Compagnie nationale du Rhône

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CNR (Compagnie Nationale du Rhône)
logo de Compagnie nationale du Rhône

Création 1933
Forme juridique Société anonyme d'intérêt général, à directoire et à conseil de surveillance. CNR est la seule société à détenir ce statut en France.
Slogan L'énergie au cœur des territoires
Siège social Lyon
Drapeau de France France
Direction Elisabeth Ayrault (Présidente du Directoire - Présidente Directrice Générale) - Thierry Saegeman (Directeur Général) - Julien Français (Directeur Général)
Effectif 1 372 (2015)
Site web www.cnr.tm.fr

Chiffre d’affaires en diminution 1,097 milliard (2015)
Résultat net en augmentation 105 millions (2015)

La Compagnie Nationale du Rhône (CNR) est le premier producteur français d’énergie exclusivement renouvelable (eau, vent, soleil)[1] et le concessionnaire du Rhône pour la production d’hydroélectricité, le transport fluvial et les usages agricoles[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Navigabilité sur le Rhône[modifier | modifier le code]

La navigabilité sur le Rhône dépend alors de l'état du fleuve. Le tirant d'eau est de 1,30 m aux basses eaux mais pouvait être réduit à 0,70 m. La durée des trajets entre Arles et Lyon pouvait être de 27 à 28 jours aux basses eaux et de 50 jours aux hautes eaux. Le tonnage des bateaux variait suivant l'état du fleuve. Les coûts étaient différents à la montée (0,15 à 0,22 franc la tonne kilomètrique) et à la descente (0,05 à 0,11 franc la tonne kilométrique).

En 1829, l'apparition des bateaux à vapeur sur le Rhône a modifié le mode de navigation sur le Rhône avec la création de compagnies de navigation utilisant des bateaux de 42 m de long et de 1,08 m de tirant d'eau et des moteurs d'une puissance de 50 chevaux.

La navigation sur le Rhône, entre Lyon et Marseille a été importante jusqu'à l'ouverture de la première ligne de chemin de fer reliant Lyon à Avignon, en 1854. Le tonnage moyen, flottage compris, est passé de :

1855 : 559 000 tonnes,
1856 : 463 000 tonnes,
1859 : 210 000 tonnes,
1880 : 155 000 tonnes.

Premiers aménagements. Loi du 18 mai 1878 et ses limites[modifier | modifier le code]

Une loi est adoptée le 13 mai 1878 pour améliorer le cours du Rhône entre Lyon et la Méditerranée avec un budget de 45 millions de francs. Il est envisagé de construire des digues et des épis, de couper certaines sinuosités et d'enlever des rochers sur les rapides pour former un chenal aussi profond et large que possible. Ces travaux ont permis de passer le tirant d'eau minimum à l'étiage de 0,50 m à 1,30 m faisant remonter le tonnage à :

1903 : 310 000 tonnes, mais sans grande variation à partir de cette date :
1904 : 201 545 tonnes
1905 : 289 191 tonnes
1906 : 249 089 tonnes
1907 : 266 931 tonnes
1910 : 236 295 tonnes
1913 : 280 903 tonnes.

Pendant la même période, le tonnage transporté par les voies de chemin de fer situées sur les deux rives du Rhône transportaient 2 900 000 tonnes en 1875 et 4 600 000 tonnes en 1905. On constate aussi que le trafic sur l'ensemble des voies navigables françaises augmente aussi pendant la même période alors qu'il stagne sur le Rhône.

Pour expliquer cette stagnation du trafic fluviale, les ingénieurs constatent qu'il est dû au coût du transport par rapport à celui des autres voies navigables. La loi du 13 mai 1878 a permis d'augmenter le tirant d'eau et de réduire les périodes de chômage dues aux basses eaux de 70 à 5 jours, mais la vitesse du courant est encore trop forte dans certaines zones. Si on considère la distance entre Lyon et la Méditerranées de 335 km et le niveau du Rhône à Lyon de 160 m, on pourrait avoir une pente moyenne de 0,41 m/km, alors qu'elle peut atteindre 0,81 m/km entre Donzère et Valence. Parallèlement aux aménagements du Rhône, les compagnies de navigation ont fait évoluer leurs bateaux pour diminuer les coûts du transport. Les bateaux ont une longueur de 110 m en 1848, 133 m en 1850, 153 m en 1857, passant leur tonnage de 400 à 700 tonnes pour un tirant d'eau de 1,40 m, et en adoptant des bateaux à grappins qui ont des roues permettant de prendre appui dans le lit du fleuve. L'approfondissement du lit du fleuve ne permettant plus aux roues dentées des grappins de fonctionner, le compagnie Le Havre-Paris-Lyon-Méditerranée a adopté en 1892 un système de touage avec des remorqueurs ayant une puissance de 800 à 1000 chevaux. En 1911, le système a été amélioré en créant la Compagnie Lyonnaise de Navigation et de Remorquage. Cependant, la navigation du Rhône est restée difficile, nécessitant des compagnies puissantes, et donc en petit nombre pour se faire une réelle concurrence en dehors des chemins de fer.

Projet de canal latéral au Rhône[modifier | modifier le code]

Un projet de canal latéral au Rhône a été dressé en 1907 par l'ingénieur en chef des ponts et chaussées Armand et doit permettre aux péniches flamandes arrivant par la Saône de naviguer sur le canal. Il suit d'abord la rive droite et doit franchir le Rhône par un pont-canal en aval de Vienne pour suivre la rive gauche jusqu'à Arles. Le resserrement de la vallée du Rhône en certains points l'a conduit à prévoir plusieurs souterrains sur une longueur cumulée de 20 km sur une longueur totale du canal de 271 km. La différence de niveaux de 160 m est reprise par 31 écluses dont la chute varie entre 2 et 7 mètres. L'alimentation en eau est prévue en excédent pour actionner des usines hydroélectriques permettant de fournir le courant électrique nécessaire au canal. Le canal à 2,50 m de mouillage avec une largeur de 19,50 m au plafond. Le coût est estimé à 506 millions de francs. Il est prévu de réaliser le canal par tronçons en commençant par la partie où la navigation est la plus difficile, entre les confluents de l'Isère et de l'Ardèche. Si la Chambre de Commerce de Lyon s'est montrée favorable au projet, le Conseil général des ponts et chaussées y a été défavorable dans un rapport publié au Journal officiel du 29 juillet 1909 en indiquant que les avantages à retirer du canal étaient hors de proportion par rapport à son coût pour l'État[3]

Loi du 27 mai 1921[modifier | modifier le code]

Le programme d'aménagement du Rhône a fait l'objet d'études qui ont commencé dès les années 1910. Elles ont abouti à la loi Rhône, votée le 27 mai 1921 approuvant les travaux d'aménagement du Rhône entre la frontière Franco-Suisse et la Méditerranée du point de vue de la force motrice, de la navigation et de l'irrigation[4]. Elle est promulguée dix ans plus tard, pour encadrer l’aménagement du fleuve.

Création de la Compagnie nationale du Rhône[modifier | modifier le code]

La Compagnie Nationale du Rhône a été créée le 27 mai 1933[5] pour permettre sa réalisation. En 1934, l’État confie à CNR, pour 75 ans, la concession unique du Rhône[6] pour son aménagement et sa valorisation en lui fixant trois missions solidaires : production d’hydroélectricité, navigation et irrigation.

En 1938, CNR inaugure sa première réalisation, le port de Lyon[7], et dix ans plus tard, en 1948, elle met en service le barrage-centrale de Génissiat[8]. En 1946, l’État nationalise le service public d’électricité et crée EDF. L’État préserve toutefois l’existence de CNR qui se concentre sur un rôle d’aménageur fluvial. De 1948 à 2001, dans le cadre d’un dispositif conventionnel, EDF exploite les centrales hydroélectriques, en commercialise la production et conserve les recettes. CNR construit les ouvrages du Rhône (19 centrales de 1948 à 1986) et est rémunérée pour ses missions dans le cadre d’un forfait négocié avec EDF. Le barrage-centrale de Bollène est mis en service en 1952 et le premier aménagement de Sault-Brénaz en 1946.

Privatisation de la Compagnie nationale du Rhône[modifier | modifier le code]

En 2000, la loi sur la modernisation et le développement du service public d’électricité prépare la libéralisation du marché. CNR retrouve son statut de producteur indépendant de plein exercice en 2001. En 2002, un accord social et industriel unique organise la transmission des compétences d’EDF vers CNR et le transfert du personnel. Plus de 300 agents d’EDF intègrent CNR, le 1er janvier 2006. En 2003, un décret détermine les nouveaux statuts et le cahier des charges de CNR. Electrabel, filiale du groupe Suez, entre au capital de CNR. En 2003, CNR créer CN’Air, une filiale qui a pour vocation le développement, l’investissement, la réalisation et l’exploitation de nouveaux moyens de production d’électricité renouvelable : éolien, petite hydraulique et photovoltaïque, en France et en Europe.

CNR lance son 1er plan MIG en 2004. Ces missions, sous forme de plans quinquennaux, ont été proposées par CNR pour redistribuer aux territoires une partie de la valeur dégagée par l’exploitation du fleuve Rhône. En 2006, CNR se diversifie dans l’éolien et le photovoltaïque, travaille au développement de nouvelles énergies renouvelables (hydrogène[9],[10], hydrolienne[11])[1] et de la mobilité électrique[12], tout en proposant son expertise en gestion des énergies intermittentes et des prestations d’ingénierie à des tiers. Elle réalise 2 plans de missions d’intérêt général et lance le 3e, en 2014.

Missions[modifier | modifier le code]

Usine d'Avignon

Depuis 1934, CNR exploite et aménage le fleuve dans le cadre de trois missions confiées par l’État : produire de l’électricité, développer la navigation fluviale, favoriser l’irrigation[13].

CNR est concepteur et exploitant des centrales hydroélectriques, barrages et écluses du Rhône. Elle a construit sur le fleuve des sites industriels et portuaires, des ports de plaisance, des haltes nautiques et des bases de loisirs. En septembre 2015, CNR exploite 19 centrales hydro-électriques sur le Rhône, 14 centrales photovoltaïques et 33 parcs éoliens. Sa production s'élève en moyenne à 14 milliards de kWh par an.

Depuis plus de 80 ans[14], CNR intervient sur le Rhône à plusieurs niveaux : étude, conception, exploitation d’ouvrages, commercialisation de la production, prospection et développement d’actifs. L'entreprise commercialise des énergies intermittentes[15] à d’autres producteurs. CNR dispose d'un bureau d’ingénieurs conseil intégré et d'un laboratoire pour l'export de son expertise en ingénierie hydroélectrique, fluviale et environnementale à l'international[2].

En 2004, CNR a lancé une démarche pour participer à des investissements d’intérêt collectif[16], dont les objectifs sont : accompagner le développement économique, l’innovation et l’emploi en Vallée du Rhône, réunir les usagers du fleuve, les riverains et l’ensemble des acteurs autour de ce bien commun que représente le Rhône, transmettre aux générations futures un fleuve et un territoire valorisés.

Gouvernance[modifier | modifier le code]

La CNR est une société anonyme d’intérêt général dirigée par un directoire et administrée par un conseil de surveillance[5].

Le directoire est composé de trois membres, dont un président nommé par décret du président de la République, pour un mandat de cinq ans, sur proposition du conseil de surveillance, et de deux directeurs généraux nommés par le conseil de surveillance pour la même durée. Élisabeth Ayrault est présidente du directoire depuis 2016[17],[18]. Les directeurs généraux sont Julien Français[19] et Thierry Saegeman[20],[21].

Le conseil de surveillance est composé de 18 membres : deux représentants de l'État ; treize représentants des actionnaires et trois représentants du personnel de CNR.

Actionnariat[modifier | modifier le code]

L’actionnariat de CNR repose sur un équilibre public-privé[22]. Majoritairement public, Groupe Caisse des Dépôts (33,20 %) et collectivités locales (16,83 %), CNR a pour actionnaire de référence le groupe ENGIE (49,97 %)[23].

Patrimoine[modifier | modifier le code]

Une écluse

Au 31 décembre 2015, le patrimoine de CNR compte[24] : 19 barrages (Génissiat, Seyssel, Motz, Lavours, Champagneux, Sault-Brénaz, Pierre-Bénite, Reventin-Vaugris, Saint-Pierre-de-Bœuf, Arras-sur-Rhône, Bourg-lès-Valence, Charmes-sur-Rhône, Le Pouzin, Châteauneuf-du-Rhône, Bollène, Caderousse, Avignon, Sauveterre, Beaucaire) ; 19 centrales hydroélectriques (Génissiat, Seyssel, Anglefort, Brens-Virignin, Brégnier-Cordon, Sault-Brénaz, Pierre-Bénite, Reventin-Vaugris, Sablons, Gervans, Bourg-lès-Valence, Beauchastel, Le Logis Neuf, Châteauneuf-du-Rhône, Bollène, Caderousse, Avignon, Sauveterre, Beaucaire) ; 1 centrale en coexploitation : Chancy-Pougny[25] ; 21 petites centrales hydroélectriques et mini-centrales hydroélectriques ; 33 parcs éoliens (dont 26 hors Vallée du Rhône) ; 14 centrales photovoltaïques ; 330 km de voies navigables à grand gabarit ; 27 000 hectares de domaine concédé, 14 000 hectares de fleuve et 13 000 hectares terrestres dont 836 amodiés ; 18 sites industriels et portuaires.

Production[modifier | modifier le code]

La puissance installée au 31 décembre 2015 est de 3 464 MW[26]. Elle est d'origine hydraulique pour 3 035 MW, éolienne pour 382 MW et photovoltaïque pour 47 MWc ; pour une production d'électricité en 2015 de 14,4 TWh[23]. Depuis le , le centre opérationnel de téléconduite situé à Lyon pilote directement à distance l'ensemble des barrages et des centrales de la CNR[27].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Pauline JOSIEN, « COMPAGNIE NATIONALE DU RHONE - Labellucie », sur www.labellucie.com (consulté le 26 juillet 2016)
  2. a et b « Compagnie Nationale du Rhône - Site Officiel de la Ville de Lyon », sur www.lyon.fr (consulté le 26 juillet 2016)
  3. État actuel de la navigation sur le Rhône, dans Le Génie civil, no 1769, 8 juillet 1916, p. 20-24 (lire en ligne)
  4. Constitution de la Compagnie nationale du Rhône, dans Le Génie civil, no 2652, 10 juin 1933, p. 546-548 (lire en ligne)
  5. a et b « CNR pour... Compagnie Nationale du Rhône | OnTheRhone.com », (consulté le 26 juillet 2016)
  6. « Devenir de la Compagnie nationale du Rhône - Sénat », sur www.senat.fr (consulté le 26 juillet 2016)
  7. « La CNR, autorité portuaire - Port Lyon Edouard Herriot (PLEH), CNR », sur www.portdelyon.fr (consulté le 26 juillet 2016)
  8. « barrage de Génissiat », sur www.saint-germain-sur-rhone.com (consulté le 26 juillet 2016)
  9. « Port de Lyon – CNR – Hydrogène vert », sur www.engie.com (consulté le 26 juillet 2016)
  10. « Le CNR imagine un réseau gazier pour l’hydrogène vert le long du Rhône », sur www.enviscope.com (consulté le 26 juillet 2016)
  11. « A chaque eau son hydrolienne - freemium - Chantiers », (consulté le 26 juillet 2016)
  12. « Bornes de recharge CNR Freshmile », sur www.freshmile.com (consulté le 26 juillet 2016)
  13. « Compagnie Nationale du Rhône - Observatoire de l'Industrie Electrique (OIE) », sur www.observatoire-electricite.fr (consulté le 26 juillet 2016)
  14. « La compagnie Nationale du Rhône : 80 ans d’expertise de l’énergie Hydro-électrique », sur www.engie.com (consulté le 26 juillet 2016)
  15. « Visite du Centre d’Optimisation et de Conduite de la Production Intermittente de la Compagnie Nationale du Rhône | SEE », sur www.see.asso.fr (consulté le 26 juillet 2016)
  16. « De nouvelles missions d’intérêt général pour la CNR - Rhône Alpes - Décideurs en Région », sur www.decideursenregion.fr (consulté le 26 juillet 2016)
  17. « Elisabeth Ayrault est nommée présidente du directoire de la compagnie nationale du Rhône » (consulté le 26 juillet 2016)
  18. AFP, « Élisabeth Ayrault à la présidence de la CNR » (consulté le 26 juillet 2016)
  19. « Julien FRANCAIS, Directeur général de CNR | Interview RSE », sur www.rse-innovation.fr (consulté le 26 juillet 2016)
  20. « COMPAGNIE NATIONALE DU RHÔNE : Thierry Saegeman », sur lesechos.fr, (consulté le 26 juillet 2016)
  21. « Thierry Saegeman nommé directeur général de la CNR » (consulté le 26 juillet 2016)
  22. « La Compagnie Nationale du Rhône (CNR) : un modèle économique à suivre ? - France 3 Rhône-Alpes » (consulté le 26 juillet 2016)
  23. a et b « Compagnie Nationale du Rhône » (consulté le 26 juillet 2016)
  24. « CNR en chiffres », sur www.cnr.tm.fr (consulté le 26 juillet 2016)
  25. « Le barrage de Chancy-Pougny », sur http://www.sig-ge.ch (consulté le 26 juillet 2016)
  26. le-tout-lyon.fr, « Elisabeth Ayrault, de l'énergie à revendre » (consulté le 26 juillet 2016)
  27. Thibaut Danancher, « La CNR prend la main à distance », Le Figaro Lyon, 2 novembre 2005