Pharisiens

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Les pharisiens sont l'un des partis juifs en activité en Judée pendant la période du Second Temple (IIe siècle av. J.-C. - Ier siècle). Leur courant de pensée est appelé « pharisaïsme » ou « pharisianisme ». De nombreux enseignements des pharisiens sont incorporés à la tradition rabbinique. Ils se distinguent notamment par le recours à la Torah orale pour fixer la loi juive. Les sources principales décrivant les pharisiens sont Flavius Josèphe, le Nouveau Testament, les sources rabbiniques et, peut-être, certains manuscrits de la mer Morte.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Le mot « pharisiens » apparaît pour la première fois dans les récits de Flavius Josèphe[1] dans un épisode qui décrit la rupture de Jean Hyrcan d'avec ce parti au profit des sadducéens[2].

Le terme français est ainsi la translittération du grec « pharisaioi », provenant lui-même de l'intensif de la racine « parash », qui signifie à l'origine « séparer », puis « expliquer ». L'origine du nom demeure cependant obscure et a donné lieu à de nombreuses hypothèses[3]. Si l'on admet que les pharisiens sont les lointains successeurs des scribes des périodes royale et perse qui interprètent la « loi écrite »[4], cet épithème peut signifier que ce groupe s'est « séparé » pour des raisons de pureté rituelle du reste du peuple, moins soucieux des prescriptions de la loi. Dans ce sens, le terme a pu avoir originellement une connotation négative[5]. Mais si l'on considère l'importance que les pharisiens accordent à la « loi orale », c'est la notion d'« explication » qui pourrait être retenue, sans qu'aucune des significations ne s'impose ; elles peuvent même traduire une interprétation interne ou externe au mouvement, selon l'acception retenue[4]. Dans la littérature rabbinique, il est fait mention des perûšîm, généralement identifiés aux pharisaioi des sources grecques, bien que ce point soit débattu[6].

À l'époque de Josèphe, les pharisiens sont proches du peuple, commentateurs maîtres en exégèse vivant suivant des règles de pureté imposées aux prêtres et qui ont une grande influence non par leur nombre – pas plus de six mille, suivant Josèphe –, mais par leur influence parmi leurs nombreux disciples[2]. Au XIe siècle, le rabbin Maïmonide donne une autre interprétation dans son commentaire de la mishna Haguiga 2:7 : « Ceux qui se gardent de l’impureté en toute circonstance, y compris lorsqu’ils réalisent des activités ordinaires – ne nécessitant pas d’être nécessairement en état de pureté ou de sainteté – sont appelés « peroushim ». »

Il est à noter que les descendants rabbiniques des pharisiens – si on doit les considérer comme tels – n'utilisent pas l'appellation de Flavius Josèphe et se désignent eux-mêmes dans le Talmud comme les « sages d’Israël »[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Origine du mouvement[modifier | modifier le code]

Selon la tradition rabbinique, les pharisiens sont les descendants des Sages de la Grande Assemblée. L’origine de leur courant de pensée remonterait à Simon le Juste (probablement le grand prêtre Simon II) et à Antigone de Sokho.

Cependant, leur origine, tout comme celle des sadducéens, est obscure[7]. Les pharisiens émergent en tant que groupe après la révolte des Maccabées et l'accession au pouvoir de la dynastie hasmonéenne en Judée. Certaines hypothèses les font descendre des hassidéens (les pieux) qui ont refusé d'adopter les mœurs grecques sous le règne d'Antiochos Épiphane IV[8].

Il est difficile de déterminer précisément la période où le mouvement s'est formé[9]. Dans le premier ouvrage de Flavius Josèphe, la Guerre des Juifs, la première mention des pharisiens est en lien avec le règne de la reine Salomé Alexandra (76-67 av. J.-C.). Dans les Antiquités juives, Flavius Josèphe présente une division de la société juive en trois groupes : les pharisiens, les sadducéens et les esséniens[10]. Cette notice intervient lors de la description du règne de Jonathan (152-142 av. J.-C.). Elle ne permet pas réellement de dater la formation du mouvement. Contrairement à la Guerre des Juifs, les Antiquités juives décrivent une activité des pharisiens dès le règne de Jean Hyrcan (134-104 av. J.-C.)[11]. Cette différence peut s'expliquer soit par le recours de Josèphe à de nouvelles sources pour composer les Antiquités juives, soit par la volonté de donner artificiellement aux pharisiens une importance plus grande dans les faits que Josèphe prétend décrire[12].

Les pharisiens s'appuient sur la classe moyenne des villes. Les classes moyennes sont en pleine expansion économique depuis le début de la domination des Ptolémées. Cette nouvelle tranche de la population dispose d'un niveau de vie suffisant pour conduire une activité économique tout en se ménageant du temps pour l'exégèse de la Torah. Cette situation contribue à répandre l'étude au delà des cercles traditionnels en lien avec le culte du Temple de Jérusalem. Le développement économique rend aussi nécessaire le travail de scribes ayant des connaissances en manière de législation, mais qui ne sont plus nécessairement des scribes attachés au Temple[13].

Conflits avec les autres groupes[modifier | modifier le code]

Selon Josèphe, les controverses entre pharisiens, sadducéens et esséniens reposent sur des principes de foi. Bien qu'il mette en avant les différences théologiques, il apparaît que les querelles entre pharisiens et sadducéens reposent d'abord sur des questions pratiques, sur la manière de se comporter dans la vie courante, c'est-à-dire sur la halakha[14]. Face aux changements socio-économiques en Judée pendant la période du Second Temple, les pharisiens choisissent d'innover dans la pratique de la halakha pour rester en phase avec les nouvelles conditions de vie[15]. Ils adaptent les vieux codes aux situations nouvelles. Ils admettent la validité d'une approche évolutive de l’interprétation de la Loi. Celle-ci peut être appliquée en conformité avec les standards des maîtres de chaque génération. Ils s'appuient pour cela sur la « Loi orale », comme l'appelle la littérature rabbinique, ou sur la « tradition des pères », selon la terminologie de Flavius Josèphe. Ce concept de Torah orale, qui se développe à partir de la période perse, est un élément distinctif de la pensée pharisienne.

Parmi les manuscrits de la mer Morte, le texte 4QMMT (Miqsat Maaseh ha-Torah) détaille par exemple des points de halakha sur lesquels la secte de la mer Morte et les pharisiens divergent[9]. Ces points concernent notamment le pureté rituelle, les fêtes, la gestion du Temple et les prêtres. Les pharisiens et les esséniens ont une approche différente de la Loi. Les pharisiens acceptent que la Loi puisse s'adapter aux conditions de la vie réelle, alors que les esséniens suivent une interprétation plus stricte, et préfèrent s'astreindre à des pratiques difficiles, plutôt que de risquer une impureté rituelle.

Influence sur la société juive de la période du Second Temple[modifier | modifier le code]

Le réajustement opéré par les pharisiens leur permet d'accepter l'accession à la grande prêtrise de l'hasmonéen Simon, bien qu'il ne soit pas d’ascendance sadocide. Sous la domination hasmonéenne, les pharisiens sont en compétition avec les saduccéens et les autres groupes pour la direction spirituelle de la Judée et du peuple juif. Ils semblent être un mouvement possédant une forte assise populaire[7] constituée de fermiers et de citadins pieux. Au contraire, les saduccéens semblent représenter les intérêts de la caste sacerdotale traditionnellement associée au pouvoir politique. Sous le règne de Jean Hyrcan, les pharisiens ont non seulement une influence sur la population, mais ils sont aussi proches du souverain. Ils sont cependant réservés face à la politique expansionniste de Jean Hyrcan et à son coût humain et économique. Certains s'opposent aussi à la concentration entre les mains d'une même personne des pouvoirs politique et religieux[16]. Ils perdent alors leur place à la cour hasmonéenne et leur influence politique. Ils acceptent l'arrivée au pouvoir d'Hérode Ier le Grand malgré ses origines iduméennes, car celui-ci garantit la paix et l'autonomie religieuse[17]. En retour, Hérode gagne le respect du peuple en tolérant les pharisiens.

Les pharisiens sont décrits par Josèphe comme recherchant le pouvoir politique. Sous le règne de la reine Salomé Alexandra, ils semblent effectivement avoir exercé un contrôle sur le pouvoir politique et sur le culte du Temple. Il n'existe cependant pas d’élément décisif pour affirmer qu'ils représentaient le parti dominant durant les périodes hasmonéenne et romaine[18].

Place dans le judaïsme rabbinique[modifier | modifier le code]

Lors de la destruction de Jérusalem et de son Temple par les Romains (70 ap. J.-C.), les tannaïm réorganisent ce qui reste du judaïsme et font émerger le judaïsme rabbinique. Le point de vue pharisien y devient dominant, même si les avis d’autres groupes sont aussi représentés[19]. La tradition pharisienne est la seule en effet à être en mesure de s'accommoder de la disparition du Temple et à disposer d'une structure alternative pour s'adapter aux situations nouvelles. Dès lors, le terme de « pharisaïsme » tombe en désuétude, puisqu'il se confond avec le judaïsme tannaïtique.

Les « Sages » de la littérature talmudique n’y sont pourtant jamais décrits comme pharisiens. Cependant, deux sources non rabbiniques qualifient de « pharisiens » deux tannaïm membres de la famille de Gamliel[20] : rabban Gamliel l'Ancien, cité dans les Actes des Apôtres (Ac 5. 34) et Shimon ben Gamliel I, cité dans l'Autobiographie de Flavius Josèphe (chapitre 38).

Croyance[modifier | modifier le code]

« Les Pharisiens se distinguaient en particulier par leur « loi orale », adjonction non écrite aux Écritures qui prétendait apporter l'interprétation du Livre sacré[7]. » Ainsi Flavius Josèphe écrit : « Les Pharisiens imposèrent au peuple de nombreuses lois issues de la tradition de leurs pères non inscrites dans la loi de Moïse[21],[22]. »

Leur capacité à faire évoluer le dogme juif tient au rôle qu'ils accordent à la Loi orale. En effet, ils vont au-delà du texte écrit et, au nom de la tradition orale révélée à Moïse, en même temps que la Loi écrite selon eux, ils le précisent et l’enrichissent. Leur soumission à la Loi orale les place en opposants des sadducéens, qui ont leur propre exégèse orale, et qui ne reconnaissent pas son autorité. Elle impliquera le développement de la synagogue comme lieu où l'on interprète la Loi. Le pharisaïsme est ainsi à l'origine du rabbinisme et de la mise par écrit de la Loi orale dans le Talmud.

La Loi orale devient donc un objet d'étude plus important encore que le Pentateuque, puisque celle-ci condense et réunit tous les écrits du Tanakh au moyen d'études de la Guémara sur ces versets.

Les pharisiens se définissent comme un mouvement de stricte observance religieuse. Flavius Josèphe, « pour l’emporter sur les autres Juifs par la piété et, par une interprétation plus exacte de la Loi ». Ils font ainsi de la surenchère par rapport à la pratique commune. Leur objet c’est, selon la formule d’un de leurs docteurs, « de faire une haie à la Torah ».

Les pharisiens des évangiles néotestamentaires[modifier | modifier le code]

Dans les évangiles chrétiens puis dans la tradition chrétienne, les pharisiens et le pharisaïsme sont devenus symboles d'hypocrisie et de formalisme excessifs dans le domaine religieux ainsi que de mépris pour les autres considérés comme inférieurs moralement.

Pendant longtemps on a pu considérer, avec Calvin, que la religion de Jésus s'était constituée en réaction contre le pharisaïsme, mais il semble que ce soit plutôt les rédacteurs tardifs des évangiles qui auraient imaginé d'opposer « violemment les pharisiens « hypocrites » à Jésus, parce qu'eux-mêmes se heurtaient à la résistance de l'orthodoxie pharisienne dans leur effort pour conquérir l'assentiment des Juifs » [23] Quoi qu'il en soit, pour les chrétiens, Jésus vient pour accomplir la Loi de Moïse et les prophètes, et il doit donc s'opposer à tous les pharisaïsmes, qu'ils soient de la lettre ou de l'esprit.

Ainsi, dans l'évangile selon saint Luc, la parabole du pharisien et du publicain illustre la supériorité morale du « publicain » (collecteur subalterne juif, au service de l'occupant romain, détesté par la population locale) qui se reconnait pécheur et implore la pitié de Dieu sur celle du pharisien qui se prévaut de son observance des règles pour se juger supérieur aux autres hommes [24]

Dans la littérature, le pharisaïsme en est venu à désigner la piété ostentatoire, le formalisme hypocrite chez un dévot ou un religieux ; et même l'attitude de celui qui, croyant incarner la perfection morale, porte des jugements sévères sur l'attitude ou le comportement d'autrui[25].

Pharisiens célèbres[modifier | modifier le code]

Wikisource[modifier | modifier le code]

Heinrich Graetz, Histoire des Juifs (trad. Lazare Wogue, Moïse Bloch), A. Lévy, 1884. Chap. « Les Institutions et les Sectes » : tome 2, p. 163-178.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Mimouni 2012, p. 235
  2. a et b Mireille-Hadas Lebel, Le contexte historique des débuts du Talmud : Le conflit entre pharisiens et saducéens, conférence pour Akadem, campus numérique juif, 28/05/2007, conférence en ligne
  3. Encyclopedia Universalis
  4. a et b Mimouni 2012, p. 234
  5. Schiffman 2003, p. 156
  6. Pour certains chercheurs, le terme perûšîm est peut-être plutôt utilisé dans le sens de « séparés », « abstinents » ou « ascètes », plutôt que pour désigner le groupe des pharisiens ; au sujet de ce débat, voir Grabbe 2000, p. 194-195
  7. a, b et c Michael Wise, Martin Abegg, Edward Cook, Les Manuscrits de la mer Morte, Paris, éd. Perrin, 2003, p. 29.
  8. Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du VIe siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, 2012, Paris, éd. PUF, p. 234
  9. a et b CHJ 1999, p. 406
  10. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XIII, (171).
  11. Grabbe 2000, p. 185
  12. Grabbe 2000, p. 188
  13. CHJ 1999, p. 405
  14. CHJ 1999, p. 407
  15. CHJ 1999, p. 409
  16. CHJ 1999, p. 412
  17. CHJ 2002, p. 417
  18. Grabbe 2000, p. 199
  19. CHJ, p. 427
  20. Grabbe 2000, p. 194
  21. Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XIII, (297).
  22. Cité par Michael Wise, Martin Abegg, Edward Cook, op. cit.", p. 29.
  23. Ch. Guignebert, Le Monde juif vers le temps de Jésus, Paris, Albin Michel, 1950, p. 215 http://books.google.be/books?id=UgzCyGYRPNsC&lpg=PP1&dq=Guignebert%2C%20Le%20Monde%20juif%20vers%20le%20temps%20de%20J%C3%A9sus%2C&hl=fr&pg=PA7#v=onepage&q=Guignebert,%20Le%20Monde%20juif%20vers%20le%20temps%20de%20J%C3%A9sus,&f=false
  24. Roger Martin du Gard, les Thibaut, 1922, page 732
  25. http://www.cnrtl.fr/lexicographie/pharisa%C3%AFsme

Bibliographie[modifier | modifier le code]