Civilisation

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Les villes sont les accomplissements significatifs auxquels sont parvenues les civilisations de l'Humanité (ici un panorama de Manhattan à New York).
Exemple d'un monument à caractère civilisationnel : la Grande Mosquée de Kairouan, en Tunisie, est à la fois la plus ancienne mosquée d'Afrique du Nord (fondée en 670)[1] et l'une des œuvres majeures de l'architecture islamique ayant servi de modèle à de nombreux lieux de culte musulmans[2]. En plus de son importance artistique et architecturale, cette mosquée fut, notamment entre le IXe et le XIe siècle, le principal centre de culture et d'enseignement dans toute l'Afrique du Nord[3]. Ainsi cette mosquée est l'un des monuments les plus importants de la civilisation arabo-musulmane[4].

Le terme civilisation — dérivé indirectement du latin civis signifiant « citoyen » par l'intermédiaire de « civil » et « civiliser » — a été utilisé de différentes manières au cours de l'histoire.

La civilisation, c'est d'abord l'ensemble des traits qui caractérisent l'état d'évolution d'une société donnée, tant sur le plan technique, intellectuel, politique que moral, sans porter de jugement de valeur. À ce titre, on peut parler de civilisations au pluriel et même de civilisations primitives.

Comme ceux de culture, de religion ou de Société, le mot civilisation est devenu un concept clé ou un « maître-mot » pour penser le monde et l'histoire à l'époque des Lumières[5]. Le premier à avoir employé le mot civilisation dans une acception qui relève de la signification qu'il a encore aujourd'hui est Victor Riqueti de Mirabeau, le père de Mirabeau le révolutionnaire[5]. En 1758, dans L'Ami des Hommes, il écrit : « La religion est sans contredit le premier et le plus utile frein de l'humanité : c'est le premier ressort de la civilisation[6]. » De façon similaire, en 1795, dans Esquisse d'un tableau des progrès de l'esprit humain de Condorcet, l'idée de civilisation désigne les progrès accomplis par l'humanité dans une nation donnée lorsqu'il fut possible de passer de l'état de barbarie à celui de citoyen, de civil ou de civilisé[7].

Au XIXe siècle la civilisation, alors envisagée comme un idéal à atteindre et comme un processus de transformation de la société vers cet idéal, fut la principale légitimation donnée à la colonisation impérialiste[8]. Il s'agissait de « civiliser » les peuples du monde dans une vision hiérarchique et évolutionniste des degrés de civilisation auxquels ceux-ci avaient accédé.

Aujourd'hui les vues sur la civilisation sont plus égalitaires de sorte que le terme désigne davantage un état de fait historique et social à valeur constante qu'un processus de transformation des sociétés. L'idée a cessé de fonctionner en opposition avec celles de barbarie ou de sauvagerie, tandis qu'était affirmé le principe du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes[9] ». Par suite, c'est dans l'égalité ou l'équivalence de ces entités supposées que peut se jouer l'affrontement, le dialogue ou l'entente des civilisations.

L'idée de civilisation reste cependant problématique car pour pouvoir désigner des civilisations, qui n'ont dans les faits ni structure précise, ni représentation institutionnelle, il faut sélectionner parmi les faits observables ceux que l'on juge aptes à définir les civilisations envisagées. Ainsi, on se fondera sur des faits linguistiques, éthiques, géographique, culturels, religieux ou politiques, mais, en procédant ainsi, il n'est pas plus aisé de savoir ce qu'est une civilisation qu'une religion ou une culture, des idées par ailleurs elles aussi assez vagues et qui sont parmi celles les plus employées pour décrire ce que sont les civilisations. Pour Bertrand Binoche « Après avoir prédit le triomphe de la civilisation, on peut bien annoncer le choc des civilisations, mais cela ne contribue pas à y voir plus clair[5]. »

Aspects et définitions[modifier | modifier le code]

Une étape de développement technique ou politique[modifier | modifier le code]

Les premières civilisations ayant laissé suffisamment de trace pour être identifiées comme telles sont Sumer, l’Égypte antique, la vallée de l’Indus et la Chine. Les fonctionnalités de ces groupes sont vues comme les différenciant des établissements précédents comme le Néolithique ; un élément déterminant de la rupture avec le Néolithique est la découverte puis la maîtrise de l'agriculture, laquelle entraîne une nouvelle organisation de l'espace et de l'activité humaine. Pour être qualifiée de civilisation[10], celle-ci doit regrouper la plupart des caractéristiques suivantes :

Cinq critères primaires (organisation) :

– la présence d'une ville (sédentarisation des populations) ;
– spécialisation du travail à temps plein ;
– concentration de surplus de production ;
– structure de classe (hiérarchie) ;
– organisation étatique (État).

Cinq critères secondaires (réalisations matérielles) :

– travaux publics monumentaux ;
– commerce à longue distance ;
– réalisations artistiques monumentales ;
– écriture (comptabilité, registre, etc.) ;
– connaissances scientifiques (arithmétique, géométrie, astronomie).

Une norme de comportement[modifier | modifier le code]

Civilisation et idéalisme : La Cité idéale (1475), attribuée successivement à Piero della Francesca, à Luciano Laurana et à Francesco di Giorgio Martini.

La civilisation développe des normes de comportements en société, comme la chevalerie. Une société définit souvent son type d'homme idéal (l'« homme de bien » de Confucius, l'« honnête homme » du XVIIe siècle européen, le « gentleman » de l'Angleterre victorienne…).

Le comportement civilisé est celui qui permet aux hommes de vivre ensemble pacifiquement. Un mythe rapporté par Platon dans Protagoras distingue les apports de la technique de ceux de la civilisation. Prométhée a apporté aux hommes les arts et les sciences, mais les hommes ne parviennent pas à s'entendre et à profiter de ces présents : ils continuent à vivre comme des animaux. Zeus leur fournit alors la pudeur et la justice, c’est-à-dire la possibilité de prendre en compte les autres membres de la société et de régler les différends de manière pacifique et ordonnée : les hommes peuvent alors construire la vie en cité. La civilisation apparait comme étant le moyen pour les hommes de s'élever au-dessus de la condition animale.

Jusqu'au XVIIIe siècle, l'idée de civilisation est exprimée par les mots « politesse » et « civilité ». Ces termes contiennent une connotation, justifiée ou non, de supériorité morale : de la classe noble sur les classes populaires, de l'Europe sur les « barbares ». Saint-Simon, en 1717, est fasciné par le mélange chez le tsar Pierre Ier, en visite à Paris, d'une « politesse » remarquable et de « cette ancienne barbarie de son pays qui rendait toutes ses manières promptes, même précipitées, ses volontés incertaines »[11]. C'est que la civilisation s'observe non seulement dans la vie de la cité, mais aussi dans toutes les circonstances de la vie quotidienne : manières de table, contrôle de son corps en société… Norbert Elias a étudié ce « processus de la civilisation » : selon lui, les classes les plus élevées de la société ont dû apprendre peu à peu à maîtriser leurs pulsions pour s'adapter à un monde dans lequel les contacts entre les individus sont de plus en plus importants, condition d'apparition de l'État moderne.

La civilisation suppose donc l'existence de lois et de règlements destinés à éviter que les gens ne deviennent violents. Mais la possession de forces autorisées à recourir à la violence, telle que la police ou l'armée ne disqualifie pas une culture qui prétend être civilisée. Ce qui distingue le pays « civilisé », c'est plutôt la manière dont la violence est utilisée : dans un État moderne, toute force armée doit relever de l'État, qui a le « monopole de la violence légitime » selon l'expression de Max Weber.

Le terme de « civilisation » apparaît au milieu du XVIIIe siècle, dans l'œuvre de Mirabeau père. Par la suite, la civilisation apparaît de plus en plus comme un processus : les sociétés passent d'un état « barbare » à un état civilisé, caractérisé par l' « adoucissement de ses mœurs » (Mirabeau). Or, si la société européenne a atteint cet idéal, pourquoi le reste du monde ne pourrait-il pas en bénéficier aussi ? De plus, tout au long du XIXe siècle, l'association entre progrès technique et progrès de la civilisation semble évidente. Dès lors, l'Europe, aidée par son avance technique et militaire, va se sentir investie d'une mission civilisatrice envers l'Afrique (continent qu'il aura réduit en esclavage)et de certaines parties de l'Asie.

Des événements marquants à l'intérieur même de ces sociétés occidentales au XVIIIe siècle et XIXe siècle, entre autres la prise de conscience de l'horreur de l'esclavage, quinze ans de pouvoir du nazisme de 1933 à 1945[12], mèneront conséquemment à relativiser la notion de civilisation. On ne cherche plus guère, aujourd'hui, à parler d'un progrès unidirectionnel des sociétés, pas plus qu'on ne parlera de « barbares » ou de « sauvages ». Tout au plus parlera-t-on de « civilisations » au pluriel. Fait significatif : dans le même temps que les ethnologues et artistes occidentaux partent à la recherche de ce que ces autres cultures peuvent inspirer comme progrès à notre civilisation, ces autres civilisations effectuent de leur côté leurs choix de ce qu'elles désirent prendre ou laisser dans la culture ou la technique occidentales : l'ayatollah Khomeini, qui rejette l'occidentalisation de l'Iran proposée par le Shah, n'en mène pas moins son action de communication par des cassettes audio, produit de ce même Occident (il s'en expliquera à Oriana Fallaci). Gandhi, refusa la colonisation et l'empirisme de la Grande-Bretagne. D'ailleurs, l'Inde avait déjà travaillé sur le zéro, elle est à l'origine de la numérotation, ce qui est un signe d'avancée majeure dans la civilisation, pour autant l'Inde ne se sentit pas le devoir d'aller coloniser l'Europe.

Un phénomène culturel[modifier | modifier le code]

Les pyramides du royaume de Koush, situées à Méroé au Soudan actuel, font partie de la classification de Toynbee.

Une école de pensée définit la civilisation comme une identité culturelle associée pour chaque individu à « la plus grande subdivision de l'humanité à laquelle il peut s’identifier »[13]. Elle représente donc un groupe plus étendu que la famille, la tribu, la ville de résidence, la région ou encore la nation. Les civilisations sont souvent liées à la religion ou à d’autres systèmes de croyance.

À des fins de classification, l’historien Arnold Joseph Toynbee en distingue vingt-six avec leurs montées et déclins[14]. C’est aussi la thèse de Samuel Huntington pour qui les conflits globaux de l'époque contemporaine en sont les témoins. Plus critique, le livre Effondrement de Jared Diamond analyse comment dans le passé plusieurs civilisations (Île de Pâques, Mayas, Groenland…) ont elles-mêmes provoqué leur propre effondrement par négligence du long terme[15]. Il place ensuite les causes ainsi dégagée en parallèle avec l'état actuel de la civilisation (par exemple au Montana) pour tenter de trouver des moyens d'action afin d'éviter de futurs effondrements. Le sous-titre de son livre l'annonce sans ambiguïté : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie.

Le concept d’« empire » se superpose à celui de « civilisation ».

Un outil d’oppression ?[modifier | modifier le code]

Les études post-coloniales problématisent l'apport des Lumières et des bienfaits de la civilisation des peuples. Le livre de Gayatri Chakravorty Spivak, [16] offre une analyse méticuleuse et détaillée.

Sigmund Freud, dans Malaise dans la civilisation, établit un inventaire des frustrations apportées par la société moderne et examine en contrepartie le bilan des compensations qu'elle offre en matière de sécurité, de santé, de culture et d'art. Il y évoque le fait que l'accumulation de ces frustrations puisse conduire parfois à des réactions violentes (voir : Instinct de mort). Ces points seront aussi relevés par Wilhelm Reich, Herbert Marcuse, etc.

Henri Laborit, dans L'Homme et la ville (l'urbanisation accompagne souvent la civilisation) met en relief le fait que celle-ci fonctionne comme une machine servant à juxtaposer sans heurts de grandes inégalités de conditions qui ne seraient pas tolérées dans un autre contexte.

L'anthropologue Alain Testart critique[17] le fait d'une classification des sociétés fondée sur l'idée d'une complexification croissante. Cette idée a permis de distinguer les sociétés dites « complexes », néolithiques à hiérarche sociale (« chefferies »)... et civilisations antiques, très hiérarchisées, par opposition aux cultures des chasseurs-cueilleurs, qui de ce fait ne sont pas considérées comme relevant d'une quelconque « civilisation ». Il poursuit sa réflexion dans son étude de l'idée d'évolution des sociétés[18]

Découpes civilisationnelles[modifier | modifier le code]

Tableaux synthétiques[modifier | modifier le code]

Sont présentés ici des civilisations dont l'étendue, le rayonnement, la durée, les vestiges, ont laissé des traces au XXIe siècle.

Civilisations anciennes et médiévales
Groupes régionaux Civilisation États principaux
Amérique Civilisations d'Amérique du Nord Inuits, Amérindiens du Nord (tribus)
Civilisations de Mésoamérique Olmèques, mayas, toltèques, aztèques, zapotèques, totonaques, Teotihuacan, etc.
Civilisations andines Empire Huari, Chimu, Nazcas, Chavín, Incas
Civilisations d'Amérique du Sud Amérindiens d'Amazonie, du Mato Grosso, d'Argentine
Europe Méditerranéenne Civilisations de Grèce Minoens, égéens, mycéniens, doriens, ioniens (cités-États), hellénistique (Royaume de Macédoine, séleucides, Royaume de Pergame)
Romaine République romaine, Empire romain
Étrusque cités-État
Byzantine Empire byzantin
Europe "barbare" Civilisations d'Europe occidentale Celtes, Ibères, Ligures (tribus)
Civilisations d'Europe du Nord germains, slaves, baltes, finnois (tribus)
Thraco-gète thraces, cimmériens, etc. (tribus)
Royaumes barbares Empire Franc (mérovingiens, carolingiens), Ostrogoths, Wisigoths, Gépides, Vandales
Viking Empire danois, Norvège, Suède, varègues
Afrique Carthaginoise République de Carthage
Égyptienne Période prédynastique (Haute et Basse Égypte), Empire Égyptien (Ancien, Moyen et Nouvel empire), Royaume des Ptolémées
Nubienne (en)[19] Nubie, Kerma, Royaume de Koush (Napata et Méroé), Royaume de Makourie, Nobatie, Alodie, Sennar
Nilotique (en)[20] Luo, Monarchie Shilluk, bari, kalenjins, dinka, nuer, alurs, maasaï
Éthiopienne Macrobies, Pays de Pount, Royaume D'mt, Royaume d'Aksoum, Hadiya, Empire d'Éthiopie, Royaume de Jimma
Berbère Libye antique (libous et mâchaouach), Touaregs, Kabyles, Tribus sahariennes, Royaume de Numidie, Royaume de Maurétanie, Empire des Almoravides, Empire des Almohades
Mandingue Mandé, Empire du Ghana, Royaume de Sosso, Empire du Mali, Royaume de Ségou, Kaarta, Kaabu, Kingui, Galam, Khasso
Civilisations d'Afrique de l'Ouest Pygmées (twa et mbuti), Nok, Sérères, Empire de Sokoto, Royaumes Haoussas, Kanem-Bornou, Empire toucouleur, Djolof, Royaume Mossi, Empire songhaï, Royaume d'Oyo, Empire ashanti, Royaume du Benin
Bantoue Royaume du Congo, Luba, Shonas (Empire Monomotapa, Royaume de Butua (en)[21], Empire Rozwi (en)[22] ), Monoemugi, Basotho, Tswanas, Nguni (Royaume zoulou, ndébélés, xhosa, swazi), Bembas, Swahilis, Royaume de Mapungubwe
Civilisations d'Afrique australe Khoisan[23] (khoïkhoï et bochimans), Malgaches (vazimba, vezo, Royaumes de Madagascar)
Proche-Orient et Moyen-Orient Civilisations mésopotamiennes Sumer, Akkad, Babylone, Assour, Our, Mari
Civilisations levantines Canaan, Phénicie, Aram
Juive Royaume d'Israël, Royaume de Juda
Arabe (préislamique) Maïn, Saba, Hadramaout, Yémen, Kinda, Oman
Arabo-musulmane / islamique Omeyyades, Abbassides, Fatimides, Ayyubides, Almoravides,Almohades, Mérinides, Alaouites, etc.
Civilisations d'Anatolie et du Caucase Hourrites, Empire hittite, Mitanni, Phrygie, Ourarthou, Arménie, Royaume de Lydie
Iranienne Kassites, Élam, empires perses (achéménides, sassanides, séfévides), mèdes, Empire parthe, Royaume gréco-bactrien, Samanides, Empire Kushana, Ghaznévides
Turque Mamelouks, Seldjoukides, Ilkhans, Tamerlan, Empire ottoman
Asie continentale Nomades d'Asie centrale scythes, yueh-cheh, huns, turcomans, ouïghours, kirghizes, mongols, xiongnu, xianbei, toungouses, alains, khazars, etc.
Sibériens samoyèdes, turcs septentrionaux, evenks, paléo-sibériens (clans)
Extrême-Orient Coréenne Goryeo, Silla, etc.
Japonaise Empire du Japon
Chinoise Empire chinois, (grandes dynasties : Qin, Han, Tang, Song, Yuan, Ming, Qing)
Tibétaine Royaume du Tibet
Asie méridionale Civilisations indiennes Harappa (vallée de l'Indus), empires maurya, gupta, sultanat de Delhi, moghol ; Inde coloniale et post-coloniale
Civilisations d'Asie du Sud-Est Thaïlande, Empire khmer, Viêt Nam / Dai Viêt, Dong Son, Fou-Nan, Champa, Srivijaya

Tableau synoptique[modifier | modifier le code]


Le tableau suivant, quoique incomplet, propose une autre approche avec une classification par zone géographique et par période des différentes cultures ou civilisations du monde.

Tableau synoptique des civilisations et cultures de l'Humanité

Région Année
Avant -2000 -2000 à -1000 -1000 à -500 -500 à -1 -1 à 500 500 à 1000 1000 à 1500 1500 à 2000
Moyen-Orient Uruk, Sumer, Akkad Babylone, Hittites, Assyrie Babylone, Hittites, Assyrie, Mèdes, Perse Perse, Gréco-macédonienne/Royaume séleucide Perse, Romains Perse, Empire romain d'Orient Turcs, Perse, Civilisation islamique Turcs, Perse, Civilisation islamique
Afrique du Nord Civilisation berbère, Égypte antique Civilisation berbère, Égypte antique Civilisation berbère, Égypte antique Civilisation berbère, Civilisation carthaginoise, Égypte grecque ptolémaïque, Rome antique Civilisation berbère, Empire romain Civilisation arabo-berbère, Civilisation islamique Civilisation arabo-berbère, Civilisation islamique Civilisation arabo-berbère, Civilisation islamique
Proche-Orient Canaan Royaume d'Israël/Royaume de Juda Gréco-macédonienne/Royaume séleucide Empire romain Civilisation islamique, empire byzantin Civilisation islamique
Europe orientale Carpato-danubienne, civilisation des Cyclades Carpato-danubienne, traco-gète Traco-gète, celte Traco-gète, grecque Grecque et romaine, Traco-Gète Hongroise, byzantine, bulgare Slave, mongole, byzantine, bulgare Occidentale (slavo-européenne)
Europe occidentale Celtes Celtes Gallo-Romaine Occidentale Occidentale (européenne)
Afrique sub-saharienne Pygmée, Bantous, Tazunu, Khoisan Pygmée, Bantous, Khoisan Pygmée, Bantous, Nok, Mandingues, Khoïkhoï, Bochimans Pygmée, Bantous, Nok, Mandingues, Haoussas, Khoïkhoï, Bochimans Pygmée, Nok, Mandingues, Haoussas, Nguni, Khoïkhoï, Bochimans Pygmée, Kongos, Mandingues, Haoussas, Nguni, Xhosa, Damaras, Khoïkhoï, Bochimans, Swahilis Pygmée, Kongos, Mandingues, Haoussas, Nguni, Xhosa, Mapungubwe, Shonas, Damaras, Khoïkhoï, Bochimans, Swahilis Pygmée, Tékés, Luba, Lundas, Yaka, Peuls, Zoulous, Ndébélés, Xhosa, Basotho, Damaras, Namaquas, Bochimans, Swahilis
Asie centrale et Inde Civilisation de la vallée de l'Indus Civilisation de la vallée de l'Indus
Extrême-Orient Dynastie Xia Dynastie Shang Dynastie Zhou Dynastie Han, Dynastie Qin Dynastie Tang, Royaume de Nanzhao Dynastie Song, Civilisation Tangoute, Dynastie Yuan Dynastie Ming, Dynastie Qing, Ère Meiji
Asie du Sud-Est Royaume du Funan Royaume de Chenla Empire de Srivijaya, Empire khmer Empire khmer, Royaume d'Ayutthaya, Majapahit Sultanats Indo-malais
Amérique du Sud Caral Chavín Chavín, Paracas Paracas, Tiwanaku, Nazca, Moche, Huari Tiwanaku, Nazca, Moche, Huari, Sicán Sicán, Chimú, Inca Occidentale (latino-américaine)
Amérique centrale Olmèque Olmèque Olmèque, Maya Maya Maya Maya Maya, Aztèque Occidentale (latino-américaine)
Amérique du Nord Mound Builders Civilisation mississippienne Occidentale (nord-américaine)
Océanie

Classification des civilisations contemporaines[modifier | modifier le code]

Civilisation actuelles selon Samuel Huntington[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Le Choc des civilisations.
Les civilisations selon Huntington.
Carte des différentes religions dans le monde.
La classification de Samuel Huntington est fortement basée sur la religion.
Civilisations modernes et contemporaines
Civilisations Localisation
Occidentale États-Unis, Europe occidentale, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande
Latino-américaine Amérique latine
Soviétique et ex-soviétique Europe centrale et orientale
Afrique coloniale et postcoloniale Afrique subsaharienne
Islamique Afrique du Nord, Moyen-Orient, Asie centrale
Inde Sous-continent indien, Tibet,
Bouddhiste Birmanie, Thaïlande, Laos, Cambodge, Mongolie
Extrême-Orient Chine, Vietnam, Corée

Certaines régions ou pays sont classés à part :

– le Japon ;
– l'Éthiopie ;
– les Antilles de langues anglaises et françaises ;
Israël.

Autres classements[modifier | modifier le code]

Civilisations modernes et contemporaines
Civilisations Localisation
Occidentale États-Unis, Europe occidentale, Canada, Cône Sud, Australie et Nouvelle-Zélande
Latino-américaine Amérique latine (sauf Cône Sud)
Soviétique et ex-soviétique Europe centrale et orientale (sauf la Grèce)
Afrique coloniale et postcoloniale Afrique subsaharienne
Arabe Afrique du Nord, Moyen-Orient
Inde et Asie du Sud-Est Sous-continent indien, Tibet, Birmanie, Thaïlande, ex-Indochine, archipels du Sud-Est asiatique
Extrême-Orient Chine, Corée, Japon, (Singapour)
Océanienne Mélanésie, Micronésie, Polynésie

Certaines régions se caractérisent comme une zone de contact entre plusieurs ensembles :

– la Turquie, entre le monde occidental et le monde arabe ;
– l'Asie centrale, influencée par le monde iranien et arabe et par la Russie, tout en gardant ses racines nomades ;
– la corne d'Afrique orientale, entre le monde arabe et le monde négro-africain.

Enfin, le monde juif et hébraïque constitue un cas à part : dans la mesure où il s'est construit une culture originale, on peut le qualifier de civilisation, mais à part Israël, il n'a pas de zone géographique définie.

Civilisation commune ?[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Civilisation universelle.

La thèse du choc des civilisations[modifier | modifier le code]

Bernard Lewis[modifier | modifier le code]

La thèse du « choc des civilisations » est aujourd'hui principalement liée au livre éponyme de Samuel Huntington publié en 1994 et aux débats que ce livre continue de susciter. Cependant l'expression avait été employée antérieurement. Bernard Lewis revendique l'avoir utilisée dès 1957 tandis qu'il en a développé l'idée durant sa carrière[24]. Chez cet universitaire britannique, l'idée de choc des civilisations est construite sur une analyse des ressentiments entre un Occident de culture judéo-chrétienne et le monde musulman. Selon lui, « ces ressentiments actuels des peuples du Moyen-Orient se comprennent mieux lorsqu’on s’aperçoit qu’ils résultent, non pas d’un conflit entre des États ou des nations, mais du choc entre deux civilisations. Commencé avec le déferlement des Arabes musulmans vers l’ouest et leur conquête de la Syrie, de l’Afrique du Nord et de l’Espagne chrétiennes, le « grand débat », comme l’appelait Gibbon, entre l’islam et la chrétienté s’est poursuivi avec la contre-offensive chrétienne des croisades et son échec, puis avec la poussée des Turcs en Europe, leur farouche combat pour y rester et leur repli. Depuis un siècle et demi, le Moyen-Orient musulman subit la domination de l’Occident – domination politique, économique et culturelle, même dans les pays qui n’ont pas connu un régime colonial […]. Je me suis efforcé de hisser les conflits du Moyen-Orient, souvent tenus pour des querelles entre États, au niveau d’un choc des civilisations[24]. » Bernard Lewis estime que cette vue continue de refléter la problématique qui est au cœur des débats actuels. Néanmoins il considère qu'en ce qui concerne l'Occident et l'islam, il faudrait envisager un choc entre deux variantes d'une même civilisation, plutôt qu'un choc des civilisations[24].

Samuel Huntington[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Le Choc des civilisations.

Samuel Huntington a donné une portée plus générale ou mondiale à l'idée de choc des civilisations en identifiant principalement huit civilisations à l'échelle desquelles se jouerait désormais la guerre et la paix dans le monde. Avec Huntington, l'idée de choc des civilisations déborde ainsi la problématique du rapport entre christianisme et islam. Il envisage une certaine pluralité des civilisations qui se réfèrent au christianisme ou à l'islam ainsi que d'autres civilisations, telles que celles de l'Inde ou de la Chine, qui ne sont ni chrétiennes, ni musulmanes. Il considère néanmoins que ces civilisations sont toutes liées à des présupposés religieux irréductibles les uns aux autres. Les thèses de Hungtington se présentent comme une analyse pessimiste de la situation du monde dans la mesure où, si son analyse est exacte, le choc annoncé est inévitable. Les attentats du 11 septembre 2001 ont relancé les débats sur cette thèse, Huntington ayant lui-même déclaré et regretté qu'ils donnent une certaine actualité à la thèse qu'il avait défendue[25].

Le Rendez-vous des civilisations[modifier | modifier le code]

Les réactions au livre d'Huntington ont été diverses. Dans Le Rendez-vous des civilisations, Youssef Courbage et Emmanuel Todd estiment que l'affirmation religieuse dans les pays musulmans où la population et les États semblent faire bloc dans l'affirmation et la défense de l'islam ferait paradoxalement partie d'un processus de dé-islamisation. Ils considèrent que l'importance accordée à l'islam dans la vie publique de pays majoritairement musulmans ne signifie pas pour autant que ces sociétés retournent à l'ordre ancien de la tradition. Les crispations et résistances religieuses dans ces pays seraient moins des obstacles à la modernisation que les symptômes de son accélération. En somme, plus se fait sentir le besoin d'affirmer une identité ou des convictions religieuses, éventuellement de les défendre en pratiquant l'intimidation ou la coercition, plus on rend manifeste la faiblesse des convictions et plus on fragilise l'adhésion réelle des populations à celles-ci.

Souligner les convergences entre civilisations ne contredit pas totalement l'hypothèse d'un choc ou d'un affrontement entre elles. Dans un cas comme dans l'autre, les civilisations sont supposées se former les unes en rapport aux autres comme des entités équivalentes, ce qui explique aussi bien leurs ressemblances et leur convergences que leurs oppositions et leurs affrontements. Andrea Riccardi estime ainsi que l'on accorde une valeur indue aux blocs ou aux entités que seraient les civilisations. Il considère que la thèse du choc des civilisations laisse entendre que des valeurs universelles puissent être considérées comme le propre de certaines civilisations et estime au contraire que la justice, la paix, le droit ou la légalité, n'ont pas à être rapportées à des entités particulières, celles que l'on appelle à tort ou à raison « les civilisations » pas plus que d'autres. Ce sont ces valeurs qu'il s'agirait de promouvoir sans se laisser arrêter par les sentiments d'étrangeté que les uns et les autres peuvent ressentir les uns envers les autres[26].

Culture de l'ennemi[modifier | modifier le code]

Marc Crépon estime que la thèse du choc des civilisations est une imposture « dangereuse » qui globalise les peurs en permettant à chacun de se désigner des ennemis. Affirmer des civilisations, ce serait supposer des homogénéités ou des « puretés » qui n'existent pas tout en niant ce qui communique et se transforme continuellement. Cela conduirait à enfermer l'humanité dans des sphères concurrentes et opposées au détriment de la construction de la paix fondée sur le droit[27].

Si des critiques de la thèse du choc des civilisations tendent à la dénoncer comme relevant d'une « culture de l'ennemi », il semble néanmoins possible de lui reconnaître une pertinence analytique dans le sens où elle décrirait une façon de se concevoir des ennemis répandue dans le monde indépendamment de son analyse théorique par Huntington. À ce sujet, Jean-Louis Margolin qui déclare être « pleinement d'accord avec le caractère régressif théoriquement et nocif politiquement du livre d'Huntington », se dit néanmoins « convaincu qu'il y a une région du monde où les thèses d'Huntington forment le fond de la vision du monde de la quasi-unanimité : le monde musulman[28]. » Huntington, en présentant de façon systématique cette vision du monde, en a aussi facilité la critique. Par suite, plutôt que de faire reposer la responsabilité des conséquences de cette vision du monde de façon unilatérale et exagérée sur Huntington ou sur le monde musulman, une critique de la thèse du choc des civilisations, pour être cohérente avec elle-même, ne peut être que celle d'une vision du monde que des ennemis ont en commun, quelle que soit la « civilisation » à laquelle ils estiment appartenir.

Citations[modifier | modifier le code]

« Ce que les hommes appellent "civilisation", c'est l'état actuel des mœurs et ce qu'ils appellent "barbarie", ce sont les états antérieurs. »

— Anatole France

« Il existe infiniment plus d'hommes qui acceptent la civilisation en hypocrites que d'hommes vraiment et réellement civilisés. »

— Sigmund Freud

« Toute civilisation (...) prend, à l'intérieur de chaque peuple, de chaque État, des caractères particuliers. mais les éléments les plus essentiels qui la constituent ne sont la chose ni d'un État, ni d'un peuple ; ils débordent les frontières, soit qu'ils se répandent, à partir des foyers déterminés par une puissance d'expansion qui leur est propre, soit qu'ils résultent des rapports qui s'établissent entre sociétés différentes et soient leur œuvre commune (...) La civilisation est (...) une sorte de milieu moral englobant un certain nombre de nations, chaque culture nationale n'étant qu'un forme particulière du tout. »

— Émile Durkheim

« Ce que l'Histoire n'oublie pas. »

— Marcel Mauss

« Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. »

— Paul Valéry

« Une civilisation naît au moment où les hommes sans génie croient qu'elle est perdue. »

— Thomas Mann

« L'impérialisme est civilisation pure. Le destin de l'Occident est dans ce phénomène irrévocable. L'homme cultivé a son énergie en dedans, le civilisé en dehors. »

— Oswald Spengler

« La civilisation de jouissance se condamne elle-même à la mort lorsqu'elle se désintéresse de l'avenir. »

— Raymond Aron

« Ce sont surtout la faiblesse intellectuelle et morale des chefs et leur ignorance qui mettent en danger notre civilisation. »

— Alexis Carrel

« Ce qu'on appelle la civilisation a contribué à rendre une partie de la société plus heureuse et l'autre plus malheureuse que l'une et l'autre ne l'auraient été à l'état de nature »

— Thomas Paine

« C'est la connaissance, la croyance, l'art, la loi, la coutume, et toutes les autres aptitudes ou habitudes acquises par l'homme en tant que membre de la société. »

— E. Tyler, 1871

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Hans Kung, Tracing the Way: Spiritual Dimensions of the World Religions, éd. Continuum International Publishing Group, 2006, p. 248
  2. (fr) Grande Mosquée de Kairouan (Qantara Patrimoine méditerranéen)
  3. (en) Nurdin Laugu, « The Roles of Mosque Libraries through History », Al-Jami‘ah, vol. 45, no 1, 2007, p. 105
  4. (en) Kairouan Capital of Political Power and Learning in the Ifriqiya (Muslim Heritage)
  5. a, b et c Bertrand Binoche (dir.), Les équivoques de la civilisation, Seyssel, Champs Vallon, 2005. (ISBN 2-87673-420-6)
  6. Victor Riqueti de Mirabeau, L'Ami des Hommes, part. I chap. 8, 1758, p. 192 dans l'édition de 1767 disponible sur Google books.
  7. Condorcet, Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, 1795. Lecture sur Wikisource
  8. Pierre-Jean Luizard (dir.), Le Choc colonial et l'islam, les politiques religieuses de puissances coloniales en terre d'islam, Paris, La découverte, 2006, p. 12 (ISBN 2-7071-4696-X), voir aussi Pierre-Jean Luizard et Amminah Mohammad-Arif, « Colonisation », dans Régine Azria et Danièle Hervieu-Léger (dir.), Dictionnaire des faits religieux, Paris, PUF, Quadrige Dicos poche, 2010, p. 157-165. (ISBN 978-2-13-054576-7)
  9. Discours du président Wilson après la Seconde Guerre mondiale, Droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
  10. Civilization Criteria Study Sheet, http://www.bcps.org/offices/lis/models/ancindian/pdf/civcriteria.pdf
  11. (fr) Louis de Rouvroy Saint-Simon (duc de) et Adolphe Chéruel, Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence, Volume 15, éd. Hachette, 1829, p. 82
  12. , lire Renaissance en historiographie à propos de l'abandon du concept hégelien.
  13. (fr) Claude Hourdel, De Gaulle et ses hôtes à Champs-sur-Marne : au temps des indépendances, la décolonisation (1959-1969), éd. L'Harmattan, 2011, p. 292
  14. Arnold Joseph Toynbee (auteur) et David Churchill Somervell (rédacteur), L'histoire : un essai d'interprétation, Volume 25, éd. Gallimard, 1951, p. 271
  15. (fr) Gerald Fournier, Évolution et civilisation : de l'anthropologie de Charles Darwin à l'économie évolutionniste étendue, éd. Gérald Fournier, 2011, p. 646-647
  16. G.C. Spivak, Les Subalternes peuvent-elles parler ? (fabula, la recherche en littérature)
  17. Alain Testart 2005, en particulier pp.18 sqq.
  18. Alain Testart 2012 et en particulier pp. 15-78.
  19. Michel Museur, Les anciennes civilisations nubiennes, Journal de la Société des Africanistes, 1969, tome 39, fascicule 2, p. 173-198
  20. Nilotiques sur Encyclopaedia universalis
  21. (en)Butua (historical kingdom, Africa) sur Encyclopaedia britannica
  22. (en)Rozwi (historical state, Africa) sur Encyclopaedia britannica
  23. Jean-Claude FRITZ, Raphaël PORTEILLA, La Nouvelle Question Indigène: Peuples autochtones et ordre mondial, Ed L'Harmattan, 2005, "Les Khoisan d'Afrique Australe". (ISBN 2-7475-9914-0)
  24. a, b et c Bernard Lewis, « L'orient et moi », Le Point, 28 avril 2005
  25. Le Monde, « Samuel Huntington, auteur du « Choc des civilisations », est mort », 27 décembre 2008, disponible sur Le monde.fr
  26. Cf. la réaction au livre de Huntington par André Riccardi, « Condivizione : via alla pace », 2000, sur Vatican.va, voir aussi Andrea Riccardi, Vivre ensemble, Paris, Desclée de Brouwer, Paris, 2007. (ISBN 978-2-220-05779-8)
  27. Marc Crépon, L’Imposture du choc des civilisations, Nantes, éditions pleins feux, 2002
  28. Jean-Louis Margolin, « À propos du « choc des civilisations »... », Lecture sur ac-montpellier.fr

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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