Georges Eugène Haussmann

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Georges Eugène Haussmann

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Photographie d'Haussmann en 1860.

Naissance
Paris
Drapeau de la France France, Empire français
Décès (à 81 ans)
Paris
Drapeau de la France France, IIIe République
Nationalité Française
Profession Haut fonctionnaire
Activité principale Préfet de Paris
Distinctions

Compléments

Georges Eugène Haussmann, né le à Paris et mort le dans la même ville, a été préfet de la Seine du au .

À ce titre, il a dirigé les transformations de Paris sous le Second Empire en élaborant un vaste plan de rénovation, qui a donné lieu aux spéculations haussmanniennes à l'origine du krach de 1873.

Enfance et carrière jusqu'au Second Empire[modifier | modifier le code]

Né à Paris le au 55 rue du Faubourg-du-Roule, dans le quartier Beaujon, dans une maison qu'il n'hésita pas à faire démolir, il est le fils de Nicolas-Valentin Haussmann (1787-1876), protestant, commissaire des guerres et intendant militaire de Napoléon Ier et d'Ève-Marie-Henriette-Caroline Dentzel, fille du général et député de la Convention Georges Frédéric Dentzel, baron d'Empire, et le petit-fils de Nicolas Haussmann (1759-1847), député de l'Assemblée Législative et de la Convention, administrateur du département de la Seine-et-Oise, commissaire aux armées.

Il fait ses études au collège Henri-IV et au lycée Condorcet à Paris, puis il entame des études de Droit tout en étant élève au conservatoire de musique de Paris.

Il se marie le 17 octobre 1838 à Bordeaux avec Octavie de Laharpe, protestante comme lui; ils ont deux filles : Henriette, qui épouse en 1860, le banquier Camille Dollfus et Valentine, qui épouse en 1865 le vicomte Maurice Pernéty, chef de cabinet du préfet de la Seine, puis, après son divorce (1891), Georges Renouard (1843-1897), le fils de Jules Renouard.

Le 21 mai 1831 il est nommé Secrétaire Général de la préfecture de la Vienne à Poitiers puis le 15 juin 1832 sous-préfet d'Yssingeaux.

Il fut successivement sous-préfet du Lot-et-Garonne à Nérac (le 9 octobre 1832), de l'Ariège à Saint-Girons (le 19 février 1840), de la Gironde à Blaye (le 23 novembre 1841), puis préfet du Var à Draguignan (le 24 janvier 1849), et enfin de l'Yonne (15 mai 1850).

Présenté à Napoléon III par Victor de Persigny, ministre de l'Intérieur, il devient préfet de la Seine le 22 juin 1853, succédant ainsi à Jean-Jacques Berger et à Rambuteau.

Le 29 juin 1853, l'Empereur lui confie la mission d'assainir et embellir Paris.

La transformation de Paris[modifier | modifier le code]

Napoléon III remet au baron Haussmann le décret d'annexion à Paris des communes suburbaines (1860)

Au milieu du XIXe siècle, Paris se présente à peu près sous le même aspect qu'au Moyen Âge[réf. nécessaire] : les rues y sont encore sombres, étroites et insalubres.

Lors de son séjour en Angleterre (1846-1848), Louis-Napoléon Bonaparte fut fortement impressionné par les quartiers Ouest de Londres : il est vrai que la reconstruction de la capitale anglaise à la suite du grand incendie de 1666 avait fait de cette ville une référence pour l'hygiène et l'urbanisme. L'Empereur voulait faire de Paris une ville aussi prestigieuse que Londres : ce sera le point de départ de l'action du nouveau préfet.

On a pu dire que l'idée maîtresse de ces énormes travaux urbains est de "libérer les flux" (physiques, économiques et humains) en premier lieu par une meilleure circulation de l'air et des hommes, en adéquation avec les théories hygiénistes, héritées des « Lumières » et qui sont alors en plein essor, mais aussi en réaction à l'épidémie de choléra de 1832. Cette campagne sera intitulée « Paris embellie, Paris agrandie, Paris assainie » principalement pour faire revenir en centre-ville les classes sociales aisées...en "repoussant" le peuple en périphérie (banlieue).

Un autre objectif, moins avoué publiquement, est de maîtriser d'éventuels soulèvements populaires, en (mauvais) souvenir de ceux de juillet 1830 et juin 1848, le boulevard permettant notamment de tirer au canon et de faire passer la cavalerie pour réprimer les émeutes.

Par ailleurs, Haussmann écrit à Napoléon III qu'il faut « accepter dans une juste mesure la cherté des loyers et des vivres […] comme un auxiliaire utile pour défendre Paris contre l'invasion des ouvriers de la province. »[1]

Haussmann a l'obsession de la ligne droite, ce que l'on a appelé le « culte de l'axe » au XIXe siècle; pour cela, il est prêt à amputer des espaces comme le jardin du Luxembourg mais aussi à démolir certains bâtiments comme le marché des Innocents ou l'église Saint-Benoit.

En dix-huit ans, des boulevards et avenues sont percés de la place du Trône à la place de l'Étoile, de la gare de l'Est à l'Observatoire; il donne également aux Champs-Élysées leur visage d'aujourd'hui.

Dans le but d'améliorer l'hygiène, par une meilleure qualité de l'air, suivant les recommandations de son prédécesseur le préfet Rambuteau, il aménage un certain nombre de parcs et jardins : ainsi sont créés, outre près de quatre-vingts squares, le parc Montsouris ou encore le parc des Buttes-Chaumont.

D'autres espaces déjà existants sont transformés et passent du statut d'espaces verts à celui de hauts lieux voués à la promenade (c'est le cas des bois de Vincennes et Boulogne). Il transforme aussi la place Saint-Michel et sa fontaine, car le lieu lui avait déplu dans son enfance[réf. nécessaire].

Des règlements imposent des normes très strictes quant à la hauteur et au style architectural des édifices. L'immeuble de rapport et l'hôtel particulier s'imposent comme modèles de référence. Les immeubles se ressemblent tous : c'est l'esthétique du rationnel.

Afin de mettre en valeur les monuments nouveaux ou anciens, il met en scène de vastes perspectives sous forme d'avenues ou de vastes places. L'exemple le plus représentatif est la place de l'Étoile d'où partent douze avenues dont la plus célèbre de toutes : l'avenue des Champs-Élysées.

Il souhaite aussi créer des églises, afin d'influencer la population sur les progrès de l'industrialisation.

Il crée en parallèle, avec l'ingénieur Belgrand, des circuits d'adduction d'eau et un réseau moderne d'égouts, puis lance la construction de théâtres (théâtre de la Ville et théâtre du Châtelet), ainsi que deux gares (Gare de Lyon et Gare de l'Est).

Des communes limitrophes de Paris, comme La Chapelle, Montmartre, Auteuil ou encore Passy, sont annexées à la capitale. Dans le même temps, il procède à l'aménagement du Parc des Princes de Boulogne-Billancourt, dans le cadre d'une vaste opération immobilière sous l'égide du duc de Morny.

Cette transformation a un coût très élevé, puisque Napoléon III souscrit un prêt de 250 millions de francs-or en 1865, et un autre de 260 millions de francs en 1869, (en tout, 25 milliards d'euros d'aujourd'hui[2]). En plus de cela, la banque d'affaires des Pereire investit 400 millions de francs jusqu'en 1867 dans des bons de délégation, créés par un décret impérial de 1858. Ces bons de délégation sont des gages sur la valeur des terrains acquis puis revendu par la Ville : la spéculation a donc aidé le financement des travaux parisiens.

On estime que les travaux du baron Haussmann ont modifié Paris à 60 % : 18 000 maisons ont été démolies entre 1852 et 1868 (dont 4349 avant l'extension des limites de Paris en 1860) , à comparer au parc de 30 770 maisons recensées en 1851 dans le Paris avant annexion des communes limitrophes[3].

L'influence en province[modifier | modifier le code]

Haussmann a su aussi propager son savoir-faire dans les différentes régions françaises sous le Second Empire et le début de la Troisième République. Les villes les plus influencées sont Rouen qui, avec sa transformation va perdre plus de cinq cents maisons et deux églises, mais aussi Dijon, Angers, Bordeaux, Lille, Toulouse, Avignon, Montpellier, Toulon, Lyon, Nîmes et Marseille qui est l'une des villes dont la physionomie a le plus changé. La ville d'Alger, alors en colonie française, a également été profondément remaniée à cette époque.

Honneurs et critiques[modifier | modifier le code]

Rue de Paris, temps de pluie (1877) de Gustave Caillebotte, Art Institute, Chicago
Monument au baron Haussmann, à l'angle du boulevard Haussmann et de la rue de Laborde à Paris

L'activité d'Haussmann au service de la transformation de Paris lui a permis d'accéder à la fonction de sénateur en 1857, de membre de l'Académie des beaux-arts en 1867 et de chevalier de la Légion d'honneur en 1847, puis grand officier en 1856 et enfin grand-croix ([4]).

Son titre de baron a été contesté. Comme il l'explique dans ses Mémoires[5], il a utilisé ce titre après son élévation au Sénat en 1857, en vertu d'un décret de Napoléon Ier qui accordait ce titre à tous les sénateurs.

Il aurait refusé, d'une boutade, le titre de duc proposé par Napoléon III (cf. section « Autour du baron Haussmann »). Le Dictionnaire du Second Empire[6], observe toutefois qu'Haussmann a utilisé ce titre en se fondant de manière abusive sur l'absence de descendance mâle de son grand-père maternel, Georges Frédéric, baron Dentzel.

Son œuvre n'en reste pas moins contestée à cause des sacrifices qu'elle a entraînés ; en outre, les méthodes employées ne s'encombrent pas des principes démocratiques - ce qui valut d'être surnommé "L'Attila de l'expropriation" par une dame Baroche, selon Jean des Cars - les manœuvres financières sont bien souvent spéculatives et douteuses, aspect particulièrement bien décrit par Émile Zola dans son roman La Curée.

Par ailleurs, la bulle spéculative immobilière entraînée par ses travaux, qui ont eu leur pendant à Berlin et Vienne a nourri la bulle financière et vice versa, comme cela s'est produit la bulle financière et immobilière en Europe des années 1860, qui s'est achevée par le krach de 1873.

Les nouvelles lois d'expropriation entraîneront plus tard de nombreuses contestations et pousseront à la faillite de nombreux petits propriétaires qui ont vu leurs biens détruits. En parallèle, les nouveaux règlements imposent des constructions d'un niveau de standing élevé, entraînant presque mécaniquement une forte spéculation immobilière excluant de facto les classes les moins aisées de la société parisienne.

Cette période de travaux a vu la recrudescence du paludisme dans Paris en occasionnant des creusements importants et de longue durée et les flaques, mares et autres points d'eau croupissante perduraient longtemps, engendrant une pullulation d'anophèles au milieu d'une grande concentration d'humains. De plus, un grand nombre d’ouvriers venaient de régions infectées et étaient porteurs du plasmodium[7].

Une partie de la population manifeste son mécontentement en même temps que son opposition au pouvoir. En 1867, Haussmann est interpellé par le député Ernest Picard. Les débats houleux que le personnage suscite au Parlement entraînent un contrôle plus strict des travaux, qu'il avait habilement évité jusque-là.

Jules Ferry rédige la même année une brochure intitulée : « Les Comptes fantastiques d'Haussmann »[8], par allusion aux Contes fantastiques d'Hoffmann : selon lui, l'haussmannisation parisienne aurait coûté 1500 millions de francs, ce qui est loin des 500 millions qu'il avait annoncés ; on l'accusa également, à tort, d'enrichissement personnel[réf. nécessaire].

Haussmann, qui avait un temps espéré entrer au gouvernement pour mettre en œuvre ses idées à l'échelle du territoire national, est destitué par le Cabinet d'Émile Ollivier le , quelques mois avant la chute de Napoléon III. Son successeur fut Léon Say, mais Belgrand et surtout Alphand conservèrent un rôle prépondérant et poursuivirent son œuvre.

Après s'être retiré pendant quelques années à Cestas près de Bordeaux, Haussmann revint à la vie publique en devenant député de la Corse de 1877 à 1881, restant bonapartiste; il consacra la fin de sa vie à la rédaction de ses Mémoires (1890-1891), un document important pour l'histoire de l'urbanisme de Paris.

Haussmann, mort le , est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Autour du baron Haussmann[modifier | modifier le code]

  • Ernest Renan rapporte que Haussmann aurait fait disparaître une île entière en Bretagne, l'Île-Grande (face à Pleumeur-Bodou), pour obtenir la pierre nécessaire à ses travaux. L'écrivain exagère, car l'île est toujours présente mais il reste sur celle-ci d'imposantes carrières datant de l'époque des travaux haussmanniens.
  • Haussmann raconte dans ses Mémoires que Napoléon III voulait donner son nom à la partie du boulevard de Sébastopol qui s'étendait sur la rive gauche (actuel boulevard Saint-Michel). Le préfet refusa en feignant la modestie. En réalité il espérait, et obtint en fin de compte que son nom revienne à un boulevard dont l'idée lui revenait plus directement et au bord duquel il était né (dans une maison qu'il dut d'ailleurs détruire) : c'est l'actuel boulevard Haussmann.
  • Afin de montrer son peu d'attachement aux titres officiels, il rapporte dans ses Mémoires le dialogue suivant, où un interlocuteur lui suggérait qu'il pourrait être nommé duc de la Dhuis, en référence aux travaux d'Haussmann par lesquels l'eau de cette rivière était venue alimenter Paris. Haussmann objecta :
    « De la Dhuis ? Mais, duc, ce ne serait pas assez.
    — Que voulez-vous donc être ?… Prince ?
    — Non ; mais il faudrait me faire aqueduc, et ce titre ne figure pas dans la nomenclature nobiliaire. »
  • Haussmann fut surnommé Attila par les Parisiens, en référence à ses démolitions massives d'immeubles.
  • Le mot haussmannisation fait référence directement à la méthode d'urbanisme par éventrement d'anciens quartiers, et surtout à l'aspect chirurgical que représente l'urbanisme d'Haussmann.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Delpont Hubert, Sanchez-Calzadilla Hervé-Yves, Haussmann d'Albret, le sous-préfet de Nérac (1832-1840) le notable landais (1840-1891), Nérac, 1993, 370 p.
  • « Haussmann (Georges Eugène, baron) », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français,‎ 1889 [détail de l’édition] [texte sur Sycomore] ;
  • Le Paris d'Haussmann, Patrice de Moncan & Claude Heurteux; éd. Du Mecene (2002); coll. La ville retrouvée; (ISBN 2-907970-58-5) (384 p.)
  • Le Paris d'Haussmann, Patrice de Moncan; Les Éditions du Mécène (2009); coll. Paris d'hier et d'aujourd'hui; (ISBN 2-907970-98-4) (205 p.)
  • Transformation und Embellissement von Paris in der Karikatur: Zur Umwandlung der französischen Hauptstadt im Zweiten Kaiserreich durch den Baron Haussmann, Rosemarie Gerken; éd. Olms, Georg (1997); (ISBN 3487104202) (234 p.)
  • Les Mémoires d'Haussmann, Françoise Choay; éd. Seuil (2000); coll. Philosophie Générale ; (ISBN 2-02-039898-2) (1204 p.)
  • Haussmann le grand, Georges Valance; éd. Flammarion (2000); coll. Grandes biographies ; (ISBN 2-08-211571-2) (362 p.)
  • Haussmann au crible, Nicolas Chaudun; éditions des Syrtes (2000); coll. Biographies ; (ISBN 2-84545-023-0) (253 p.)
  • Mémoires du baron Haussmann, Georges Eugène Haussmann; éd. Adamant Media Corporation (2001); (ISBN 0-543-98362-5) (597 p.)
  • Mémoires du baron Haussmann: Tome 3: Grands travaux de Paris, Georges Eugène Haussmann; éd. Adamant Media Corporation (2001); (ISBN 0-543-78046-5) (596 p.)
  • Haussmann - La gloire du Second Empire, Jean des Cars, éd. Perrin, 2008 ; (ISBN 978-2-262-02853-4) (357 p.)
  • Haussmann, Georges-Eugène, préfet-baron de la Seine, Nicolas Chaudun; éd. Actes Sud; (2009) (ISBN 978-2-7427-8287-1) (279 p.)
  • Atlas du Paris haussmannien. La ville en héritage du Second Empire à nos jours, Pierre Pinon ; éd. Parigramme; (2002) (ISBN 2-84096-204-7) (210 p.)
  • PARIS HAUSSMANN. Le pari d'Haussmann, Pierre Pinon & Jean Des Cars, éd. Picard (1998) (ISBN 2-7084-0553-5) (365 p.)
  • Pierre Pinon, Paris pour Mémoire : Le livre noir des destructions haussmanniennes, Paris, Parigramme,‎ 2012, 664 p. (ISBN 978-2840967958, OCLC 811409067)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Louis Girard, Napoléon III, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1986, p. 269.
  2. Bernard Marchand, Le financement des travaux d’Haussmann : un exemple pour les pays émergents ? 2011.
  3. J.E. HORN, Les Finances de l'Hôtel de Ville, 1869.
  4. « Notice no LH/1272/25 », base Léonore, ministère français de la Culture
  5. Baron Haussmann, Mémoires(trois tomes publiés en 1890 et 1893; nouvelle édition établie par Françoise Choay, Seuil, 2000). Voir aussi l'exemplaire de Gallica.
  6. Dictionnaire du Second Empire, sous la direction de Jean Tulard, article Haussmann.
  7. La disparition du paludisme dans la France rurale et la régression des terres humides - Exemple de la Sologne. Par Pierre-Olivier Fanica pour l'INRA, dans étude et Gestion des Sols, Volume 13, 1, 2006 - pages 53 à 61.
  8. Jules Ferry, Les comptes fantastiques d'Haussmann (Gallica).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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