Sanatorium

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Icône de paronymie Cet article possède un paronyme ; voir : Sanitarium.

Un sanatorium est un établissement médical spécialisé dans le traitement des différentes formes de la tuberculose.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot vient de la racine latine sanatorius signifiant propre à guérir.

Principes fondateurs[modifier | modifier le code]

Le sanatorium est fondé sur :

  1. le traitement par la cure d'air, de lumière et de soleil.
    L'environnement naturel (mer, forêt, montagne...) et l'éloignement de la pollution des villes et des industries étaient aussi supposés contribuer à un retour à la santé. Le bâtiment doit donc être adapté à l'entrée du soleil et du grand air. Les sanatoriums n'étaient donc pas seulement localisés en montagne[1].
  2. l'isolement des tuberculeux contagieux.
    La promiscuité étant un facteur de contagion, les sanatoriums sont souvent très vastes et conçus de manière à y faciliter l'hygiène. L'isolement avait aussi pour fonction de préserver les tuberculeux des sollicitations d'une vie sociale considérée comme source de fatigue ; le sanatorium se devait d'être un lieu de repos (quoiqu'il ait pu en exister où l'exercice d'un certain travail ait été considéré comme bénéfique)[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Au début du XXe siècle, la tuberculose surnommée « peste blanche » fait des ravages. Au cours du XIXe siècle, on évalue à plus de 10 millions les victimes de la tuberculose[2]. Elle touche principalement la classe ouvrière, la moins bien nourrie[3] et logée, les conditions de logement et le surpeuplement des lieux de travail étant, en terme de promiscuité[4], des éléments déterminants de la propagation de la maladie. Cette maladie menace aussi par extension les quartiers bourgeois où la tuberculose est appelée « la maladie des petites bonnes », d'où les politiques engagés dans le mouvement hygiéniste et la construction de sanatoriums qui devient un des investissements publics programmés pour lutter contre la tuberculose[5].

Premier sanatorium de France, l'hôpital maritime de Berck a été construit dans le Pas-de-Calais, près de Calais, sur un littoral dunaire isolé, en 1861, initialement pour les enfants scrofuleux, rachitiques et « lymphatiques », dénominations qui recouvraient à l'époque de véritables tuberculoses (la scrofule étant une atteinte tuberculeuse ganglionnaire et cutanée), ainsi que d'autres pathologies liées à la malnutrition, aux pollutions et aux mauvaises conditions d’hygiène et d’habitat qui régnaient dans cette région industrielle minière.

En 1893, le 1er Congrès International sur la tuberculose à Paris et le second à Berlin en 1899 présentent les techniques allemandes de sanatorium au monde médical.

Les sanatoriums (parfois écrit sanatoria au pluriel au XIXe siècle et début XXe) ont été massivement construits au début du XXe siècle dans des régions isolées de la pollution, en montagne, sur des plateaux ensoleillés ou face à la mer pour bénéficier du grand air et des vertus désinfectantes et reconstituantes du soleil (architecture héliotropique).

Rien qu'en France, ce sont 250 sanatoriums qui ont été construits de 1900 à 1950, période à laquelle les antibiotiques ont permis de lutter contre ce fléau. À la fin du XXe siècle, les résistances aux antibiotiques et la résurgence de la maladie dans certains pays pauvres et dans l'ex-URSS laissent penser que les sanatoriums pourraient peut-être retrouver leurs anciennes fonctions.

Le premier hôpital entièrement dédié aux phtisiques (tuberculose pulmonaire) fut en France celui de Sainte-Marie de Villepinte (Seine-Saint-Denis) achevé en 1880, sur initiative de l’« œuvre des jeunes filles poitrinaires » créée en 1878. Un second hôpital de phtisiques fut achevé 8 ans plus tard (en 1888) à Ormesson (Val-de-Marne) uniquement destiné à soigner de jeunes garçons de 2 à 16 ans, géré par l’« Œuvre des enfants tuberculeux » également créé en 1888. Certaines sources en attribuent l'initiative à sœur Candice, qui aurait même acheté, grâce à des dons, deux pavillons de l’exposition universelle afin de les ajouter au corps du sanatorium d'Ormesson[6]. Une succursale en sera ouverte à Villiers-sur-Marne en 1893[7].

À cette époque, plusieurs dizaines de sanatoriums existaient déjà en Allemagne, en Suisse et aux États-Unis.

Le retard français a été compensé notamment grâce à la diffusion par le médecin belge Moeller en 1894 d'une brochure illustrée sur les sanatoriums allemands et suisses [2], puis par deux thèses de médecine soutenues à Paris par Siegmund-Adolph Knopf (phtisiologue allemand pratiquant aux États-Unis), et par le français Paul Beaulavon[8], respectivement en 1895 et 1896, sur les sanatoriums. Knopf[9] encourage les sanatoriums en chapelets de petits chalets, sur le modèle du « Adirondack Cottage sanitorium » (État de New York, États-Unis) du Dr Edward-Livingston Trudeau, minimisant le risque de contagion, modèle qui a préfiguré celui du « Muskoka Cottage sanatorium » (Ontario, Canada). En 1899 le Dr Frederick-Rufenacht Walters (anglais) produira aussi un ouvrage illustré sur les divers modèles existants de sanatoriums[10].

Les adultes rechignant à se faire hospitaliser en sanatorium, quelques projets ont cherché à permettre aux couples ou familles de loger près des malades. L'un de ces projets a vu le jour en France en 1904 à Montigny-en-Ostrevent (département du Nord), à l'initiative du professeur Albert Calmette de l'Institut Pasteur de Lille sur le modèle du sanatorium de Saranac Lake aux États-Unis, promu par Knopf comme modèle d'excellence[11], mais sans pouvoir fonctionner à cause de la guerre (réquisition par les Allemands, puis sabotage par ceux-ci avant réquisition par les Anglais) ; il sert aujourd'hui à la rééducation des grands blessés.

En France en 1919, la loi Honnorat, faisant suite à la loi Léon Bourgeois du 15 avril 1916 qui instituait des dispensaires d'hygiène sociale, impose la création d'un sanatorium par département[12]. La mission Rockefeller, financée par la fondation du même nom, s’assigne pour objectif en 1917 de stimuler cet effort public avant de passer la main au Comité national de défense contre la tuberculose (CNDT) créé en [13].

La tuberculose frappe surtout les couches les plus pauvres de la population mais les sanatoriums soignent également de nombreux blessés, dont les brûlés à l'ypérite durant la Première Guerre mondiale ou après celle-ci.

En 1943, Albert Schatz isole la streptomycine qui devient le médicament contre cette maladie. Dès lors, le traitement de la maladie par cet antibiotique ou d'autres médicaments antituberculeux entraîne la fermeture des sanatoriums les uns après les autres, les bâtiments étant parfois reconvertis en logements, écoles ou autres institutions[14].

Architecture[modifier | modifier le code]

Certains architectes ont marqué de leur empreinte l'histoire de la conception et des formes des sanatoriums, Jan Duiker (Pays-Bas), Alvar Aalto (Finlande), Louis Sainsaulieu, André Lurçat, et Pol Abraham ou Henry Jacques Le Même en France. Cette architecture a principalement été influencée par des modèles allemands, suisses, hollandais, et nord-américains[15].

Ils sont souvent associés à une végétation de pins et / ou de sapins (dont les essences étaient réputées pour favoriser la guérison des maladies pulmonaires et respiratoires).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/xxs_0294-1759_1991_num_30_1_2373
  2. Stéphane Henry, Vaincre la tuberculose (1879-1939): La Normandie en proie à la peste blanche, Publication Universitaire Rouen Havre, , p. 47.
  3. Le pouvoir pathogène de la maladie est relativement liée à l'état nutritionnel. Des sujets convenablement alimentés lui résistent beaucoup mieux que ceux qui souffrent de malnutrition. Cf. Bi Puranen, « La tuberculose et le déclin de la mortalité en Suède », Annales de démographie historique, no 1,‎ , p. 90.
  4. Cette promiscuité est également repérée dans l'armée, sur les navires ou dans les couvents, fait apparaître des taux de tuberculose.
  5. Jean-Bernard Cremnitzer, Architecture et santé : le temps du sanatorium en France et en Europe, Picard, , p. 104-145.
  6. Sur les traces des expositions universelles, Paris,1855 - 1937 Par Sylvain Ageorges aux éditions Parigramme. http://www.expositions-universelles.fr/1889-pavillon-ambulances-francaises.html
  7. - Rochard J.-E. Traité d’hygiène publique et privée. Paris : Octave Doin, 1897. Hôpitaux pour les tuberculeux, p. 369-371.
  8. Paul Beaulavon, A.-M.-P. Contribution à l’étude du traitement de la tuberculose pulmonaire dans les sanatoria. Thèse de médecine, Paris, 1896.
  9. Knopf, S.-A. Les sanatoria. Traitement et prophylaxie de la phtisie pulmonaire. Thèse de médecine, Paris, 1895.
  10. WALTERS, Fr.-R. Sanatoria for consumptives in various parts of the world... London : Swan Sonnenschein and Co, 1899.
  11. Le sanatorium familial de Montigny-en-Ostrevent (Nord) : échec d’une tentative de création d’un établissement antituberculeux modèle, de caractère national
  12. Yvonne Knibiehler, « La « lutte antituberculeuse » instrument de la médicalisation des classes populaires (1870-1930) », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, vol. 86, no 2,‎ , p. 325-329
  13. Lion Murard et Patrick Zilbermann, « La mission Rockefeller en France et la création du Comité national de défense contre la tuberculose (1917-1923) », Revue d’histoire moderne et contemporaine, no 34-2,‎ , p. 200.
  14. (en) Kurt Link, Understanding New, Resurgent, and Resistant Diseases, Greenwood Publishing Group, , p. 50.
  15. Jean-Bernard Cremnitzer, « Architecture et santé : Le temps du sanatorium en France et en Europe », Ed : A et J Picard, Collection : Architectures contemporaines, 1 octobre 2005, (ISBN 978-2-7084-0749-7)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]