer sur nous, et donc notre Esprit ne peut absolument pas être le reflet des leurs. Plus on se rend compte de la complexité du monde dans lequel nous vivons, plus le Créateur supposé en être à l'origine doit être complexe et puissant comparé à nous, et moins il devient probable que l'Humanité bénéficie d'une attention divine particulière (et donc encore moins un individu). D'où selon l'ADP la Vanité de nous croire capable de comprendre. Selon eux, la question de l'existence des dieux est extra-rationnelle; elle ne peut faire l'objet de la Raison, et ne peut point être discutée[5].
(N.B.: Attention, le refus de se prononcer, dans l'ADP, n'implique pas une mise en équiprobabilité des hypothèses d'existence et d'inexistence de Dieu. On parlera plutôt dans ce cas d'un APP parfaitement neutre et impartial, car quand bien même il s'affirmerait aussi sceptique que l'ADP face à toute éventuelle preuve à venir sur la question, à partir du moment où l'on fixe des probabilités, on fait l'hypothèse d'un Dieu intra-rationnel, c'est-à-dire qui peut être appréhendé par la raison.)
L'agnostique peut choisir par convention sociale de s'affilier malgré tout à une croyance religieuse, dont il sait qu'il ne peut avoir la certitude, mais qui lui évitera une éventuelle exclusion sociale, plus ou moins probable en fonction de la religiosité de son groupe social. Ainsi, l'agnosticisme balaye de multiples formes, allant de l'athéisme passif jusqu'à des formes diverses de déismes, sans affirmer avec certitude l'existence ou l'inexistence d'entités divines.
[modifier] Relations entre agnostiques et croyants
[modifier] L'agnosticisme à l'égard des croyants
La conception philosophique même de l'agnosticisme fait qu'un agnostique ne peut éprouver de l'animosité à l'égard d'un croyant. Celui-ci peut toutefois être critique quant à certains préceptes religieux, et aux actions des fidèles qui revendiquent l'accomplissement de la volonté divine. Mais la plupart des agnostiques y sont totalement indifférents. L'agnosticisme n'est donc pas antithéiste. À l'inverse toute tentative de prosélytisme à leur égard est mal perçue car nul ne peut prétendre apporter la preuve de l'existence de Dieu (en l'état actuel des connaissances de l'Homme ou à jamais selon les individus). Un croyant croit autant en Dieu qu'un agnostique assume sa conception philosophique, ce dernier la considérant comme plus objective.
L'opposition entre croyants et agnostiques relève plutôt de la question de l'intervention de Dieu dans les affaires humaines plutôt que de son existence. La plupart des religions affirme tenir leur savoir de révélation permises complaisamment par leur Dieu, ce qui en fait une connaissance sacrée, hors de portée de l'analyse scientifique. Or, un agnostique tient d'abord compte des informations apportées par la science (c'est-à-dire démontrée et prouvée), qui enseigne à relativiser la place de l'homme dans l'univers et qui met la taille et la durée de l'existence de l'humanité en perspective avec celle de la Terre et de l'Univers. Cet écart observé tend à devenir tellement grand qu'il décridibilise l'hypothèse d'ingérence des dieux dans les affaires humaines, et donc les révélations dont se prévalent les religions.
Être agnostique ce n'est pas croire en l'agnosticisme puisqu'il ne s'agit pas d'une croyance mais d'une conception philosophique. La débaptisation n’est nullement nécessaire aux agnostiques, ces derniers n'attachent pas d’importance au baptême. Les fêtes religieuses, comme Pâques ou Noël, peuvent être tout aussi célébrées. Elles sont perçues tout simplement comme des fêtes traditionnelles. De même, un agnostique peut se rendre à l'intérieur des édifices religieux si bon lui semble afin, par exemple, d'y contempler l'architecture. Il n'y a aucune interdiction ou doctrine liée au fait d'être agnostique, puisque l'agnosticisme ne suit aucun précepte par définition, si ce n'est « suivez votre raison aussi loin qu'elle vous mènera et n'acceptez d'affirmation que si elle est fondée » [6]. Il faut donc plutôt assimiler l'agnosticisme à un courant de pensée qu'à une religion.
[modifier] Les croyants à l'égard des agnostiques
[modifier] Le judaïsme et l'agnosticisme
[modifier] Le christianisme et l'agnosticisme
Les relations entre le christianisme et l'agnosticisme sont faites à la fois de confrontations et de tolérances. L'exemple le plus évocateur étant le débat qui eut lieu entre les représentants de l'Église et les défenseurs de la théorie de l'évolution de Charles Darwin. Après de vifs débats, l'Église reconnut la possible véracité de la théorie. Il existe néanmoins depuis quelques décennies un essor du créationnisme porté notamment par les évangélistes (mais pas seulement) et qui sont en totale opposition avec la conception philosophique de l'agnosticisme.
[modifier] L'islam et l'agnosticisme
Universelle, l'agnosticisme est une conception assez récente qui a suivi la naissance de la science en Europe au XIXe siècle. L'islam n'a donc jamais été en contact avec cette philosophie. C'est pourquoi le Coran condamne les « mécréants » ainsi que les « faux croyants », nommés les « hypocrites » mais pas spécifiquement les agnostiques. Il semble que l'agnosticisme n'ait jamais trouvé son concept dans l'Arabie du VIIe siècle puisque ni les hadiths ni le Coran ne l'évoquent.
[modifier] Le bouddhisme et l'agnosticisme
Le bouddhisme même s'il ne vénère pas forcément de dieu, impose quand même une cosmogonie (une organisation du monde) et une vision de la vie après la mort : c'est donc une religion. Un agnostique ne peut pas être bouddhiste.
[modifier] Nombre d'agnostiques dans le monde
[modifier] En France
Un sondage de l'institut Harris Interactive[7], publié par le Financial Times, daté de décembre 2006, dénombre 32 % d'agnostiques en France soit autant que d'athées[8].
[modifier] Dans le reste du monde
Il n'existe pas d'estimation sur le nombre d'agnostiques à travers le monde. Toutefois, les non religieux et athées (comprenant donc les agnostiques) sont estimés à un milliard de personnes. Il s'agit en terme démographique de la troisième place, les chrétiens, toutes tendances confondues, étant environ deux milliards et les musulmans sunnites et chiites 1,2 milliard[9]. Ce chiffre est donc aussi important que le nombre de personnes hindouistes à travers le monde.
[modifier] En Amérique du Nord
Une enquête menée aux États-Unis montre que les Américains doutant de l'existence de Dieu, agnostiques, constituent 21 % de la population, soit 63 millions de personnes, en 2007 et ce d'après un sondage Pew Forum réalisé sur 35 000 personnes entre mai et août 2007[10].
La dernière enquête en date au Canada a eu lieu entre le 22 et le 26 mai 2008, et a été réalisée sur un échantillon de 1000 personnes, par La Presse canadienne-Harris Décima. Le pourcentage d'agnostiques s'élève à 6 % (pourcentage de "non opinion" concernant l'existence d'un dieu)[11]. La différence avec le pourcentage américain s'explique par la forte proportion d'athées, qui représentent 23 % de la population.
[modifier] Agnostiques célèbres
D'éminents artistes, intellectuels et scientifiques se sont revendiqués agnostiques tels que :
- Blaise Cendrars[12] - Charles Darwin[13],[14],[15] - Emile Durkheim[16] - Thomas Edison[17] - Albert Einstein[18],[19] -
[modifier] Notes et références
- ↑ Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, Perrin, Paris, 2009, p. 67
- ↑ Définition semblable voir Philippe Godard, Le dico des religions, La Martinière, Paris, 2009, p. 17
- ↑ Personne qui professe que ce qui n'est pas expérimental, que l'absolu, est inconnaissable, sceptique en matière de métaphysique et de religion, dictionnaire Dixel 2010.
- ↑ Un exemple évident est celui du paradoxe de l'Espace-Temps : Comment le Monde peut-il exister si l'Espace et le Temps sont infiniment grands et petits ?
- ↑ Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, Perrin, Paris, 2009, p. 64 à 74
- ↑ T.H. Huxley cité dans Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, Perrin, Paris, 2009, p. 64 à 74
- ↑ (en)Religious Views and Beliefs Vary Greatly by Country, According to the Latest Financial Times/Harris Poll
- ↑ Enquête Harris Interactive complète
- ↑ Le Monde diplomatique, « L'atlas », Armand colin, Paris, 2006, p. 69
- ↑ Sondage Pew Forum réalisé sur 35 000 personnes entre mai et août 2007 : L'Amérique mystique, religieuse et tolérante, AFP, Philippe Gélie correspondant à Washington, dans Le Figaro du 24 juin 2008
- ↑ Sondage La Presse canadienne-Harris Décima réalisée entre le 22 et le 26 mai 2008 auprès de 1000 personnes : Le quart des Canadiens disent ne croire en aucun dieu, AP, 02 juin 2008, sur le site Ledevoir.com
- ↑ Cendrars en énigme, sur fabula.org Lire en ligne
- ↑ Charles Darwin, L'autobiographie, Seuil, Paris, 2008, p. 89
- ↑ Dans la Présentation par Jean-Marc Drouin, Charles Darwin, L'Origine des espèces, Flammarion, Paris, 2008, p. 26
- ↑ Dans la Préface par Maxime Rovere, Charles Darwin, Écrits intimes, Payot et Rivages, Paris, 2009, p. 17
- ↑ Liliane Voyé, Sociologie, De Boeck & Larsier s. a., Belgique, 1998, p. 105 Lire en ligne
- ↑ Voir la réflexion de Thomas Edison au sujet de Dieu [Thomas Alva Edison, Columbian Magazine], ce dernier mettant clairement en doute son existence dans la mesure ou aucune preuve scientifique n'a été apportée Lire en ligne
- ↑ Richard Dawkins dans Pour en finir avec Dieu, Perrin, Paris, 2009, p. 24 qualifie Albert Einstein d'athée. Il s'agit toutefois d'une erreur d'appréciation puisque l'intéressé lui même déclara dans une lettre à M. Berkowitz datée du 25 octobre 1950 : Ma position concernant Dieu est celle d’un agnostique. Lire en ligne
- ↑ Laurent Lemire, Le siècle d'Albert Einstein, Perrin, Paris, 2008, p. 37
- ↑ The Religious Affiliation of Charlie Chaplin Lire en ligne
- ↑ Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, Perrin, Paris, 2009, p. 64
- ↑ Jean Pierre Camillerie et Jean Coursaget, Pionniers de la radiothérapie, EDP Science, Paris, 2005, p. 67 Lire en ligne
- ↑ Thomas Henry Huxley fut décrit par les religieux de son temps comme un athée, ce dernier réfuta cette qualification s'estimant agnostique. Bien qu'il soit l'inventeur du terme agnostique, Luc Perino le définit comme athée dans Charles Darwin, Télérama hors série, Paris, 2009, p. 58. Richard Dawkins dans Pour en finir avec Dieu, Perrin, Paris, 2009, p. 67-68, l'évoque comme agnostique. Dans ce même livre, des écrits de T. H. Huxley sont repris, ce dernier définissant et défendant le concept d'agnosticisme.
- ↑ Daily News, lire en ligne
[modifier] Bibliographie
- Thomas Huxley, Man's Place In Nature (ISBN 0-375-75847-X).
- Bertrand Russell, Why I Am Not a Christian (ISBN 0-671-20323-1).
- David Hume, Dialogues Concerning Natural Religion (ISBN 0-14-044536-6).
- Alfred Jules Ayer, Language, Truth, and Logic (ISBN 0-486-20010-8)
- trad. franç. de Joseph Ohana, Langage, Vérité et Logique, Paris, Flammarion, 1956.
- George H. Smith, Atheism, the Case Against God (ISBN 0-87975-124-X).
[modifier] Annexes
[modifier] Articles connexes
[modifier] Liens externes
- (en)Why I am Not a Christian par Bertrand Russell (6 mars 1927)
- (en)Why I Am An Agnostic par Robert G. Ingersoll, 1896
- (en)Entrée dans Stanford Encyclopedia of Philosophy
- (en)A primer on negative atheism and agnosticism
- (fr)De nombreuses ressources sur l'agnosticisme