Claude Roy (écrivain)

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Claude Roy dans sa maison de campagne, en 1983.

Claude Roy, né à Paris le 29 août 1915 et mort dans cette même ville le 13 décembre 1997 est un poète, journaliste et écrivain français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un artiste-peintre espagnol et d'une mère charentaise[1], le jeune Claude, élevé à Jarnac, se lie d’amitié avec François Mitterrand avec qui il fait une partie de ses études. D'abord étudiant à l’université de Bordeaux, il monte à Paris en 1935 pour s’inscrire à la faculté de droit.

Malgré la diversité de ses lectures d’étudiant (Nietzsche, Spengler, Baudelaire, Malraux, Gide, Proust, Lénine), il est séduit par l'énergie du projet contre-révolutionnaire des Camelots du roi. La dimension provocatrice du mouvement maurrassien satisfait son mépris pour l'ordre bourgeois. Avec d’autres jeunes gens fous de littérature et d'action radicale (Philippe Ariès, Raoul Girardet ou Pierre Boutang), il écrit dans l’organe des étudiants de l'Action française, L'Étudiant français.

Avec Pierre Bénouville, André Bettencourt et François Mitterrand, il fait aussi partie de ces étudiants résidant à l’internat des pères maristes (situé au 104, rue de Vaugirard à Paris) qui fréquentent les chefs de La Cagoule sans adhérer forcément à la formation d'extrême droite. Parallèlement, il publie quelques nouvelles dans La Nouvelle Revue française et La Revue du siècle, nouvelles d’où ressort l’influence de Giraudoux dont il se réclame comme de Supervielle, Gide, Mauriac, Bernanos ou Malraux.

En relation avec Thierry Maulnier et Robert Brasillach, il écrit ponctuellement quelques articles comme critique littéraire à Je suis partout en 1937.

La guerre[modifier | modifier le code]

Appelé par ses obligations militaires, il est déjà soldat lorsque la guerre éclate. Alors que son premier poème est publié par Pierre Seghers dans Poésie 40, il est fait prisonnier au mois de juin 1940. Dès octobre 1940, il s'évade et gagne la zone libre. C'est là qu'il écrit ses premiers poèmes : L'absent, en mémoire du sergent Raphaël Roy, et Un mort m'attend à la maison, en mémoire du lieutenant Félix Roy.

En 1941, son expérience de la guerre et l'action d’un régime de Vichy imprégné de maurrassisme l'amènent à cesser sa collaboration à Je suis partout. Il s’engage alors dans la Résistance au sein des Étoiles, une organisation où il rencontre Gide, Giraudoux, Eluard, Aragon et Elsa Triolet.

Ces derniers le persuadent d'adhérer au Parti communiste en 1943. Rallié aux FFI lors de la libération de Paris, il devient correspondant de guerre durant la campagne d'Allemagne où il suit des procès pour Combat. Chroniqueur au journal Libération, critique littéraire, d'art et de théâtre, il fréquente alors avec assiduité les réunions du groupe de la rue Saint-Benoît. Il y croise Marguerite Duras, Edgar Morin, Jorge Semprún, Maurice Merleau-Ponty et, de temps à autre, Georges Bataille et Simon Nora. Connu jusque là comme poète (Clair comme le jour, 1943 ; Élégie des lieux communs, 1952), il publie le roman La nuit est le manteau des pauvres en 1948.Il sera hanté par la mort : "Né dans la guerre, en 1945, je suis venu à la conscience d'homme pour voir se succéder les guerres", "Des années durant, ma génération a vécu sans lendemain", fait-il dire à son héros dans La nuit est le manteau des pauvres.

Les années 1950[modifier | modifier le code]

Claude Roy se montre aussi un analyste profond des réalités des pays qu’il découvre. Il publie des récits de voyages rendant compte de ses pérégrinations aux États-Unis (Clefs pour l’Amérique, 1947) et en Chine (Clefs pour la Chine, 1953). Mais, en 1956, l’intervention soviétique en Hongrie l’amène à rompre avec la ligne du PCF (dans le cadre d'une déclaration également signée par Sartre et Roger Vailland).

Signataire d’une pétition de protestation avec la mouvance sartrienne, il amorce sa collaboration à France Observateur à partir de 1957. Il y exprime des positions anti-soviétiques, et il s'engage contre la guerre d'Algérie et la torture pratiquée au centre du Landy (octobre 1957), proche de France Observateur et des mouvances sartrienne et chrétienne. Définitivement exclu du PCF en juin 1958, il appelle à une mobilisation communiste lors de l’arrivée du général de Gaulle. Il est alors, comme d’autres anciens communistes (François Furet, Serge Mallet), devenu pigiste régulier de France Obs.

Les années 1960[modifier | modifier le code]

Mais cela ne l’empêche pas de s’y distinguer en signant le Manifeste des 121 pour le droit à l'insoumission (1961). Malgré sa fascination pour la gloire de Sartre et ses liens passés avec Albert Camus, il n’est pas de la nouvelle formule (novembre 1964) et attend juin 1966 pour y intervenir de nouveau. Collaborateur régulier à partir de février 1968, il y traite à la fois de littérature, de livres de sciences humaines et d’essais de tous genres. Faisant preuve d’ouverture à l’égard des penseurs antitotalitaires, il rend par exemple compte de La Révolution introuvable de Raymond Aron (19 septembre 1968) ou du Premier cercle de Soljenitsyne (18 novembre 1968).

Les années 1970[modifier | modifier le code]

Il effectue aussi un reportage aux États-Unis durant l’été 1969. Cette année-là, il publie le premier tome de son autobiographie (Moi je) chez Gallimard, dont il devient membre du comité de lecture jusqu'à sa mort. Politiquement, il s’oppose à tous les régimes oppressifs, dénonçant par exemple la répression en Turquie. Mais c’est surtout la situation dans les pays de l’Est qui l’intéresse, comme l’illustre son dossier sur Le Printemps aux œillets rouges (1er juin 1974) ou sa défense de L’Archipel du Goulag en juillet 1974.

Critique virulent de la « maolâtrie » en vigueur dans les milieux « germanopratins », il supporte mal le « hold-up » des Nouveaux Philosophes sur la question du goulag. Qualifiant ces derniers de « disc-jockeys de la pensée » (18 juillet 1977), il s’engage aussi à dénoncer le mythe maoïste dans les colonnes de la revue Esprit.

De même, dans le Nouvel Observateur de juillet 1979, il évoque longuement la Chine telle qu'elle lui est apparue lors d'un voyage récent. Et, à la rentrée, il tire de ses articles sur le sujet un recueil (Sur la Chine, Gallimard) où il ne cache ni sa tristesse pour un pays dont il aime profondément le peuple, ni ses illusions passées quant à l'aptitude du maoïsme à corriger ses erreurs. Il s’en prend aussi avec verve aux rapports qu'entretient l'intelligentsia parisienne avec l'idéologie du Grand Timonier[2]. S'il participe aussi au débat sur la Nouvelle Droite, son intérêt pour l’Extrême-Orient l’amène à ferrailler sur la question du Cambodge avec Noam Chomsky.

Les années 1980[modifier | modifier le code]

Dans son débat avec ce dernier en juin 1980, il critique sa position qui assimile les insuffisances et les tares des démocraties bourgeoises aux crimes des régimes totalitaires, voire aux crimes nazis. Il tire de ses réflexions sur l'aveuglement qu'entraînent les idéologies un ouvrage, Les Chercheurs de dieux : croyance et politique (Gallimard, 1981), où il analyse la propension des hommes à vouer une véritable foi à quelqu'un ou à quelque chose, appliquant particulièrement cette réflexion à l’ersatz de religion qu'est pour lui le communisme. Au printemps 1981, il effectue un voyage en Pologne, puis publie le carnet de route qu'il y a tenu.

Se découvrant atteint d'un cancer du poumon en juin 1982 (expérience qu'il racontera dans Permis de séjour), il collabore moins régulièrement au Nouvel Observateur. Véritable polygraphe, il ne cesse de publier des romans, des témoignages sur ses nombreux voyages, des descriptions critiques, des essais sur l'art et sur les artistes, dont beaucoup sont ses amis, des livres pour enfants et des poèmes, car la poésie est au cœur de toute son écriture. Elle en est le fil conducteur, et c'est à travers elle que la littérature prend toute sa place pour donner un sens à son existence inquiète et à des engagements souvent déçus.

En 1985, il reçoit le premier prix Goncourt de la poésie de l'académie Goncourt.

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Ses dernières années restent celles d'un homme d'une très grande culture, d'un sage qui n'est dupe de rien. Il écrit qu'il a conclu « une paix honorable ou du moins un armistice acceptable avec le monde et lui-même, sans se résigner à l'iniquité de la vie, ni s'aveugler sur ses propres manques. ».

De 1983 à l'année de sa mort, il publie six volumes de son journal intime, œuvre d'un genre unique qui mêle réflexions, récits, carnets de voyages, poèmes et aphorismes, et qui couvre les années 1977-1995. Il meurt d'un cancer en 1997, à l'âge de quatre-vingt-deux ans[3].

Famille[modifier | modifier le code]

Claude Roy, marié en secondes noces en 1958 avec la comédienne et dramaturge Loleh Bellon (1925-1999), elle-même divorcée de Jorge Semprún, devient alors le beau-père de Jaime Semprun (1947-2010). Loleh Bellon l'aime « d'un amour de diamant », le soutient pendant les seize ans de son cancer, et ne lui survivra que deux ans seulement[4],[5].

Œuvre[modifier | modifier le code]

  • Moi je, Gallimard, 1969 ; Folio, 1978
  • Nous, Gallimard, 1972 ; Folio, 1980
  • Somme toute, Gallimard, 1976 ; Folio, 1982
  • Permis de séjour, 1977-1982, Gallimard, 1983 ; Folio, 1987
  • La fleur du temps, 1983-1987, Gallimard, 1988 ; Folio, 1992
  • L'Étonnement du voyageur, 1987-1989, Gallimard, 1990, prix France Culture
  • Le rivage des jours, 1990-1991, Gallimard, 1992
  • Les rencontres des jours, 1992-1993, Gallimard, 1995 ; Folio, 1996
  • Chemins croisés, 1994-1995, Gallimard, 1997

Documentaires[modifier | modifier le code]

  • Clefs pour l’Amérique, Trois Collines, Paris-Genève, 1947
  • Clefs pour la Chine, Gallimard, 1953
  • Le journal des voyages, Gallimard, 1960
  • Sur la Chine, Gallimard, 1979
  • La France de Profil, La Guilde du Livre, 1952
  • La Chine dans un miroir, La Guilde du Livre, 1952

Descriptions critiques[modifier | modifier le code]

  • Aragon, Seghers, 1945. Un essai. Coll. Poètes d'aujourd'hui, no 2. 1951 : édition entièrement remaniée et complétée
  • Lire Marivaux, La Baconnière, 1947
  • Descriptions critiques, Gallimard, 1950
  • Stendhal par lui-même, Collections Microcosme "Écrivains de toujours", Le Seuil, 1951
  • Le Commerce des classiques, Gallimard, 1953
  • L’Amour du théâtre, Gallimard, 1956
  • Zao Wou-ki, Le Musée de Poche, Éditions Georges Fall, Paris, 1957; Le Musée de Poche, 1970
  • La Main heureuse, Gallimard, 1957
  • La Vie de Victor Hugo racontée par lui-même, Julliard, 1958
  • L’Homme en question, Gallimard, 1960
  • Supervielle, Seghers, 1964
  • Les Soleils du romantisme, Gallimard, 1974
  • Jean Vilar, Calmann-Lévy, 1987

Essais[modifier | modifier le code]

  • L’Amour de la peinture, Gallimard, 1955, Folio essais, 1987
  • Défense de la littérature, Gallimard, 1968
  • Temps variable avec éclaircies, Gallimard, 1985
  • Les Chercheurs de Dieu, Gallimard, 1981
  • L’ami qui venait de l’an mil, Su Dongpo 1037-1101, Gallimard, 1993
  • Le Travail du poète, Paroles d’Aube, 1993
  • L'Art à la source, Gallimard, 1992

Romans[modifier | modifier le code]

  • La nuit est le manteau des pauvres, Gallimard, 1949
  • À tort ou à raison, Gallimard, 1955
  • Le Soleil sur la terre, Gallimard, 1956
  • Le Malheur d’aimer, Gallimard, 1958, Folio, 1974
  • Léone et les siens, Gallimard, 1963
  • La Dérobée, Gallimard, 1968
  • La Traversée du pont des arts, Gallimard, 1979, Folio, 1983
  • L’Ami lointain, Gallimard, 1987, Folio, 1990

Théâtre[modifier | modifier le code]

Livres pour enfants[modifier | modifier le code]

  • La Famille quatre cents coups, Club Français du livre, 1954
  • Mères et Petits, (sous le pseudonyme Fréderic Massy), Photos par Ylla, La Guilde du Livre/Clairefontaine, Lausanne, 1958
  • C’est le Bouquet, Delpire, 1964, Folio Cadet, 1980
  • La Maison qui s’envole, Folio Junior, 1977
  • Proverbes par tous les bouts, Gallimard Enfantimages, 1980
  • Le Chat qui parlait malgré lui, Folio-Junior, 1982.
  • Les animaux très sagaces, Folio-Cadet, 1983
  • Claude Roy un poète, Folio-Junior en poésie, 1985
  • Les Coups en dessous, Folio-Cadet, 1987
  • Désiré Bienvenu, Folio-Junior, 1989

Recueils de poésie[modifier | modifier le code]

Ses premiers textes littéraires sont des poèmes, publiés par Pierre Seghers dans Poésie 40 et Max-Pol Fouchet dans Fontaine.

  • L'enfance de l'Art, Alger 1942
  • Clair comme le jour, 1943
  • Aragon,1945
  • Le bestiaire des amants, 1946
  • La nuit est le manteau des pauvres, 1948
  • Le poète mineur, Gallimard, 1949 (recueil de l’œuvre poétique des dix années précédentes)
  • L'Elegie des lieux communs, 1952
  • La Chine dans un miroir, 1953
  • Un seul poème, Gallimard, 1954
  • Poésies, Poésie/Gallimard, 1970, préface de Pierre Gardais et Jacques Roubaud, contient des poèmes écrits entre 1939 et 1953, recueils : Au sommeil la nuit, Erreur sur la personne, Les circonstances, Mourir, Clair comme le jour, Les animaux du dedans
  • L'Amour parle, 1953, anthologie chronologique du coeur selon les poètes français
  • Jules Supervielle, 1964
  • La Dérobée, 1968
  • Enfantasques, poèmes et collages, Gallimard, 1974
  • Nouvelles Enfantasques, poèmes et collages, Gallimard, 1978
  • Sais-tu si nous sommes encore loin de la mer ? Gallimard, 1979, Poésie/Gallimard, 1983
  • À la lisière du temps, Gallimard, 1984
  • Le Voyage d’automne, Gallimard, 1987
  • Le Noir de l’aube, Gallimard, 1990
  • Le Voleur de poèmes : Chine, 250 poèmes dérobés du chinois, Mercure de France, 1991
  • Les Pas du silence, suivi de Poèmes en amont, Gallimard, 1993
  • Poèmes à pas de loup, 1992-1996, Gallimard, 1997
  • Hommage à Jules Verne, Gallimard, 1970

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gondeville, légende du siècle, de François Julien-Labruyère.
  2. Simon Leys rend souvent hommage à sa clairvoyance et à sa franchise dans Essais sur la Chine (« Bouquins » Laffont, 1998).
  3. Antoine de Gaudemar : Claude Roy (...) est mort à 82 ans, liberation.fr, 15 décembre 1997. Consulté le 8 mai 2014.
  4. Cf. « Le cœur sur la main », Le Nouvel Observateur nº 1804, du 3 juin 1999, nécrologie de Loleh Bellon, par Jérôme Garcin.
  5. Disparition. Loleh Bellon, nécrologie dans Le Monde du 26 mai 1999, par Brigitte Salino.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • « Témoignage sur Roger Vailland », Le Magazine littéraire, décembre 1991
  • Claude Roy et Roger Vailland, « La recherche du bonheur est le moteur des révolutions », article dans Action, juin 1948

Bibliographie[modifier | modifier le code]