Étienne Clémentel

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Étienne Clémentel
Image illustrative de l'article Étienne Clémentel
Fonctions
Ministre des Finances

(9 mois et 20 jours)
Président Gaston Doumergue
Gouvernement Herriot I
Prédécesseur Frédéric François-Marsal
Successeur Anatole de Monzie

(4 jours)
Président Gaston Doumergue
Gouvernement Ribot IV I
Prédécesseur René Renoult
Successeur Joseph Noulens
Ministre du Commerce, de l'Industrie, des Postes et des Télégraphes

(4 ans 2 mois et 22 jours)
Président Raymond Poincaré
Gouvernement Briand V et VI, Ribot V, Painlevé I, Clemenceau II
Prédécesseur Gaston Thomson
Successeur Louis Dubois
Ministre de l'Agriculture

(8 mois et 17 jours)
Président Raymond Poincaré
Gouvernement Barthou
Prédécesseur Fernand David
Successeur Étienne Raynaud
Ministre des Colonies

(1 an 1 mois et 18 jours)
Président Émile Loubet puis Armand Fallières
Gouvernement Rouvier II et III
Prédécesseur Gaston Doumergue
Successeur Georges Leygues
Sénateur du Puy-de-Dôme

(16 ans et 2 jours)
Prédécesseur Léon Chambige indirectement
Successeur Eugène Roy
Député du Puy-de-Dôme

(19 ans 2 mois et 21 jours)
Prédécesseur Amédée Girard
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme)
Date de décès
Lieu de décès Prompsat (Puy-de-Dôme)
Résidence Puy-de-Dôme

Étienne Clémentel, né le à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) et mort le à Prompsat (Puy-de-Dôme), est un homme politique français de la Troisième République, plusieurs fois ministre. Il est considéré comme l'un des pères de la technocratie et de l'intervention de l'État dans l'économie en France, ayant regroupé sous son autorité, de 1915 à 1919, la plupart des ministères traitant des questions économiques.

Acteur efficace de l’économie sociale, il est à l’origine de grandes initiatives associatives et coopératives dont la loi Clémentel - votée le 13 mars 1917 sur l’organisation du crédit au commerce et à l’industrie - qui donnera officiellement naissance aux Banques Populaires en les dotant d’un statut de sociétés coopératives et créera par la même occasion les Sociétés de Caution Mutuelle. En imposant une vision économique audacieuse, fondée sur la coopération et la solidarité, cette loi a permis aux artisans, commerçants et petits industriels d’accéder au crédit bancaire.

On lui doit également la création des régions en France (1919) et de la première tentative de planification économique (le plan Clémentel en 1919). Partisan de l'organisation professionnelle, il est notamment l'un des initiateurs de la fondation de la CGPF (syndicat patronal ancêtre du Medef), de l'organisation de l'artisanat, de la structure nationale du Crédit agricole, ou encore de la Chambre de commerce internationale dont il sera le premier président (1920).

Sa démarche intellectuelle et son action s’inscrivent dans la doctrine solidariste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en 1864 dans une famille de meuniers et de minotiers aux portes de Clermont-Ferrand, Étienne Clémentel est très tôt orphelin de père. Il est élevé par sa mère dans un faubourg de Riom. Après des études chez les maristes, il obtient des licences de droit et de lettres. Poussé par la nécessité, il entreprend une carrière de surnuméraire (employé non titulaire) dans l'enregistrement, puis achète une charge de notaire à Riom. Il se lance dans la carrière politique après le décès de sa première épouse. D'abord élu au conseil municipal de Riom, il accède, en septembre 1900, lors d'une élection partielle, au poste de député à « Riom-plaine », siège qu'il conserve jusqu'en 1919. Il devient maire de Riom en 1904 ; il reste à la tête de sa ville jusqu'à sa mort, en 1936.

En 1906 il est administrateur des établissements Bergougnan à Paris (Nota : R. Bergougnan fut le subrogé tuteur de ses enfants après le décès de la première épouse de Clémentel). La présence de Clémentel à ce conseil d'administration tout comme à celui d'autres sociétés ( Les magasins du Louvre, Le Petit Journal, Darracq et la société des caoutchoucs de l’Indochine) alimente une polémique avant comme après guerre[1].

Il est aussi sénateur du Puy-de-Dôme de 1920 à 1935. Élu conseiller général en 1910, il est président de l'Assemblée départementale de 1911 à 1935.

Au parlement, il se voit confier précocement des fonctions importantes. Vice-président de la Chambre de 1909 à 1914, il est rapporteur du budget général de la France en 1914. À l'automne de la même année, il accède à la présidence de la commission du Budget dont on a pu dire qu'elle était plus importante qu'un ministère.

Étienne Clémentel appartient à des cabinets qui ont à prendre des décisions cruciales dans la France d'avant-guerre. Ses premières fonctions sont celles de ministre des Colonies dans le gouvernement Rouvier (janvier 1905 - mars 1906) qui doit régler le problème de la séparation des Églises et de l'État. En 1913, il participe, comme ministre de l'Agriculture, au cabinet Barthou, qui lance le processus de vote de la loi militaire des trois ans (après avoir été d'une période de deux ans depuis 1905, le service militaire repasse à une durée de trois ans à partir de 1913). Enfin, pendant 3 jours, du 9 au 13 juin 1914, en pleine crise politique, il est ministre des Finances dans l'éphémère ministère Ribot.

En 1900 il est l'auteur d'un ouvrage, resté inédit, de théorie économique (ce manuscrit fut longtemps considéré avoir été écrit dans les années 1930)[2].

Un rôle national de tout premier plan[modifier | modifier le code]

Étienne Clémentel en 1914.
Carte des régions économiques Clémentel

Pendant la Première Guerre mondiale, il est appelé au poste de ministre du Commerce et de l’industrie le 29 octobre 1915 par Briand. Dans les cinq gouvernements qui vont se succéder, Étienne Clémentel est le seul ministre à conserver sa charge aussi longtemps, puisqu'il reste membre de la direction nationale d'octobre 1915 à novembre 1919.

Outre cette longévité exceptionnelle, il ne cesse d'accroître ses fonctions ministérielles. Il hérite en 1915 du portefeuille du Commerce, de l'Industrie et des Postes et Télégraphes. En décembre 1916, il adjoint temporairement à ces fonctions la charge de l'Agriculture et du Travail, regroupant de facto la responsabilité de toute l'économie civile nationale. Clemenceau étend même, à sa demande, ses fonctions au domaine sensible des Transports maritimes et de la Marine marchande, lui donnant ainsi la haute main sur le ravitaillement du pays.

C'est à cette époque qu'on lui doit la création des 17 « groupements d'intérêts régionaux » (arrêté ministériel du 5 avril 1919) fondées sur l'ossature des Chambres de commerce et qui sont, en quelque sorte, à l'origine des régions françaises actuelles. Pour son projet de régionalisation, Étienne Clémentel prend pour conseiller Henri Hauser qui lui-même prend pour modèle de la réforme les travaux de Paul Vidal de la Blache.

Clémentel souhaite poursuivre après la guerre la collaboration interalliés sur la base d’un « libéralisme organisé ».

Son échec électoral de 1919 le conduit à présenter sa démission à Clemenceau. Mais son retour dans l'arène parlementaire du Sénat, dès janvier 1920, lui permet de retrouver rapidement un rôle.

En 1924, Édouard Herriot l'appelle comme ministre des Finances dans le cabinet formé après la victoire du cartel des gauches. Il rencontre rapidement des difficultés qui l'amènent à réglementer les mouvements de fonds avec l'étranger (loi du 30 juin 1924 sur l'exportation des capitaux et l'importation des titres et valeurs mobilières), à solliciter une avance de la Banque de France (convention du 22 décembre 1924), à émettre un emprunt de 100 millions de dollars aux États-Unis et à créer, pour améliorer les rentrées fiscales, des chèques-contribution (décret du 11 mars 1925). Il crée d'autre part, avec le décret du 16 janvier 1925, un conseil national économique mais cette réforme de structure reste, pour l'heure, sans lendemain.

Étienne Clémentel accompagne Herriot à la Conférence de Londres sur les Réparations, dont sera issu le plan Dawes. Mais un désaccord entre lui, le président du Conseil et la SFIO apparaît sur plusieurs questions et le conduit à démissionner en 1925. C'est le début de l'agonie du Cartel.

Étienne Clémentel ne reviendra plus au gouvernement. Pourtant, en octobre 1929, il est pressenti comme président du Conseil par son ancien collègue Gaston Doumergue, devenu président de la République. Il échoue à former un gouvernement soutenu par une majorité.

Revenu des charges du pouvoir en 1920, Étienne Clémentel reste jusqu'à son échec final, en 1935, un sénateur actif. Il est réélu dès le 1er tour en janvier 1927, par 555 voix sur 1090 exprimés. Il accède au poste éminent de président de la Commission des finances de 1927 à 1935. Il profite de son siège à la Haute Assemblée pour impulser les projets politiques auxquels il s'était résolu pendant la guerre, malgré la baisse d'activité à laquelle le contraint depuis 1930 une grave maladie. Son échec en 1935 est dû à son différend avec Pierre Laval qui, candidat indépendant est élu dès le 1er tour, sénateur du Puy-de-Dôme, avec 647 voix sur 1 246 votants. Clémentel, candidat radical-socialiste n'obtient que 245 voix au 1er tour, 227 au 2nd et 37 au 3e[3].

Un précurseur[modifier | modifier le code]

Il lance dès 1919 auprès de Clemenceau l'idée d'un plan industriel de modernisation, dit plan Clémentel. Il concentre aussi son action sur les organisations professionnelles et joue un rôle décisif dans la naissance de la Confédération générale de la production française, ancêtre lointain du CNPF. De même, il entend favoriser la naissance d'une organisation de l'artisanat et reçoit pour son action en 1920 le titre de « père de l'artisanat ». On créé même à Paris une cité de l'artisanat, dite cité Étienne-Clémentel en 1933. Après avoir patronné la naissance des CCP (Comptes chèques postaux) en 1918, il joue, en tant que sénateur, une fonction de promoteur de la loi aboutissant à la naissance de la structure nationale du Crédit agricole. N'ayant pas abouti dans le maintien d'une coopération économique au niveau des États en 1919, il reporte ses espoirs sur l'organisation d'une Chambre de commerce internationale dont il est, en 1920, le premier président.

Une âme d'artiste[modifier | modifier le code]

Ses goûts passionnés pour la peinture, la littérature, la poésie et la musique font de lui un homme politique atypique. Depuis son passage à l'École des beaux-arts de Clermont-Ferrand dans sa jeunesse, il reste fasciné par l'art et les artistes. Il fréquente les « mardis » de Mallarmé, puis nombre de salons parisiens. Désigné par Rodin comme un de ses trois exécuteurs testamentaires, il contribue à la création du musée Rodin en 1916 à Paris. Peintre à ses heures, il agrémente ses notes de portraits des hommes politiques qu'il côtoie. Il est également auteur de pièces de théâtre. Il s'avère aussi habile photographe, utilisant cette technique à des fins artistiques. L'idéal humaniste et sa croyance religieuse resteront toujours les moteurs de son action.

Une passion pour sa région et Riom[modifier | modifier le code]

Buste dans la cour de la mairie de Riom.

Bien que né à Clermont-Ferrand, son passé personnel le rattache profondément à la région riomoise où il passe son enfance et sa prime jeunesse. Il fréquente la société de gymnastique « La Riomoise » et se forge nombre d'amitiés durables et utiles. Il vit entre Riom et Combronde où il dispose d'une résidence familiale. En 1919, il s'installe dans le village de Prompsat. Poussé par son maître Emmanuel des Essarts, il a rédigé en 1898 les textes de deux conférences sur L'âme celtique et sur Michelet. Président du conseil général du Puy-de-Dôme de 1911 à 1935, il apparaît comme l'un des maîtres de la vie politique locale aux côtés du docteur Eugène Chassaing, d'Alexandre Varenne ou de Philippe Marcombes. Affaibli et éloigné des affaires politiques depuis son attaque de 1930, il ne peut empêcher l'ascension de Pierre Laval, qui cherche à gagner les radicaux à une alliance avec les modérés. Après avoir obtenu le maintien de la stratégie traditionnelle d'alliance à gauche avec les socialistes lors de l'assemblée générale de la Fédération républicaine, radicale et radicale-socialiste du Puy-de-Dôme en 1932, la volonté d'implantation de Laval cause son ultime échec aux sénatoriales en 1935.

Son action la plus durable se manifeste à Riom. Entré dans la municipalité dès 1892, devenu adjoint en 1896, il préside le conseil municipal de 1904 à sa mort. Attentif à l'activité économique, il concourt à la création d'une nouvelle bibliothèque, d'abattoirs modernes, au réaménagement d'une nouvelle gare, à l'installation du parc Dumoulin et de la salle des fêtes. Certains quartiers sont réhabilités. Il se penche sur les problèmes d'approvisionnement en eau de la cité. En 1926, il vend, au profit de l'hôpital de Riom, ses tableaux et dessins dans la grande galerie Berheim, ce qui rapporte 250 000 FRF à l'institution riomoise.

Mais son apport le plus présent reste l'embellissement de la cité. Il est responsable du transfert à Riom de la fontaine Desaix, inaugurée en 1906. Régulièrement, il agrémente sa ville de statues nouvelles comme La Marseillaise ou Le chef gaulois mourant. À la fin de son mandat, il fait déplacer, pour la protéger, la Vierge à l'Oiseau du Marthuret (1932). Après avoir fait classer l'hôtel de ville en 1908, il le fait restaurer en 1920, n'hésitant pas à participer avec ses propres peintures à la décoration des salles, ainsi que la salle Dumoulin. Après la Grande Guerre, il fait ériger l'arc de triomphe dédié aux victimes du conflit et installe une sculpture de Rodin, Gallia Victrix, dans la cour de l'hôtel de ville. C'est précisément là que l'on retrouve le buste d'Étienne Clémentel, dernière œuvre de Rodin.

Il est enterré au cimetière de Riom.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Clémentel, Étienne, Un drame économique, les délimitations, le passé, l'avenir, Paris, P. Lafitte & Cie, cop. 1914, 318 p. (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guy Rousseau, Étienne Clémentel (1864-1936) : entre idéalisme et réalisme, une vie politique : essai biographique, Clermont-Ferrand, Archives départementales du Puy-de-Dôme, 1998, 184 p.
  • Sylvain Cornil-Frerrot, « Les radicaux du Puy-de-Dôme dans l'entre-deux-guerres », cahiers Siècles, no 11 Engagements politiques, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, octobre 2000 (ISBN 2-84516-141-7)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Annie Moulin, Guerre et industrie. Clermont-Ferrand 1912-1922 : la Victoire du pneu, vol. 1, Clermont-Ferrand, Institut d’Études du Massif Central, 1997
  2. Druelle-Korn Clotilde, « De la pensée à l'action économique : Étienne Clémentel (1864-1936), un ministre visionnaire  », Histoire@Politique 1/2012 (no 16) , p. 40-54 URL : www.cairn.info/revue-histoire-politique-2012-1-page-40.htm.
  3. Le Temps, 21 & 22 octobre 1935.