Sigmund Freud

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Sigmund Freud

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Sigmund Freud par Max Halberstadt en 1922.

Biographie
Naissance 6 mai 1856
Freiberg, Moravie
Drapeau de l'Autriche Empire d'Autriche
Décès 23 septembre 1939 (à 83 ans)
Hampstead, Londres
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Nationalité Drapeau : Autriche Autrichienne
Thématique
Formation Médecine (neurologie)
Titres Professeur,
Privat-docent (1885),
Professeur Extraordinarius (1896),
Prix Goethe (1930)
Travaux Psychanalyse
Idées remarquables InconscientCure psychanalytique - TransfertComplexe d’Œdipe - Sexualité infantilePremière et seconde topiques
Auteurs associés
Partisans
(A influencé)
Karl Abraham, Sándor Ferenczi, Ernest Jones, Mélanie Klein, Jacques Lacan
Détracteurs
(Critiques)
Alfred Adler, Otto Rank, Carl Gustav Jung, Wilhelm Reich, Michel Onfray
Freud en 1900.

Sigmund Freud (prononciation allemande : [ˈziːkmʊnt ˈfʁɔʏt ] ; prononciation française [fʁøːd ] ou [fʁœjd ]) né Sigismund Schlomo Freud le 6 mai 1856[1] à Freiberg, Moravie (Autriche, aujourd'hui Příbor, en République tchèque), et mort le 23 septembre 1939 à Londres (Royaume-Uni), est un médecin neurologue autrichien, fondateur de la psychanalyse.

Médecin viennois, Freud rencontre plusieurs personnalités importantes pour le développement de la psychanalyse, dont il est le principal théoricien .Son amitié avec Wilhelm Fliess, sa collaboration avec Josef Breuer, l'influence de Jean-Martin Charcot (médecin français) et des théories sur l'hypnose de l'École de la Salpêtrière (Paris) vont le conduire à repenser les processus et instances psychiques, et en premier lieu les concepts d'inconscient, de rêve et de névrose puis à proposer une technique de thérapie, la cure psychanalytique.

Freud regroupe une génération de psychothérapeutes qui, peu à peu, élaborent la psychanalyse, d'abord en Autriche, en Suisse, à Berlin, puis à Paris, Londres et aux États-Unis. En dépit des scissions internes et des critiques émanant de certains psychiatres, notamment, et malgré les années de guerre, la psychanalyse s'installe comme une nouvelle discipline des sciences humaines dès 1920. En 1938, Freud, menacé par le régime nazi, quitte alors Vienne pour s'exiler à Londres, où il meurt d'un cancer de la mâchoire en 1939.

La « psycho-analyse », dont le terme apparaît en 1896, repose sur plusieurs hypothèses et concepts élaborés ou repris par Freud. La technique de la cure, dès 1898 sous la forme de la méthode cathartique, avec Josef Breuer, puis le développement de la cure type, est le principal apport de la psychanalyse. L'hypothèse de l'inconscient approfondit la représentation du psychisme. Des concepts, comme ceux de refoulement, de censure, de narcissisme, de Moi et d'idéal du Moi, ou davantage métapsychologiques comme les pulsions, la première topique et la seconde topique, le complexe d'Œdipe ou l'angoisse de castration, entre autres, vont, peu à peu, développer et complexifier la théorie psychanalytique, à la fois « science de l'inconscient », selon Paul-Laurent Assoun et savoir sur les processus psychiques et thérapeutiques.

Sommaire

Biographie[modifier | modifier le code]

Les articles « Histoire de la psychanalyse » et Biographie de Sigmund Freud sont des compléments historiques et bibliographiques à ce sujet

Les biographes de Freud[modifier | modifier le code]

Freud

L'histoire de la vie de Freud (prononciation allemande : [ˈsiːkmʊnt ˈfʁɔʏt] ; prononciation française [fʁøːd] ou [fʁœjd][2]) est celle de la psychanalyse[Freud 1]. Elle a fait l'objet de centaines d'articles et de quelques dizaines de biographies dont la plus connue est celle de Ernest Jones (La vie et l'œuvre de Sigmund Freud, 1953 à 1958), proche contemporain de Freud, qui est devenue une référence bien que critiquée pour ses aspects hagiographiques. Le premier biographe fut cependant Fritz Wittels, qui publie en 1924 Freud. L'homme, la doctrine, l'école. L'écrivain Stefan Zweig a aussi écrit une biographie (La Guérison par l'esprit, 1932) de son ami Freud[3]. Le médecin de Freud, Max Schur, devenu psychanalyste, a analysé son rapport à la mort, dans la clinique et la théorie puis face à la maladie qui devait l'emporter en 1939 (La Mort dans la vie et l'œuvre de Freud, 1972).

De nombreux contemporains ou disciples lui ont également consacré une biographie, souvent hagiographique, tels Lou Andreas-Salomé, Thomas Mann, Siegfried Bernfield, Ola Andersson, Kurt Robert Eissler, Carl Schorske. Didier Anzieu a publié une biographie (L'auto-analyse de Freud et la découverte de la psychanalyse, 1998) très détaillée de l'auto-analyse de Freud et du processus créatif qui en a découlé. Marthe Robert est l'auteure d'une biographie littéraire (La Révolution psychanalytique, 2002). Peter Gay a écrit Freud une vie (1991). Henri F. Ellenberger a consacré une partie de son livre au devenir de certains des patients de Breuer et de Freud dans Histoire de la découverte de l'inconscient (1970). Ellenberger est le premier à avoir insisté sur les légendes associées à l'histoire de la psychanalyse (il parle de « la légende freudienne »), arguant même qu'il faudrait, selon lui, développer une « étude scientifique des légendes »[4].

Freud en 1926

Les derniers ouvrages critiques édités ont pour auteurs : Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani (Le Dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse, 2006), Jacques Bénesteau (Mensonges freudiens. Histoire d'une désinformation séculaire, 2002) ou encore le philosophe Michel Onfray (Le crépuscule d'une idole, 2010). Alain de Mijolla a publié un écrit sur Freud et la France (Freud et la France, 1885-1945, 2010) qui analyse les relations complexes entre Freud et les intellectuels français (analystes et médecins, mais aussi écrivains, journalistes, poètes ou philosophes) jusqu'en 1945.

Enfance et études (1856–1882)[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Sigmund[5] Freud naît le 6 mai 1856 à Freiberg en Moravie, dans l'Empire d'Autriche. L'histoire de sa famille, originaire de Galicie[B 1], est peu connue[D 1]. Troisième fils de Kalamon Jakob Freud, modeste négociant, certainement marchand de laine[D 2], et d'Amalia Nathanson (1836-1931), il est le premier enfant de son dernier mariage[Notes 1]. Sigmund est l'aîné de sa fratrie, composée de cinq sœurs (Anna, Rosa, Mitzi, Dolfi et Paula) et d'un frère, Alexander[B 2].

La maison natale de Freud, à Příbor

Selon Henri F. Ellenberger, « la vie de Freud offre l'exemple d'une ascension sociale progressive depuis la classe moyenne inférieure jusqu'à la plus haute bourgeoisie »[D 3]. Sa famille suit ainsi la tendance à l'assimilation qui est celle de la plupart des Juifs de Vienne[D 4], en effet le jeune Sigmund n'est pas élevé dans le strict respect de l'orthodoxie juive. Bien que circoncis à la naissance, son éducation n'est pas traditionaliste et est ouverte à la philosophie des Lumières. Il parle l'allemand, le yiddish et semble connaître l'espagnol à travers un dialecte mêlé d'hébreu alors couramment employé dans la communauté séfarade de Vienne, bien qu'il fût lui-même ashkénaze[D 5].

Il passe à Freiberg ses trois premières années puis les Freud s'installent à Leipzig pour s'établir définitivement, en février 1860, dans le quartier juif de Vienne, ancien ghetto de la capitale autrichienne. Il y réside jusqu'à son exil forcé, après l'invasion nazie de 1938[D 6]. De 1860 à 1865, son père change toutefois à plusieurs reprises d'appartement, pour s'installer enfin dans la Pfeffergasse, dans le quartier juif de Leopoldstadt[D 7].

Recevant ses premières leçons de sa mère puis de son père, il est d'abord envoyé, d'après le souvenir de sa sœur, dans une école privée. À neuf ans, le jeune Freud réussit l'épreuve d'admission au Communal-Realgymnasium (plus tard appelé Communal-Real-und- Obergymnasium) de Leopoldstadt[6]. Le jeune Sigmund fréquente les écoles élémentaires juives du voisinage, puis, de 1866 à 1873, l'école secondaire. Brillant élève, il est le premier de sa classe pendant ses sept dernières années de scolarité secondaire au lycée communal (Sperlgymnasium). Il a pour professeurs le naturaliste Alois Pokorny, l'historien Annaka, le professeur de religion juive Samuel Hammerschlag[7] et le politicien Victor von Kraus[D 8]. À l'âge de huit ans, Freud lit Shakespeare, Homère, Schiller ou Goethe[B 3],[A 1]. Il apprend également l'espagnol, certainement aux côtés d'Eduard Silberstein, son ami d'enfance et avec lequel il entretient par la suite une riche correspondance. Obtenant la mention « excellent » à l'examen de maturité — Maturat — Freud quitte le lycée en été 1873. Après avoir brièvement incliné vers le droit sous l'influence d'un de ses amis, Heinrich Braun, qui s'oriente vers la politique sociale[6], il se montre plus intéressé par la carrière de zoologue. C'est en effet la lecture par Carl Brühl d'un poème intitulé Nature, alors attribué à Goethe, lors d'une conférence publique[D 9] qui le fait opter pour cette carrière. Cependant, il choisit la médecine[B 4] et commence ses études à la rentrée d'hiver 1873. Il se passionne pour la biologie darwinienne qui sert de modèle à tous ses travaux[8].

Études[modifier | modifier le code]

Il obtient son diplôme le 31 mars 1881, soit huit années après son entrée à l'université, au lieu des cinq attendues. La raison est que le jeune Freud profite de sa liberté académique en tant qu'étudiant de l'université de Vienne pour effectuer deux séjours durant l'année 1876 dans la station de zoologie marine expérimentale de Trieste, sous la responsabilité de Carl Claus[C 1], puis pour travailler de 1876 à 1882 auprès d'Ernst Wilhelm von Brücke[B 5], dont les théories rigoureusement physiologiques l'influencent[D 10].

À l'institut de Brücke (le Physiologisches Institut), où il entre en octobre 1876, en qualité de jeune physiologiste-assistant, Freud fait la connaissance des docteurs Sigmund Exner et de Fleischl von Marxow, et surtout du docteur Josef Breuer, un « collègue stimulant » pour lui et qui aiguise sa curiosité avec le cas d'une jeune hystérique connue plus tard sous le pseudonyme d'« Anna O.[D 11] ». Chez Ernst Brücke, Freud concentre ses travaux sur deux domaines à l'importance reconnue peu après : les neurones (dont certaines assertions sont reprises dans l'article « Esquisse d'une psychologie scientifique »)[C 2] et la cocaïne[B 6]. Selon Alain de Mijolla, Freud découvre à ce moment les théories positivistes d'Emil du Bois-Reymond, dont il devient un adepte, et qui expliquent la biologie par des forces physico-chimiques dont les effets sont liés à un déterminisme rigoureux[C 3].

Son service militaire, de 1879 à 1880, retarde également la fin de son cursus universitaire. Il en profite pour commencer la traduction des Collected Works du philosophe John Stuart Mill[9] et continue à approfondir sa connaissance des théories de Charles Darwin[B 7]. Parallèlement, le jeune étudiant assiste aux cours de Franz Brentano et lit avec avidité Les Penseurs de la Grèce de Theodor Gomperz et surtout les volumes de l’Histoire de la civilisation grecque de Jacob Burckhardt. Il passe ensuite ses deux premiers rigorosa en juin 1880 et le troisième en mars 1881 et obtient son diplôme le 31 mars 1881, devenant alors à titre temporaire préparateur dans le laboratoire de Brücke. Il travaille ensuite deux semestres dans le laboratoire de chimie du professeur Ludwig. Parallèlement, Freud poursuit ses recherches histologiques[D 12]. Il est par ailleurs très impressionné par les démonstrations du magnétiseur danois Carl Hansen qui se produit alors à Vienne en 1880[10].

Le 31 juillet 1881 il est recruté comme assistant chirurgien auprès de Theodor Billroth à l’Hôpital général de Vienne ; il n'occupe ce poste que deux mois[11].

En juin 1882, il quitte le laboratoire d'Ernst Brücke pour embrasser une carrière de médecin praticien, sans grand enthousiasme toutefois[D 13]. Deux explications existent sur ce point. Selon Freud lui-même, Brücke lui a conseillé de commencer à pratiquer en hôpital pour se faire une situation alors que pour Siegfried Bernfeld et Ernest Jones, ses biographes, c'est son projet de mariage qui l'oblige à renoncer au plaisir de la recherche en laboratoire. Sigmund Freud a en effet rencontré Martha Bernays (1861-1951), issue d'une famille commerçante juive, en juin 1882[B 8], et, très tôt les conventions familiales alors en vigueur obligent les deux fiancés à se marier, d'autant plus que leur situation financière est très précaire[D 14]. Néanmoins, le jeune couple ne se marie qu'en 1886, Freud ayant conditionné son alliance avec Martha Bernays à l'obtention de son cabinet de consultation. En octobre 1882, il entre dans le service de chirurgie de l'hôpital de Vienne, alors l'un des centres les plus réputés du monde[D 15]. Après deux mois, il travaille comme aspirant, sous la responsabilité du médecin Nothnagel et ce jusqu'en avril 1883. Il est nommé le 1er mai 1883 Sekundararzt au service de psychiatrie de Theodor Meynert dans lequel il poursuit des études histologiques sur la moelle épinière, jusqu'en 1886[D 16].

De l'hystérie à la méthode cathartique (1883–1893)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hystérie.

Premières recherches[modifier | modifier le code]

Après avoir passé cinq années dans le service de Meynert, Freud entre en septembre 1883 dans la quatrième division du docteur Scholtz. Il y acquiert une expérience clinique auprès de malades nerveux. En décembre de la même année, à la suite de la lecture d'un article du docteur Aschenbrandt, il se livre à des expériences sur la cocaïne et en déduit qu'elle a une efficacité sur la fatigue et les symptômes de la neurasthénie. Dans son article de juillet 1884, « Über Coca »[Freud 2], il conseille son usage pour de multiples troubles. Freud, à la suite de la lecture d'un texte qui propose de traiter la morphinomanie par la cocaïne, traite un ami morphinomane, Fleischl, mais l'expérience tourne mal et ce dernier se suicide[D 17].

Bien qu'il l'ait nié publiquement à de nombreuses reprises, il fut lui-même consommateur de cocaïne entre 1884 et 1895, comme en atteste sa correspondance[12],[Freud 3],[13]. Il travaille sur sa découverte avec Carl Köller, qui mène alors des recherches sur un moyen d'anesthésier l'œil en vue de pratiquer des opérations peu invasives. Celui-ci informe ensuite Leopold Königstein qui applique cette méthode à la chirurgie. Tous deux communiquent leur découverte lors de la Société des médecins de Vienne en 1884, sans mentionner la primauté des travaux de Freud[D 18],[C 4].

Le jeune médecin est ensuite affecté au service d'ophtalmologie de mars à mai 1884, puis dans celui de dermatologie. Il y rédige un article sur le nerf auditif[Freud 4] qui reçoit un accueil favorable. En juin, il passe l'examen oral pour le poste de Privatdozent, et y présente son dernier article. Il est nommé le 18 juillet 1885 et, voyant sa demande de bourse de voyage acceptée, il décide d'aller étudier à Paris, auprès de Jean-Martin Charcot. Après six semaines de vacances auprès de sa fiancée, Freud s'installe donc dans cette ville. Admirateur du neurologue français, qu'il rencontre la première fois le 20 octobre 1885, il se propose de traduire ses écrits en langue allemande. Dès lors, le Français le remarque et l'invite à ses somptueuses soirées du faubourg Saint-Germain[B 9]. Cependant, il semble que Freud n'ait pas passé autant de temps qu'il le dit auprès de Charcot, puisqu'il quitte Paris le 28 février 1886[C 5] ; il en retire néanmoins toujours de la fierté et fait de ce séjour à Paris un moment clé de son existence[D 19]. Il reste en outre en contact épistolaire avec le Français.

La demeure de Freud, à Vienne.

En mars 1886, Freud étudie la pédiatrie à Berlin, avec Baginsky, et revient finalement à Vienne en avril. Il rédige son rapport sur l'hypnotisme tel qu'il est pratiqué à la Salpêtrière devant les membres du Club de physiologie et devant ceux de la Société de psychiatrie, tout en organisant les préparatifs de son mariage. Un article d'Albrecht Erlenmeyer le critique vivement quant aux dangers de l'usage de la cocaïne. Freud finit de traduire un volume des leçons de Charcot, qui paraît en juillet 1886, avec une préface de sa main. Après quelques mois de service militaire à Olmütz comme médecin de bataillon, Freud épouse Martha Bernays le 13 octobre 1886, à Wandsbek ; ils passent leur voyage de noces sur la mer Baltique. Dès son retour à Vienne, Freud aménage son cabinet dans l'« Erste Öffentliche Kinder-Krankeninstitut » (« Premier institut public des malades pour des enfants ») et travaille parallèlement avec l'Institut Max-Kassowitz, un hôpital pédiatrique privé où il est affecté au service neurologique. Il travaille à l'institut de 1886 à 1896.

Le 15 octobre 1886, devant la Société des médecins de Vienne[D 20], Freud fait une allocution concernant l'hystérie masculine, discours demeuré célèbre dans la littérature psychanalytique sous le titre de « Beiträge zur Kasuistik der Hysterie » (publié en deux volumes). Ce sujet est alors polémique, d'autant plus que la conception classique de Charcot oppose l'hystérie post-traumatique à une hystérie dite simulée. S'appuyant sur la distinction entre « grande hystérie » (caractérisée par des convulsions et une hémianesthésie) et la « petite hystérie », et sur un cas pratique examiné à la Salpêtrière, Freud explique que l'hystérie masculine est plus fréquente que ce que les spécialistes observent habituellement[D 21]. Pour Freud, la névrose traumatique appartient au champ de l'hystérie masculine. La Société s'insurge contre cette opinion qui est, de plus, déjà connue des neurologues viennois. Selon Ellenberger, l'idéalisation de Freud pour Charcot lui vaut l'irritation de la Société, agacée par son attitude hautaine[D 22]. Blessé, Freud présente alors à la Société un cas d'hystérie masculine afin d'étayer sa théorie. La Société l'entend de nouveau, mais l’éconduit. Contrairement à une certaine légende autour de cet événement[D 23], Freud ne se retire pas de la Société ; il en devient même membre le 18 mars 1887.

La rencontre avec Wilhelm Fliess et la première topique[modifier | modifier le code]

Cette année-là, il fait la rencontre de Wilhelm Fliess, un médecin de Berlin qui poursuit des recherches sur la physiologie et la bisexualité, avec lequel il entretient une correspondance scientifique amicale[D 24],[B 10], mais toutefois ambiguë[C 6]. Par ailleurs, la famille Freud accumule les dettes, le cabinet médical n'attirant pas une abondante clientèle. De plus, Meynert se brouille avec Freud en 1889, à propos de la théorie de Charcot défendue par le Viennois. En 1889, celui-ci se dit très seul ; il ne peut communiquer réellement qu'avec son ami Josef Breuer. Ainsi il écrit : « j'étais totalement isolé. À Vienne on m'évitait, à l'étranger on ne s'intéressait pas à moi »[14]. Sa famille, nombreuse, l'aide également à surmonter cette période d'isolement professionnel[B 11]. Dès cette année, la pensée de Freud évolue. D'abord son intérêt pour Hippolyte Bernheim (dont il traduit le principal ouvrage De la suggestion et des applications thérapeutiques) lui fait aborder la technique de l'hypnose. Il se rend à Nancy, à l'école de Bernheim, et rencontre Ambroise-Auguste Liébeault en 1889 pour confirmer son opinion sur l'hypnose. Il y apprend que les hystériques conservent une forme de lucidité envers leurs symptômes, savoir qui peut être mobilisé par l'intervention d'un tiers, une idée qu'il reprend ultérieurement dans sa conception de l'inconscient[B 12], mais il conclut que l'hypnose n'a que peu d'efficacité dans le traitement général des cas pathologiques. Il pressent que le passé du patient doit jouer un rôle dans la compréhension des symptômes. Il décide de préférer à l’hypnose la « cure par la parole » de son ami Breuer[C 7],[E 1]. Après cette visite, il participe, en juillet, au Congrès international de psychologie de Paris.

En 1891, Freud publie son travail sur les paralysies cérébrales unilatérales chez les enfants, en collaboration avec Oscar Rie, pédiatre viennois, ami intime et médecin de la famille Freud. Puis il travaille à son étude critique des théories sur l'aphasie intitulée « Zur Auffassung der Aphasien » (Contribution à la conception des aphasies). Sa distance avec la pensée de Charcot y est maximale ; il y esquisse un « appareil de langage » (« Sprachapparat ») permettant de rendre compte des troubles de la fonction langagière. Ce modèle préfigure l'« appareil psychique » de sa première topique. Freud lie ainsi l'inconscient au langage[B 13]. En 1892, il édite sa traduction de l'ouvrage de Bernheim sous le titre Hypnotisme, suggestion, psychothérapie : études nouvelles (« Neue Studien über Hypnotismus, Suggestion und Psychotherapie »). La même année, il expose devant le Club médical viennois une conception proche du Français[Freud 5].

En 1893, Freud publie plusieurs articles sur l'hystérie en collaboration avec Josef Breuer et en particulier l'essai « Le Mécanisme psychique des phénomènes hystériques » (« Über den psychischen Mechanismus hysterischer Phänomene »). Il y défend la conception névrotique de l'hystérie, tout en proposant « une méthode thérapeutique fondée sur les notions de catharsis et d'abréaction »[D 25]. En 1894, avec son article « Névro-psychoses de défense » (« Die Abwehr-Neuropsychosen »), il se focalise sur la phobie. Il souffre de symptômes cardiaques et cesse de fumer. S'occupant de l'hystérie d'une patiente, du nom d'« Emma », Freud, influencé par la théorie de la bisexualité de Fliess[B 14], lui demande d'opérer la jeune femme du nez, car il pense que sa névrose y est liée. Mais Wilhelm Fliess commet une erreur médicale en oubliant la gaze iodoformée dans le nez de la patiente. Freud fait ensuite un rêve marquant (le rêve dit de l'« injection faite à Irma ») dans la nuit du 23 au 24 juillet 1895 sur cet accident et entreprend d'en analyser le sens au moyen de la méthode des associations libres ; « cette étude devait devenir, [note Ellenberger], le prototype de toute analyse des rêves »[D 26],[Notes 2].

L'invention de la psychanalyse : de l'hypnose à la cure psychanalytique (1893–1905)[modifier | modifier le code]

Freud et Breuer : Études sur l'hystérie[modifier | modifier le code]

En 1895, Breuer et Freud publient leur Études sur l'hystérie qui regroupent les cas traités depuis 1893, dont celui d'Anna O. (de son vrai nom Bertha Pappenheim). Anna O., patiente de Breuer, est présentée comme un exemple type de cure cathartique[B 15]. Avant de devenir la cure psychanalytique au sens strict, Freud a en effet dû abandonner la suggestion et l'hypnose, puis la méthode cathartique de Breuer, et prendre en compte le transfert, c'est-à-dire les sentiments du patient projetés sur l'analyste[B 16]. C'est en effet le transfert qui met Freud sur la voie d'une nouvelle approche, la projection dans le transfert informant sur la nature du conflit psychique dans lequel le patient est pris.

En 1896, considérant que sa théorie a droit de cité en psychologie, Freud la baptise du nom de « psycho-analyse[D 27] », mais le facteur sexuel n'est pas alors encore prédominant dans celle-ci[B 17]. Composé du grec ana (qui désigne la « remontée vers l'originaire », l'élémentaire), et de lysis (la « dissolution »), le terme désigne dès le départ la recherche des souvenirs archaïques en lien avec les symptômes[B 18]. Dès lors, Freud rompt avec Breuer, demeuré fidèle à la cure cathartique, et rédige un essai laissé inédit : Esquisse d'une psychologie scientifique. C'est dans un autre article, écrit en français : « L'hérédité et l'étiologie des névroses[Freud 6] », de 1896, qu'il explique sa nouvelle conception. Enfin, il rédige « Zur Äthiologie der Hysterie » (« L’Étiologie de l’hystérie »). Dans les deux articles apparaît pour la première fois sous la plume de Freud le mot « psychanalyse »[15].

Après la mort de son père, le 23 octobre 1896, Freud est abattu par la douleur. Il s'intéresse exclusivement à l'analyse de ses rêves et se livre à un « travail de fouille dans son passé »[A 2]. Nourrissant de la culpabilité pour son père décédé, il entreprend une auto-analyse. Il dit tenter d'analyser sa « petite hystérie » et ambitionner de mettre à jour la nature de l'appareil psychologique et de la névrose[D 28]. Lors de cette auto-analyse[B 19], et après avoir abandonné sa théorie de l'hystérie, ses souvenirs d'enfance affluent. Sa nourrice lui permet de développer la notion de « souvenir écran » par exemple alors qu'il voit dans les sentiments amoureux pour sa mère et dans sa jalousie pour son père une structure universelle qu'il rattache à l'histoire d'Œdipe et d'Hamlet[D 29]. Ses analyses de patients lui apportent des arguments dans l'édification d'une nouvelle conception, qui lui permet de revoir et l'hystérie et les obsessions. La correspondance avec Fliess témoigne de cette évolution de sa pensée ; c'est notamment dans une lettre du 15 octobre 1897 que Freud évoque pour la première fois le « complexe d'Œdipe[Freud 7] ». Le neurologue viennois explique ainsi : « J’ai trouvé en moi comme partout ailleurs des sentiments d’amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont, je pense, communs à tous les jeunes enfants. »[B 20]

Le 2 mai 1896, devant la Société de psychiatrie viennoise, présidée par Hermann Nothnagel et Krafft-Ebing, on lui délivre le titre d’« Extraordinarius »[Notes 3],[B 21]. Lors du Congrès international de psychologie à Munich en août 1896, le nom de Freud est cité parmi les autorités les plus compétentes dans le domaine alors qu'en 1897 Albert Willem Van Renterghem, psychiatre néerlandais, le cite comme l'une des figures de l'École de Nancy[D 30].

L'Interprétation des rêves et autres textes fondateurs[modifier | modifier le code]

Il annonce à Fliess, au début de l'année 1898, qu'il compte publier un ouvrage sur l'analyse des rêves, et, après une période de dépression, il édite L'Interprétation des rêves (« Die Traumdeutung »)[D 31],[C 8]. Il s'agit d'un ouvrage autobiographique qui se base sur le matériel de ses propres rêves. Cette période d'auto-analyse mêlée de névrose est, selon Henri F. Ellenberger, caractéristique de la « maladie créatrice », phase de dépression et de travail intense qui a permis à Freud d'élaborer la psychanalyse en dépassant ses problèmes personnels[D 32]. En novembre 1898, Freud se préoccupe des phases infantiles à dominante sexuelle dans son œuvre « Die Sexualität in der Ätiologie der Neurosen » (La sexualité dans l'étiologie des névroses). Dans cet ouvrage, Freud utilise le terme de « psychonévrose » délimité de la « neurasthénie »[16]

Sa situation, tant sociale que financière, s'améliore ; de 1899 à 1900, il exerce les fonctions d'assesseur de la Royal Society[17] de Londres en psychiatrie et neurologie pour la revue « Jahrbuch für Psychiatrie und Neurologie ». Par ailleurs, il travaille intensément à ses recherches et se dépeint comme un « conquistador[C 9] ». Il jouit en effet d'une clientèle lucrative et est reconnu par la société viennoise. En septembre 1901, il se sent capable de visiter Rome, en compagnie de son frère Alexander. La « Ville éternelle » l'a « toujours fasciné » et Freud, en raison de sa phobie des voyages[B 22],[A 3], a toujours remis à plus tard sa visite de l'Italie[B 23]. À Rome, il est « impressionné » par le Moïse de Michel-Ange[B 24]. Quelques années après, en 1914, il publie anonymement, dans la revue Imago, un essai intitulé « Der Moses des Michelangelo » (« Le Moïse de Michel-Ange »), dans lequel il oppose les deux figures, celle historique et celle mythique, du libérateur du peuple juif, Moïse[18].

Lors d'un passage à Dubrovnik (alors Raguse), Freud suppose que le mécanisme psychique du lapsus est révélateur d'un complexe inconscient[B 25]. La même année, deux psychiatres suisses, Carl Gustav Jung et Ludwig Binswanger de Zurich, se rallient à la psychanalyse naissante et, grâce à l'« école de Zurich », le mouvement s'amplifie en Europe et aux États-Unis[E 2]. Auparavant, en 1901, Eugen Bleuler, avec qui Freud commence une correspondance, est extrêmement impressionné par L'Interprétation des rêves. Il a en effet demandé à son second, Jung, de présenter l'ouvrage à l'équipe psychiatrique du Burghölzi. La Suisse devient ainsi une alliée de poids dans le développement du mouvement psychanalytique et ce dès 1900[19].

Bertha Pappenheim, cité sous le nom de Anna O.

De retour à Vienne, Freud rompt tout échange avec Fliess en 1902. Puis, il présente ses opinions scientifiques au cours de plusieurs conférences, devant le « Doktorenkollegium » de Vienne, puis devant le B'nai B'rith, un cercle de juifs laïcs ; elles sont bien accueillies. En automne 1902, sur l’initiative de Wilhelm Stekel, Freud réunit autour de lui un groupe d'intéressés, qui prend le nom de « Psychologische Mittwoch Gesellschaft » (« Société psychologique du mercredi ») et qui, chaque mercredi, discute de psychanalyse[Notes 4],[20]. Selon Ellenberger, à partir de cette date, la vie de Freud se confond avec l'histoire du mouvement psychanalytique[D 33],[E 3]. En France, ses travaux sont mentionnés lors du Congrès des médecins aliénistes et neurologistes de Grenoble la même année[21].

En 1904, il publie « Zur Psychopathologie des Alltagslebens » (Psychopathologie de la vie quotidienne). En septembre, il se rapproche d'Eugen Bleuler, de Zurich, et leur correspondance scientifique s'accroît. Les traitements engagés par Freud sur la base de ces hypothèses l'avaient déjà conduit à découvrir que tous ses patients n’ont pas subi de réels traumatismes sexuels dans leurs enfances : ils évoquent des fantasmes et racontent un « roman familial » auquel ils croient[E 4]. Simultanément, il découvre que certains patients semblent ne pas pouvoir guérir[E 5]. Ils résistent notamment en répétant et en transposant des sentiments anciens vers l'analyste : mécanisme que Freud appelle le « transfert » qu'il voit encore, et essentiellement, comme un frein à la guérison[E 6].

Freud en septembre 1909, lors de la série de conférences faites à la Clark University, à Worcester, Massachusetts. De gauche à droite, au premier rang Sigmund Freud, Stanley Hall, C. G. Jung ; au second : Abraham A. Brill, Ernest Jones, Sándor Ferenczi[22].

Freud parle de la psychanalyse pour la première fois publiquement en 1904[B 26], lors d'une série de conférences à l'université Clark à Worcester, Massachusetts, invité par son président Stanley Hall[23], en compagnie de Carl Gustav Jung, Ernest Jones et Sandor Ferenczi. Freud et Jung se voient honorés du titre de « LL. D. » (docteur des deux droits)[E 7]. C'est à ce moment qu'il désigne explicitement Jung comme son « successeur et prince héritier[Freud 8] ». En témoignage de reconnaissance, il déclare lors de cette conférence de 1904 que le mérite de l'invention de la psychanalyse revient à Josef Breuer[24] mais il précise par la suite qu'il considère que le « procédé cathartique » de Breuer constitue une phase préliminaire à l'invention de la psychanalyse[25] et qu’il en est bien l’inventeur à partir du rejet de l’hypnose et de l’introduction de l’association libre[26].

L'institution psychanalytique (1905–1920)[modifier | modifier le code]

Approfondissements et publications[modifier | modifier le code]

En 1905 paraît un ouvrage d'importance pour la psychanalyse : « Drei Abhandlungen zur Sexualtheorie » (Trois essais sur la théorie sexuelle), qui rassemble les hypothèses de Freud sur la place de la sexualité et son devenir dans le développement de la personnalité[E 8], « Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten » (Le Mot d'esprit et sa relation à l'inconscient) et « Bruchstück einer Hysterie-Analyse » (Fragment d'une analyse d'hystérie[Freud 9]). Ce dernier est le compte-rendu du cas d'Ida Bauer, qui illustre le concept de transfert psychanalytique. Ce transfert, par lequel le patient crée une névrose (la « névrose de transfert ») dans la relation établie avec son thérapeute, en quelque sorte « expérimentale », est en effet à analyser dans le cadre de la cure, car il en détermine l'issue[27].

Freud en 1905

Selon certaines thèses, celles d'Ellenberger, d'Ilse Bry et Alfred H. Rifkin[28], les idées de Freud ont été bien reçues. Pour Ernest Jones et Jean-Luc Donnet, c'est le contraire qui est vrai. Donnet précise que le rejet violent de la psychanalyse par les médecins et surtout par les psychiatres est l'une des causes du fait que Freud s'est tellement réjoui du ralliement d'Eugen Bleuler à la psychanalyse et, de fait, c'est à Zurich que la psychanalyse obtient en premier un droit de cité en psychiatrie. La France s'est montrée d'emblée réfractaire à la psychanalyse[29],[30]. Ailleurs, le succès des ouvrages de Freud est important, mais inégal selon les pays ; on le lit par exemple en traductions dès les années 1900, en russe[B 27]. Les premiers travaux des disciples de Freud apparaissent également : Otto Rank, âgé de 21 ans, lui remet en effet le manuscrit d'un essai psychanalytique qui s'intitule « Der Künstler » (L'artiste)[20].

En 1906, Freud s'intéresse à une nouvelle de l'écrivain allemand Wilhelm Jensen, La Gradiva qu'il analyse au moyen de sa méthode d'investigation. L'analogie de la remontée des souvenirs avec l'archéologie est au centre de son étude[B 28] ; il en tire un ouvrage, « Der Wahn und die Träume in W. Jensens Gradiva » (Le délire et les rêves dans la Gradiva de Wilhelm Jensen) dans lequel il applique les principes psychanalytiques à la création littéraire. La même année, Freud se brouille définitivement avec son ami Wilhelm Fliess, qui rédige par la suite un pamphlet, Pour ma propre cause, dans lequel il accuse Freud de lui avoir volé ses idées[20].

La reconnaissance[modifier | modifier le code]

En mars 1907, l'isolement de Freud cesse définitivement[D 34]. Le groupe naissant de psychanalystes tente de créer une collection intitulée les « Schriften zur angewandten Seelenkunde » (« Écrits de psychologie appliquée ») aux éditions Deuticke[Notes 5]. Directeur de la publication, Freud y publie le premier, avec Le Délire et les rêves dans la Gradiva de Wilhelm Jensen. La même année, il écrit Actes obsédants et exercices religieux, dans lequel il aborde le sujet de la religion : il y présume qu'il existe un rapport entre une névrose obsessionnelle et les exercices religieux. En 1908, le petit groupe autour de Freud devient la Société viennoise de psychanalyse et, en août, Karl Abraham fonde la Société psychanalytique de Berlin. L'année suivante, la première revue psychanalytique édite leurs travaux ; elle prend le nom « Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen » (Annales de recherches psychanalytiques et psychopathologiques), souvent abrégée en « Jahrbuch », avec Bleuler et Freud comme directeurs et Jung comme rédacteur en chef. Freud inaugure cette revue avec la publication du cas du petit Hans.

Le 26 avril, le premier Congrès international de psychanalyse à Salzbourg réunit 42 membres de six pays (Autriche, Allemagne, Hongrie, Suisse, Angleterre et États-Unis). Freud y présente ses « Bemerkungen über einen Fall von Zwangsneurose » (Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle)[20]. En 1909 paraît les « Über Psychoanalyse: Fünf Vorlesungen » (Cinq leçons sur la psychanalyse). Freud s'interroge par la suite sur la nature de la pratique psychanalytique dans un essai, « Über „wilde“ Psychoanalyse » (À propos de la psychanalyse dite sauvage ou « analyse profane »). L'année 1910 marque un sommet dans l'histoire de la psychanalyse et dans la vie de Freud ; lors du second Congrès international à Nuremberg organisé par Jung, les 30 et 31 mars, est créée l'« Internationale Psychoanalytische Vereinigung » (Association psychanalytique internationale, « API »), dont le premier président est Carl Gustav Jung, ainsi qu'une deuxième revue, le « Zentralblatt für Psychoanalyse, Medizinische Monatsschrift für Seelenkunde »[Notes 6]. L'IPA rassemble sous son égide les groupes locaux (Ortsgruppen), ceux de Zurich (qui en est le siège), de Vienne et de Berlin ; son but est de défendre la cohésion du mouvement psychanalytique[E 9]. Une patiente de Jung avec qui ce dernier était passé à l'acte, Sabina Spielrein, le met sur la voie de la théorisation du transfert amoureux envers l'analyste, ainsi que du contre-transfert (de l'analyste envers le patient) et que Freud intègre à sa théorie[C 9].

Lors de ses vacances aux Pays-Bas, en 1910, Freud analyse le compositeur Gustav Mahler, lors d'un après-midi de promenade à travers la ville. Freud voyage ensuite à Paris, Rome et Naples, en compagnie de Ferenczi. La psychanalyse naissante se heurte à sa première opposition d'importance : en octobre, répondant à l'appel d'Oppenheim, lors du Congrès de neurologie de Berlin, les médecins allemands d'Hambourg mettent à l'index la pratique psychanalytique au sein des sanatoriums locaux[20].

Dissensions[modifier | modifier le code]

Freud publie « Eine Kindheitserinnerung des Leonardo da Vinci » (Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci) en 1910, dans lequel apparaissent pour la première fois les concepts de « narcissisme » et de « sublimation ». Il y examine aussi les raisons psychiques de la créativité. La même année, la psychanalyse est la cible de nouvelles critiques émanant de certains milieux médicaux. Par ailleurs, les premiers schismes en son sein se font jour. L'opposition de Freud à la théorie de Jung, qui devient, en 1914, la « psychologie analytique », l'occupe en effet ces années-là[B 29]. Toujours en 1910, Freud, dans un texte intitulé « Le trouble psychogène de la vision dans la conception psychanalytique », formule pour la première fois un dualisme pulsionnel : les « pulsions sexuelles » y sont opposées aux « pulsions d'autoconservation »[31]. Ce dualisme préfigure, dans le contexte de tension que connaît l'Europe avant la première Guerre mondiale, la mise à jour des pulsions de vie et de mort[B 30] (qui interviendra en 1920).

En 1911, Freud écrit un texte connu sous le titre « Le Président Schreber » mais par la suite intitulé « Psychoanalytische Bemerkungen über einen autobiographisch beschriebenen Fall von Paranoia (Dementia paranoides) » (Remarques psychanalytiques sur un cas de paranoïa (Dementia paranoïdes) décrit sous forme autobiographique). Freud y retrace l'analyse du juriste et homme politique Daniel Paul Schreber. Il publie aussi un court texte métapsychologique : « Formulierungen über die zwei Prinzipien des psychischen Geschehens » (Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques) dans lequel il décrit le principe de plaisir et le principe de réalité.

Lettre de la brouille entre Freud et Carl Gustav Jung, en 1913

La direction des revues et des travaux théoriques de l'Association internationale de psychanalyse, celle des séminaires également, occupent Freud à cette période, d’autant que parmi ceux qui travaillent avec lui des rivalités se font jour ainsi que des dissensions théoriques qu'il combat lorsqu'elles remettent en question les rôles de la sexualité infantile et du complexe d'Œdipe comme le font celles de Jung, Adler et Rank. Ainsi, il refuse la mise en avant de l’agressivité par Alfred Adler, car il considère que cette introduction se fait au prix de la réduction de l’importance de la sexualité. Il refuse également l'hypothèse de l’inconscient collectif au détriment des pulsions du Moi et de l’inconscient individuel, et la non-exclusivité des pulsions sexuelles dans la libido que propose Carl Gustav Jung. En juin 1911, Alfred Adler quitte Freud le premier, pour fonder sa propre théorie. L'année suivante c'est au tour de Wilhelm Stekel, alors qu'en 1913, en septembre, Freud se brouille avec Carl Gustav Jung, pourtant annoncé comme son « dauphin »[32].

Le congrès international de psychanalyse de 1911, à Nuremberg
Photographie de groupe lors du congrès international de psychanalyse de 1911 organisé à Nuremberg.
(Cliquez sur l'image pour identifier les membres)

En 1913, « Totem und Tabu » (Totem et Tabou) permet à Freud de présenter la portée sociale de la psychanalyse[D 35],[B 31]. Secrètement, depuis 1912, sur l'idée d'Ernest Jones, Freud a réuni autour de lui un petit comité de fidèles partisans (Karl Abraham, Hans Sachs, Otto Rank, Sandor Ferenczi, Ernest Jones, Anton von Freund et Max Eitingon) sous le nom de « Die Sache » (la « Cause ») et ce jusqu'en 1929. Chaque membre reçoit de Freud une intaille grecque de sa collection privée, qu'il porte sur un anneau d'or[B 32]. Après la Première Guerre mondiale, en 1924, le mouvement psychanalytique freudien voit le départ d'Otto Rank et en 1929 celui de Sandor Ferenczi.

La seconde topique psychique[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre, Freud n'exerce que peu. En 1916, il rédige ses cours universitaires, rassemblés sous le titre de « Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse » (Cours d'introduction à la psychanalyse, édité en français sous le titre Introduction à la psychanalyse). Le sort de ses fils, sur le front, le préoccupe. La guerre paralyse par ailleurs l'extension du mouvement psychanalytique ; en effet le congrès de Dresde, prévu en 1914, n'a pas lieu[B 33]. En 1915, il se lance dans la rédaction d’une nouvelle description de l’appareil psychique dont il ne conserve cependant que quelques chapitres. Ce qu’il prépare est en fait une nouvelle conception de la topique psychique. La même année, il est proposé au prix Nobel par le médecin viennois Robert Bárány. Freud publie « Trauer und Melancholie » (Deuil et Mélancolie) en 1917 et, en janvier 1920, il est nommé professeur ordinaire. À partir de 1920, et alors que le contexte politique et économique s’améliore, Freud publie tour à tour : « Jenseits des Lustprinzips » (Au-delà du principe du plaisir, 1920), qui introduit à travers un nouveau dualisme pulsionnel, les pulsions agressives, nécessaires pour expliquer certains conflits intra-psychiques et « Massenpsychologie und Ich-Analyse » (Psychologie des masses et analyse du Moi, 1921) qui ajoute à la problématique de Le Bon, les rapports entre psychisme individuel et comportements collectifs. Freud, durant ces années de guerre, travaille à une métapsychologie qui lui permette de décrire les processus inconscients sous un triple angle, à la fois dynamique (dans leurs relations entre eux), topique (dans leurs fonctions au sein de la psyché) et économique (dans leurs utilisations de la libido)[B 34].

Sigmund Freud entouré de ses plus proches partisans (Sandor Ferenczi, Hanns Sachs (debout), Otto Rank, Karl Abraham, Max Eitingon, et Ernest Jones).

En 1920, Freud élabore la seconde topique de l'appareil psychique composée du Moi, du Ça et du Surmoi. Elle se superpose à la première (inconscient, préconscient, conscient). Le développement de la personnalité et la dynamique des conflits sont alors interprétés en tant que défenses du Moi contre des pulsions et des affects, plutôt que comme conflits de pulsions ; les pulsions en cause sont celles de la mort. L’ambivalence et la rage étaient perçues dans la première topique comme consécutives de la frustration et subordonnées à la sexualité. Freud complète ainsi sa théorie par un nouveau dualisme pulsionnel, composé de deux types de pulsions antagonistes : la pulsion de vie (l'Éros) et la pulsion de mort[33],[34] (qu'il se retient toujours de nommer Thanatos). Plus fondamentales que les pulsions de vie, les pulsions de mort tendent à la réduction des tensions (retour à l’inorganique, répétition qui atténue la tension) et ne sont perceptibles que par leur projection au-dehors (paranoïa), leur intrication avec les pulsions libidinales (sadisme, masochisme) ou leur retournement contre le Moi (mélancolie). Freud défend par là une vision double de l'esprit[B 35].

Extension de la psychanalyse et dernières années (1920–1939)[modifier | modifier le code]

Freud, chef de file de la psychanalyse[modifier | modifier le code]

Pendant le conflit mondial, Freud peut mesurer les effets de la névrose traumatique chez son beau-fils et voir l'impact de cette pathologie dans une famille[35]. Il a ainsi une connaissance directe de ces troubles et indirecte par des disciples qui côtoient la clinique de Julius Wagner-Jauregg comme Victor Tausk[36] où qui y ont travaillé pendant la guerre comme Helene Deutsch[37]. En octobre 1920, le professeur de médecine légale, Alexander Löffler, invite Freud à témoigner par un exposé devant une commission médico-légale sur les névroses de guerre et les pratiques de soins. Il s'oppose à Julius Wagner-Jauregg qui, lui, prétend que les patients atteints de névrose de guerre sont des simulateurs. Puis, du 8 au 11 septembre, se tient à La Haye le 5e congrès de l'IPA, présidé par Ernest Jones. Freud y intervient en lisant « Ergänzungen zur Traumlehre » (Suppléments à la théorie des rêves). D'autre part, la création d'un comité secret y est décidée, avec Jones comme coordinateur[20].

La psychanalyse se développe de manière importante en Grande-Bretagne et en Allemagne. Max Eitingon et Ernst Simmel créent en effet à Berlin une polyclinique psychanalytique alors que Hugh Crichton-Miller fonde la Tavistock Clinic à Londres[20].

Sigmund en Anna.jpg
Freud et sa fille Anna en 1913.
La famille Freud
Mathilde Freud, mariée à Robert Hollitscher (1887-1978) sans enfant
Jean-Martin Freud, marié à Esti Drucker (1889-1967) 2 enfants (Walter Freud : 1921-2004 et Sophie Freud : née en 1924)
Oliver Freud, marié à Henny Fuchs (1891-1969) 1 enfant (Eva Freud : 1924-1944)
Ernst Freud, marié à Lucie Brasch (1892-1970) 3 enfants (Stephen Freud : né en 1921, Lucian Freud : 1922-2011 et Clement Freud : 1924-2009)
Sophie Freud, mariée à Max Halberstadt (1893-1920) 1 enfant (Heinz Halberstadt : 1918-1923)
Anna Freud (1895-1982) sans enfant

La première traduction d’un texte de Freud en France, Introduction à la psychanalyse, par Samuel Jankélévitch, est publiée en 1922. Le mouvement psychanalytique acquiert une clinique psychanalytique à Vienne, l’« Ambulatorium » (centre de soins ambulatoires), consacré au traitement des psychoses et dirigé par trois élèves de Freud (qui n'y participe que peu) : Helene Deutsch, Paul Federn et Eduard Hitschmann. En 1923, Freud apprend qu'il est atteint d'un cancer de la mâchoire, qui le fait souffrir tout le restant de sa vie. La même année il choisit de se soumettre à une vasectomie afin, espérait-il, de mieux lutter contre son cancer[38]. Il écrit « Das Ich und das Es » (Le Moi et le Ça) à un moment où le mouvement psychanalytique atteint une réputation internationale, notamment en Angleterre et aux États-Unis[D 36]. Il songe à constituer une édition complète de ses écrits, les « Gesammelten Schriften » (« Écrits réunis »).

Le Congrès de Salzbourg, en 1924, se déroule en l’absence de Freud. La même année, Otto Rank quitte le mouvement. En Angleterre, les membres de la Société britannique de psychanalyse, fondée en 1919, créent l’« Institute of Psychoanalysis » qui ancre le mouvement psychanalytique en Europe[20].

L'année suivante, en 1925, Freud écrit « Hemmung, Symptom und Angst » (Inhibition, symptôme et angoisse) ainsi qu'une esquisse autobiographique. Le 9e congrès de l’IPA à Bad-Homburg, en Allemagne, se tient du 2 au 5 septembre. Anna Freud y lit le texte de son père : « Einige psychische Folgen des anatomischen Geschlechtsunterschieds » (Quelques conséquences psychiques de la différence des sexes au niveau anatomique). Freud ne peut en effet plus voyager, en raison de sa maladie. Il rencontre en 1925 la Française Marie Bonaparte, qu'il prend en analyse et qui devient son amie. Plus tard, la princesse traduit la majorité de ses textes en France[39].

Freud demeure le chef de file de la psychanalyse, dont il oriente l'évolution. Ses dernières réflexions écrites sont consacrées à étudier et renforcer la psychanalyse comme pratique et théorie. Dans un article, « Psychoanalyse und Medizin » (Psychanalyse et médecine), paru en 1925 dans son autobiographie « Selbstdarstellung » (Ma vie et la psychanalyse, traduit de Marie Bonaparte en 1930[40]), il invite les non-praticiens à utiliser la psychanalyse. À ce sujet, Freud parle de psychanalyse « laïque » ou « profane ». Il revient aussi sur l'évolution de sa pensée dans son autobiographie[41]. En 1927, sa fille Anna publie « Einführung in die Technik der Kinderanalyse » (Introduction à la psychologie des enfants, texte lu et approuvé par son père[B 36]).

Dans les dernières années de sa vie, Freud essaye d’extrapoler les concepts psychanalytiques à la compréhension de l’anthropologie et de la culture. Sa vision pessimiste de l'espèce humaine s'exacerbe, notamment après la dissolution du comité secret formé par Ernest Jones, à la suite de querelles d'héritage, des jalousies et des rivalités internes[C 10]. Il rédige donc un certain nombre de textes dans ce sens, en particulier sur la religion comme illusion ou névrose. En 1927, il publie « Die Zukunft einer Illusion » (L'Avenir d'une illusion), qui porte sur la religion d'un point de vue psychanalytique et matérialiste. En 1930, il publie « Das Unbehagen in der Kultur » (Malaise dans la civilisation) dans lequel Freud décrit un processus de civilisation qui est une reproduction à plus large échelle du processus d'évolution psychique individuel.

Derniers travaux, exil et mort[modifier | modifier le code]

Ne se considérant pas comme un écrivain[B 37], Freud est surpris d'obtenir le prix Goethe de la ville de Francfort, en août 1930[A 4]. Puis, il retourne l'année suivante dans sa ville natale de Freiberg pour une cérémonie en son honneur. Dans une lettre du 3 janvier, l'écrivain Thomas Mann s'excuse auprès de Freud pour avoir mis du temps à comprendre l'intérêt de la psychanalyse[B 38]. En 1932, Freud travaille à un ouvrage de synthèse présentant des conférences devant un public imaginaire, « Vorlesungen zur Einführung in die Psychoanalyse » (Nouvelle introduction à la psychanalyse). La même année, il publie, en collaboration avec le physicien Albert Einstein, leur pensée sur la guerre et la civilisation, issue de leur correspondance, dans un essai intitulé « Warum Krieg » (Pourquoi la guerre ?). À Vienne, Thomas Mann, prononce le 8 mai 1936 un éloge et un soutien public à Freud (intitulé « Freud und die Zukunft » : « Freud et l’avenir ») où il explique : « Freud rend sa pensée en artiste, comme Schopenhauer ; il est comme lui un écrivain européen »[A 5], justifiant par ce discours la remise du prix Goethe de Francfort à l'inventeur de la psychanalyse. Freud et Thomas Mann se sont liés d’amitié depuis la publication par l'écrivain de Freud et la pensée moderne (1929) et Chevalier entre la mort et le diable (1931)[42]. À propos du dernier ouvrage de Freud, « Der Mann Moses und die monotheistische Religion » (Moïse et le monothéisme, 1936), Jacques Le Rider explique qu'il « invente une tradition juive du libéralisme et de l'esprit scientifique »[43].

En mai 1933, les ouvrages de Freud sont brûlés en Allemagne lors des autodafés nazis[C 11]. En 1937, Freud semble croire que Mussolini le protège[Freud 10]. Il refuse de s'exiler jusqu'en mars 1938, lorsque les Allemands entrent à Vienne. La Société psychanalytique de Vienne décide alors que chaque analyste juif doit quitter le pays, et que le siège de l'organisation doit être transféré là où réside Freud[A 6]. Ce dernier décide finalement de s'exiler lorsque sa fille Anna est arrêtée une journée par la Gestapo. Grâce à l'intervention de l'ambassadeur américain William C. Bullitt et à une nouvelle rançon versée par Marie Bonaparte, Freud obtient un visa valable pour seize personnes et peut quitter Vienne par l’Orient-Express avec sa femme, sa fille Anna et la domestique Paula Fichti, le 4 juin. Au moment de partir, il signe une déclaration attestant qu'il n'a pas été maltraité[44]: « Je soussigné, Professeur Freud déclare par la présente que depuis l’annexion de l’Autriche par le Reich allemand, j’ai été traité avec tout le respect et la considération dus à ma réputation de scientifique par les autorités allemandes et en particulier par la Gestapo et que j’ai pu vivre et travailler jouissant d’une pleine liberté ; j’ai pu également poursuivre l’exercice de mes activités de la manière que je désirais et qu’à cet effet j’ai rencontré le plein appui des personnes intéressées, je n’ai aucun lieu d’émettre la plus petite plainte. » Selon son fils Martin, il aurait ajouté, ironique : « Je puis cordialement recommander la Gestapo à tous. »[45]. Pour Michel Onfray, ceci relève du « mythe » et de la légende hagiographique[46]. Pour sortir d'Autriche Freud aura bénéficié en outre du soutien d'Anton Sauerwald, le commissaire nazi chargé de prendre le contrôle de sa personne et de ses biens : ancien élève de Joseph Hertzig (en), un professeur et ami de Freud, Sauerwald facilitera le départ de Freud et de ses proches pour Londres, où il ira d'ailleurs ensuite le visiter[47]. Des rumeurs sont nées sur la liste soumise par Freud concernant les seize personnes à emmener avec lui car il y a inscrit son médecin, la famille de ce dernier, ses infirmières, ses servantes et même son chien alors qu'il a exclu ses quatre sœurs, Rosa, Marie, Adolfina et Paula qui finiront déportées et tuées en camp de concentration mais ce sont ces dernières, trop âgées, qui ne voulaient pas partir, pensant comme beaucoup de juifs qui avaient les moyens financiers pouvoir être protégés des nazis[48].

Le Freud Museum de Londres aujourd'hui

La famille Freud rejoint Londres, où elle est reçue avec tous les honneurs, notamment par l'ambassadeur américain William Bullit, que Freud connaît depuis quelques années déjà[B 39]. Les deux hommes ont en effet travaillé ensemble à une étude sur le président américain Woodrow Wilson intitulée « Woodrow Wilson: A Psychological Study » (publiée en 1966). Freud et sa famille s'installent dans une maison au 20 Maresfield Gardens. Il est nommé membre de la Société royale de médecine. Freud reçoit la nomination chez lui, ne pouvant se déplacer, abattu par son cancer et par trente-deux opérations et traitements successifs.

Freud meurt dans sa maison de Londres à Hampstead le 23 septembre 1939, à 3 heures du matin, d’un carcinome verruqueux d’Ackerman, à l'âge de 83 ans. À sa demande, et avec l’accord d’Anna Freud, Max Schur, son médecin personnel, lui a injecté une dose, peut-être mortelle, de morphine[20]. Son corps est par la suite incinéré au cimetière de Golders Green et les derniers hommages sont rendus par le docteur Ernest Jones au nom de l'Association internationale de psychanalyse et par l'écrivain Stefan Zweig[D 37], le 26 septembre.

Ses quatre sœurs sont par la suite exterminées dans les camps de concentration nazis. Après la mort d'Anna Freud, en 1982, la maison qui avait accueilli la famille en exil devient le Freud Museum[B 6].

En 2002, une blue plaque fut dévoilée sur la maison où Freud habitait, au no 20 Maresfield Gardens[49].

Son œuvre : la psychanalyse[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Psychanalyse et Histoire de la psychanalyse.

Le mouvement psychanalytique[modifier | modifier le code]

La théorie psychanalytique : la « science de l'inconscient »[modifier | modifier le code]

La psychanalyse — dont l'idée a évolué depuis ses débuts, en 1896, aux derniers exposés de la plume de Freud, en 1930 — regroupe trois acceptions selon Paul-Laurent Assoun, qui les reprend de l'article de Freud de 1922 Psychanalyse et théorie de la libido[50]. Le terme désigne en effet d'abord une certaine méthode d'investigation du psychisme inconscient, mais aussi une méthode de traitement (la cure psychanalytique), et, plus généralement une conception psychologique globale touchant à la vision même de l'homme[G 1]. Selon Lydia Flem, psychanalyste et écrivain : « Par la triple voie du personnel, du pathologique et du culturel, c'est de l'insu de l'âme humaine qu'il [Freud] cherche à devenir l'interprète »[A 7]. Le mouvement psychanalytique représente aussi le corpus de théories issues de l'expérience analytique, participant à la conceptualisation de l'appareil psychique et développées depuis Freud. Cette théorie psychanalytique (qui est dite d'orientation psychodynamique, au sein de la discipline psychologique) se fonde d'abord sur les recherches de Freud[G 2] et sur les concepts majeurs qu'il a créés tels que ceux d'« inconscient », de « transfert », de « répétition » et de « pulsion ». Du point de vue de sa méthode d'approche, son objet étant l'inconscient, la psychanalyse est une discipline centrée sur l'observation et non sur l'expérimentation ; elle est donc une « science phénoménale[G 3] » rattachée à la médecine et à la psychiatrie[G 4], mais possédant auprès de celles-ci une autonomie relative[G 5].

Depuis ses premiers écrits fondateurs, Freud considère que la scientificité de la psychanalyse repose sur son objet : l'inconscient. Or, la plupart des critiques envers la psychanalyse lui contestent cette qualification de scientificité. Pourtant, elle est, selon Paul-Laurent Assoun, une collection de connaissances et de recherches ayant atteint un degré suffisant d'unité et de généralité, et donc capable de fonder « un consensus sur des relations objectives découvertes graduellement et confirmées par des méthodes de vérifications définies[G 6]. » La psychanalyse est donc considérée par les freudiens comme une science de la nature car elle repose sur des concepts fondamentaux, notamment celui de pulsion (Trieb)[G 7]. Enfin, la psychanalyse récuse toute métaphysique[G 8].

Développement et influence du mouvement psychanalytique[modifier | modifier le code]

Plaque de l'Institut psychanalytique de Berlin (« Berliner psychoanalytisches Institut ») à la Potsdamer Straße, dans le quartier de Tiergarten à Berlin

Avec sa conception de l'inconscient, Freud a permis une compréhension des névroses et, au-delà, de la psyché. Les travaux historiques d'Ernest Jones et, plus récemment, d'Henri F. Ellenberger montrent cependant que le concept d'« inconscient » est antérieur à Freud, mais précisent que ce dernier est un précurseur par sa manière de le théoriser, dans sa première topique d'abord, puis dans la seconde. Marcel Gauchet, dans L'Inconscient cérébral (1999) évoque l'idée « révolutionnaire » de Freud, celle d'un « inconscient dynamique »[F 1]. Le mouvement psychanalytique s'est développé d'abord en référence à Freud et à ses proches partisans, puis en opposition à ses détracteurs, tant internes (Carl Gustav Jung, Alfred Adler et Otto Rank parmi les principaux) qu'externes avec entre autres Pierre Janet et certains médecins et/ou psychiatres académiques. Les modalités de formation des psychanalystes se sont formalisées notamment avec son pilier central : l'analyse didactique est instaurée pour la première fois à l'Institut psychanalytique de Berlin[C 12].

Depuis 1967, les psychanalystes dits de la « troisième génération » établissent un retour historique et épistémologique sur ce mouvement. Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis (dans Vocabulaire de la psychanalyse) isolent ainsi environ 90 concepts strictement freudiens à l'intérieur d'un vocabulaire psychanalytique contemporain composé de 430 termes[51] alors qu'Alain de Mijolla en dresse un panorama chronologique précis. Le travail de pionnier de Freud a eu un impact sur de nombreuses autres disciplines : sur la psychologie en premier lieu, mais aussi sur la nosographie des troubles mentaux, sur la psychopathologie, sur la relation d'aide, la psychiatrie, l'éducation, la sociologie, la neurologie et même la littérature. À un niveau plus général, Freud est également considéré par certains psychanalystes (comme Wilhelm Reich ou André Green, Françoise Dolto et Daniel Lagache plus tard) comme ayant été celui qui a délivré la parole sur la sexualité et notamment la sexualité féminine, sujets jusqu'alors méprisés par beaucoup de médecins[52].

Les continuateurs de Freud[modifier | modifier le code]

Après la mort de Freud (mais également de son vivant), plusieurs écoles psychanalytiques entretiennent entre elles des rapports souvent polémiques, dépendant des postulats retenus et des spécificités nationales[G 9]. Deux types de courants peuvent être distingués : ceux dits « orthodoxes », proches du freudisme, et ceux s'en écartant sur des points fondateurs : les courants « hétérodoxes ». Plusieurs points théoriques vont constituer des zones de division. Ainsi, pendant la Seconde Guerre mondiale se développe la question de l'analyse groupale, avec des analystes comme Wilfred Bion, qui développe sa propre conception. Par ailleurs, c'est en Angleterre que se déroulent, à partir de 1942, les oppositions entre Melanie Klein, Anna Freud et le Middle Group, sur plusieurs sujets[53]. L’association psychanalytique internationale regroupe les psychanalystes freudiens orthodoxes.

[54]

En France, par exemple, la Société psychanalytique de Paris relaye la psychanalyse, essentiellement freudienne, kleinienne et winnicottienne en fonction des orientations des membres qui la composent. Le courant lacanien s'en écarte toutefois, jusqu'à la rupture dans les années 1950, notamment à propos de l'axiome lacanien selon lequel « l'inconscient est structuré comme un langage » et surtout sur les modalités de formation des psychanalystes qui, pour Lacan et ses adeptes, diffèrent radicalement de celles de l'I.P.A. et des associations affiliées[55]. Si Lacan a été en opposition avec l'IPA, il ne faut pas le voir comme étant en opposition avec Freud : en témoignent son « retour à Freud » et ce propos de Jean-Michel Rabaté : « De même qu'Althusser se demandait comment lire Marx de façon « symptomatique », en séparant ce qui est authentiquement « marxiste » de ce qui est purement « hégélien » dans ses écrits, Lacan se demande où et comment repérer les textes où Freud se montre authentiquement « freudien »[56]. »

Avec l'immigration de nombreux psychanalystes d'Europe avant, pendant et après la guerre, la psychanalyse prend beaucoup d'importance aux États-Unis, avec l’American Psychoanalytic Association ou la Self-psychology. Il existe aussi l'ego-psychology et les courants totalement autonomes, issus des schismes successifs : ceux d'Alfred Adler, d'Otto Rank, Wilhelm Reich et de Carl Gustav Jung. Enfin, de nombreux psychanalystes contemporains, comme Sándor Ferenczi ou Donald Winnicott, développent et propagent leur vision des conceptions freudiennes, tels ceux dits de la « nébuleuse marginale » selon Paul Bercherie[57], ou ceux, à la pensée plus individuelle comme : Juliette Favez-Boutonier, Daniel Lagache, Françoise Dolto, André Green ou Didier Anzieu[58].

Influence de la psychanalyse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Influence de la psychanalyse.

La psychanalyse a eu une profonde influence sur la plupart des sciences humaines : sur l'ethnologie (avec Géza Róheim et l'ethnopsychanalyse), sur l'anthropologie et les sciences juridiques (avec le juriste Pierre Legendre), sur le marxisme (par le freudo-marxisme et avec Herbert Marcuse) et sur les sciences politiques. La philosophie du XXe siècle a su se nourrir des apports de la psychanalyse d'après Paul-Laurent Assoun[59] et ce à travers des personnalités comme Jean-Paul Sartre, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Félix Guattari, René Girard, Jean-François Lyotard ou Michel de Certeau. Le sociologue Norbert Elias, tout en se distanciant du mouvement des psychanalystes, reconnaît l'avancée de Freud, qui propose, selon lui, « le modèle le plus clair et le plus avancé de la personne humaine »[60]. Le philosophe Paul Ricœur le situe aux côtés de Karl Marx et de Friedrich Nietzsche comme étant l'un des trois grands « maîtres du soupçon »[61], de ceux qui ont induit le doute dans la conception philosophique classique du sujet.

L'étude psychanalytique de la question de la psychosomatique a également une importance en médecine avec, par exemple, les apports de Franz Alexander et ceux de Michael Balint en Angleterre : les « Groupes Balint » sont menés par des psychanalystes, pour les médecins, et en rapport avec les pratiques de ces derniers, à partir d'études de cas[62]. En France, Pierre Marty, Michel Fain et Michel de M'Uzan pour les affections somatiques, Françoise Dolto pour la pédiatrie et Didier Anzieu pour les groupes sont des exemples d'applications de la psychanalyse en dehors du champ de la cure type. En art, le surréalisme d'André Breton se réclame de la psychanalyse[63]. L'influence est également importante dans le champ de l'interprétation artistique ou littéraire. La notion de sublimation, et, plus généralement, la théorie freudienne en art a été reprise par Deleuze et Guattari, René Girard, Jean-François Lyotard, ainsi qu'en esthétique, en histoire de l'art[64] et dans les Cultural Studies.

Principaux concepts freudiens[modifier | modifier le code]

L'inconscient[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Inconscient.

Freud introduit dans les sciences humaines une conception nouvelle de l'inconscient. Depuis longtemps, il avait été remarqué que certains phénomènes échappent à la conscience. Les philosophes Leibniz et Arthur Schopenhauer considèrent qu'il existe un arrière-plan à la conscience. Le poète allemand Novalis est le premier à se servir du mot « inconscient », dans la continuité des thèses post-romantiques de Karl Robert Eduard von Hartmann avec son ouvrage « Philosophie des Unbewussten » (Philosophie de l’inconscient) en 1869 mais surtout de Carl Gustav Carus (« Psyche », 1851), ce dernier se représentant un « inconscient absolu » et un « inconscient relatif »[65]. La théorie de Freud est directement liée à leurs travaux. Freud doit aussi à la psychologie expérimentale, et notamment à l'approche de l'hystérie. Les phénomènes d'ivresse ou de transe donnent en effet des exemples d'abolition de la conscience. Or, l'inconscient qu'introduit Freud n'est pas simplement ce qui ne relève pas de la conscience, comme chez von Hartmann[66]. Par « inconscient », il entend à la fois un certain nombre de données, d'informations, d'injonctions tenues hors de la conscience, mais il y englobe aussi l'ensemble des processus qui empêchent certaines données de parvenir à la conscience, et permettent aux autres d'y accéder, comme le refoulement, le principe de réalité, le principe de plaisir, la pulsion de mort. Ainsi, Freud considère l’inconscient comme l'origine de la plupart des phénomènes conscients eux-mêmes, et ce d'une manière nettement différenciée de ses prédécesseurs, car celui-ci évolue de manière dynamique[67].

Schéma de l'appareil psychique, métaphorisé par un iceberg, et selon les deux topiques freudiennes.

L'inconscient est la « thèse inaugurale de la psychanalyse » grâce aux travaux de Freud[G 10]. Dans Quelques remarques sur le concept d'inconscient en psychanalyse (1912), le Viennois se propose de décrire la spécificité du concept. Il y donne une présentation hiérarchique de la notion, qui désigne d'abord le caractère ou l'aptitude d'une représentation ou d'un élément psychique quelconque présent à la conscience de manière intermittente et qui semble n'en pas dépendre. Sur ce point, Freud se réfère à la théorie du psychiatre français Hippolyte Bernheim quant à l'expérience suggestive et à l'hypnose[G 11]. Par ailleurs, la notion regroupe la constatation d'une dynamique propre à cette représentation inconsciente, et dont l'exemple le plus révélateur est le phénomène d'hystérie. L'inconscient freudien acquiert dès lors son qualificatif de « psychique ». Un troisième niveau vient ensuite compléter la notion telle qu'elle est acceptée en psychanalyse : le niveau systémique par lequel l'inconscient manifeste les propriétés d'un système (que Freud désigne par l'abrégé Ubw, « Ics » en français). Les premiers psychanalystes ont pu parler à ce sujet de « subconscient », terme vite écarté par Freud, car étant imprécis pour expliquer un système existant sui generis, et, donc indépendant de la conscience[G 12].

Freud dans ses conférences de 1932/1933, « propose d'abandonner la notion d'inconscient qu'il juge ambiguë »[68].

Les trois instances de l’appareil psychique[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Première topique et Seconde topique.

Dans sa première topique, c'est-à-dire dans le second modèle théorique de représentation du fonctionnement psychique proposé en 1920, Freud distingue trois instances : l'inconscient, le préconscient et le conscient[A 8]. Dans la seconde topique, l'appareil psychique comprend le Ça, le Moi et le Surmoi, trois instances supplémentaires fondatrices de la psychanalyse. Le Ça (Es) est présent dès la naissance ; il s’agit de manifestations somatiques. Si le Ça est inaccessible à la conscience, les symptômes de maladie psychique et les rêves permettent d’en avoir un aperçu. Le Ça obéit au principe de plaisir et recherche la satisfaction immédiate. Le Moi (Ich) est en grande partie conscient, il est le reflet de ce que nous sommes en société ; il cherche à éviter les tensions trop fortes du monde extérieur ainsi que les souffrances, grâce, notamment, aux mécanismes de défense (refoulement, régression, rationalisation, sublimation, etc.) se trouvant dans la partie inconsciente de cette instance. Le Moi est l’entité qui rend la vie sociale possible. Il suit le principe de réalité. Bien que le Surmoi (Über-Ich) existe depuis la naissance et que, jusqu'à cinq ans, l’enfant héritant de l’instance parentale, groupale et sociale emmagasine quantité de règles de savoir-vivre à respecter, le Surmoi se développe particulièrement lorsque le complexe d'Œdipe est résolu. Du fait des pressions sociales, en intériorisant les règles morales ou culturelles de ses parents et du groupe, l’enfant, puis l'adulte pratiquent le refoulement. En effet, le Surmoi punit le Moi pour ses écarts par le truchement du remords et de la culpabilité[G 13].

La libido et la sexualité infantile[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Libido et Sexualité infantile.

Les pulsions sexuelles sont conçues par Freud comme une énergie, qu'il nomme « libido » (« le désir » en latin). Ces pulsions sont susceptibles de maintes transformations et adaptations selon la personnalité et l'environnement[G 14]. La libido est en effet essentiellement plastique et son refoulement est le plus souvent à l'origine des troubles psychiques alors que sa sublimation explique les productions culturelles, intellectuelles et artistiques de l’humanité. La doctrine freudienne de la libido a souvent été critiquée comme étant un « pansexualisme » matérialiste[69]. Constituant le socle de la métapsychologie freudienne, le concept de libido, décrit dans Trois essais sur la théorie sexuelle (1920), est lié à celui de pulsion : « La théorie de la libido permet de prendre la mesure de la complexité de la sexualité humaine, dont le caractère biphasique interdit de la réduire à une fonction biologique », et ce, même si la prise en compte de la fonction de procréation est à considérer. En effet, sa nature est prégénitale et symbolique, et sa fixation conditionne la formation de la névrose[G 15].

Freud est le premier à élaborer une conception de la sexualité infantile. L'idée de « sexualité infantile » est surtout formalisée en 1905 dans l'ouvrage Trois essais sur la théorie sexuelle, mais elle provient de travaux précédents, en particulier de la théorie de la séduction, abandonnée en 1897, et par laquelle Freud met au jour la sexualité infantile à travers son aspect pulsionnel[G 16]. Il y décrit l'existence d'une opposition radicale entre sexualité primaire et adulte, marquée par le primat du génital, et sexualité infantile, où les buts sexuels sont multiples et les zones érogènes nombreuses, à tel point que Freud est souvent considéré comme le découvreur de la sexualité de l'enfant[G 17]. Progressivement, entre 1913 et 1923, cette thèse se trouve remaniée par l'introduction de la notion de « stades prégénitaux », précédant l'instauration du stade génital proprement dit, et qui sont : le stade oral, le stade anal et le stade phallique (voir supra). Freud propose ainsi d'expliquer l'évolution de l'enfant à travers des caractères pulsionnels d'ordre sexuel qui vont évoluer au travers de plusieurs stades psycho-affectifs, pour aboutir ensuite à la sexualité génitale adulte. C'est aujourd'hui une base théorique importante en psychologie clinique[70] ou en pédopsychiatrie[71].

Les rêves[modifier | modifier le code]

Odilon Redon, Muse sur Pégase, 1900.

Selon Freud, l'« interprétation des rêves est la voie royale qui mène à la connaissance de l'inconscient »[72]. Les rêves sont en effet, dans le modèle psychanalytique, des représentations de désirs refoulés dans l’inconscient par la censure psychique (le Surmoi). Les désirs se manifestent ainsi dans le rêve de manière moins réprimée qu'à l'état de veille. Le contenu manifeste du rêve est le résultat d'un travail intrapsychique qui vise à masquer le contenu latent, par exemple un désir œdipien. En cure de psychanalyse, le travail repose sur l'interprétation à partir du récit (contenu manifeste) du rêve. Les associations du patient sur son rêve permettent de révéler son contenu latent ; ce « travail du rêve » (Traumarbeit) repose sur quatre procédés fondamentaux. Tout d'abord, le rêve condense, comme s'il obéissait à un principe d'économie psychique, c'est-à-dire qu'une seule représentation concentre plusieurs idées, plusieurs images, parfois même des désirs contradictoires. Deuxièmement, le rêve est décentré et le désir déformé est fixé sur un autre objet que celui qu'il vise, ou sur de multiples objets jusqu'à l'éparpillement, ce qui constitue « un déplacement de l'accent affectif ». Par ailleurs, le rêve est une illustration (ou « figurabilité ») du désir dans le sens où il ne l'exprime ni en mots ni en actes, mais en images ; le symbole onirique selon la psychanalyse est donc une « représentation substitutive de l'objet et du but du désir (...) typique et d'usage universel »[G 18]. Enfin, le rêve est aussi le produit d'une activité inconsciente, mais très proche de l'activité vigile en ce qu'elle s'efforce de lui donner une apparence de vraisemblance, d'organisation, de logique interne (c'est l'« élaboration secondaire »)[73].

Au niveau épistémologique, le geste de Freud consiste à réintroduire la production onirique dans la psychologie[G 19]. Il rompt avec l'idée romantique d'un rêve contenant une clé ou un secret et seul le travail du rêve en explique la nature : la production à la fois complexe et immanente de la psyché qui s'apparente à un rébus. Cette théorie des rêves (Traumlehre) est selon Freud ce par quoi la psychanalyse a pu s'élever : d'abord simple thérapeutique elle a pu devenir, selon lui, une métapsychologie générale. La science du rêve en psychanalyse fonde tout le reste de son édifice théorique : « Le rêve prend sa signification paradoxale en ce qu'il montre l'inconscient à l'œuvre chez tout sujet et que, comme prototype normal, il éclaire sur cette autre formation jumelle qu'est le symptôme névrotique[G 20]. »

Les pulsions et le refoulement[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Pulsions (psychanalyse) et Refoulement.

« Concept fondamental de la métapsychologie » freudienne, la pulsion (Trieb) répond à une définition polysémique[G 21]. Excitation psychique, concept-frontière entre psychique et somatique, elle se définit par une poussée (Drang), un but (Ziel), un objet (Objekt) et une source (Quelle). Elle conditionne la représentation ainsi que l'affect[G 22]. Les pulsions prennent leur source dans une excitation corporelle et, en cela, elles sont proches de l'instinct. Au contraire d'un stimulus, la pulsion ne peut être évitée ou fuie et demande à être déchargée dans le conscient. Il existe selon Freud trois moyens de décharger une pulsion : par le rêve, par le fantasme et par la sublimation. Freud distingue d'abord deux groupes de pulsions : celles du Moi (ou d'auto-conservation) et les pulsions sexuelles. Par la suite, et dans ses écrits les plus tardifs, il distingue deux autres grands types de pulsions : la pulsion de vie (l'« Éros ») et la pulsion de mort (le « Thanatos »)[G 23]. L'Éros représente l’amour, le désir et la relation, tandis que le Thanatos représente la mort, les pulsions destructrices et agressives. Le Thanatos tend à détruire tout ce que l'Éros construit (la perpétuation de l’espèce par exemple). Le masochisme en est un exemple typique[G 24].

Le refoulement (Verdrängung), « pierre d'angle » de la psychanalyse[G 25], est aussi le concept le plus ancien de la théorie freudienne. Dès 1896, Freud repère en effet un mécanisme de défense primaire, qu'il assimile ensuite à la censure et qui structure a priori le Moi et, de manière générale, le psychisme. Le refoulement est à la fois refus d'une pulsion et action psychique de maintien de cet écart. Frontière entre le conscient et l'inconscient, la « clause de censure » atteste aussi que l'inconscient est bien « travail » et processus, et non-principe seul[G 26].

Le complexe d’Œdipe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Complexe d'Œdipe.

« Le complexe d'Œdipe est sans doute le mot le plus célèbre du vocabulaire psychanalytique, celui qui sert le plus sûrement à désigner le freudisme »[G 27]. Freud théorise le complexe d'Œdipe dans sa première topique. Celui-ci est défini comme le désir inconscient d'entretenir un rapport sexuel avec le parent du sexe opposé (c'est l'inceste) et celui d'éliminer le parent rival du même sexe (le parricide). Ainsi, le fait qu'un garçon tombe amoureux de sa mère et désire tuer son père répond à l'impératif du complexe d'Œdipe[74]. C'est dans la lettre à Wilhelm Fliess du 15 octobre 1897 que Freud évoque le complexe pour la première fois, mais c'est dès 1912 et 1913 que « l'Œdipe » est entré totalement dans la pensée clinique de Freud. Ce dernier s'attache à en étudier l'universalité, dans l'ouvrage Totem et Tabou. Freud y avance la thèse suivante : celle de la « vocation civilisatrice du complexe[75] », résumée par Roger Perron : « en des temps très anciens les humains étaient organisés en une horde primitive dominée par un grand mâle despotique qui monopolisait les femmes et en écartait les fils, fût-ce au prix de la castration[76]. »

Pour lui, la structure de la personnalité se crée en rapport avec le complexe d’Œdipe et son rapport avec la fonction paternelle (imago du père). Le complexe d’Œdipe intervient au moment du stade phallique[77]. Cette période se termine par l’association entre la recherche du plaisir et une personne extérieure, la mère. Le père devient le rival de l’enfant ; ce dernier craint d’être puni en conséquence de son désir pour la mère par la castration. L’enfant refoule donc ses désirs, ce qui alimente au cours de son développement son Surmoi, avec la naissance en lui des sentiments de culpabilité et de pudeur, entre autres, et par l'intermédiaire du complexe de castration[G 28]. Le complexe serait donc transmis de génération en génération et avec lui le sentiment de culpabilité associé. Freud a toujours recherché en effet à relier ces concepts, et en particulier celui du complexe d'Œdipe, à une théorie générale de la phylogenèse (de l'histoire de l'humanité comme espèce).

Les cinq stades du développement psycho-affectif[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Sexualité infantile et Scène primitive.

Selon Freud, tel qu'il le décrit dans son essai « L'organisation génitale infantile » (« Die infantile Genitalorganisation », 1923), l'élaboration du complexe d'Œdipe représente une étape constitutive du développement psychique des enfants. Le désir envers la mère trouve en effet son origine dès les premiers jours de la vie et conditionne tout son développement psychique (psychogenèse). La mère est, d'une part, la « nourricière » et, d'autre part, celle qui procure du plaisir sensuel, via le contact avec le sein et à travers les soins corporels. L'enfant, qu'il soit fille ou garçon, en fait donc le premier objet d'amour qui reste déterminant pour toute sa vie amoureuse. Cette relation objectale est ainsi investie de sexualité et se déploie en cinq « phases » libidinales[C 13] qui trouvent aussi leur origine dans la constitution de la part de l'enfant de la scène primitive. La notion de « phase » ou de « stade » n'est pas à prendre au sens littéral. Elle signale la primauté d'une zone érogène particulière, mais n'implique pas que le processus se déroule de manière mécanique et linéaire. Le complexe d'Œdipe se déploie donc à travers ces phases en fonction de leurs propriétés propres qui s'enchevêtrent pour constituer un agrégat de pulsions qui, pour les freudiens, trouve son aboutissement vers l'âge de 5 ans. Freud aboutit à ce modèle en étudiant le cas dit du « petit Hans », en 1909.

Stade oral Stade anal
(+ oral)
Stade phallique
(+oral, +anal)
Période de latence
(+oral, +anal, +phallique)
Stade génital
Jusqu'à 18 mois De 18 mois à 3 ans De 3 ans à 7 ans
Situation œdipienne
Dès 7-8 ans Adolescence

La « phase orale » constitue l'organisation psychique du premier lien. La nourriture qui passe par la bouche est en effet la première origine de sensualité. Le plaisir produit par les zones érogènes s'étaye sur ce lien vital puis s'en éloigne, par exemple lors des préliminaires sexuels des adultes. On différencie la « phase orale de succion » de la « phase orale de morsure » qui inaugure une manifestation d'agressivité reposant sur l'ambivalence inhérente à la relation d'objet. Pour les kleiniens, le complexe d'Œdipe se manifeste déjà à cette phase orale et son déclin intervient lors de l'avènement de la position dépressive. Ensuite, la « phase anale », allant de 1 à 3 ans environ, est liée au plaisir de contrôler ses voies d’excrétion. La « phase phallique » (ou « génitale infantile »), de 3 à 6 ans environ, est liée à la masturbation. Elle connaît l'émergence puis le conflit œdipien dans sa phase la plus aiguë. La « phase de latence » s'étale ensuite de 6 ans à la préadolescence, et correspond au déclin du complexe d'Œdipe par le refoulement des pulsions sexuelles qui sont mises au service de la connaissance (ou « épistémophilie ») qui dure jusqu'à l'adolescence et qui est permise par le processus de sublimation. Cette « latence » est toute relative et peut varier selon les individus, les circonstances et les moments du développement[78].

La cure psychanalytique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cure psychanalytique.

L'éthique et le cadre thérapeutiques[modifier | modifier le code]

La cure psychanalytique, communément nommée « psychanalyse » ou encore « cure type », désigne la pratique psychothérapeutique élaborée par Sigmund Freud puis par ses successeurs et inspirée de la « talking cure » de Josef Breuer. La pratique psychanalytique a été peu à peu distinguée par Freud de cette dernière, ainsi que de celle de l'hypnose[G 29]. La cure psychanalytique s'applique plus largement à toute une série de traitements plus ou moins dérivés de la psychanalyse au point que Jean Bergeret fait de son emploi chez certains psychanalystes un abus de langage. Vers la fin de sa vie, Freud lui-même revient sur l'efficacité de la cure, rappelant que la psychanalyse est avant tout savoir[G 30]. De nature transférentielle, elle repose sur les associations libres et débute par l'étude du symptôme (dont la névrose est la manifestation générale) pour arriver à sa source, la pulsion refoulée. Ce contenu censuré doit parvenir à la conscience du malade, ce qui en constitue le traitement.

La psychothérapie psychanalytique met en œuvre tous les concepts dégagés par Freud, et en particulier ceux de « libre association » et de neutralité (l'analyste doit laisser les idées spontanées du patient s'exprimer, il doit écouter sans rien dire — et encore moins faire — qui ne perturbe les associations de l'analysant) et d'« attention flottante » (l'attention de l'analyste ne doit pas se focaliser sur un élément ou un autre du discours de l'analysant, mais rester attentif aux éléments inconscients qui pourraient surgir)[G 31]. Par ailleurs, le cadre éthique de l'analyse repose sur la sincérité du patient ainsi que sur l'engagement du psychanalyste à la neutralité et à la bienveillance[G 32]. L’unique but de l’analyse est donc, par le travail élaboratif du patient et le travail interprétatif du psychanalyste, de supprimer le refoulement qui crée la répétition ; mais l'analysé ne peut prendre conscience du refoulement que si, auparavant, a été supprimée la résistance qui le maintient[Freud 11].

Les cinq cas fondateurs[modifier | modifier le code]

Sergueï Pankejeff, dit « L'homme aux loups », et sa femme, en 1910.

Freud réalise sa première analyse avec Dora, de son vrai nom Ida Bauer, qui nourrit dans deux rêves des fantasmes sexuels handicapants[B 40]. Mais, en raison du transfert qui s'opère sur sa personne, Freud échoue à guérir Dora. Il ne reconnaît que plus tard, dans un post-scriptum, qu'il n'a pas su se rendre compte qu'il était l'objet transfériel de sa patiente amoureuse. Le cas Dora est décrit de décembre 1900 à janvier 1901, mais Freud ne publie son Fragment d'une analyse d'hystérie que quatre ans plus tard[B 41].

Freud accueille ensuite en analyse Ernst Lanzer, surnommé « l'homme aux rats ». Cette cure lui fournit un matériel clinique, notamment dans l'étude de la névrose obsessionnelle. Le patient entretient une culpabilité à la suite d'une punition paternelle pour s'être masturbé, le rendant névrosé[B 42]. Un troisième cas fondateur de la pratique psychanalytique est celui d'Herbert Graf, surnommé « le petit Hans ». Ce dernier n'a cependant pas été analysé par Freud. L'enfant souffre d'une phobie du cheval, lié à une fixation psychoaffective au niveau du complexe d'Œdipe. Grâce à la compréhension de ce schéma psychique, Herbert est guéri de ses fantasmes[B 43]. Un quatrième cas est célèbre en littérature psychanalytique : celui de Sergueï Pankejeff, dit « l'homme aux loups[B 44] ». Enfin, avec Daniel Paul Schreber (« le président Schreber »), Freud examine les délires psychotiques et paranoïdes présents dans Mémoires d’un névropathe du magistrat[Freud 12].

Polémiques et débats[modifier | modifier le code]

La question de l'homosexualité[modifier | modifier le code]

Article connexe : Homosexualité et psychanalyse.

Freud renonce progressivement à faire de l'homosexualité une disposition biologique ou une résultante culturelle, mais l'assimile plutôt à un choix psychique inconscient[79]. En 1905, dans Trois essais sur la théorie sexuelle, il parle d'« inversion », mais, en 1910, dans Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci, il renonce à ce terme pour choisir celui d'« homosexualité ». Dans une lettre datant de 1919 écrite à la mère d'une jeune patiente, Freud explique : « l'homosexualité n'est pas un avantage, mais ce n'est pas non plus quelque chose dont [on] doit avoir honte, ce n'est ni un vice ni une dégradation et on ne peut pas non plus la classer parmi les maladies[Freud 13]. » Cependant, des contradictions existent dans l'ensemble de l'œuvre freudienne et l'homosexualité adulte y est présentée tantôt comme immature par blocage de la libido au stade anal, tantôt comme repli narcissique ou encore comme identification à la mère. Freud a en effet affirmé que l'homosexualité résulte d'un « arrêt du développement sexuel[Freud 14]. »

Selon Freud, l'homosexualité n'est pas l'objet de la cure analytique. Seule la culpabilité qui l'accompagne peut donner lieu à une névrose[Freud 15]. Enfin, dans une note de 1915 aux Trois essais sur la théorie sexuelle, il explique également que « la recherche psychanalytique s’oppose avec la plus grande détermination à la tentative de séparer les homosexuels des autres êtres humains en tant que groupe particularisé. […] Elle apprend que tous les êtres humains sont capables d’un choix d’objet homosexuel et qu’ils ont effectivement fait ce choix dans l’inconscient[Freud 16],[80]. » « Ni Sigmund Freud, ni ses disciples, ni ses héritiers ne firent de l'homosexualité un concept ou une notion propre à la psychanalyse » conclut Élisabeth Roudinesco[81], même si cette question a divisé les psychanalystes. Selon le critique Didier Eribon, les psychanalystes partageraient un « inconscient homophobe[82] » alors que pour Daniel Borrillo, Freud et certains psychanalystes (tel Jacques Lacan) feraient œuvre d'homophobie en classant l'homosexualité parmi les « inversions »[F 2].

Culture et nature[modifier | modifier le code]

Article connexe : Anthropologie psychanalytique.
Charles Darwin dont Freud admirait les théories.

Pour Freud, la culture (Kultur) désigne l'ensemble des institutions qui éloignent l'individu de l'état animal[C 14]. La nature correspond donc aux émotions, aux instincts, pulsions et besoins. L’être humain lutte en permanence contre sa nature instinctuelle et ses pulsions, qu'il tente de réfréner afin de vivre en société, sans quoi l’égoïsme universel amènerait le chaos. Pourtant, Freud opère une confusion constante dans ses écrits entre la civilisation d'une part et la culture d'autre part[C 15]. Plus le niveau de la société est élevé, plus les sacrifices de ses individus sont importants. En imposant la frustration sexuelle surtout, la civilisation a une action directe sur la genèse des névroses individuelles. Le texte de 1929, Malaise dans la civilisation, soutient la thèse que la culture est la cause principale de névrose et de dysfonctionnements psychiques[83]. Par les règles claires qu’elle lui impose, la culture protège l'individu, même si elle exige des renoncements pulsionnels conséquents. Ces contraintes peuvent expliquer qu’il existe une rage et un rejet – souvent inconscients – vis-à-vis de la culture. En contrepartie, la culture offre des dédommagements aux contraintes et sacrifices qu'elle impose, à travers la consommation, le divertissement, le patriotisme ou la religion[C 16].

Dans l'essai « Une difficulté de la psychanalyse » publié en 1917[Freud 17], et dans ses conférences d'introduction à la psychanalyse, écrites pendant la Première Guerre mondiale, Freud explique que l'humanité, au cours de son histoire, a déjà subi « deux grandes vexations infligées par la science à son amour propre »[C 17]. La première, explique-t-il, date du moment où Nicolas Copernic établit que « notre Terre n'est pas le centre de l'univers, mais une parcelle infime d'un système du monde à peine représentable dans son immensité ». La deuxième, selon lui, a lieu quand la biologie moderne – et Darwin au premier chef – « renvoya l'homme à sa descendance du règne animal et au caractère ineffaçable de sa nature bestiale ». Il ajoute : « La troisième vexation, et la plus cuisante, la mégalomanie humaine doit la subir de la part de la recherche psychologique d'aujourd'hui, qui veut prouver au Moi qu'il n'est même pas maître dans sa propre maison, mais qu'il en est réduit à des informations parcimonieuses sur ce qui se joue inconsciemment dans sa vie psychique »[84]. Selon Freud, c'est le « renoncement progressif à des pulsions constitutionnelles » qui permet à l'homme d'évoluer culturellement[85].

La religion[modifier | modifier le code]

Se disant « incroyant », Freud est critique vis-à-vis de la religion. Il estime que l’être humain y perd plus qu’il n’y gagne par la fuite qu’elle propose. Selon lui, l’humanité doit accepter que la religion n’est qu’une illusion pour quitter son état d’infantilisme, et il rapproche ce phénomène de l’enfant qui doit résoudre son complexe d’Œdipe : « ces idées [religieuses], qui professent d’être des dogmes, ne sont pas le résidu de l’expérience ou le résultat final de la réflexion : elles sont des illusions, la réalisation des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l’humanité ; le secret de leur force est la force de ces désirs. Nous le savons déjà : l’impression terrifiante de la détresse infantile avait éveillé le besoin d’être protégé — protégé en étant aimé — besoin auquel le père a satisfait »[Freud 18]. Dans son premier écrit sur la religion, Actes obsédants et exercices religieux, publié en 1907, il explique que le cérémonial liturgique implique obligatoirement des « actes obsédants ». Il parle par conséquent de « cérémonial névrotique ». Selon lui, la « répression, le renoncement à certaines pulsions instinctives semble aussi être à la base de la formation de la religion »[86].

Freud et la phylogenèse[modifier | modifier le code]

S'appuyant sur les thèses de Charles Darwin, en 1912, dans Totem et Tabou, Freud explique que l'origine de l'humanité se fonde sur le fantasme d'une « horde primitive » dans laquelle a lieu le meurtre primitif du père comme acte fondateur de la société. Les hommes vivaient en hordes grégaires, sous la domination d'un mâle tout-puissant, qui s'appropriait les femmes du groupe et en excluait les autres mâles. Ces derniers commettent alors le meurtre du « Père primitif », parricide qui explique ensuite le tabou de l'inceste comme élément constitutif des sociétés. Dans Malaise dans la civilisation, Freud décompose l'évolution de l'humanité en trois phases : une phase animiste caractérisée par un narcissisme et un totémisme primaires d'abord, puis une phase religieuse marquée par la névrose collective et enfin une phase scientifique dans laquelle prédomine la sublimation[87]. Cette conception d'héritage phylogénétique a été critiquée par les anthropologues, les historiens[88] et invalidé par la biologie[89].

Freud face à l'antisémitisme[modifier | modifier le code]

Les ouvrages de Freud ont été brûlés par les nazis qui ont décrété que la psychanalyse est une « science juive »[90].

L'antisémitisme ne pèse pas d'une manière égale durant la vie de Freud, et ce au gré des changements politiques de l'Autriche et l'Allemagne au début du XXe siècle[91]. Le sentiment antisémite joue un rôle déterminant à la fin de sa vie, lorsqu'il doit fuir l'Autriche devant la menace nazie. Avant la première guerre mondiale, comme le souligne Yerushalmi, « Je tiens à souligner que sa prise de conscience du phénomène précéda son entrée à l'Université de Vienne, ou encore la fin du Burgerminister libéral et la montée de l'antisémitisme politique »[92]. Ensuite, à la Première Guerre mondiale, on assiste à un réveil des nationalismes et à partir de 1917, la censure d'articles antisémites dans des journaux se montre de moins en moins stricte et, il devient habituel de voir traiter les Juifs de « profiteurs de guerre », c'est en 1918 que l'antisémitisme atteint son comble, les Juifs devenant explicitement les boucs émissaires de tous les malheurs qui s'abattent sur l'Autriche[93]. En 1933, les œuvres de Freud sont brûlées par les nazis, qui y voient une « science juive » (selon la formule du parti nazi[90]) contraire à l'« esprit allemand » : « Dans l'Allemagne de 1933, après qu'on eut brûlé les œuvres de Freud, il était devenu évident que le régime dirigé par les nazis, qui venaient d'obtenir le pouvoir, ne laissait plus aucune place à la psychanalyse[94]. » Avec l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne, de nombreux psychanalystes ont dû cesser leur pratique ou émigrer quand ils n'ont pas été tués ou envoyés dans des camps de concentration parce qu'ils étaient juifs. La ségrégation s'est d'abord développée en Hongrie, notamment sous le régime de Miklós Horthy. Puis, elle s'est propagée en Allemagne dès les années 1920 et en Autriche. Dès lors, la plupart de ceux qui ont survécu ont émigré en Grande-Bretagne, en France, en Amérique du Sud et aux États-Unis. D'autres comme Max Eitingon sont partis pour la Palestine bien avant la création de l'État d'Israël[94].

Henri Ellenberger a fait une étude approfondie de la situation des Juifs dans l'ensemble de la région et a pu affirmer que Freud aurait exagéré l'impact de l'antisémitisme dans sa non-nomination à un poste universitaire de professeur extraordinaire. Il argumente sa thèse de manière documentée[B 45]. Ellenberger n'a jamais été soupçonné ou accusé d'antisémitisme (à la différence de Jung). D'autres historiens considèrent cependant qu'il a minimisé le phénomène à Vienne[95], qui élit un maire ouvertement antisémite en 1897 et le père même de Freud avait été victime d'un acte antisémite, qu'il lui avait raconté, enfant[96]. Dès ses débuts, la psychanalyse freudienne a été accusée d'être une « science juive ». Le professeur Martin Staemmler de Chemnitz écrit, dans un texte de 1933 : « La psychanalyse freudienne constitue un exemple typique de la dysharmonie interne de la vie de l'âme entre Juifs et Allemands. [...] Et lorsqu'on va encore plus loin et que l'on fait entrer dans la sphère sexuelle chaque mouvement de l'esprit et chaque inconduite de l'enfant [...], lorsque [...] l'être humain n'est plus rien d'autre qu'un organe sexuel autour duquel le corps végète, alors nous devons avoir le courage de refuser ces interprétations de l'âme allemande et de dire à ces Messieurs de l'entourage de Freud qu'ils n'ont qu'à faire leurs expérimentations psychologiques sur un matériel humain qui appartienne à leur race »[94]. Pour Lydia Flem, Freud et Theodor Herzl, chacun à leur manière, répondent à la crise identitaire juive, le premier en imaginant une topique psychique, le second en rêvant d'un pays géographique pour le peuple juif[A 9].

Recherches sur la cocaïne[modifier | modifier le code]

La découverte de l'alcaloïde de la plante de coca est contemporaine des recherches de Freud, qui cherche à l'utiliser pour la guérison psychique. En 1884, les laboratoires Merck confient à Freud la charge de mener des expérimentations sur la substance. Avant de créer la psychanalyse, Freud a étudié ce produit et a pensé pouvoir lui prêter toutes sortes d'indications médicales — notamment dans le traitement de la neurasthénie[97]. Freud travaille sur les propriétés anesthésiantes de la cocaïne avec deux collègues, Carl Köller et Leopold Königstein, dès 1884. Cependant, il n'a pas le temps de tester son pouvoir narcotique et doit s'absenter de Vienne. Ses collègues poursuivent les expérimentations, notamment dans le cadre de la chirurgie oculaire, et finissent par présenter leur découverte devant la Société médicale de médecine de Vienne sans mentionner le rôle de Freud[98],[99].

Freud a par ailleurs consommé épisodiquement de la cocaïne[100]. Il en a usé entre 1884 et 1887 et a même rédigé un texte sur cette drogue : « Über Coca »[Freud 19]. Il se détourne ensuite totalement de son étude après avoir suggéré à son ami Ernest von Fleischl-Marxrow de l'utiliser pour guérir de sa morphinomanie. Ce dernier souhaitait utiliser l'opiacé pour soulager ses souffrances dues à une amputation du pouce. Freud, pensant bien faire, lui propose de remplacer la morphine par de la cocaïne en ignorant totalement les effets toxiques de cette dernière. Une toxicomanie en remplace ainsi une autre et après une agonie et des souffrances sans fin, von Fleischl se suicide. Cette erreur est vite imputée à Freud. Les toxicomanies à la cocaïne se déclarent ensuite dans d'autres pays, en Europe d'abord, notamment en Allemagne où le Dr Wallé en vante sans prudence les mérites. Freud continue d'en consommer épisodiquement et d'en prescrire en application nasale jusqu'en 1895, lorsqu'il entame son auto-analyse[97]. Dans un article datant de 1886, le Dr Albrecht Erlenmeyer met en garde la communauté médicale en termes précis, qualifiant la cocaïne de « troisième fléau de l'humanité »[101]. Face aux critiques de plus en plus nombreuses, le Dr Johann Schnitzler, dans un article de la revue Internationale Klinische Rundschau, en 1887, défend Freud, accusé d'en avoir propagé le recours. Ce dernier défend l'usage de la cocaïne jusqu'en 1887 et affirme que c'est le sujet qui est prédisposé et pas la drogue qui entraîne la toxicomanie.

Critiques[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative en hommage à Sigmund Freud.
Article détaillé : Critique de la psychanalyse.

Dissidences et schismes de la psychanalyse[modifier | modifier le code]

Les principales querelles aboutissent, au cours du développement du mouvement psychanalytique, à des scissions majeures, d'abord celle d'Alfred Adler (qui fonde ensuite la psychologie individuelle), puis celle de Carl Gustav Jung, initiateur de la psychologie analytique. Les points théoriques de désaccord sont nombreux, liés à la libido, au complexe d'Œdipe ou encore à l'importance de la sexualité dans le psychisme. Ces controverses se situent dès les années 1907 et 1911. Nommés les « apostats » par Freud, Adler, le premier, puis Jung ensuite, s'opposent à la conception de la libido comme essentiellement d'origine sexuelle et qu'ils voient plutôt comme une « pulsion de vie » au sens large. Freud craint par-dessus tout que les dissidents ne détournent la théorie et la pratique psychanalytique. Paul-Laurent Assoun souligne en effet que tous deux disent vouloir remettre la psychanalyse dans la bonne direction, et la sauver du culte de la personnalité formé autour de Freud[G 33]. La concurrence entre les diverses écoles, principalement entre le cercle viennois et l'école de Zurich de Jung, porte le coup le plus rude au jeune mouvement psychanalytique, et ce dès 1913, avec la défection de Jung. Les autres divergences internes se rapportent par exemple à la précocité du Surmoi telle que la décrit Melanie Klein ou Donald Winnicott[G 34],[G 35]. L'opposition avec Wilhelm Reich porte elle essentiellement sur des différences foncières concernant la pratique de la cure, notamment à propos de la règle d'abstinence. Le post-freudisme commence ainsi avec cette nouvelle génération de psychanalystes qui s'émancipent en partie de l'héritage freudien tout en intégrant ses apports principaux, et dont les critiques portent essentiellement sur l'interprétation des textes fondateurs ou sur les concepts clés de l'édifice épistémologique freudien.

La critique de l'hagiographie de Freud[modifier | modifier le code]

La plupart des controverses autour de la pertinence scientifique des conceptions psychanalytiques sont appelées les « Freud Wars », expression venant des États-Unis. Des contemporains de Freud, comme Karl Kraus et Egon Friedell, portèrent diverses critiques ; Kraus récuse l'interprétation sexuelle psychanalytique en littérature alors que Friedell qualifie la psychanalyse de « pseudo-religion juive » et de « secte »[102]. Paul Roazen publie quant à lui une étude sur les relations complexes entre Freud, Victor Tausk et Helene Deutsch. Tausk avait demandé une analyse à Freud, qui la lui avait refusée, avant de l'adresser à Deutsch. Cette dernière était alors elle-même en analyse chez Freud. Cette situation est abordée par Roazen, qui la met aussi en rapport avec les autres causes du suicide de Tausk[103]. Beaucoup d'autres critiques accréditées par des documents historiques existent[C 18].

Longtemps, la plupart des ouvrages parlant de Freud se référaient presque exclusivement à sa biographie par Ernest Jones, critiquée pour des aspects hagiographiques. Les études critiques de Janet, celles du philosophe Popper, puis les nouvelles recherches historiques initiées par Henri Ellenberger et relayées par d'autres auteurs qui ont publié des critiques telles celles de Mikkel Borch-Jacobsen[104], Jacques Van Rillaer[F 3] ou Jacques Bénesteau[105], ont finalement conduit à revoir l'histoire et la portée de l'œuvre de Freud. L'accès à certains documents relatifs à Freud demeure un point de polémique. Une très grande collection des écrits originaux et des lettres freudiennes se trouve dans la Sigmund Freud Collection de la Library of Congress à Washington. Certaines lettres écrites par Freud se trouvent en partie sous clé jusqu'à l'an 2060. Pour les examiner, il faut une autorisation spéciale du directeur du département des manuscrits après l'accord avec les Sigmund Freud Archives à New York. L'autorisation est donnée seulement dans les cas exceptionnels. Pour de nombreuses lettres, il n'existe même pas de date de déblocage[106].

Les critiques théoriques[modifier | modifier le code]

En France, la critique théorique est représentée par un ouvrage collectif et multidisciplinaire, Le Livre noir de la psychanalyse (2005), corpus d'articles publié sous la direction de Catherine Meyer, et qui reflète plusieurs décennies de critiques à l'encontre de Freud. La plupart des points critiques sont abordés, de la scientificité de la psychanalyse à la personnalité de Freud, en passant par les contradictions, la fabrication suspectée de cas psychopathologiques et de fausses guérisons[107]. Se basant sur des études épidémiologiques, selon ces auteurs la faible efficacité thérapeutique de la méthode psychanalytique par rapport à d'autres techniques psychothérapeutiques, comme les thérapies cognitivo-comportementales est mise en évidence. Cet ouvrage a suscité des réactions dans divers milieux psychiatriques, thérapeutiques et psychanalytiques, relançant ainsi des conflits d'intérêts sous-jacents. En réponse à ces critiques, la psychanalyste Élisabeth Roudinesco a dirigé un ouvrage : Pourquoi tant de haine ? Anatomie du Livre noir de la psychanalyse (2005)[107]. D’autres psychanalystes et psychiatres ont critiqué l'ouvrage[108],[109],[110].

Frank Sulloway a développé quant à lui une thèse (dans Freud biologiste de l'esprit, 1979) dans laquelle il soutient qu'avec la psychanalyse, Freud a produit un modèle « cryptobiologique » dans le but de masquer ses inspirations biologiques reconnues comme déjà obsolètes à son époque par certains de ses partisans tel Ernst Kris. Le but est, selon Sulloway, de présenter la psychanalyse comme une théorie révolutionnaire, unique dans l'histoire[111]. Cependant, une grande part du travail de Lacan montre bien que l’œuvre de Freud est à comprendre sous l'angle du langage et non sous celui de la biologie, notamment en affirmant que « l'inconscient est structuré comme un langage ».

Le philosophe français Michel Onfray publie au mois d'avril 2010 un livre critique sur Freud intitulé Le Crépuscule d'une idole. L'affabulation freudienne, dans lequel il reproche, entre autres, à Freud d'avoir généralisé son cas personnel, d'avoir été un médecin médiocre, d'avoir développé la théorie psychanalytique sans suivre une démarche scientifique, en mentant sur ses observations et sur les guérisons obtenues, aux seules fins d’assurer sa réussite personnelle et financière, et d'avoir fondé la communauté psychanalytique sur des principes quasi-sectaires. Il note aussi qu'il a signé une dédicace à Benito Mussolini et qu'il a écrit L'Homme, Moïse et le monothéisme en plein essor du nazisme et de l'antisémitisme. Onfray reprend les critiques du freudisme connues et développées avant lui, en utilisant une grille d'interprétation d'inspiration nietzschéenne. En novembre 2010, il publie Apostille au crépuscule. Pour une psychanalyse non freudienne, dans lequel il propose un modèle psychologique permettant de « dépasser » la psychanalyse freudienne[112].

Les travaux de Lionel Naccache sur les phénomènes d'amorçage sémantique inconscient ont démontré l'existence d'un inconscient cognitif qui ne saurait être assimilé à l'inconscient freudien[113]. La théorie freudienne du rêve centrée sur la satisfaction hallucinatoire du désir dissimulé grâce aux mécanismes de déplacement, condensation et dramatisation a aussi été critiquée[F 4]. Selon le psychologue, sociologue et essayiste G. William Domhoff et le psychologue cognitiviste David Foulkes l'idée selon laquelle l'association libre permet d'accéder au contenu latent du rêve est infirmée par des travaux de psychologie expérimentale qui ont conclu au caractère arbitraire de cette méthode[114].

Réception des critiques[modifier | modifier le code]

Selon le neuroscientifique Winson en 1985, l’association libre de Freud est une méthode valide qui permet l'accès au contenu latent[115].

Le neuropsychiatre Allan Hobson a critiqué l’ouvrage de Domhoff en lui reprochant de méconnaître les mécanismes neurobiologiques qu'il étudie[116] et Drew Westen (en) remarque que Foulkes partage des points de vue avec la théorie de Freud, notamment qu'il existe un contenu latent et un contenu manifeste qui en est la transformation, et que cette transformation relève d'un langage à déchiffrer[117].

Selon le neurologue Bernard Lechevalier, il y a compatibilité entre la conception psychanalytique du rêve et les neurosciences[118].

Les critiques religieuses et politiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Freudo-marxisme.

En 1952, le pape Pie XII prononce un discours devant les participants du Ve Congrès international de psychothérapie et de psychologie clinique qui reconnait la psychanalyse, mais en relativisant le pouvoir descriptif de ses concepts. Ainsi, si la psychanalyse décrit ce qui advient dans l'âme, elle ne peut prétendre décrire et expliquer ce que l'âme est pour autant[119].

Avant la Révolution de 1917, la Russie est le pays où Freud est le plus traduit. Après l'arrivée au pouvoir des bolcheviks, dans les années 1920, il y eut des rapprochements entre la pensée de Freud et celle de Marx. Cependant, par la suite, « quand Trotski, qui était très favorable à la psychanalyse, fut condamné à l'exil en 1927, la psychanalyse fut associée au trotskisme et officiellement interdite » explique Eli Zaretsky[120]. En 1949, Guy Leclerc publie dans L'Humanité l'article « La psychanalyse, idéologie de basse police et d'espionnage » (numéro du 27 janvier 1949), dans lequel il considère la psychanalyse comme une science bourgeoise destinée à asservir les foules. Dès lors, après en avoir accepté l'importance avec le freudo-marxisme, le Parti communiste français commence sa campagne contre la psychanalyse, et plus largement contre la psychanalyse en France[119].

Les critiques épistémologiques[modifier | modifier le code]

Une partie des critiques envers Freud et la psychanalyse porte sur la question de sa scientificité. Ludwig Wittgenstein a par exemple dit : « Freud a rendu un mauvais service avec ses pseudo-explications fantastiques. N’importe quel âne a maintenant ces images sous la main pour expliquer, grâce à elles, des phénomènes pathologiques[121]. » Le philosophe Michel Haar (Introduction à la psychanalyse. Analyse critique, 1973) et les cognitivistes Marc Jeannerod et Nicolas Georgieff (article « Psychanalyse et science(s) », 2000) dressent le panorama de ces critiques tenant de l'épistémologie. Les critiques de Freud, à son époque et aujourd'hui, mettent en effet en cause tantôt la scientificité de sa démarche, sa méthodologie (le faible nombre de cas, l'interprétation littéraire, etc.), son aspect hautement spéculatif également, son incohérence théorique, l'absence de validation expérimentale ou d'études cliniques rigoureuses (contrôlées et reproductibles), des manipulations de données et de résultats cliniques et thérapeutiques[122].

Dans La Psychanalyse à l'épreuve (1992), Adolf Grünbaum explique que Freud ne démontre rien sur le plan scientifique : « le caractère rétrospectif du test propre au cadre psychanalytique est incapable d'authentifier de manière fiable ne serait-ce que l'existence de l'expérience d'enfance rétrodictée (...), et encore moins son rôle pathogène[123]. » Bien que critique envers la psychanalyse, Grünbaum s'oppose par ailleurs à un autre détracteur des travaux de Freud : Karl Popper. Ce dernier explique que : « Les « observations cliniques », qui sont naïvement considérées par les psychanalystes comme des confirmations de leur théorie, ne sont pas plus probantes que les confirmations quotidiennes que les astrologues trouvent dans leur pratique. Quant à l'épopée freudienne du Moi, du Surmoi et du Ça, elle ne peut pas plus sérieusement prétendre à un statut scientifique que les histoires qu'Homère a collectées sur l'Olympe. Ces théories décrivent certains faits, mais à la façon des mythes. Elles contiennent des énoncés psychologiques des plus intéressants, mais qu'on ne peut soumettre à vérification[124]. » Le critère de sa falsifiabilité (sa « réfutabilité » en d'autres termes) occupe l'essentiel de leur débat. Contrairement à Popper qui regarde la psychanalyse comme non réfutable donc pseudo-scientifique, Grünbaum pense que certaines assertions psychanalytiques peuvent être testées, comme le lien supposé par Freud entre paranoïa et homosexualité.

Selon Vannina Micheli-Rechtman, les critiques de Grünbaum et Popper ne prennent pas assez en compte l'épistémologie propre à la psychanalyse[125]. Ainsi, la psychanalyse est avant tout « une pratique de communication et une pratique de soin », selon Daniel Widlöcher, qui rappelle cette phrase de Lacan « "la psychanalyse est une science des actions humaines au même titre qu’un certain nombre de sciences des actions". C'est-à-dire que c’est une pratique d’actions (on fait quelque chose avec quelqu’un d’autre) et de cela on déduit des généralités qu’on va élaborer comme des modèles. La psychanalyse construit des modèles » descriptifs au même titre que la science économique[126] ou d'autres sciences sociales, comme l'ethnologie[127]. Elle n'en adopte pas moins la même rationalité que la rationalité scientifique, comme le montre, par exemple, Jean-Michel Vappereau[128]. Mais là où les sciences expérimentales évacuent la subjectivité pour atteindre l'objectivité, la psychanalyse s'attache à ce qui est propre à structurer la subjectivité, à travers un objet (l'inconscient) et un protocole (le « divan ») qui lui sont propres et parfaitement rationnels[129].

Chronologie rapide[modifier | modifier le code]

  • 1856 : naissance à Freiberg en Moravie, actuelle République tchèque.
  • 1860 : la famille Freud s'installe à Vienne.
  • 1881 : Freud obtient son diplôme de médecine à l'université de Vienne.
  • 1883 : Freud étudie le cas Anna O. porté à sa connaissance par son ami Josef Breuer.
  • 1885 : Freud se rend à Paris pour rencontrer le neurologue parisien Jean-Martin Charcot
  • 1886 : Freud s'établit comme médecin à Vienne et épouse Martha Bernays.
  • 1895 : Freud commence son auto-analyse et théorise le complexe d'Œdipe.
  • 1896 : première utilisation du terme « psychanalyse ».
  • 1899 : publication de L'Interprétation des rêves.
  • 1905 : parution de Trois essais sur la théorie sexuelle.
  • 1908 : Freud et ses disciples fondent la Société viennoise de psychanalyse.
  • 1920 : Freud élabore la seconde topique de l'appareil psychique.
  • 1938 : après l'arrivée des Nazis en Autriche, la famille de Sigmund Freud choisit de s'exiler en Angleterre.
  • 1939 : Freud meurt à l'âge de 83 ans, à Maresfield Gardens, Hampstead, Londres.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Couverture de L'Interprétation des rêves (1900)

Traductions[modifier | modifier le code]

En français, les premières traductions l'ont été pour des articles et notamment par Henri Hoesli pour la Revue française de psychanalyse. Les traductions de livres - parfois des recueils d'articles - sont éparpillées entre plusieurs éditeurs : Payot, Gallimard, PUF, Alcan donc le fait de plusieurs traducteurs ou équipes de traducteurs. Anne Berman a été par exemple la traductrice de plusieurs ouvrages de Freud, d'Anna et de Jones Depuis 1988, les Presses universitaires de France publient la traduction, œuvre collective sous la direction scientifique de Jean Laplanche, des Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse. Seize volumes ont été publiés à ce jour[130]. Cette traduction est controversée, du fait de ce que Laplanche définit comme « une exigence de fidélité au texte allemand », mais que ses contradicteurs voient comme un exercice formaliste, comportant des néologismes qui rendent la compréhension difficile[131]. Le volume Traduire Freud (1989) tente d'expliquer et de justifier les principes auxquels se réfère cette grande entreprise d'une nouvelle traduction des Œuvres complètes de Freud en France.

En allemand, dix-sept volumes sont parus entre 1942 et 1952, intitulés Gesammelte Werke. En anglais, vingt-quatre volumes paraissent entre 1953 et 1974 sous le titre de Standard Edition. En 2010, la situation des traductions des œuvres change radicalement puisque ses écrits sont entrés dans le domaine public[132].

Liste chronologique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Œuvres de Sigmund Freud.

Les principaux écrits de Freud traduits en français sont présentés ci-dessous, avec la première année de publication en langue allemande entre parenthèses.

Essais[modifier | modifier le code]

Totem et Tabou (1913)

Correspondances[modifier | modifier le code]

Dans les arts[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sources utilisées[modifier | modifier le code]

Œuvres de Sigmund Freud[modifier | modifier le code]

  1. Le procédé cathartique de Breuer constitue une phase préliminaire de la psychanalyse. Freud ajoute qu'il repousse définitivement l'hypnose par la méthode de la libre association, p. 70.
  2. p. 24 : « J'ai souvent proclamé avec reconnaissance les grands mérites que s'est acquis l'école psychiatrique de Zurich, et plus particulièrement Bleuler et Jung, par leur contribution à la diffusion de la psychanalyse ».
  3. Freud explique qu'il a travaillé à développer la psychanalyse seul pendant dix ans, solitude qui ne cessa véritablement qu'en 1904, p. 69.
  4. « Je ne crois plus à ma neurotica (théorie des névroses) », lettre du 21 septembre 1897, dans Sigmund Freud, Lettres à Wilhelm Fliess, 1887-1904, Presses universitaires de France,‎ 2006 (ISBN 2-13-054995-0, lire en ligne), p. 334.
  5. Sigmund Freud, « Résistance et Refoulement », dans Introduction à la psychanalyse, Payot, coll. « Petite bibliothèque »,‎ 2004 (1re éd. 1904) (ISBN 2228894052).
  6. « Nous en sommes encore à nous demander pourquoi, dans l'analyse, c'est le transfert qui oppose au traitement la plus forte des résistances », in Sigmund Freud, « La technique du transfert », dans Technique psychanalytique, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige Grands textes »,‎ 2007 (1re éd. 1912) (ISBN 2130563147).
  7. p. 101-102.
  8. La sexualité infantile constitue l'innovation majeure de la psychanalyse. Freud explique qu'avec ce concept, il combattait pour « une idée neuve et originale », p. 76.
  9. « J'avais jugé nécessaire d'adopter la forme d'une association officielle, afin de prévenir les abus qui pourraient se commettre au nom de la psychanalyse, une fois qu'elle serait devenue populaire », p. 119.
  • Autres œuvres de Freud citées
  1. Parlant de son autobiographie, Freud confirme ce lien entre sa vie et la psychanalyse : « Ma Présentation de moi-même montre comment la psychanalyse devient le contenu de ma vie, et se conforme ensuite à ce principe justifié que rien de ce qui m'arrive personnellement ne mérite d'intéresser au regard de mes relations avec la science », in Sigmund Freud présenté par lui-même, Gallimard, 1991, p. 121-122.
  2. « Über Coca », in « Centralblatt für die Gesamte Therapie », tome II, 1884, p. 289-314.
  3. Lettre à Wilhelm Fliess du 12 juin 1895, « J'ai besoin de beaucoup de cocaïne. »
  4. « Über den Ursprung des Nervus acusticus », in « Monatsschrift für Ohrenheilkunde », Neue Folge, XX, 1886, p. 245-282.
  5. « Über Hypnose und Suggestion », in « Internationale Klinische Rundschau », VI, 1892, p. 814-818.
  6. « L'hérédité et l'étiologie des névroses », in La Revue neurologique III, repris in Névrose, psychose et perversion, PUF, 1973.
  7. Lettre à Wilhelm Fliess du 15 octobre 1897 intitulée « L'abandon de la Neurotica », dans Lettres à Wilhelm Fliess : 1887-1904, Presses universitaires de France, coll. Bibliothèque de psychanalyse, 2007 (ISBN 978-2-13-056279-5) et dans : Sigmund Freud, La naissance de la psychanalyse, 7e édition, Presses universitaires de France, Paris, 1996, (ISBN 978-2130439721), p. 197.
  8. Lettre à Jung du 16 avril 1909, in Correspondance S. Freud-C. G. Jung, Taurus, 1978.
  9. « Fragment d'une analyse d'hystérie : Dora », dans Cinq psychanalyses, Presses universitaires de France, coll. « Bibliothèque de psychanalyse »,‎ 2001 (ISBN 978-2-13-045620-9).
  10. Lettre à Ernest Jones du 2 mars 1937 : « La situation politique semble devenir toujours plus sombre. Il n'y a probablement pas moyen d'endiguer l'invasion nazie et son cortège de malheurs pour la psychanalyse comme pour tout le reste... Hélas, le seul protecteur que nous ayons eu jusqu'à présent, Mussolini, semble laisser les mains libres à l'Allemagne. », cité in Michel Onfray, 2010, p. 545.
  11. Sigmund Freud, Introduction à la psychanalyse, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot »,‎ 1970, p. 414.
  12. « Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa : Le président Schreber», 1911.
  13. Sigmund Freud, Correspondance de Freud 1873-1939, Paris, Gallimard,‎ 1979, p. 461-462.
  14. Sigmund Freud, Correspondance de Freud 1873-1939, Paris, Gallimard,‎ 1967, p. 461.
  15. Sigmund Freud, Correspondance, Paris, Gallimard,‎ 1979, p. 461-462.
  16. Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle, Gallimard,‎ 1987, p. 44.
  17. Texte repris dans Introduction à la psychanalyse, Payot, coll. « Petite Bibliothèque », 1975, IIe partie, chapitre 18, p. 266-267.
  18. Sigmund Freud, L’Avenir d’une illusion, Presses universitaires de France,‎ 1973, p. 23.
  19. Anthologie de textes de Sigmund Freud, préface de Charles Melman et de Jean-Louis Chassaing, Un peu de cocaïne pour me délier la langue, Max Milo Éditions, 2005, coll. « Essais et documents » (ISBN 2-914388-76-4).

Ouvrages de référence[modifier | modifier le code]

  • Lydia Flem, L'Homme Freud : une biographie intellectuelle, Seuil, coll. « La librairie du XXe siècle »,‎ 1991, 278 p. (ISBN 2-02-013308-3)
  1. Lors de la visite de l'écrivain italien Giovanni Papini en 1934, Freud confie nourrir une vocation d'homme de lettres, p. 131.
  2. « En réaction au décès de son père (...) Freud se livre à un intense travail de fouille dans son passé, il s'efforce de ramener à la lumière de sa mémoire les fragments refoulés de son enfance », p. 46.
  3. « La crainte d'un accident de chemin de fer le poursuivit toute sa vie », p. 27.
  4. Au même moment paraît un texte de l'historien de la littérature, Walter Muschg, Freud écrivain, qui salue « une plume de maître », p. 140.
  5. p. 141.
  6. p. 96.
  7. p. 15.
  8. Les représentations de Freud du système psychique utilisent des analogies récurrentes, comme celles renvoyant à l'archéologie ou à la maison, p. 36-37 et 48.
  9. Freud fait par ailleurs parvenir à Herzl un exemplaire de L'Interprétation des rêves, p. 98-101.
  1. p. 44.
  2. Pour une présentation rapide des biographies des cinq sœurs de Freud, voir p. 47.
  3. p. 55.
  4. Le poème de Goethe aurait au contraire contribué à son choix pour la médecine, p. 58.
  5. p. 64.
  6. a et b p. 74.
  7. p. 58.
  8. Origines et condition de leur rencontre, p. 150.
  9. « aucun autre homme n'a jamais eu autant d'influence sur moi » avoue Freud, cité p. 80.
  10. De 1887 à 1904, les deux hommes échangent plus de 300 lettres ; celles de Fliess à Freud ont été perdues, p. 38.
  11. Freud et Martha ont six enfants : Mathilde (1887-1978), Jean-Martin (1889-1967), Oliver (1891-1969), Ernst (1892-1970), Sophie (1893-1920) et Anna (1895-1982), p. 68-70.
  12. p. 83
  13. « L'étude des troubles du langage allait lui permettre de se dégager radicalement des conceptions du maître de la Salpêtrière », p. 85.
  14. Freud a été influencé, notamment dans ses Trois essais sur la théorie sexuelle de 1905, par la conception bisexuelle de Fliess, p. 39.
  15. Freud attribue la paternité de la méthode cathartique à JosefBreuer, p. 92.
  16. Freud ne conserve de l'hypnose que la position du patient, allongé et soustrait à la vue de l'analyste, p. 90 et 97.
  17. p. 94.
  18. p. 76.
  19. Elle consiste, notent René Major et C. Talagrand, en une analyse de ses propres rêves et de ses souvenirs d'enfance, p. 46. Cette auto-analyse est à l'origine des « objectivités proprement analytiques » de la psychanalyse, que Freud découvre en établissant des rapports et des analogies entre ses souvenirs et fantasmes et la littérature mondiale, p. 51.
  20. Freud a très tôt une peur profonde : celle de mourir avant sa mère, p. 45
  21. p. 110.
  22. Sur les origines de sa phobie des voyages, voir la p. 116.
  23. Il ne peut se rendre à Rome qu'après la mort de son père, p. 107.
  24. p. 117.
  25. p. 121.
  26. p. 180.
  27. « Le bolchévisme croyait pouvoir l'utiliser pour détruire l'autorité du père », p. 147.
  28. p. 102-104.
  29. « Le chercheur rigoureux et minutieux devait se doubler d'un homme politique avisé et maître de lui-même », p. 120.
  30. p. 226.
  31. Il établit avec cet ouvrage une « anthropologie psychanalytique », en réaction à l'étude des symboliques mondiales de C. G. Jung, p. 234.
  32. p. 186.
  33. La plupart des psychanalystes sont en effet envoyés au front, p. 229.
  34. Plusieurs manuscrits attestant son travail à décrire une métapsychologie furent cependant perdus, p. 237.
  35. La conception des pulsions partielles est constituée sur des couples d'opposés, p. 145. Selon Ernest Jones : « la plupart de ceux qui ont étudié Freud ont été impressionnés par ce que l'on pourrait appeler son dualisme insistant. S'il avait été philosophe, il n'aurait certainement pas été moniste, pas plus qu'il n'aurait partagé l'univers pluraliste de William James », p. 146.
  36. Anna Freud est la seule des enfants de Freud à avoir été psychanalyste aux côtés de son père ; elle a contribué à développer la psychanalyse en Angleterre en fondant une école rivale à celle de Melanie Klein, p. 72-74.
  37. p. 57.
  38. p. 34.
  39. p. 193 et 279-280.
  40. p. 197-200.
  41. p. 199.
  42. p. 200-203.
  43. p. 204-206.
  44. p. 207-210.
  45. p. 377-379.
  1. Deux bourses d'un montant total de 180 Gulden lui furent accordées par le Ministère de l’Éducation en 1875 et 1876 pour lui permettre d'étudier les anguilles mâles de rivière. Ses dissections confirment l'existence de testicules chez l'anguille mâle. Ses travaux sont publiés en 1877 devant l'Académie des sciences de Vienne, p. 655.
  2. Alain de Mijolla explique que son travail porte plus précisément sur les fibres nerveuses postérieures du petromyzon, p. 655.
  3. p. 656.
  4. Après ce revers, Freud abandonne ses recherches sur la cocaïne mais continue à en user, notamment pour accroître sa capacité de travail et vaincre sa timidité, p. 656.
  5. Ce séjour à Paris aurait commencé le 13 octobre 1885 et se serait terminé le 23 février 1886, p. 656.
  6. C’est un véritable « dialogue de sourds » entre les deux hommes, dans le sens où Fliess se méprend sur les intentions de Freud alors que ce dernier surestime la compréhension de ses thèses par son correspondant, p. 656.
  7. « Après avoir un temps utilisé la suggestion hypnotique, Freud conclut à son peu d'efficacité », p. 656.
  8. Le succès éditorial de cet ouvrage est cependant faible : Freud ne vend en effet que 420 exemplaires en 6 ans, p. 657.
  9. a et b p. 657.
  10. p. 659.
  11. p. 660.
  12. p. 1363
  13. Roger Perron, in entrée « Complexe d'Œdipe » précise que ces phases sont appelées plus volontiers « organisations » par les successeurs de Freud, p. 335.
  14. Entrée « Civilisation (Kulture) », p. 309.
  15. Entrée « Civilisation (Kulture) », p. 310.
  16. Entrée « Civilisation (Kulture) », p. 310-311.
  17. Il s'agit en premier lieu d'un concept permettant de décrire le traumatisme portant sur l'intégrité de l'ego chez un patient, dans l'entrée « Blessure narcissique », p. 215.
  18. p. 661.
  1. p. 443.
  2. p. 444.
  3. p. 438.
  4. p. 445.
  5. p. 445.
  6. p. 437.
  7. p. 448.
  8. p. 449.
  9. p. 450.
  10. p. 451.
  11. p. 452.
  12. p. 453.
  13. p. 453.
  14. p. 454.
  15. p. 454.
  16. p. 455.
  17. p. 455.
  18. p. 456.
  19. « La relation de Freud avec Charcot est une sorte de « rencontre » existentielle plutôt qu'une relation classique entre disciple et maître », p. 456-457.
  20. La Société des médecins de Vienne (ou « Kaiserliche Gesellschaft der Aertzte zu Wien ») est l'une des plus célèbres sociétés médicales d'Europe, p. 458
  21. Pour un exposé complet et détaillé, se référer aux p. 459-462.
  22. « Freud semblait prendre les neurologues de la Société pour des ignorants », p. 463.
  23. p. 464.
  24. Selon Ellenberger, sa rencontre avec Wilhelm Fliess est l'un des quatre événements fondateurs de la psychanalyse, p. 467. Sa première lettre à Fliess date du 24 novembre 1887. Elle concerne le diagnostic d'un malade.
  25. p. 466.
  26. p. 468.
  27. p. 467.
  28. p. 468.
  29. p. 468.
  30. p. 473.
  31. « La publication de L'Interprétation des rêves marque la fin de sa névrose », p. 469.
  32. p. 470.
  33. p. 473.
  34. p. 479.
  35. p. 480.
  36. p. 480.
  37. p. 481.
  1. p. 36.
  2. p. 43.
  3. p. 49.
  4. p. 54.
  5. L'autonomie de la psychanalyse se retrouve surtout dans la question de la surmédicalisation et dans la perception de ce qu'est le symptôme, p. 61-62.
  6. Assoun énonce trois thèses épistémologiques majeures constitutives de la psychanalyse, p. 64.
  7. p. 67.
  8. « Dire que la psychanalyse est bien une science, c'est donc signifier a contrario qu'elle récuse un mode de penser métaphysique », p. 36.
  9. Il s'agit d'une véritable « généalogie des innovations postfreudiennes », p. 643.
  10. p. 86.
  11. p. 88-89.
  12. « Le terme « subconscience » est donc au mieux flou (...) au pire falsifiant : car la psychanalyse récuse radicalement l'idée d'une deuxième conscience qui doublerait l'autre », p. 90.
  13. p. 377-380.
  14. La conception de la libido freudienne est « évolutionniste » ; elle permet en effet à Freud de commencer par décrire les perversions, p. 270.
  15. p. 277-278.
  16. Se reporter aux p. 130-131 pour l'origine du passage, chez Freud, de la théorie de la séduction à celle de la libido.
  17. p. 285.
  18. « (...) l'expression symbolique constitue en quelque sorte la logique propre du rêve qui permet d'en saisir l'analogie avec d'autres formations inconscientes », p. 148-149.
  19. p. 148.
  20. p. 149.
  21. Récapitulation des définitions de la notion de « pulsion », p. 389.
  22. p. 391.
  23. L'introduction de la pulsion de mort, surtout, s'apparente à un « ultime séisme » dans l'édifice psychanalytique de Freud, p. 437-444.
  24. p. 396.
  25. p. 407.
  26. p. 410.
  27. p. 217.
  28. p. 239.
  29. p. 464.
  30. p. 463.
  31. « Au fond, cette double règle introduit à la fois un strict déterminisme et une liberté radicale de la parole et de l'écoute », p. 469-470.
  32. p. 479.
  33. p. 248-249.
  34. p. 708.
  35. « C'est ainsi que dès le début des années 1920, Freud consacre une bonne partie de ses textes à réagir à ce mouvement d'évolution interne », p. 706.

Autres sources utilisées[modifier | modifier le code]

  1. À la suite de la présence sur un registre de naissance de la ville de la date du 6 mars, d’abord rapportée par E. Jones en 1953 dans La vie et l'œuvre de Sigmund Freud et qualifiée par lui d'« erreur », W. Granoff dans Filiations – L'avenir du complexe d'Œdipe (1975) et M. Balmary dans L'homme au statues – Freud et la faute cachée du père (1979) ont mis en doute la date officielle de naissance de Freud. Cependant, conformément à la « tradition familiale de Freud » (M. Schur), pour E. Roudinesco, H. Ellenberger, A. de Mijolla, et D. Anzieu, la date du 6 mai est attestée, en particulier par Renée Gicklhorn dans son article « The Freiberg period of the Freud family » publié dans le Journal of the History of Medicine and Allied Sciences, 02/1969, 24(1), p. 37-43, présentation en ligne.
  2. Jean-Marie Pierret, Phonétique historique du français et notions de phonétique générale, Peeters, Louvain-la-Neuve, 1994, p. 103.
  3. Stefan Zweig dépeint ainsi Freud : « On ne pouvait pas imaginer un être plus intrépide d'esprit. Freud osait à chaque instant exprimer ce qu'il pensait, même quand il savait qu'il inquiétait et troublait par ses déclarations claires et inexorables ; jamais il ne cherchait à rendre sa position moins difficile par la moindre concession, même de pure forme. Je suis persuadé que Freud aurait pu exposer sans rencontrer de résistance du côté de l'université les quatre cinquièmes de ses théories, s'il avait été prêt à les draper prudemment, à dire « érotique » au lieu de « sexualité », « Eros » au lieu de « libido », et à ne pas toujours aller au fond des choses, mais se borner à les suggérer. Mais dès qu'il s'agissait de son enseignement et de la vérité, il restait intransigeant ; plus ferme était la résistance, plus il s'affermissait dans sa résolution », cité dans Roudinesco et Plon, 2006, p. 369.
  4. Henri F. Ellenberger, Histoire de la découverte de l'inconscient, Édition Fayard,‎ 1994 (1re éd. 1970), p. 587 : « La seconde difficulté, plus grave encore, vient de ce que la psychanalyse, dès ses origines, s'est développée dans une atmosphère de légende, si bien qu'une appréciation objective ne sera guère possible avant que l'on ait pu dégager les données authentiquement historiques de cette brume de légendes. Il serait d'un intérêt inestimable de découvrir le point de départ de la légende freudienne et d'analyser les facteurs qui ont permis son développement. Malheureusement l'étude scientifique des légendes, de leur structure thématique, de leur développement et de leurs causes reste l'une des provinces les moins explorées de la science. »
  5. Dans la littérature on trouve aussi la graphie « Siegmund », « La Science et la Vie 1-1937 », sur vjf.cnrs.fr (consulté le 31 mars 2013).
  6. a et b Ernst Freud, Lucie Freud, Ilse Grubrich-Simitis et K-R Eissler (2006), p. 12.
  7. (en) G. Fichtner, « Freud and the Hammerschlag family: a formative relationship », International Journal of Psychoanalytics, vol. 5, no 91,‎ octobre 2010, p. 1137-56 (PMID 20955249, DOI 10.1111/j.1745-8315.2010.00321.x, présentation en ligne).
  8. Roudinesco et Plon, 2006, p. 369.
  9. Freud ne traduit pas l’œuvre entière mais "seulement" le douzième volume portant sur l'émancipation des femmes certes, mais aussi sur Platon, la question ouvrière et le socialisme ; ce travail est publié en 1880. cf. (en) Michael Molnar, The Pre-Psychoanalytic Writings of Sigmund Freud, Karnac Books,‎ 1er janvier 2002, 261 p. (ISBN 1855752859, lire en ligne), p. 112-123
  10. Freud présenté par lui-même, 1925-1935, Gallimard, Paris, 1984, p. 28.
  11. David M. Cohen et Daniel Roche, Freud sous coke, Balland, 2012, (OCLC 829977289) p. 115
  12. Lettres à Martha, 2 juin 1884.
  13. Françoise Coblence, « Freud et la cocaïne », Revue française de psychanalyse, 2002/2 Vol. 66, p. 371-383.
  14. « Entretien avec Eli Zaretsky », in Vie et Destin de la Psychanalyse, Hors Série Le Monde, 2010, p. 70
  15. Christophe Bormans, « Le travail d’accouchement de la Psychanalyse. Fliess et Freud. Les douleurs et les contractions », sur psychanalyste-paris.com (consulté le 17 septembre 2011).
  16. (de) Freud, Sigmund. « Die Sexualität in der Ätiologie der Neurosen » (1898) dans Gesammelte Werke, Band I, S. Fischer Verlag, Frankfurt 1953, (ISBN 3100227034) ; pages 496f.
  17. « Liste des membres de la Royal Society jusqu'en 2007 », sur royalsociety.org (consulté le 20 septembre 2011).
  18. (de) « Ausgewählte, kommentierte Bibliographie: Sigmund Freud Themen », sur freud-museum.at (consulté le 19 septembre 2011).
  19. Muriel Pic, « L'ancrage suisse », dans Revue internationale Henry Bauchau. L'écriture à l'écoute, Presses universitaires de Louvain,‎ 2011 (ISBN 9782874632570), chap. 3, p. 63.
  20. a, b, c, d, e, f, g, h et i Olivier Douville, « Chronologie : Situation de la Psychanalyse dans le Monde, du temps de la vie de Freud »,‎ 2006 (consulté le 15 juin 2011) ; cf. Olivier Douville, Chronologie de la psychanalyse, 1856-1939 : du temps de Freud, Paris, coll. « Psycho sup »,‎ 2009, 207 p. (ISBN 978-2-10-053030-4).
  21. « Accueil de la psychanalyse avant 1914 », sur spp.asso.fr (consulté le 19 septembre 2011).
  22. (en) « 1909. Sigmund Freud chronology. Journey to America », sur freud-museum.at (consulté le 12 juin 2011).
  23. (en) « The Sigmund Freud and Carl Jung lectures at Clark University », sur Université Clark (consulté le 12 juin 2011).
  24. « De la psychanalyse », Freud, 1910.
  25. Filip Geerardyn et Gertrudis van de Vijver, Aux sources de la psychanalyse: une analyse des premiers écrits de Freud (1877-1900), Éditions L'Harmattan, coll. « Études psychanalytiques »,‎ 1998 (ISBN 9782738461841), p. 165.
  26. « le "procédé cathartique" de Breuer constituait une phase préliminaire de la psychanalyse et que celle-ci datait du jour où, repoussant la technique hypnotique, j'avais introduit celle de l'association libre. [...] Je suis arrivé à la conclusion qu'après tout il n'y avait rien d'impossible à ce que je fusse le véritable auteur de tout ce qui la caractérise et la distingue » in S. Freud « Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique » in Cinq leçons de psychanalyse, Paris, Payot, 1965, (p. 67 à 155), [1]
  27. Dominique Bourdin, 2007, p. 47.
  28. (en) Ilse Bry et Alfred H. Rifkin, Science and Psychoanalysis', vol. V,‎ 1962, « Freud and the History of Ideas : Primary Sources, 1886-1910 », p. 6-36.
  29. Les premières traductions françaises datent de 1922, 1923 pour les Trois essais sur la sexualité et en 1926 pour la Science des rêves, in Jean-Pierre Bourgeron, Marie Bonaparte et la psychanalyse à travers ses lettres à René Laforgue, Éditions Slatkine Genève,‎ 1993 (ISBN 2-85203-708-4), p. 136.
  30. Jacques Sédat, « La réception de Freud en France durant la première moitié de XXe siècle : Le freudisme à l'épreuve de l'esprit latin », Revue Topique,‎ 2011, p. 51-68 (ISBN 9782847952056).
  31. Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochothèque »,‎ 2011 (1re éd. 1997) (ISBN 978-2-253-08854-7), p. 1269
  32. « Freud et Jung essaieraient ensemble de dévoiler les mystères de la psyché et défieraient l'ordre psychiatrique établi ». En effet, « ils étaient des révolutionnaires engagés sur une voie audacieuse et imaginative et leur personnalité était à la hauteur de la tâche », in Linda Donn, Freud et Jung. De l'amitié à la rupture, Paris, Presses universitaires de France,‎ 1995 (ISBN 2-13-045559-X), p. 8.
  33. Cordelia Schmidt-Hellereau, « Survivre dans l'absence. », Revue française de psychanalyse, 2/2007 (Vol. 71), p. 555-580, DOI:10.3917/rfp.712.0555
  34. Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochothèque »,‎ 2011 (1re éd. 1997) (ISBN 978-2-253-08854-7), p. 1272
  35. Gilles Tréhel, « Sigmund Freud (1856-1939) : un papa de guerre », L’Information Psychiatrique, vol. 84, no 4,‎ 2008, p. 329-342.
  36. Gilles Tréhel, « Victor Tausk (1879-1919) et la médecine militaire », L’Information Psychiatrique, no 3,‎ 2006, p. 239-247.
  37. Gilles Tréhel, « Helene Deutsch (1884-1982) : théorisations sur les troubles psychiatriques des femmes pendant la Première Guerre mondiale », L’Information Psychiatrique, vol. 83, no 4,‎ 2007, p. 319-326.
  38. Jones, E. (1957) Sigmund Freud: Life and Work (Vol. 3), Hogarth Press, p. 104 cité par Sengoopta http://cdn.elsevier.com/promis_misc/Endreview.pdf
  39. Dominique Bourdin, 2007, p. 217.
  40. http://classiques.uqac.ca/classiques/freud_sigmund/psychanalyse_et_medecine/psychan_et_medecine.html
  41. Dominique Bourdin, 2007, p. 147.
  42. Jacques Le Rider, « Joseph et Moïse égyptiens : Sigmund Freud et Thomas Mann », Savoirs et clinique, no 6,‎ 1/2005, p. 19 (lire en ligne).
  43. Jacques Le Rider, « Joseph et Moïse égyptiens : Sigmund Freud et Thomas Mann », Savoirs et clinique, no 6,‎ 1/2005, p. 8 (lire en ligne).
  44. Eric Grillo (dir.), Dire / Croire, vol. 19-20, L'Harmattan,‎ 2005, p. 202.
  45. (en) Martin Freud, Sigmund Freud, man and father Jason Aronson Inc. Publishers, 1977, p. 217. Ernest Jones fait également allusion à ce propos ironique mais en écrivant simplement que Freud « demanda s'il pourrait être autorisé à ajouter une phrase », dans La vie et l'œuvre de Sigmund Freud, PUF, Quadridge, 2006, tome 3, p. 257 et 258. Enfin, Peter Gay s'est interrogé sur le sens de ce « geste curieux, qui exige qu'on s'y arrête », dans Freud une vie, Hachette, Pluriel, tome 2, p. 400.
  46. Michel Onfray, « Contre-histoire de la philosophie : Freud », volumes 15 et 16, Éditions Frémeaux & Associés, Paris, 2009-2010-2011.
  47. David M. Cohen, Freud sous coke, Balland, 2012 Voir aussi D.M. Cohen, The Nazi who saved Sigmund Freud, Huffingtonpost, 03/30/2012 http://www.huffingtonpost.com/david-m-cohen/freud-nazi-germany_b_1392377.html
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  52. Yvonne Knibiehler, La sexualité et l'histoire, Odile Jacob,‎ 2002 (ISBN 9782738111746), p. 130.
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  79. « L’argumentation de Freud, dans ses très nombreux travaux théoriques et cliniques, depuis le Manuscrit H (adressé à Fliess) jusqu’à l’Abrégé en 1938, vise à montrer qu’il s’agit d’une orientation sexuelle, un choix d’objet parmi d’autres », in Ruth Menahem, « Désorientations sexuelles. Freud et l’homosexualité », Revue française de psychanalyse, vol. 67,‎ 2003/1, p. 11-25 (ISBN 2-13-053562-3).
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  82. Didier Eribon, « Numéro spécial « Psychanalyse : que reste-t-il de nos amours? » (sous la direction de Francis Martens) », Revue de l'université de Bruxelles, Éditions Complexe,‎ 2000.
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  84. Thomas Wieder, L'Explorateur de l'âme, à propos de Sigmund Freud. La révolution de l'intime, Hors-Série Le Monde, une vie, une œuvre,‎ 2010, « Avant-Propos », p. 3.
  85. Gabriel Lavoie, « Actes obsédants et exercices religieux. Un écrit freudien sur la religion », Laval théologique et philosophique, vol. 34, no 3,‎ 1978, p. 15 (lire en ligne).
  86. Gabriel Lavoie, « Actes obsédants et exercices religieux. Un écrit freudien sur la religion », Laval théologique et philosophique, vol. 34, no 3,‎ 1978, p. 247-260 (lire en ligne).
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  88. « Aujourd’hui le problème se pose de savoir comment remplir le vide laissé par l’abandon, de la part des biologistes contemporains, de la théorie haeckelienne de la récapitulation sur laquelle s’appuyait Freud. Que reste-t-il de ses hypothèses phylogénétiques contre lesquelles se sont élevés tant les anthropologues que les historiens ? » dans Jacqueline Duvernay Bolens, « La théorie de la récapitulation de Haeckel à Freud », L'Esprit du temps, Topique, no 75,‎ 2001/2, p. 13-34.
  89. David Benhaïm, « La phylogenèse et la question du transgénérationnel », Le Divan familial, no 18,‎ 2007/1 (lire en ligne), « résumé ».
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  102. Gerald Stieg et Jean-François Laplénie, « Karl Kraus contre l'école de Freud ou comment délégitimer l'interprétation psychanalytique de la littérature », Savoirs et clinique, no 6,‎ 2005, p. 53-58 (lire en ligne).
  103. « Pour Roazen, Tausk aurait commis le suicide dans le cadre d’une manipulation, à dessein punitif, de la part de Freud, qui se serait exprimée dans les attitudes de rejet de ce dernier vis-à-vis de Tausk », explique German Arce Ross dans « Le suicide maniaque de Victor Tausk », Cliniques méditerranéennes, 2/2002, no 66, p. 155-174, consultable en ligne sur cairn.info.
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  117. « Une perspective cognitive qui partage bien des points de vue avec la théorie de Freud, est la perspective cognitive proposée par un chercheur qui étudia le rêve, David Foulkes (...). Foulkes comme de nombreux psychologues psychodynamiques contemporains, ne se contente pas de la conclusion relative à signification latente du rêve, à savoir un désir inconscient. Il propose à la place que les rêves soient simplement l'expression de préoccupations courantes d'un type ou d'un autre, traduites dans un langage ayant sa propre grammaire spécifique. » Drew Westen, Psychologie : pensée, cerveau et culture, De Boeck Supérieur, 2000, p. 496
  118. « Comment l’inconscient psychanalytique peut-il être perçu par un neurologue ? [...] Quant au rêve, état original “ni veille, ni sommeil”, nous ne voyons pas d’obstacle neurologique à le considérer comme une forme de pensée particulière, non aléatoire, utilisant un mode symbolique correspondant à l’activation d’ensembles de réseaux préformés pendant les stades de sommeil paradoxal » in Séverine Lestienne et Françoise Lotstra « Neuroplasticité et inconscient, sujets d'articulation entre psychanalyse et neurosciences », Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 2/2009 (no 43), p. 35-45, DOI:10.3917/ctf.043.0035
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  120. Entretien d'Eli Zaretsky à propos de Sigmund Freud. La révolution de l'intime, dans le hors-série Le Monde, une vie, une œuvre, p. 72.
  121. (en) Ludwig Wittgenstein, Lecture and Conversations on Aesthetics, Psychology and Religious Belief, Cyril Balett et H. Blackwell, Oxford, 1966, p. 41.
  122. Michel Legrand, Psychanalyse, science, société, vol. 130, Éditions Mardaga, coll. « Psychologie et sciences humaines »,‎ 1983 (ISBN 9782870091913), p. 101-106.
  123. Adolf Grünbaum, 1999, p. 71.
  124. Karl Popper, 1963, p. 37-38.
  125. « De la même manière, la contestation du caractère falsifiable de la psychanalyse par Popper, ou du caractère scientifique de la psychanalyse par Grünbaum, repose en grande partie sur une démarche délibérément extérieure au champ propre de la psychanalyse. Là encore, ces démarches pourraient sembler légitimes si la psychanalyse ne possédait pas sa propre épistémologie. On regrettera que celle-ci soit si souvent absente de ces débats. » in Vannina Micheli-Rechtman « L'efficacité de la psychanalyse : une question épistémologique », Figures de la psychanalyse 1/2007 (no 15), p. 167-177. URL : www.cairn.info/revue-figures-de-la-psy-2007-1-page-167.htm. DOI : 10.3917/fp.015.0167.
  126. Marie-Frédérique Bacqué « Questions à Daniel Widlöcher », Le Carnet PSY 8/2005 (no 103), p. 31-41. URL : www.cairn.info/revue-le-carnet-psy-2005-8-page-31.htm. DOI : 10.3917/lcp.103.0031. L'auteur ajoute « Est-ce qu’on a jamais demandé à un ministre des finances de s’assurer qu’il y avait eu une étude randomisée avec vérification en double-aveugle pour savoir quelle attitude était meilleure que telle autre ? Jamais ! Les économistes utilisent des modèles, ces modèles sont plus ou moins pertinents, et les gestionnaires de l’économie, pour des raisons d’opportunisme, de prise en compte d’un contexte individuel (la situation dans une société donnée à un moment donné), disent “on va se servir de tel modèle, ça va mieux marcher que tel autre modèle” : on fait un modèle à la Keynes, ou on fait un modèle néo-libéral, et on l’exploite, on se comporte en fonction de ce modèle. Et bien, la psychothérapie et la psychanalyse en particulier se comportent en fonction de modèles. »
  127. Markos Zafiropoulos « Psychanalyse et pratiques sociales ou la preuve par la psychanalyse », Recherches en psychanalyse 1/2004 (no 1), p. 97-118. URL : www.cairn.info/revue-recherches-en-psychanalyse-2004-1-page-97.htm. DOI : 10.3917/rep.001.0097 L'auteur parle « d' "Archilien" entre la psychanalyse et les sciences sociales, trouvant son expression la plus achevée dans la formule de Lévi-Strauss saisissant la psychanalyse comme une science sociale ».
  128. Jean-Michel Vappereau, « Psychanalyse et sciences ; du fondement du discours de l’analyse », in Analyse Freudienne, « Éthique de la déliaison », no 16-17, Printemps automne 1998, L'Harmattan, 1999. p. 107 et suiv.
  129. Michel Lapeyre et Marie-Jean Sauret « La psychanalyse avec la science », Cliniques méditerranéennes 1/2005 (no 71), p. 143-168.URL : www.cairn.info/revue-cliniques-mediterraneennes-2005-1-page-143.htm. DOI : 10.3917/cm.071.0143.
  130. « Œuvres complètes de Freud », sur puf.com.
  131. Patricia Cotti, Théo Leydenbach et Bertrand Vichyn, « Quelle traduction pour la Traumdeutung ? », Le Champ Psychosomatique, no 31,‎ 2003, p. 25-45.
  132. Philippe Chevallier, « Freud dans le domaine public », L'Express,‎ 27 janvier 2010 (lire en ligne).

Ouvrages cités mais non utilisés[modifier | modifier le code]

  1. Marcel Gauchet, L'Inconscient cérébral, Seuil, 1999, coll. « Librairie du XXIe siècle » (ISBN 2-02-013548-5), p. 12-15.
  2. Daniel Borrillo, L’homosexualité de Platon à Foucault. Anthologie critique, Plon,‎ 2005, p. 62-65.
  3. Jacques van Rillaer, Les Illusions de la psychanalyse, Mardaga, 1995 (ISBN 2-87009-128-1).
  4. (en) J. Allan Hobson, Dreaming. A very short introduction, Oxford, 2002.

Notes complémentaires[modifier | modifier le code]

  1. Il n'est pas sûr qu'il s'agisse du deuxième ou troisième mariage du père de Freud. Il était courant à cette époque de se remarier rapidement après un veuvage.
  2. Une plaque commémorative (« c'est dans cette maison que le 24 juillet 1895 le mystère du rêve fut révélé au Dr Sigmund Freud ») qui figure actuellement devant le 19 Berggasse à Vienne rappelle que le rêve dit de l'« injection faite à Irma » est le prototype de l'interprétation des rêves selon la psychanalyse.
  3. Le titre d’« Extraordinarius » correspond au premier grade universitaire, c’est-à-dire à professeur sans chaire. La lettre qui promeut Freud est signée de l’empereur François-Joseph.
  4. La Société psychologique du mercredi est la première société psychanalytique au monde, elle réunit notamment : Rudolf Reitler (1865-1917), Max Kahane (1866-1923), Ludwig Jekels (1861-1954), Wilhelm Stekel (1868-1940), Hugo Heller (1870-1923), Alfred Adler (1870-1937), Paul Federn (1871-1950), Eduard Hitschmann (1871-1957), Max Graf (1875-1958), Hanns Sachs (1881-1947) et Otto Rank (1884-1939).
  5. Les « Schriften zur angewandten Seelenkunde » publient des travaux de Freud, Franz Riklin, C. G. Jung, Karl Abraham, Sadger, Pfister, M. Graf, Ernest Jones, Sorfer, Keilholz et von Hug-Hellmuth. La collection s’arrête en 1913, peu de temps après la parution d’Imago, in Brigitte Lemérer et alii, « Freud et l'activité éditoriale », Essaim, vol. 1, no 7,‎ 2001, p. 59-81.
  6. Cette « Feuille centrale de psychanalyse ou mensuel médical de psychologie » a Alfred Adler et Wilhelm Stekel comme premiers rédacteurs en chef et Freud comme directeur de rédaction.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie complémentaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bibliographie en psychanalyse.

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Biographies[modifier | modifier le code]

  • Ernest Jones, La vie et l'œuvre de Sigmund Freud, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige grands textes »,‎ 2006
3 tomes : t. 1 (ISBN 2-13-055692-2) ; t. 2 (ISBN 2-13-055693-0) ; t. 3 (ISBN 978-2-13-055694-7) t. 3.

Document utilisé pour la rédaction de l’article

  • Franck Sulloway, Freud biologiste de l'esprit, Fayard,‎ 1998 (ISBN 2-213-60192-5)
  • Didier Anzieu, L'Auto-analyse de Freud et la découverte de la psychanalyse, Presses universitaires de France,‎ 1998 (ISBN 2-13-042084-2)
  • Marthe Robert, La Révolution psychanalytique : La vie et l'œuvre de Freud, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot »,‎ 2002 (ISBN 2-228-89670-5)
  • Peter Gay, Freud, une vie, Hachette littératures,‎ 1991
2 tomes : t. 1 (ISBN 2-01-279054-2) ; t. 2 (ISBN 2-01-279055-0).

Études sur son œuvre[modifier | modifier le code]

Études critiques[modifier | modifier le code]

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