Pierre Lyautey

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Pierre Lyautey
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 83 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Autres informations
Distinctions

Pierre Lyautey (, Châteaudun - , Paris) est un haut fonctionnaire, écrivain et journaliste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Raoul Lyautey[1], colonel de cavalerie, il est le neveu du maréchal Lyautey. Il va être l'exécuteur testamentaire de son oncle, va s'occuper de son inhumation à Rabat[2], promouvoir la notoriété posthume de son oncle, va assurer la publication de sa correspondance, et être administrateur de sa propriété de Thorey-Lyautey.

Pensionnaire à l'École des Roches (1905-1910), il est successivement membre de l'association des anciens élèves, président de l'association (1919-1920) (AER), puis président du conseil d'administration de la société possédant l'école[3], il est licencié ès lettres et diplômé de l'École libre des sciences politiques (1913). Mobilisé en 1915, il est maréchal des logis[4] puis officier au 19e dragons). Il mène après la guerre une brève carrière dans l'administration, comme chef de cabinet du directeur général des finances du Maroc, puis attaché au cabinet du ministre des finances Frédéric François-Marsal (1920). Il intègre ensuite à partir d'avril 1921 le cabinet du général Henri Joseph Eugène Gouraud, Haut-commissaire en Syrie et au Liban, comme responsable de ses services financiers puis chef du cabinet civil[5]. Il perd ce dernier emploi du fait de restrictions budgétaires en décembre 1922[6].

Ce grand voyageur ( Russie soviétique, États-Unis, Proche et Moyen-Orient, Inde, Indochine, Afrique du Nord, etc. ) - ses voyages nourrissent ses écrits et ses causeries - rejoint ensuite le privé, comme publiciste, journaliste et conférencier, tout en menant une vie mondaine; il dépeint d'ailleurs la « société parisienne » des années 1920 dans Le voyages de Paris[7]. Parallèlement, il devient un administrateur d'associations et de syndicats patronaux : directeur-adjoint de l'Association des conseillers du commerce extérieur[8], de 1923 à 1925, puis directeur de l'Association de l'industrie et de l'agriculture françaises, de 1925 à 1933, appelé à ce poste pour rénover cette vieille association patronale et défendre les conceptions politiques favorables aux tarifs douaniers[9]. Il est membre des cercles liés à cette dernière association : membre du comité de rédaction du journal La Réforme économique, membre du comité de l'Association d'économie nationale[10], membre du comité central de la Confédération générale de la production française, membre du Comité économique international, fondé en 1928 avec ces mêmes personnalités[11], éphémère rédacteur en chef du quotidien La Journée industrielle, porte-parole du patronat (il remplace à ce poste Claude-Joseph Gignoux, appelé au gouvernement ). Il est membre titulaire de la Société d'économie politique, à partir de 1933[12].

Dans la seconde moitié des années 1920 et au début des années 1930, il fait partie du Comité franco-allemand d'information et de documentation, fondé en mai 1926. Ce dernier comité rassemble des personnalités à la fois françaises et allemandes. Côté français, il groupe essentiellement des patrons, comme le président de la Confédération générale de la production française, René-Paul Duchemin, un vice-président du Comité des forges ( Théodore Laurent ), un régent de la banque de France et président du syndicat général de l'industrie cotonnière ( René Laederich, secrétaire général puis vice-président de l'Association de l'Association de l'industrie et de l'agriculture françaises ), mais aussi des hommes de lettres et économistes tels Lucien Romier ou Wladimir d'Ormesson. « Tous ces hommes sont des nationalistes. (...) Le Comité en effet écarte (...) les internationalistes sans couleur », écrit Lyautey. Ces hommes ne veulent qu'écarter « les préjugés et les ignorances » entre Français et Allemands et aboutir à une « collaboration économique »: « S'il faut laisser aux rêveurs certains projets d'États-Unis d'Europe, il faut, sans se lasser, travailler à simplifier l'Europe économique »"[13].

Il anime entre 1928 et 1930 et préside une éphémère Ligue Lorraine, qui entend faire oublier la dénomination périmée d'Alsace-Lorraine, fédérer les quatre départements lorrains et se veut à la fois régionaliste et patriote. C'est une émanation de la Société des Lorrains de Paris; Lyautey a contribué à fonder la ligue en décembre 1927 aux côtés notamment du jeune avocat parisien Édouard Frédéric-Dupont, directeur du Journal des Lorrains de Paris[14].

Il se lance en politique en 1932, sans succès. Il a d'abord hésité à se présenter aux élections législatives à Lunéville - il anime diverses associations, agricoles notamment, dans cette circonscription où habite son père et où se trouve la propriété de son oncle, à Thorey-Lyautey - en 1928 et plus encore en 1932, à la place du baron Adrien de Turckheim, qui ne se résout pas à lui céder la place de candidat de la droite modérée dans la circonscription malgré son échec en 1928. Il brigue en 1932 le siège de député de Cherbourg, en tant que « républicain de gauche » ( droite modérée en fait, opposée à la « politique cartelliste » ), à l'appel des représentants locaux de la Fédération républicaine et du Parti démocrate populaire. Mais en vain: il est battu dès le premier tour par le candidat sortant républicain-socialiste Pierre Appell[15].

Il est en même temps le créateur du congrès des Français résidant à l'étranger ( lié à la Ligue maritime et coloniale ), dont il est le secrétaire général puis le vice-président, et conseiller puis membre du comité directeur de l'Union des Français de l'étranger d'Henry de Jouvenel [16], vice-président puis président de la Fédération nationale des anciens combattants français résidant hors de France[17]. Membre aussi du Comité du transsaharien et du comité national de la Semaine coloniale française ( 1928 ) et vice-président puis président en 1938 de l'association Le Maroc ( fondée en 1919 sous les auspices de son oncle ), qui organise des déjeuners à Paris où sont invités des hommes politiques, des Académiciens et des coloniaux qui défendent l'empire français[18].

Il préside aussi la société des habitations à bon marché pour familles nombreuses, et est membre du comité de direction des Eclaireurs de France.

Ses activités lui valent la croix de la Légion d'honneur en 1930, au titre du ministère du commerce. Croix remise par le général Gouraud. Il est promu officier en 1938, et ses insignes sont remis au Maroc par le général Charles Noguès[19].

Durant l'Occupation, il semble être un temps maréchaliste, et accepte le poste de délégué de la Légion française des combattants à l'étranger[20]. Il continue à militer au sein du "parti colonial", et entre au bureau du Comité de défense de la France d'outre-mer en juillet 1940 et est l'un des vice-présidents en 1942 du Comité national de la France d'outre-mer[21]. Il rejoint le camp gaulliste en 1943, et sert comme officier de liaison des Goums marocains durant la campagne d'Italie en 1944[22].

Il épouse en 1946 Andrée de Luze (1902-1973), issue d'une famille girondine et protestante, et veuve du comte Max de Pourtalès[23]. Il revient après la guerre à son activité de publiciste et de conférencier, ce qui lui vaut de présider la Société des gens de lettres de France ( 1964-65 ) et d'être candidat malheureux à deux reprises à l'Académie française, en 1958 et 1965[24].

Ses écrits et ses conférences valorisent l'action des généraux de l'Empire colonial, celle de son oncle, des généraux Gouraud et Galliéni. Il est dans les années 1950 président de l'association France-Maroc, vice-président du syndicat professionnel de la presse française d'outre-mer, membre de l'Académie des sciences d'outre-mer, qu'il préside en 1975. Au Maroc, il collabore avant 1956 au quotidien Le Petit Marocain et est administrateur de plusieurs entreprises marocaines; il était déjà avant la guerre administrateur de sociétés coloniales[25]. Durant la guerre d'Algérie, il signe en octobre 1960 le Manifeste des intellectuels français pour la résistance à l'abandon dénonçant l'appui apporté au FLN par les signataires du Manifeste des 121 - ces "professeurs de trahison" - et défendant l'Algérie française[26]. Il vote cependant pour le général de Gaulle en 1965[27].

En , il cosigne l'« appel aux enseignants » lancé par l'Institut d'études occidentales après la démission de Robert Flacelière de la direction de l'École normale supérieure[28].

Il est commandeur de la Légion d'honneur, et titulaire des croix de guerre 1914-18 et 1939-45.

Publications[modifier | modifier le code]

  • "Le drame oriental et le rôle de la France" ( préface de Maurice Barrès, Société d'éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1923"
  • "Le voyage de Paris", Ed. des Portiques, 1929
  • "La bataille économique", Société d'éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1929
  • "L'empire colonial français", Ed. de France, 1931
  • "Chine ou Japon, 1932-1933", Plon, 1933
  • "Le cardinal Luçon, archevêque de Reims ( 1842-1930 )", Plon, 1934
  • "Révolution américaine", Hachette, 1934
  • "Survol des Amériques", Plon, 1937
  • "La mission en Espagne du Cardinal Gerlier 1941, Revue des Deux Mondes"
  • "La campagne d'Italie. souvenirs d'un goumier", Plon, 1945
  • "La Campagne de France", Plon, 1946
  • "Gouraud", Julliard, 1949
  • "Lyautey l'Africain: textes et lettres", Plon, 1953-57
  • "Galliéni", Gallimard, 1959
  • "Les révolutions du Proche-Orient", Julliard, 1960
  • "Magdeleine de Médicis, la corsaire des îles d'or", Julliard, 1961
  • "L'armée, ce qu'elle est, ce qu'elle sera", Julliard, 1963
  • "Liban moderne", Julliard, 1964
  • "Charles de Foucauld", Ed. universitaires, 1966
  • "Je les ai connus", carrefour des lettres, 1974

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dossier de la Légion d'honneur de Raoul Lyautey sur la base Léonore
  2. Paris-soir, 1/12/1934
  3. La science sociale suivant la méthode de F. Le Play, 1926, Journal de l'École des Roches, 1932. Cf. Nathalie Duval, L'École des Roches, Paris, Belin, coll. « Histoire de l'éducation », (ISBN 978-2-7011-4780-2)
  4. Le Gaulois, 23/2/1915
  5. Il arrive à Beyrouth le 4 avril 1921. Il est payé 14 000 francs par an, sonne portée à 18 000 francs en 1922: Bulletin mensuel des actes administratifs du Haut Commissariat, avril 1921 , Ibid., mai 1922
  6. Bulletin mensuel des actes administratifs du Haut Commissariat, décembre 1922, Arrêté n° 1729 du 22 décembre 1922
  7. Par exemple sa conférence pour le Musée social: Le Musée social, mars 1927. Sur sa vie mondaine, grâce à son nom ( il entre au Jockey Club en 1928, parrainé par son oncle et ses relations, cf. Le Gaulois, 26/2/1928, Le Gaulois, 15/5/1923, La Revue hebdomadaire, novembre 1925, Le Gaulois, 16/7/1926, Le Gaulois, 15/9/1926, Le Gaulois, 23/7/1926, Le Gaulois, 17/6/1927, Le Gaulois, 5/4/1927, Le Gaulois, 4/1/1927, Le Gaulois, 27/5/1927, Le Gaulois, 8/7/1927, Le Gaulois, 23/4/1928, "Le Gaulois", 26/10/1928, Le Gaulois, 15/5/1928, Le Gaulois, 5/2/1928, "Le Gaulis", 7/8/1928, Le Gaulois, 13/2/1929, Le Gaulois, 18/1/1929, Vogue, 1929, Vogue, mars 1935, Ambassades et consulats, 1939
  8. "L'Echo annamite", 10/3/1927
  9. "Le Petit Parisien", 14/6/1927
  10. Présidé par Lucien Romier, avec comme vice-présidents Émile Mireaux et Alexandre de Lavergne, délégué de la Confédération générale de la production française, ainsi que Claude-Joseph Gignoux: "La Lanterne", 25/3/1926
  11. Le Petit Parisien, 10/4/1928
  12. Journal des économistes, mai 1933
  13. "La Revue hebdomadaire", janvier 1928, article de P. Lyautey, "Un travail franco-allemand". Lyautey a donné une causerie à la radio sur ce thème en 1928: "Un aspect des relations économiques franco-allemandes" ( Tour Eiffel ). On le trouve encore à une de ses réunions en 1931: "Revue d'Allemagne", 1931 ( liste des présents ). Cf. les pages consacrées à Pierre Viénot, l'un des deux directeurs du Comité, et à Émile Mayrisch, son fondateur. Cf. Le Journal des débats, 27/6/1927, Ibid., 15/12/1927, Les Documents politiques, diplomatiques et financiers, février 1929 ( liste des membres )
  14. L'Homme libre, 27/8/1928, La Revue hebdomadaire, 27/10/1928, Le Matin, 29/6/1928, Ibid.,, 9 octobre 1930,L'Immeuble et la construction dans l'Est, 15 mai 1928, Journal des débats, 19 décembre 1927, L'Est républicain, 18 mars 1928, "Pour une seule Lorraine", p. 2, Ibid., 8 mai 1928, "Le régionalisme en action", p. 3, Ibid., 10 juin 1929, Jérôme Pozzi, Les Lorrains de Paris dans l’entre-deux-guerres (1919-1939) : un enjeu politique ?, dans les Annales de l'Est, 2004/2, p. 66
  15. L'Ouest-Eclair, 4/3/1932, Ibid., 11/3/1932, Ibid., 16/3/1932, Ibid., 30/4/1932,Ibid., 4/5/1932
  16. , La Lanterne, 12/10/1926, La Pensée française, novembre 1926, Le Gaulois, 12/10/1926, Le Petit Parisien, 15/10/1928 , Ibid., 16/10/1928, L'Expansion commerciale de la France, mars-avril 1929, Le Courrier d'Ethiopie, 31-1-1936
  17. Le Petit Parisien, 19/12/1927, L'Homme libre, 19/12/1927, Le Journal, 6/10/1937, L'Echo d'Alger, 19/12/1938
  18. L'Afrique du Nord illustrée, 5 mai 1934, Le Journal, 2/6/1938, La Semaine coloniale française, L'Echo d'Alger, 19/12/1938, Le Journal, 25/11/1938, Ibid., 28/12/1938, La Revue des ambassades et des questions diplomatiques et coloniales, décembre 1938, La Revue des ambassades, 1939, Le Journal, 17/5/1939
  19. Journal officiel, 7/12/1930, Le Journal, 24/1/1931, Ibid., 20/2/1939
  20. "L'Echo d'Alger", 29/6/1941, "Le Journal", 29/6/1941, "La Croix", 7/6/1941, "La Croix", 20/10/1941. Il a été reçu par le maréchal Pétain en : "Le Temps", 4/6/1942
  21. "Le Journal des débats", 25/7/1940, "Le Journal des débats", 11/11/1942
  22. Eric T. Jennings, "Vichy in the tropics", Stanford University press, 2004, et le livre de P. Lyautey, "La campagne d'Italie", 1945
  23. Décédé en 1935.
  24. Le Monde, 10/4/1965, Ibid., 13/1/1966
  25. Il est administrateur de la Banque commerciale du Maroc, de la Compagnie africaine agricole et minière, de la Manutention marocaine, de la Société des filatures et tissages marocains: Augustin Hamon, Les maîtres de la France, T. 3, 1938, Banque commerciale du Maroc, Annuaire des entreprises coloniales, Maroc, 1951
  26. Le Monde, 7/10/1960. Cf. l'analyse de ses signataires dans Jean-François Sirinelli, "Guerre d'Algérie, guerre des pétitions ?" in J-F. Sirinelli, Jean-Pierre Rioux, La guerre d'Algérie et les intellectuels français, Complexe, 1991, p. 290-295
  27. Le Monde, 29/11/1965
  28. « L'Institut d'études occidentales lance un appel aux enseignants », sur lemonde.fr, .