Maurice Fenaille

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Maurice Fenaille[1] né le à Paris, décédé le , est un pionnier de l'industrie pétrolière, dont le nom appartient aussi à l'histoire de l'art en qualité de grand amateur, collectionneur et mécène. Il était membre de l'Académie des beaux-arts.

Héritier et industriel avisé[modifier | modifier le code]

Son père, qui s'était associé en 1853 avec un négociant en graisses, s'associe en 1855 avec deux autres personnes, introduit dans le commerce la fameuse Saxoléine, huile de pétrole destinée à l'éclairage. C'est le début de l'ère pétrolière.

En 1881, Maurice Fenaille, entré dans l'entreprise quelques années plus tôt, part travailler aux États-Unis dans la filiale de Fenaille et Despeaux installée à New York.

Lorsque son père décède en 1883, il revient en France et il lui succède à la tête de l'entreprise; il ajoute à la Saxoléine, l'Oléonaphtine et le Saxol, deux lubrifiants, ainsi que le Benzo-moteur, essence pour voitures et avions.

L'entreprise continue à se développer en même temps que l'utilisation du pétrole dans la vie courante; elle est renommée "La Pétroléenne", avant de prendre en 1936 le nom de "Standard Française des Pétroles", puis, en 1952, de "Esso Standard".

Parallèlement, Fenaille voyage en Angleterre, en Espagne, en Palestine, en Italie, en Allemagne, en Égypte, où il assiste à l'ouverture du tombeau de Toutânkhamon.

Il ramène de ses voyages les dernières nouveautés : des piscines, l'électricité domestique, des automobiles et des avions.

Collectionneur averti, mécène et philanthrope[modifier | modifier le code]

Amateur d'art, il consacre une grande partie de son temps et de son argent à aider les musées français, mais aussi au profit de nombreux artistes contemporains, auxquels il commande des œuvres (Auguste Rodin, Antoine Bourdelle, Viala, Jules Chéret...).

En 1885, il rencontre Auguste Rodin et devient son mécène; en 1895, il lui commanda une série de "Baigneuses" pour orner la piscine intérieure de sa résidence de Neuilly ; en juin 2006, lors de la vente aux enchères publiques à Paris-Drouot d'une partie de sa collection, l'exemplaire numéroté 1/12 en bronze d'une Baigneuse aux sandales tripla son estimation pour atteindre 77 000 euros.

Entre février et septembre 1897, il correspond avec lui au sujet de la suite de ses dessins appelée "Album Goupil" (archives du musée Rodin, Paris).

En 1898, il commande au sculpteur un buste de son épouse depuis novembre 1887, Marie Colrat de Montrozier, et un second à Camille Claudel, qui lui écrivit à ce sujet une lettre alors que le buste était exposé à la galerie Bing à Paris (archives du musée Rodin); lors de la vente précitée, un exemplaire en plâtre du buste par Rodin fut préempté par le musée Rodin pour 42 000 euros.

Fenaille commanda également plusieurs œuvres au peintre Henri Martin, dont deux grandes fresques, "Les Vendanges" et "les Foins", pour décorer son hôtel parisien de la rue de l'Élysée.

Madame Fenaille étant née et ayant été élevée au château familial de Montrozier, près de Rodez, son mari acquit ce vieux manoir, cité dans le plus ancien acte notarié du Rouergue connu (1208), pour lui offrir en cadeau de mariage. La forteresse, meublée avec raffinement, fut ensuite habitée par leur fille, madame Cochin puis comtesse de Billy[2].

En 1903, Fenaille devient membre de la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron. Mais il va également étendre son activité à des domaines très variés : il crée une école d'agriculture, un centre de rééducation agricole pour les mutilés de guerre, un sanatorium, un atelier de fabrication de tapis.

Il achète et aménage également l'hôtel de Jouéry dont il fait don à la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron en 1929, qui est devenu à sa mort un musée qui porte son nom.

Maître d'œuvre de la spectaculaire restauration de Montal (Lot)[modifier | modifier le code]

Entre 1908 et 1913, Fenaille parvint à sauver de la ruine le château de Montal près de Saint-Céré. Ce monument, reconstruit par Jeanne de Balzac entre 1523 et 1534, est le plus bel exemple de style Renaissance dans le Lot.

La ruine du château[modifier | modifier le code]

Resté inachevé à la mort de Jeanne, il devint par la suite la propriété des Plas de Tanes. Veuf au moment de la Révolution, ce député de la noblesse aux États Généraux abandonna son domaine qui fut nationalisé comme bien d'émigré. Des aubergistes y installèrent leur affaire. Quelques pierres avaient bien été emportées, mais la ruine ne s'abattit véritablement qu'après 1879, lorsque le château fut acheté par un marchand de biens. 120 000 kg de pierres furent descellées, transportées sur des charrettes à bœufs jusqu'à la gare de Saint-Denis-lès-Martel et proposées à la vente lors de deux séances aux enchères à Paris. C'est à ce moment-là qu'intervint Maurice Fenaille, ému par le triste sort de Montal. Il tenta d'arrêter la seconde vente de 1903, et acheta finalement plusieurs pièces.

L'action de Maurice Fenaille[modifier | modifier le code]

Par des achats auprès des collectionneurs du monde entier qui avaient acquis des morceaux du château, par des échanges avec des œuvres d'art de ses collections personnelles, Maurice Fenaille releva le château qu'il réussit à acheter en 1908.

Fait exceptionnel : des musées nationaux restituèrent les collections issues de Montal, dont la frise sculptée de 32 mètres de long par le musée des Arts Décoratifs, en échange de la cession de la demeure à l'État. D'autres pièces maîtresses, demeurées dans des musées étrangers (notamment aux États-Unis), furent remplacées par des copies. Grâce à des moules, Maurice Fenaille demanda ces fac-similés à son ami Auguste Rodin, qui lui envoya son praticien Émile Matruchot. La carrière de Carennac fut spécialement rouverte, et le sculpteur put exécuter à l'identique la porte du logis et une lucarne.

Fenaille prit également soin de meubler le château avec ses collections particulières, faites de tapisseries, de meubles des XVIe et XVIIe siècles, de vitraux allemands de la même époque[3].

Le 13 septembre 1913, en présence de Raymond Poincaré, Président de la République, et d'Anatole de Monzie, secrétaire d'État aux Beaux-Arts, il en fit don à l'État français avec réserve d'usufruit pour lui et ses trois filles. La dernière bénéficiaire laissa dernièrement son droit et Montal est aujourd'hui une pièce d'exception parmi les châteaux du Centre des monuments nationaux.

Grand donateur d'œuvres d'art pour les musées nationaux[modifier | modifier le code]

Fenaille prêta aussi, sans intérêts, à la Société des Amis du Louvre la somme de 150 000 francs[4] pour l'acquisition du tableau d'Ingres : Le Bain turc.

Il fit aussi progresser l'étude de la tapisserie et celle de la gravure, devenant spécialiste et auteur de catalogues. Son État général des tapisseries de la manufacture des Gobelins, aussi nommé le "Fenaille", a marqué l'histoire de cette institution.

En juin 2006, lors de la vente aux enchères précitée, une "Hébé" (1782), grande statue de marbre de Francois-Marie Poncet (1736-1797), estimée 30 000 euros, atteignit 290 000 euros, prix-record pour l'artiste.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Note[modifier | modifier le code]

  1. Notice d'autorité personne : (notice BnF no FRBNF12532221x)
  2. Claude Fregnac, L'Aquitaine des Châteaux, Hachette, coll. « Réalités »,‎ 1977 (réimpr. 1984), 143 p., p. 78-79
  3. Claude Fregnac, L'Aquitaine des Châteaux, Hachette, coll. « Réalités »,‎ 1977 (réimpr. 1984), 143 p., p. 104-109
  4. En euros 2007, soit 449 203,50 ; un franc 1911 = 2,99469 euros.